En octobre
3. On lui envoya à cet effet les conseillers Doujat et Payen, auxquels il répondit que ses troupes « ne faisoient aucun dégât et qu'elles vivoient avec discipline » (Talon, p. 470).
compagnie, il a été arrêté par délibération qu'il seroit invité de se trouver demain en la compagnie.
Ce jourd'hui ' , toutes les Chambres assemblées, présents les gens du Roi, M. le président de Bailleul dit à M. le duc d'Orléans le sujet de la délibération sur la proposition faite le jour précédent par M. le maréchal de l'Hospital, appuyée de la parole royale, donnée à Saint-Germain en octobre 1648, de ne permettre aucun logement de guerre dix lieues es environs de Paris : à quoi M. le duc d'Orléans ayant dit que fort volontiers il donnoit sa parole à la compagnie de ne souffrir qu'aucunes de ses troupes approchent Paris de dix lieues, mais qu'il pensoit que la compagnie se contenteroit des assurances qu'il lui donnoit, et ne donneroit aucun arrêt^, sur quoi s'étant mis difficulté et plusieurs remontrant que tout devoit passer par délibération dans la compagnie jusques à l'enregistrement des paroles données par M. le duc d'Orléans et le maréchal de l'Hospital, si tant étoit qu'il ne fût trouvé à propos de donner quelque chose en conséquence, les gens du Roi ont requis que le Roi soit très humblement supplié, en conservant la parole qu'il avoit donnée à cette compagnie, au mois d'octobre 1648, ne vouloir permettre qu'aucunes troupes n'approchent de dix lieues sa bonne ville de Paris et faire registre des paroles de M. le duc d'Orléans et de M. le maréchal de l'Hospital, en telle sorte néanmoins qu'il ne paroisse dans le registre que l'on ait mis en balance les troupes qui portent le nom du Roi avec quelques autres que ce puisse être.
Dans cette déclaration, il n'y a eu que deux avis : le premier, de M. le doyen, à remercier M. le duc d'Orléans de la parole qu'il avoit donnée, en faire registre, ensemble de celle de M. le gouverneur, avec ce tempérament qu'il ne paroisse que l'on ait fait aucune distinction de troupes, et informer des désordres lesquels avoient été jusques ici commis par les gens de guerre. Le second étoit conforme au premier, mais il ajoutoit : « sous le bon plaisir du Roi et en conséquence de sa parole royale, donnée à Saint-Germain, défenses à tous gens de guerre d'approcher de dix lieues la ville de Paris. » Mais le premier l'a emporté, suivant l'intention de M. le duc d'Orléans, lequel a dit en son avis que la parole qu'il avoit donnée à Saint-Germain n'étoit pas une parole
1. C'est-à-dire le 14 mars; sur cette séance, cf. Journal du Parlement, p. 222; Talon, p. 470; Dubuisson-Aubenay, t. II, p. 181. Mais nulle part on ne trouve les développements donnés ici.
2. Dubuisson-.Aubenay prétend que le duc d'Orléans ne s'expliqua pas.
formelle du Roi, mais de lui, duc d'Orléans, lequel ayant pour lors commandement sur toute la milice en qualité de lieutenant général, avoit promis qu'il ne donneroit aucun logement de gens de guerre dans les dix lieues des environs de Paris et qu'il étoit sans exemple que le Parlement prît connoissance de la marche et conduite des gens de guerre, sinon des excès par eux commis, desquels il étoit toujours bien fondé d'informer pour faire le procès à ceux qui les ont causés, conformément aux ordonnances.
M. le président Le Coigneux a dit que le Parlement pouvoit faire défenses aux troupes d'approcher dix lieues de Paris sous le bon plaisir du Roi, même marquer dans l'arrêt les villes comprises dans cet espace de dix lieues, comme Melun, Pontoise, Mantes et autres, mais qu'il ne pensoit pas qu'il fût à propos de coucher dans les registres les déclarations de M. le duc d'Orléans et de M. le maréchal de l'Hospital ; cependant, qu'il supplioit M. le duc d'Orléans, dans sa bonté ordinaire, de permettre de lui faire une demande : a N'y aura-t-il point. Monsieur, quelque voie d'accommodement? se battra-t-on? Certes, si le sang est une fois répandu, il est à craindre que l'affaire ne devienne irréconciliable par l'animosité de ceux qui voudront venger le sang de leurs parents et amis, et nous pourrons tomber en tel état, que je ne sais s'il ne seroit plus expédient de souffrir un seul étranger en France que d'y en appeler 50,000. » Cette dernière proposition ayant été mal reçue, il a prié la compagnie d'interpréter en bonne part son discours et protesté qu'il n'avoit aucun intérêt particulier que celui de la conservation et de l'autorité du Roi et de la compagnie ^.
M. le président de Mesmes a pris occasion de ce qui avoit été dit par M. Le Coigneux pour représenter le malheureux état de la France et le péril où elle se trouvoit réduite par ces divisions, étant environnée de tous côtés de ses ennemis étrangers et menacée de l'armement effroyable des Anglois, capable de faire trembler toute l'Europe; que, dans cette fâcheuse conjoncture dans laquelle le cardinal Mazarin nous avoit jetés, il n'y avoit point de remède plus assuré que d'aller au Roi et lui demander justice, et qu'il doutoit que les autres voies dont l'on se pourroit servir fussent jamais approuvées : de quoi il y avoit un exemple fort
1. On voit par ce passage que Le Coigneux, rendu plus circonspect par l'incident du 12 mars, s'entoura, en parlant, de beaucoup de précautions, tout en maintenant ses idées fermement royalistes. Dubuisson- Aubenay dit même que ce président « reprit de bonne grâce » le 14 ce qu'il avait dit le 12 (t. II, p. 181).
remarquable en 1617, lorsque, quelques princes et grands seigneurs ayant pris les armes pour la liberté de M. le prince de Gondé et contre le mauvais gouvernement du maréchal d'Ancre, le Roi condamna la mauvaise administration de celui-ci par l'exécution qu'il en fit faire et appela et remit en sa grâce tous ceux qui avoient levé les armes pour ce sujet, même rétablit les sieurs de Villeroy ' et Sillery^, lesquels avoient été éloignés de la cour et des affaires pour faire place à l'ambition de ce favori ; et néanmoins, ces deux grands hommes, préférant l'intérêt de l'État à leur ressentiment particulier, furent auteurs au Roi de déclarer les armes des princes illégitimes, n'y ayant point d'autre voie, pour se délivrer de la mauvaise conduite d'un favori, que les plaintes que l'on en doit faire au souverain et les remontrances : ce qui l'obligeoit à se plaindre de la longueur que l'on apportoit à celles lesquelles avoient été ordonnées depuis un si long temps et à convier ceux lesquels avoient pris soin de cet ouvrage d'y travailler avec plus d'assiduité. Après que M. le président de Mesmes a fini son opinion, laquelle a été bien reçue, ensemble tout ce qui a été dit par les autres présidents sur la face des affaires et les malheurs de la guerre civile, quoique quelquesuns aient pris ces discours pour déclamations étudiées, qu'ils avoient eu empressement de débiter, lorsque, au commencement de l'assemblée, ils avoient insisté pour la délibération, M. le duc d'Orléans a dit qu'il se souvenoit que, en 1617, lors de la mort du maréchal d'Ancre, étant encore fort jeune, le feu Roi l'appela dans la galerie du Louvre et lui dit ces mots, sur un billard où il étoit : « Je suis à présent Roi et jusques ici je ne l'ai point été^ » ; dans lequel sens le maréchal de la Force'* publia dans le Louvre la mort du maréchal d'Ancre, disant qu'à présent le Roi était Roi : tant il étoit vrai que le Roi n'a point d'ennemi plus grand que le cardinal Mazarin.
1. Charles de Neufville, marquis de Villeroy, grand maréchal des logis de la maison du roi, mort le 18 janvier 1642; c'est le père du maréchal.
2. Nicolas Brùlart, marquis de Sillery, garde des sceaux en 1604 et chancelier en 1607, avait été rappelé après la mort du maréchal d'Ancre; il mourut le 1" octobre 1624.
3. C'est le mot que Louis XIII aurait dit à Vitry, en le remerciant de l'avoir débarrassé de Concini : « Je vous remercie, Vitry, je suis à présent Roi » (cf. Le Vassor, Histoire de Louis XIII, Amsterdam, 1757, in-4% t. I, p. 632).
4. Jacques-Nompar de Caumont, duc de la Force en 1637; il n'était point encore maréchal de France en 1617 et ne le fut nommé que le 27 mai 1622.
M. le président de Novion a insisté fort sur les remontrances, jusques à taxer la négligence de ceux qui en avoient pris le soin, qu'elles pouvoient empêcher que la France ne fût le théâtre de la plus sanglante tragédie que l'on ait vue depuis longtemps et de l'événement de laquelle il étoit également à craindre que d'un Etat doux et monarchique l'on nous fasse passer au despotique, ou que nos voisins, se mêlant de nos intérêts, n'empêchent les bonnes intentions de ceux auxquels autrement nous avons tout sujet de nous confiera
Cejourd'hui, 19 mars 16522, toutes les Chambres assemblées, suivant la demande des Enquêtes, pour entendre la lecture des remontrances contre le cardinal Mazarin, ensemble M. Voysin, conseiller du Parlement de Bordeaux 3, en la créance qu'il porte dudit Parlement, et délibérer sur les rentes et autres affaires publiques, il a été trouvé bon d'inviter M. le duc d'Orléans de se trouver demain en la compagnie ; et sur ce qu'il a été rapporté par M. de Thou et autres de la compagnie que le sieur archevêque de Rôuen^, accompagné de quelques évoques, avoit fait au nom du clergé une déclamation de cinq quarts d'heure, devant le Roi et toute sa cour étant à Tours, en faveur du cardinal Mazarin contre tous les Parlements de France, desquels, dans tout son
1. L'arrêt rendu le 14 pour l'éloignement des gens de guerre fut imprimé et est reproduit dans le Journal du Parlement, p. 222-223.
2. L'auteur du Journal, qui ne parle que de ce qu'il a vu, ne rend aucun compte des réunions de la chambre Saint-Louis qui s'ouvrirent le vendredi 15 mars et auxquelles ne prirent part que quatorze conseillers du Parlement, huit maîtres des comptes et six conseillers des aides. — Sur la séance du Parlement du 19, cf. Journal du Parlement, p. 225- 226. Talon ni Vallier ne disent rien de cette séance, non plus que de celles des jours suivants, et l'on ne peut rapprocher notre récit que de celui de Dubuisson-Aubenay, généralement plus bref, sauf pour la séance du 20. On peut voir aussi les comptes-rendus donnés par le nouvelliste du ms. fr. 25026 (fol. 48).
3. Pierre de Voysin, conseiller au Parlement de Bordeaux depuis le 5 mai 1643 (Arch. de la Gironde, B 57, fol. 75). C'était, depuis 1650, le messager habituel des parlementaires bordelais. Il était arrivé à Paris le 7 mars (Rapports de l'ambassadeur hollandais, op. cit., p. 174).
4. François de Harlay (1625-1695), archevêque de Rouen en 1651, puis de Paris en 1671. A la suite d'une réunion de quatorze évêques tenue aux Augustins de Paris sous sa présidence, l'archevêque de Rouen avait été, à la tête d'une députation, trouver la cour pour demander réparation de l'injure faite au cardinal Mazarin par l'arrêt rendu contre lui par le Parlement (cf. Chéruel, Histoire de France sous le ministère de Mazarin, t. I, p. 105).
discours, il avoit fait un parallèle continuel avec Judas et les Juifs pour vendre Notre-Seigneur d'avec l'arrêt rendu le 29 décembre dernier contre le Cardinal, sinon en ce que celui-là n' avoit mis la tête de son maître qu'à trente deniers, là où le Parlement, par une prodigalité infernale, avoit mis celle d'un de ses disciples à 50,000 écus, laquelle déclamation avoit été faite en conséquence des assemblées qui s'étoient faites en cette ville, et lesquelles l'on continuoit dans le cloître Notre-Dame, afin d'obtenir, ainsi qu'il avoit été demandé par ce discours, une déclaration d'innocence pour la justification du cardinal Mazarin, laquelle ayant été concertée on se proposoit d'adresser au Grand Conseil avec ordre au procureur général d'y envoyer toutes les informations faites contre le cardinal Mazarin^. Les gens du Roi mandés ont dit qu'il n'y avoit aucun avis certain de ce qui s'étoit passé dans cette harangue, ni aucunes preuves concluantes sur lesquelles la Cour puisse rien statuer, mais seulement demandoient permission d'en informer en attendant le retour de M. le premier président, lequel pourroit en avertir la compagnie^ ; qu'ils pouvoient néanmoins lui dire que, si elle eût trouvé à propos de délibérer sur les conclusions qu'ils avoient ci-devant prises, les autres qui étoient arrivées ne seroient peut-être pas au point où elles sont; au surplus, qu'ils n'avoient point reçu aucun ordre d'envoyer les informations faites contre le Cardinal, ce qu'ils n'auroient exécuté sans ordre de la Cour, outre que telles pièces doivent être dans le greffe et non entre leurs mains, et qu'ils assuroient ne les avoir jamais vues, M. de Broussel ayant dit qu'ils ne désiroient pas qu'elles fussent vues qu'en temps et lieu. Après ces conclusions des gens du Roi, qu'ils ont prises après avoir été mandés par deux fois, ils sont rentrés pour une troisième, et ont présenté
1. Voici en quels termes le nouvelliste du ms. fr. 25026 rend compte (fol. 46 r") de cette manifestation de l'archevêque de Rouen. « La cour étant arrivée à Tours, les évêques qui y étoient au nombre de huit ou neuf eurent audience de Leurs Majestés le 12, où l'archevêque de Rouen fit une belle harangue en faveur du cardinal Mazarin, dans laquelle il n'y épargna pas le Parlement de Paris, dont il qualifia les arrêts donnés contre le cardinal Mazarin de téméraires et de barbares et compara le Parlement à Gain après qu'il eut tué son frère Abel, ce qui fut reçu avec applaudissement de tous les niazarins; il voulut ensuite faire imprimer cette harangue, mais ses confrères ne le voulurent pas souffrir. » Cf. aussi Rapports politiques hollandais, op. cit., p. 177.
2. « Si cette harangue, dit le nouvelliste déjà cité (fol. 48 r"), se fût trouvée imprimée, les esprits étoient tous disposés à la faire brûler par la main du bourreau. »
le prévôt des marchands et procureur de la ville ^, lequel a dit que l'usage pratiqué de tout temps en l'Hôtel de ville es retranchements des rentes sur icelle avoit été d'y faire assemblée générale, ainsi qu'il se pratiqua en 1574, lorsque, le Roi voulant mettre la main sur les rentes, elles y furent défendues en sa présence et de son Conseil, en sorte que S. M. se contenta de quelque secours d'argent, lequel lui fut accordé 2 ; néanmoins, que, ayant plu à la compagnie d'assembler plutôt la chambre de Saint-Louis qu'une pareille assemblée dans l'Hôtel de ville, pour aviser au paiement du passé et de l'avenir, il avoit cru être obligé de donner avis que, cependant, les fermiers faisoient refus de payer plus de la moitié de leur dette, et supplier la Cour d'y pourvoir. Sur quoi les gens du Roi ayant conclu contre les fermiers, même contre les ecclésiastiques débiteurs des rentes, pour raison desquelles on pouvoit faire saisir tous les bénéfices étant dans Paris et ses environs, ils ont encore insisté aux premières conclusions qu'ils avoient prises sur les lettres de cachet du Roi. Et, à ce propos, a été dit par un président qu'il ne pouvoit croire comment le Roi recevroit les remontrances de la compagnie qui n'auroit voulu délibérer sur ses lettres de cachet. Il a été arrêté de remettre la plainte du prévôt des marchands et échevins entièrement à la chambre de Saint-Louis pour plus grande déférence aux compagnies, et que le prévôt des marchands et échevins s'y trouveroient : ce qui lui ayant été prononcé, il a dit qu'il auroit peine de s'y trouver ce soir à cause du Conseil de ville, lequel se devoit tenir au même temps pour aviser s'il se trouveroit à l'assemblée de Saint-Louis, la Ville n'ayant coutume de marcher sans l'avis de son Conseil : ce qui ayant donné lieu aux présidents de se lever contre cette réponse peu convenable à la déférence que la Ville doit à l'autorité souveraine de la Cour, et lui étant enjoint de se trouver de relevée dans la chambre de Saint- Louis 3, il a répondu
1. Germain Piètre, avocat au Parlement, procureur du roi et de la ville depuis 1640 {Registres de l'Hôtel de ville pendant la Fronde, t. III, p. 467).
2. C'est à l'assemblée de l'Hôtel de ville du 27 mars 1574 qu'il est fait ici allusion : le roi avait alors manifesté l'intention de prendre le quart des rentes constituées sur la ville au-dessus de 1,200 livres (cf. Registres du bureau de la ville, t. VIII, publié par Fr. Bonnardot, Paris, 1893, in-fol., p. 162).
3. Les minutes du bureau de la ville (Arch. nat., H 1905') contiennent le procès-verbal de la réunion du bureau, tenue le 19 mars après la séance du Parlement, et où il fut décidé que la ville serait représentée à la chambre Saint-Louis.
qu'il obéiroit aux ordres de la Cour, mais qu'il la supplioit de lui conserver dans cette assemblée le rang et séance du bureau, laquelle avoit été accordée ci-devant à M. Le Feront en 1649 : ce qui a été trouvé à propos 2.
Ce jeudi, 20 mars 1652 ^^ toutes les Chambres assemblées, où étoient M. le duc d'Orléans, de Brissac, les maréchaux de l'Hospital et d'Estampes, M. Foucault a fait plainte de ce que la salle étoit remplie de personnes qui n'avoient l'honneur d'être de la compagnie, entre lesquels ayant nommé le sieur comte de Ghâteauvieux'', allié du sieur de la Vieuville, surintendant des finances, et étant soutenu par la plus grande partie de la compagnie, laquelle supporte avec plaisir la trop grande facilité d'assister à ses délibérations, il a insisté sur les menaces qu'il a dit lui avoir été faites par ce gentilhomme; même, ayant passé le barreau, il a formé sa plainte et demandé justice à la Cour de ce que, étant en sa place et ayant dit au sieur comte de Chàteauvieux, lequel étoit derrière lui avec l'épée au côté, qu'il eût à se retirer, il lui avoit reparti en levant la main sur lui et avec menaces qu'il s'en repentiroit, et qu'il savoit qu'il y avoit quelque temps qu'il lui en vouloit à cause de quelques procès et différends qu'ils avoient eus ensemble^. Sur quoi les gens du Roi ayant remontré que, depuis
1. Jérôme Le Féron, seigneur d'Orville et de Louvres, président à la deuxième des Enquêtes, prévôt des marchands du 5 mars 1646 au 16 août 1650.
2. Notre auteur, cependant si complet, ne raconte pas un incident de cette séance du 19, qui a été conservé par le nouvelliste du ms. fr. 25026 (loc. cit.) : » M. Sevin, de la Grand'Chambre, s'étant plaint de ce que les troupes de M. de Yaubecourt avoient pillé sa maison, l'on remarqua que M. Le Clerc de Courcelles lui dit qu'il avoit tort de s'en plaindre, puisque M. de Yaubecourt étoit son bon ami et mazarin comme lui. »
3. Le 20 mars était un mercredi et non un jeudi; sur cette séance, cf. Journal du Parlement, p. 228-229, et ms. fr. 25026, fol. 48.
4. René de Vienne, comte de Chàteauvieux; sa fille, Françoise, avait épousé le 25 novembre 1649 Charles de la Vieuville, fils du surintendant. — D'après Dubuisson-Aubenay, qui rapporte cet incident assez longuement (t. II, p. 185), le comte de Chàteauvieux était venu au Parlement « à la prière du duc de Rohan et pour assister à sa prétendue réception en duc, et avec l'agrément de M. d'Orléans, chez qui ledit comte ne va plus à cause de son gendre, depuis que le père de ce gendre est surintendant des finances ».
5. Voici le récit, encore inédit, de cet incident, donné par le nouvelliste du ms. fr. 25026 : « Le 20, le Parlement ayant continué son assemblée, et S. A. R. y étant, M. Foucault, conseiller, qui s'aperçut que le comte de Chàteauvieux, avec qui il a procès, étoit entré dans la Grand'
quelque temps, les délibérations de la compagnie étoient pleines de scandales, qu'apportoient ceux lesquels n'y ayant aucun suffrage ne laissoient pas de s'y glisser, ce qui les avoit obligés dans la dernière mercuriale à proposer de faire retirer les clercs de greffe dans leurs chambres et les huissiers au dehors des portes, ce que les maîtres des requêtes au-dessus du nombre de quatre et autres dévoient pareillement observer, puisque, par l'ordonnance, les conseillers même qui n'ont assisté à la visite d'un procès ne doivent être présents lorsqu'il se délibère, ils ont demandé qu'il plût à la Cour donner présentement arrêt sur leur proposition, sous telle peine qu'elle aviseroit bon être, et sur la plainte de M. Foucault, lui permettre d'en informer, ou bien entendre le sieur comte de Châteauvieux pour savoir si, dans ce rencontre, il n'y a point du particulier, lequel, ainsi qu'il paroit, ait si fort échauffé M. Foucault. Après ces conclusions, M, le duc d'Orléans a prié la compagnie de ne pousser plus avant cette affaire, laquelle il se faisoit fort d'apaiser, et a réitéré la proposition et prière qu'il avoit faite en entrant pour la réception de M. le duc de Rohan en cette qualité de duché et pairie, par la considération des services qu'il avoit rendus et de l'illustre naissance de Madame sa sœur', laquelle avoit d'abord l'honneur d'être parente du Roi 2, et en cette considération et de son mérite particulier, avoit obtenu que le titre du duché de Rohan ne fût
Chambre pour voir ce qui s'y passeroit, dit qu'il n'y avoit pas moyen d'opiner avec liberté de suffrages si on ne faisoit sortir ceux qui venoient aux écoutes : sur quoi l'on députa deux présidents pour les faire sortir; et ce comte, voyant que le discours de M. Foucault s'adressoit à lui, le piqua de paroles et lui fit un signe de menace de la main, dont M. Foucault, s'étant plaint et en ayant demandé justice à la compagnie, il fut ordonné que ce comte en demanderoit pardon au Parlement, et défense à tous particuliers d'y entrer ni de se mettre dans les lanternes pendant les assemblées sur peine de cent écus d'amende, payables sur-le-champ, ou, à faute de payer, que le contrevenant seroit mené dans la Conciergerie; et quant au difl'érent particulier d'entre lui et M. Foucault, que S. A. R. seroit suppliée de les vouloir accommoder. »
1. Il y a ici un lapsus du copiste : c'est de la femme, et non de la sœur du duc de Rohan qu'il s'agit. Marguerite de Rohan, unique héritière de son père Henri II, duc de Rohan, mort le 13 avril 1638, avait obtenu que le nom et le titre du duc de Rohan fussent relevés par Henri Chabot, marquis de Sainte-Aulaye, qu'elle épousa le 15 juin 1645.
2. Catherine de Rohan, fille d'Alain, vicomte de Rohan, avait épousé au xv° siècle Jean d'Albret, sire de Tartas, et fut mère d'Alain, sire d'Albret, père de Jean, roi de Navarre, bisaïeul du roi Henri IV; c'est ainsi que les Rohan étaient parents du roi de France.
éteint par la mort de M. le duc de Rohan, son père. Mais cette proposition n'ayant été facilement reçue, même M. Goulon ayant dit hautement qu'il y avoit arrêt, lequel empêchoit la réception de M. de Rohan, avant que le cardinal Mazarin fût hors de France ^, les conclusions ont été mises en délibération, dans laquelle n'y ayant eu aucune diversité à établir le règlement proposé sous la peine de 300 livres payables sans déport^, il s'en est trouvé davantage sur le particulier de la plainte de M. Foucault et action du comte de Chàteauvieux, que M. le président de Longueil a fait voir n'être légère : en quoi M. de Longueil, son frère, a fait distinction de l'intérêt de M. Foucault, duquel M. le duc d'Orléans lui faisoit beaucoup d'honneur se vouloir mêler, d'avec celui que la compagnie prend en cette action : pour raison de quoi il a été d'avis de mander le comte de Chàteauvieux, pour l'entendre en ses excuses; mais néanmoins, il a passé à remettre le tout à la discrétion et prudence de M. le duc d'Orléans.
Après cette délibération, M. Ménardeau, l'ancien des députés dans la chambre de Saint-Louis 3, a donné lieu à une autre. Il a dit que, en exécution de l'arrêt de la Cour, les compagnies lesquelles avoient été invitées de se trouver dans la salle de Saint- Louis, s'y étoient trouvées et avoient pris leurs places à droite et à gauche d'eux, députés de la Cour, dont quelques-uns s'étoient placés es hauts sièges par derrière afin de laisser le bureau libre pour le prévôt des marchands et députés de ville ; que l'assemblée étant ainsi placée, M. Bailly, pour la Chambre des comptes'*, avoit dit que jusques ici elle n'avoit reçue aucune plainte du paiement des gages et que, dans leur retardement, les commissaires payeurs avoient coutume de s'assembler entre eux et, au défaut de puissance, de lui en rendre plainte, ce qui avoit été pratiqué^; et au
1. Le nouvelliste du ms. fr. 25026 (fol. 48 v°) attribue cette observation au président Le Coigneux; l'arrêt visé était du 25 janvier.
2. C'est-à-dire : sur-le-champ. L'arrêt qui fut rendu en conséquence fut imprimé et est reproduit dans le Journal du Parlement, p. 229-230.
3. Ménardeau-Champré présidait, comme plus ancien, les délibérations de la chambre Saint-Louis. Il rend compte ici des réunions qui y avaient eu lieu le 15 et le 19; on en trouvera le procès-verbal sommaire dans le Journal du Parlement, p. 224-225, 226-228.
4. Charles Bailly, maître des comptes depuis le 15 juin 1619, le resta jusqu'à sa mort en 1658 (Constant d'Yanville, Chambre des comptes de Paris, p. 528).
5. Cf. dans Boislisle, Chambre des comptes de Paris, Pièces justificatives, t. II, p. 447, la délibération de la Chambre des comptes du 16 mars, qui donna mission à ses délégués à la chambre Saint-Louis de
regard des rentes, qu'elles se dévoient traiter en l'Hôtel de ville, en telle sorte qu'elle n'avoit pas estimé cette assemblée nécessaire : à quoi il avoit été ajouté par l'un des autres maîtres des comptes que le principal remède au paiement des rentes et gages étoit la paix : ce qui ayant donné lieu à quelqu'un de Messieurs du Parlement de dire que cela sentoit son mazarin, M. Bailly et autres députés s'étoient retirés. A l'égard de Messieurs de la Cour des aides, M. Pussort^ portant la parole, ils avoient dit qu'ils etoient prêts de travailler à l'affaire des gages et rentes suivant l'arrêt rendu par leur compagnie, tout conforme à celui rendu par le Parlement, dont la grosse lui ayant été mise es mains par M. Pussort, il l'avoit rapportée pour en faire lecture à la Cour; que depuis, l'Hôtel de ville étant survenu et pris la place du bureau, on avoit commencé quelques propositions, lesquelles n'avoient pu si tôt être digérées 2. Ce récit achevé, les gens du Roi ont dit qu'ils ne pouvoient passer sous silence l'arrêt rendu par Messieurs des aides, conforme à celui du Parlement, comme s'ils prétendoient donner des arrêts sur les propositions qui seront faites dans la chambre de Saint-Louis, ce qui seroit contraire à l'arrêt de cette compagnie, laquelle a ordonné que ce qui seroit arrêté dans cette assemblée seroit par la Cour délibéré en icelle par voie de supériorité, ainsi que nous savons avoir été pratiqué en 1648. Quoique ces conclusions semblassent être appuyées sur la dignité de la compagnie, néanmoins elles n'ont été bien reçues, comme
faire les réponses que rapporte ici Ménardeau. La Chambre des comptes avait délégué le 15 huit membres à la chambre Saint-Louis, lesquels, au dire de Dubuisson-Aubenay (t. II, p. 183), avaient été assez indisposés de ce que, à leur arrivée, les parlementaires ne s'étaient point levés pour les accueillir. Retournés à la Chambre des comptes, ils en reçurent l'ordre de ne se représenter à la chambre Saint-Louis le 19 que pour déclarer qu'ils cessaient de prendre part aux délibérations. Sur l'attitude de la Chambre des comptes, voyez aussi ce que dit, en l'approuvant. Talon, p. 472.
1. Antoine-Martin Pussort, seigneur de Cernay, conseiller à la Cour des aides depuis le 19 mars 1624; il fut exilé en 1661 à Perpignan pour avoir, d'après Guy Patin, résisté avec deux collègues à un nouvel impôt sur le vin, mais son exil fut converti en une simple relégation dans sa maison des champs (cf. J. de Boislisle, Mémoriaux du Conseil de 1661, t. I, p. 96-97). Il fut remplacé en 1664 à la Cour des aides.
2. Le 19, la Cour des aides avait envoyé une délégation au duc d'Orléans pour se plaindre de ce qu'il faisait lever les tailles en Brie par les sieurs de FougeroUes et de Châteauvert; mais le duc répondit « qu'il ne les faisoit lever que ce qui en pouvoit revenir bon au cardinal Mazarin ou à ses créatures » (ms. fr. 25026, fol. 48 i").
si elles eussent eu pour but de détacher la Cour des aides de la chambre de Saint-Louis ; et à cette occasion ayant été proposé et arrêté d'un commun concert de continuer l'assemblée de la chambre de Saint-Louis en l'absence de Messieurs des Comptes, il a été pareillement proposé d'envoyer une seconde fois à la Chambre des comptes pour l'inviter de se trouver avec les autres députés : ce qu'étant d'abord rejeté, M. le président de Thoré a insisté pour mettre l'affaire en délibération ; et, cependant, le secrétaire de la Cour a eu ordre d'inviter Messieurs de la Cour des aides de se trouver ce soir dans l'assemblée dans cette délibération. M. de Broussel, suivant la première pensée de la compagnie, a dit qu'il n'étoit d'avis d'envoyer vers les Comptes, que l'on se passeroit bien d'eux, mais qu'ils ne se pouvoient passer de la compagnie, ainsi que l'on avoit vu en 1648. Et M. de Courcelles : qu'il falloit ordonner que les rentes seroient payées par préférence aux épices de la Chambre, lesquelles en absorboient une somme considérable. Mais M. Le Fèvre, prévôt des marchands, ayant remontré combien il étoit important au repos de la ville d'entretenir l'union entre les compagnies, si faire se pouvoit, et qu'il ne pouvoit tourner qu'à louange au Parlement d'avoir encore fait ce second pas de bonté pour la Chambre des comptes, la plus grande partie des opinions a changé, lors mêmement que l'on a remarqué que ceux lesquels sont soupçonnés d'être dévoués à la Cour vouloient empêcher cette seconde invitation de la Chambre des comptes : eu sorte que la Cour des aides a été contremandée pour inviter avec plus de dignité la Chambre des comptes de se trouver demain dans la salle de Saint-Louis. Cependant, M. Portail, député dans cette assemblée, s'est plaint, en opinant, de ce que M. Ménardeau n'avoit pas rapporté les choses ainsi qu'elles s'étoient passées et avoit omis plusieurs plaintes, que Messieurs des Comptes faisoient, que l'on entreprenoit sur leur juridiction et qu'il ne croyoit pas qu'aucun des députés leur eût dit que leur proposition sentoit son mazarin, mais savoit que, sur la demande de la paix que l'un d'eux avoit proposée, il lui avoit été répondu : « J'aimerois autant dire qu'il fait le mazarin. » M. de Greil\ aussi député, s'est pareillement plaint de M. Ménardeau, lequel n'avoit pas dit qu'un de Messieurs du Parlement ayant rapporté quelque passage latin, ut pax sit rébus, etc., M. Ménardeau lui avoit dit fort haut qu'il le prioit de parler français, parce que tout
1. François de Creil, seigneur de Bazoches, conseiller à la première des Enquêtes depuis le 15 février 1636.
le inonde n'entendoit ici le latin. A toutes ces choses, M. Ménardeau n'a rien répondu, et l'on a mal interprété sa conduite, en se chargeant de l'arrêt de la Cour des aides, comme s'il eût voulu chei-cher occasion de faire naître quelque division ; et j'ai su de l'un des députés qu'il fit son possible pour irriter la Chambre des comptes, laquelle étoit venue avec esprit de trouver quelque prétexte pour changer son arrêté ; et que dans cette pensée, ayant dit ce qui a été rapporté par M. de Greil, et qui avoit excité une grande risée dans le Parlement, Messieurs des Comptes ne se levèrent pour lors, afin de ne prendre ce mot pour eux, mais attendirent qu'il survint quelque contestation entre M. Ménardeau et quelqu'un des autres députés du Parlement; car pour lors ils dirent qu'il seroit peut-être expédient de travailler aux rentes et gages lorsque ces Messieurs auroient établi la paix entre eux, et à ce mot se levèrent ^
Ce jourd'hui, 21 mars 16522, toutes les Chambres assemblées où étoient M. le duc d'Orléans, le duc de Brissac et les maréchaux de l'Hospital et d'Estampes, avant d'entendre les remontrances par écrit, M. de Courcelles a proposé un arrêt du Grand Conseil signifié portant commission de faire appeler en justice tous créanciers et fermiers du cardinal Mazarin, avec défense à eux de vider leurs mains des deniers saisis entre icelles que par arrêt dudit Conseil et procéder ailleurs qu'en icelui en conséquence de l'évocation générale des causes dudit Cardinal audit Grand Conseil de 1646. Sur quoi les gens du Roi ouïs en leurs conclusions, ils ont dit que ce qui étoit de plus remarquable dans cet arrêt n'étoit pas l'évocation générale des causes du cardinal Mazarin pour raison de ses abbayes, car bien qu'il semble que le titre de cette évocation soit révoqué par la déclaration de 1648, néanmoins, à la prendre en ce sens seroit ruiner entièrement la juridiction du Grand Conseil, lequel autrement n'auroit la connoissance que des bénéfices consistoriaux et quelques règlements de juges^; mais ce qui mettoit l'affaire hors du commun étoit que dans toutes les saisies, arrêts et poursuites, lesquelles avoient été faites
1. Tous les détails donnés ici sur cet incident ne se retrouvent pas ailleurs.
2. Sur cette séance, voyez le Journal du Parlement, p. 230-232; Dubuisson-Aubenay, t. II, p. 186, et ms. fr. 25026, fol. 48 v°. Talon et Vallier n'en donnent pas de compte-rendu.
3. Le Grand Conseil jugeait toutes les affaires ecclésiastiques et les procès concernant les archevêchés, évêchés, abbayes, hôpitaux et maladreries.
contre le cardinal Mazarin, M. le procureur général seul étoit partie ; auquel cas le Roi ne donnoit jamais attribution nouvelle de juridiction, laquelle en ce cas retourneroit contre lui, ce qui répugne à cette maxime que celui lequel fait la loi n'est jamais censé l'établir contre lui-même. C'est pourquoi ils requéroient qu'il plût à la Cour ordonner que, sans s'arrêtera l'arrêt du Conseil, les arrêts rendus contre le Cardinal seroient exécutés, et défenses de procéder ailleurs qu'en la Cour pour raison d'iceux. M. de Broussel a été d'avis, en ajoutant aux conclusions, décharger les fermiers du Cardinal de l'assignation à eux donnée au Grand Conseil, même décréter contre le sergent, lequel a signifié l'arrêt. Et sur ce que, après son avis, il a été remontré que, s'agissant de l'exécution de l'arrêt du 29 décembre dernier. Messieurs d'Eglise ne pouvoient assister à la délibération', une partie d'iceux s'est retirée, mais l'autre a donné son suffrage, après que M. de LongueiP a remontré que l'arrêt du Conseil ne regardant que le revenu des bénéfices ou autres causes civiles pour raison d'iceux, les conclusions et avis pour l'exécution des arrêts rendus en la Cour contre le Cardinal ne se dévoient entendre que pour le civil, auquel seulement l'arrêt du Conseil sembloit donner atteinte : à quoi il a persisté, quoiqu'il y eût beaucoup d'avis distincts à ordonner que l'arrêt du 29 décembre dernier seroit exécuté, tant pour le criminel que pour le civil, en toutes ses parties : ce qui a donné lieu à la plus grande partie de la compagnie de penser que ceux de Messieurs d'Eglise qui étoient restés en leurs places, eussent peut-être mieux fait de se retirer, pour ne donner un prétexte de les vexer dans un temps de vexation, joint qu'ils en avoient pareille occasion à celle qui les avoit fait ci-devant retirer par trois fois.
M. Lotin^ a été d'avis de prononcer par cassation de l'arrêt du Grand Conseil, mais a été remontré que cet arrêt n'étoit qu'une commission. Il a toutefois été trouvé à propos de décharger les fermiers des abbayes du Cardinal de l'assignation à eux donnée. M. le duc d'Orléans a dit que cet arrêt étoit important pour faire voir au Cardinal que le Parlement ne le marchanderoit pas s'il pensoit se pourvoir au Grand Conseil, comme il avoit fait par cet
1. Parce que, dans l'arrêt du 29 décembre, la peine de mort était envisagée.
2. Pierre de Longueil, qui était conseiller clerc (ci-dessus, p. 52).
3. François Lotin de Charny, conseiller du 11 mars 1632; il siégeait à la première des Enquêtes, dont il fut président.
arrêt qu'il avoit publié comme la première de ses tentatives ordinaires.
Après cette délibération, lecture a été faite des remontrances par écrit contre le cardinal Mazarin en présence des gens du Roi, lesquelles n'ont point satisfoit la compagnie', ainsi qu'elle a fait voir à la lecture de celles du Parlement de Toulouse, car aux premières chacun s'est tenu dans le silence, et aux secondes il s'est élevé une exclamation tout extraordinaire; après laquelle M. Le Bailleul ayant proposé de députer vers le Roi, M. le duc d'Orléans a dit qu'il y avoit exemples de remontrances par écrit envoyées au Roi par la voie d'un courrier : à quoi M. Le Bailleul a reparti que ce n'étoit la plus ordinaire; même, en un temps, l'on pouvoit encore avoir accès facile auprès du Roi, comme il s'étoit pratiqué en 1615, lorsque M. le premier président et conseillers furent députés ; mais pour cela M. le duc d'Orléans ne s'étant rendu, il a été trouvé à propos de remettre au prochain jour d'en délibérer. Et, cependant, M. Ménardeau a dit que l'on avoit agité quelques propositions touchant les rentes et gages dans la chambre de Saint-Louis 2, mais qu'il n'y avoit encore été rien arrêté, et que Messieurs des Comptes y étant entrés, avoient dit seulement que, ayant été invités de se trouver dans l'assemblée, ils y étoient envoyés pour y travailler avec toute la compagnie.
Ce jourd'hui, 23 mars 16553^ toutes les Chambres assemblées, où étoient M. le duc d'Orléans, le duc de Brissac, les maréchaux de l'Hospital et d'Estampes, M. le président Le Bailleul a proposé la délibération de savoir comment l'on envoyeroit au Roi les remontrances contre le cardinal Mazarin : ce qui a fait dire à M. le duc d'Orléans qu'il n'importoit de quelle façon en usât la
1. Ces remontrances avaient été rédigées au nom du vieux Broussel, chargé officiellement de leur rédaction, par Mathieu de Morgues, abbé de Saint-Germain, prévôt de Pignan, « homme obligé de bénéfices à la cour s'il y a homme en France qui le puisse être, mais méchant auteur et incapable décrire qu'en injures et satires )> (Dubuisson-Aubenay, t. II, p. 186). Elles furent jugées « basses et non assez fortes » {ibid.); « trop longues et d'un style trop plat », au dire du nouvelliste du ms. fr. 25026 (fol. 48 v°), qui ajoute qu'on arrêta « qu'elles seroient raccourcies et mises en plus beaux termes ».
2. A la séance du 21, dont on trouvera le compte-rendu dans le Journal du Parlement, p. 235-237. La Chambre des comptes, sensible aux avances polies décidées la veille par le Parlement, avait changé d'avis et décidé de prendre part aux délibérations de la chambre Saint-Louis.
3. Sur cette séance, cf. Journal du Parlement, p. 237-238; Dubuisson-Aubenay, t. II, p. 187, et ms. fr. 25026, fol. 50 r°.
compagnie, pourvu que les députés qu'elle enverroit n'eussent aucun commerce avec le cardinal Mazarin.
M. le doyen a été d'avis de députer ainsi qu'en 1615.
M. de Broussel : députer en petit nombre ; lorsque M. le premier président de Selve^ était auprès de Madame la régente, l'on envoya seulement deux conseillers, lesquels, avec le premier président, lui présentèrent les remontrances du Parlement sur toute la direction du royaume.
M. Doujat ayant dit qu'encore étoit-il bon de donner quelque pouvoir à MM. les députés, il a été interrompu par le bruit ; mais il a eu meilleure audience lorsqu'il a dit qu'il entendoit seulement que M. le président remontrât au Roi les pilleries des gens de guerre et le malheureux état de la France, et supplier S. M. de donner la paix à son peuple, comme lui supplioit M. le duc d'Orléans d'y contribuer.
M. de Longueil : arrêter présentement de députer, mais d'autant même en ce qui regarde les termes injurieux de la harangue de l'archevêque de Rouen^, les députés pour ces remontrances se pourroient assembler et y repasser la plume et y soutenir quelques endroits qui regardent l'honneur et la dignité de la compagnie.
M. Provost^ : qu'il falloit prévenir que, en demandant au Roi la paix, il falloit prévenir ces cris du peuple que l'on entendroit bientôt par la disette de toutes choses : « Ou du pain, ou la paix ! »
M. Charton : demander la paix en chassant le cardinal Mazarin, sans laquelle condition M. de Machault a dit qu'elle n'étoit à désirer, crainte qu'elle ne soit la cause de nouveaux désordres, ainsi que nous l'avons ressenti dans la paix de Paris.
M. Mole : après avoir protesté de son respect pour ceux lesquels avoient fait les remontrances, a dit qu'il y avoit beaucoup de choses lesquelles méritoient être repassées, ce qui se pourroit faire avec celui de MM. les présidents lequel, s'étant député pour les porter, pourroit aussi présenter au Roi la déclaration de M. le duc d'Orléans, que le Cardinal est la seule cause de la guerre et l'obstacle à la paix ; et, en outre, il a été d'avis d'arrêter que les
1. Jean de Selve, premier président au Parlement de Paris de 1521 à 1529, après avoir exercé la même charge aux Parlements de Bordeaux et de Rouen et avoir été chargé de grandes ambassades.