‹ Un journal inédit du Parlement de Paris pendant la FrondeChapitre 60 sur 64 · Le Prévost, abbé de Samer {ibid., p · texte numérisé non relu

Le Prévost, abbé de Samer {ibid., p

députés de la compagnie n'auront aucun commerce avec le Cardinal, sous quelque prétexte ou occasion que ce puisse être.

M. de Blancménil : que, en cas que le cardinal Mazarin voulût assister à la lecture des remontrances, le Roi seroit supplié de le faire retirer, ainsi qu'il avoit été pratiqué par le premier président de Verdun ^ contre M. de Vitry, capitaine des gardes du corps^, « afin que le criminel ne paroisse à la face de la justice j, a dit M. de Machault, « ou, s'il y paroît, qu'il soit apostrophé ainsi qu'il mérite ».

M. de la Grange : qu'il falloit prendre garde que, dans cette députation, il ne se fasse de pareilles intrigues à celles que l'on a pratiquées dans la conférence de Rueil, et, pour les éviter ou un semblable ordre de voir le Cardinal que le présidial de Tours avoit reçu 3, arrêter qu'ils ne verront le Cardinal directement ou indirectement, ni personne de sa part.

M. Lotin : que, en mettant une seconde main sur les remontrances, il seroit bon d'y insérer les mauvaises impressions qu'il avoit voulu donner au Roi des Parlements et de la noblesse.

M. Dorai : que, dans le discours qui a coutume de précéder la lecture des remontrances, il étoit nécessaire de faire voir au Roi la grandeur des maux sous lesquels la France gémissoit, et remontrer à S. M. que tous ces maux sont ou des nécessaires remèdes, ou plus supportables que le rétablissement du cardinal Mazarin.

M. Lallemant : qu'il seroit avantageux que le Cardinal fût présent à la lecture des remontrances, afin de le convaincre.

M. le duc d'Orléans : qu'il n'étoit besoin que de le prier de contribuer à la paix du royaume, à laquelle il avoit toutes les dispositions, outre que l'État ne pouvoit plus supporter la guerre, soit au dedans, soit au dehors, à cause du désordre incroyable des gens de guerre, dont le Roi avoit été témoin oculaire dans

1. Nicolas de Verdun, mort premier président du Parlement de Paris le 16 août 1627, après avoir été successivement président aux Requêtes et aux Enquêtes; il avait succédé à Achille de Harlay.

2. Nicolas de l'Hospital, marquis, puis duc de Vitry, capitaine des gardes du corps de Louis XIII, nommé maréchal de France le 24 avril 1G17, à la suite de l'assassinat de Concini, et conseiller d'honneur au Parlement le 22 mai 1617; il mourut en 1644. C'est le frère du maréchal de l'Hospital.

3. Quand la cour s'était trouvée à Tours du 10 au 12 mars, tous les corps constitués, sauf le Grand Conseil, avaient rendu visite à Mazarin (Dubuisson-Aubenay, t. II, p. 186); ils ne le tirent d'ailleurs, d'après Talon (p. 473), qu'avec une sorte « de répugnance intérieure ».

la ville de Blois et à Cheverny', qu'ils avoient pillé, après avoir tué l'un des gardes du corps que S. M. y avoit envoyés pour le conserver; qu'il falloit donc être étranger pour voir ces désordres et s'y plaire, comme le cardinal Mazarin, lequel, non seulement ne vouloit point voir la paix en France, mais éloit incapable de la résoudre, quand il le voudroit, ainsi qu'il avoit fait voir dans la paix de Rueil à sa joie extraordinaire, lorsque, à ténèbres, il apprit que le Parlement l'avoit ratifiée, quoiqu'un chacun sache les obstacles qu'il avoit apportés à sa conclusion : qu'ainsi il ne falloit rien attendre de lui, mais, pour faire voir que la députation n'étoit pas pour entrer en aucune conférence avec lui, il falloit arrêt portant défenses aux députés de voir le cardinal Mazarin, directement ou indirectement, ou entendre proposition de sa part; cependant, qu'on pourroit remontrer au Roi la nécessité de la paix, les désordres de son royaume et les déclarations de S. M. contre le cardinal Mazarin, même dire un mot de la harangue de l'archevêque de Rouen, attendant qu'on lui fasse son procès comme à un impie; dans ce même lieu, en parlant des désordres commis à Blois, M. le duc d'Orléans a raconté comme, le Roi ■voulant aller à Cheverny, il en avoit été empêché avec violence, pour faire voir que le Cardinal le retenoit prisonnier.

M. le président de Nesmond, lequel avoit été désigné par M. le duc d'Orléans pour porter les remontrances, a dit que, si la compagnie lui faisoit l'honneur de le charger de cette commission, il tâcheroit, au plus qu'il lui seroit possible, de suivre les sentiments qu'il y avoit remarqués, mais qu'il demanderoit volontiers si, pour fortifier les remontrances, elle n'avoit pas agréable qu'il présentât au Roi les déclarations de S. M. données contre le Cardinal2 et les registres portant les paroles de la Reine que l'éloignement du cardinal Mazarin étoit sans aucune espérance de retour, avec la déclaration de M. le duc d'Orléans de poser les armes, sitôt qu'il seroit éloigné : ce que toute la compagnie ayant témoigné avoir agréable, lecture a été faite du résultat de la délibération dans laquelle n'y ayant diversité de sentiment à députer en

1. On fit imprimer pour la circonstance à Paris, par la veuve Guillemot (1652, in-4°; Bibl. nat., Lb37 2368), la « Lettre d'un habitant de la ville de Blois, écrite à un sien ami, sur les désordres, pilleries, sacrilèges et violemens que le cardinal Mazarin a fait faire, tant dans ladite ville de Blois que dans tous les villages aux environs » (1" avril). — Cheverny, Loire-et-Cher, arr. de Blois, cant. de Contres.

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