‹ Un journal inédit du Parlement de Paris pendant la FrondeChapitre 57 sur 64 · En blanc dans le manuscrit · texte numérisé non relu

En blanc dans le manuscrit

cinq ans des troubles et dans le malheur public et le ravage réciproque des armées, s'estimer bien heureux si l'on peut conserver sa propre personne : sur quoi il s'étonnoit de la conduite de la compagnie de s'arrêtera des délibérations inutiles, au paiement des rentes, dans un temps auquel elle devroit avoir l'œil à sa conservation particulière et à celle de l'État, lequel est sur le penchant de sa ruine. * Car enfin. Messieurs, en quel état sommes-nous réduits ! La France est pleine de divisions, et quelque nom que vous donniez aux armées qui la partagent, si est-ce que le régiment des gardes du Roi, ses gendarmes et chevau-légers seront dans la mêlée. Si elles sont défaites, en quel état sera notre Roi, en quel état l'autorité de sa justice ? Que si, au contraire, il demeure le maître, comme nous le pouvons souhaiter, eh ! Messieurs, qui nous garantira de sa colère ? Car, enfin, il faut demeurer d'accord que, depuis trois ou quatre ans, il s'est passé beaucoup de choses à redire en la conduite de la compagnie, et, en tout cas, nous pouvons nous mettre devant les yeux les funestes exemples de l'histoire ; oui, Messieurs, on en a vu de cette compagnie pendus M » Ce dernier mot a rompu le dernier respect lequel retenoit l'indignation que l'on avoit conçue contre quelques termes dont il s'étoit déjà servi dans le même discours, lorsqu'il avoit parlé de l'état de la France et avoit proposé de prendre un jour certain pour délibérer sur les propositions de paix, qu'il disoit être empêchée par ceux qui vouloient empêcher tout commerce avec le Roi, ce qui les avoit déjà fait tenter d'empêcher le voyage des députés pour les remontrances, par une crainte imaginaire qu'ils fussent arrêtés par le Cardinal. Car, à ce mot, l'indignation a été si universelle, que quelquesuns se sont emportés jusques aux injures contre lui, qu'il étoit un fol, un insolent, et que le spectacle qu'il représentoit ne devoit faire peur qu'à ceux qui, comme lui, étuient sortis de procureurs^. Les autres, en fort grand nombre, ont demandé qu'il

1. On peut rapprocher de ce récit, le plus vivant qui existe, celui de Dubuisson-Aubenay, t. II, p. 179-180, et celui de Vallier, t. III, p. 172. Il s'agit bien ici de la séance du 12. Le Coigneux, d'après Vallier, fait allusion à la pendaison du président Brisson, le 15 novembre 1591.

2. L'arrière-grand-père du président Le Coigneux avait été procureur, et les avocats au Parlement, qui en voulaient au président et se livrèrent sur sa famille à des recherches généalogiques, prétendaient que ce procureur était lui-même fils d'un potier d'étain, qui fut surnommé Le Cogneux, « à cause qu'il cognoit sans cesse » (Tallemant, Historiettes, t. IV, p. 1).

eût à passer le barreau et que le procureur général fût mandé pour prendre conclusions contre lui, et ceux-là, s'arrêtant à leur demande, ont tenu l'assemblée en suspens plus d'un bon demiquart d'heure, pendant lequel temps le président Le Goigneux, ayant demandé par plusieurs fois de s'expliquer, il ne l'a pu obtenir <, et enfin a obtenu à peine silence pour se ranger à l'avis de M. le doyen; car généralement son discoursa été désapprouvé, quoique en effet son intention ne fût telle qu'elle a paru à la compagnie : tant il est vrai qu'il faut apporter de la retenue à ses paroles et ne les laisser aller que l'on n'en ait pesé toutes les conséquences.

Tous les autres présidents se sont rangés à l'assemblée de ville, excepté MM. de Bellièvre et Nesmond, lesquels ont suivi l'avis des deux assemblées. Et M. de Mesmes a fort judicieusement parlé dans le sens du discours de M. le président Le Goigneux, pour remontrer le péril de la guerre et pour arrêter un jour à délibérer sur les moyens de la finir.

Après la délibération, les voix étant recueillies, elles se sont trouvées divisées en cinq avis, dont les deux moindres étant revenus aux trois autres, savoir celui de M. de Broussel et des conclusions, lesquelles étoient presque uniques, et les autres trois ayant été relus, et la colonne de chacun des trois arrêtée, en sorte que l''on a compté soixante-dix voix pour l'assemblée de la chambre de Saint-Louis, quarante-deux pour celle de l'Hôtel de ville et vingttrois pour l'une et l'autre assemblée 2, M. le président de Mesmes a dit qu'il y avoit des suffrages du second avis lesquels désiroient passer au troisième, et demandé que l'on eût à faire une seconde lecture; sur quoi Messieurs des Enquêtes et aucuns des anciens ayant remontré que, après que partie des avis étoit revenue et que lecture des trois avis avoit été faite et la colonne arrêtée, il n'y avoit que le moindre avis des trois lequel eût faculté de revenir et se joindre à l'un des deux autres, et qu'il n'étoit plus en la liberté du premier et second avis de revenir et se joindre au plus petit, MM. les présidents ont soutenu le contraire et qu'il étoit en la liberté de tous Messieurs de revenir à tel avis qu'il lui plairoit jusqu'à ce que l'arrêt soit conclu, encore bien qu'il eût laissé

1. « Et aucuns disent que le président Charton lui dit pouilles et puis se mit à rire, et tous les frondeurs de niérae à lui faire la huée » (Dubuisson-Aubenay, loc. cit.). L'ambassadeur hollandais {op. cit., p. 170) note aussi une « grande dispute » entre Charton et Le Goigneux,

2. Dubuisson-Aubenay (t. II, p. 179) donne à peu prés les mêmes chiffres, avec moins de précision.

passer son nom dans la lecture : ce qui a causé une si grande altercation, que les uns et les autres, ne voulant déférer pendant deux heures entières, la Cour s'est levée et le différend, sur lequel l'on n'a pu délibérer à cause qu'il étoit tard, a été remis au lendemain^ .

Ce jourd'hui, 13 mars 16522, toutes les Chambres assemblées, lecture a été faite des trois avis du jour précédent, ce que pour lors MM. les présidents n'avoient pu obtenir, comme étant contraire à la maxime que, après les avis conclus et arrêtés en colonne, il n'y avoit que ceux du moindre avis lesquels eussent la liberté de se joindre à l'un des deux restants ; et, dans cette lecture, quelques-uns du second avis étant revenus au troisième, ils ont été tolérés ; mais après cette lecture, les autres restés au second avis revenant encore au troisième, afin que, le troisième étant plus fort que le second, il ne fût obligé de revenir, et que, par cet artifice, les deux derniers avis fussent unis contre le premier, ce procédé, que l'on a taxé de cabale, a été trouvé si mauvais que toute la compagnie a réclamé contre, et y a eu une merveilleuse plainte contre les présidents, qui sembloient affecter ce changement ; et leur a-t-on dit que c'étoit chose honteuse et indigne de la justice d'affecter tels artifices; et M. Bitault, qu'ils dévoient savoir qu'ils n'étoient que huit contre deux cents, et que si MM. les conseillers s'unissoient une fois pour empêcher leurs entreprises, on leur feroit voir que l'autorité de leur charge et leur pouvoir n'alloient pas jusques où l'on pensoit. Cette émotion ayant arrêté la lecture des avis, elle a été reprise, et dans la troisième fois qu'elle a été faite, quelques-uns du premier avis sont revenus au second, afin que, en le fortifiant, il fût plus grand que le troisième, et que, par ce moyen, il ne fût obligé à revenir, ce qui a fait voir la fausseté de la maxime apportée par MM. les présidents, laquelle va à introduire une lecture d'avis sans fin. Aussi une bonne partie de ceux lesquels étoient de leur avis les ayant abandonnés, et le troisième étant revenu aux deux autres, dès que le premier s'est trouvé passer du tiers le second, l'arrêt s'en est ensuivi pour la chambre de Saint-Louis à l'effet des gages et

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