C'était le substitut du procureur général
M. de Longueil a blâmé la sédition, mais en a rapporté la cause à une assemblée de ville extraordinaire que le maréchal de l'Hospital n'avoit dû faire' ; sur quoi beaucoup de Messieurs ont dit que cette assemblée avoit été suscitée pour empêcher Monsieur le Prince d'entrer dans Paris, et, en ce cas, de faire prendre les armes aux bourgeois.
M. Ménardeau a justifié l'assemblée de ville et rapporté la cause de la sédition à des placards 2, lesquels avoient été affichés auparavant, et à vingt pistoles que l'on avoit distribuées pour ce dessein : à quoi ces séditieux s'étoient trouvés d'autant plus disposés que l'on n'avoit point fait d'exemple de tous ceux lesquels avoient été arrêtés jusques ici, si bien qu'il étoit expédient de faire en ce rencontre bonne et briève justice, et de renvoyer les prisonniers au Ueutenant criminel pour leur être fait leur procès présidialement et sans appel; et, cependant, mettre des corps de garde sur le Pont-Neuf pour éviter à de nouveaux désordres dont l'on étoit menacé.
M. Mole a dit que ces séditions étoient excitées et qu'il y avoit des grands lesquels s'y étoient mêlés 3.
M. Renard a proposé de prier M. le duc d'Orléans d'arrêter le
1. Le 1" avril, le maréchal de l'Hospital, gouverneur de Paris, avait en effet fait tenir une assemblée à l'Hôtel de ville pour délibérer au sujet de l'arrivée attendue de Condé dans la capitale; « mais il ne put faire prendre autre résolution que d'envoyer le prévôt des marchands à S. A. R. [le duc d'Orléans] pour lui en donner part et la supplier de tenir la main à ce qu'il n'en arrivât aucun accident qui pût troubler le repos de la ville; à quoi elle lui répondit que Messieurs de la ville n'avoient rien à craindre de ce côté-là et lui ajouta qu'elle ne croyoit pas que Monsieur le Prince demeurât ici plus de vingt-quatre heures. Sur quoi ce maréchal a fait tenir ce matin [2 avril] une seconde assemblée, dans laquelle il a été résolu qu'on députeroit à S. A. R. pour la prier de donner sa parole que Monsieur le Prince ne seroit ici que vingt-jquatre heures et de trouver bon qu'elle fût enregistrée à l'Hôtel de ville ; à quoi elle n'a pas voulu consentir et leur a dit qu'elle n'en avoit parlé au prévôt des marchands que parce qu'elle le jugeoit ainsi, mais qu'elle ne l'assuroit pas » (ms. fr. 25026, fol. 55 r").
2. De ce placard, affiché dans la nuit du lundi 1" au mardi 2 avril, et intitulé Avis aux Parisiens, Dubuisson-Aubenay (t. HI, p. 193-194), qui en attribue la paternité au commandeur de Saint-Simon, donne un texte abrégé; on en trouve un texte en style indirect, plus complet, dans le ms. fr. 25026, fol. 55 r.
3. Vallier précise et dit que le maréchal d'Estampes et le commandeur de Saint-Simon, agents du duc d'Orléans, avaient encouragé les séditieux (t. ni, p. 192-193), et Talon parle comme provocateurs, de « menus officiers du palais d'Orléans, de ceux qui étoient restés de l'hôtel de Condé et des valets de l'hôtel de Nemours ».
cours de ce désordre, mais cet avis a été trouvé au-dessous de sa dignité.
Enfin, toute la compagnie ayant unanimement condamné les séditieux et la sédition, il ne s'est trouvé diversité d'avis que dans la manière de procéder; car MM. les présidents ayant fort relevé l'avis de M. Ménardeau pour l'attribution de la présidialité et renvoi des prisonniers au prévôt de Paris', ils en ont formé un avis, lequel ils ont mis dans la bouche de M. le doyen, quoiqu'il eût auparavant opiné aux conclusions seulement : de quoi l'un de Messieurs s'étant plaint pour l'empêcher, comme d'une chose toute contraire à la discipline de la compagnie, M. le président de Novion lui a dit avec aigreur que l'on ne l'emporteroit point en criant, et que ceux qui crioient ainsi étoient les premiers fauteurs de la sédition : à quoi lui a été reparti, avec un ton encore plus élevé, que c'étoit lui lequel étoit l'auteur de tous les désordres que nous ressentions, ayant le premier attaqué le cardinal Mazarin pour ses intérêts particuliers, comme il tâchoit à présent de le rétablir pour en tirer ses avantages 2. Ce mot, qui touchoit au vif ce président, lui a ôté la parole et l'a réduit dans une confusion remarquable, de laquelle il ne s'est relevé, quoique, pour l'appuyer, M. le président de Mesmes a dit un peu après : a Quoi! faut-il que nous soyons réduits à apprendre l'ordre de la compagnie de ceux qui ont le moins de service? » A quoi il lui a été aussitôt reparti par celui que M. le président de Novion avoit offensé qu'il avoitplus de service que n'en avoit M. le président de Novion lorsqu'il avoit été reçu en sa place 3. Et après ces mots, la contestation a été apaisée, dans laquelle MM. Renard, Portail, Petau et autres anciens ont fort blâmé le président de Novion, quoique quelquesuns eussent fait un jugement contraire, pour n'avoir entendu les premiers mots du président de Novion, lesquels avoient donné lieu
1. Trois des éineutiers avaient été jugés dès le 4 par le bailli du Palais, comme ayant été arrêtés dans l'enceinte du Palais de justice, où il était souverain juge; ce sont les autres personnes arrêtées qiie Ménardeau proposait de renvoyer devant le Châtelet (cf. Dubuisson-Aubenay, t. II, 1>. 197-198); le lieutenant criminel les réclamait.
2. En 1648, le président de Novion avait été en eflet grand adversaire de Mazarin (cf. Vallier, t. I, p. 106); mais, depuis que Mathieu Mole avait été nommé garde des sceaux, il ambitionnait sa succession à la première présidence et avait par suite intérêt à être en bons termes avec le cardinal. L'auteur du présent Journal n'a pas nommé, — peut-être à dessein, — le conseiller qui se livra à cette vive attaque contre Novion.
3. On se souvient que Novion, reçu au Parlement le 28 novembre 1637, n'avait pas Luit ans de services quand il fut nommé j)résident en 1645.
à tout le différend. Néanmoins, l'avis de M. Ménardeau ayant été réduit en proposition, et délibéré une, deux fois par oui ou non, il a passé de six ou sept suffrages, ayant été suivi de trente-six voix, et le contraire de trente seulement, car la compagnie étoit peu nombreuse à cause des fêtes ^
Ce jourd'hui, 12 avril 16522, toutes les Chambres assemblées, où étoient M. le duc d'Orléans, M. le prince de Condé^, les ducs de Beauforf*, de Sully s, de la Rochefoucauld ^ et le maréchal d'Estampes, M. Payen a voulu rapporter une requête des habitants de la ville d'Angers, mais il n'y a été opiné, non par la raison que M. le président de Bailleul a apportée que cette requête étoit d'importance, mais à cause des matières plus sérieuses que l'on avoit à traiter : pour raison de quoi, les gens du Roi mandés et pour entendre le récit de ce qui s'étoit passé dans la dernière députation, M. le duc d'Orléans a dit que, avant de l'entendre, il désiroit répéter la déclaration, qu'il avoit faite plusieurs fois dans la compagnie, de poser les armes aussitôt que le cardinal Mazarin seroit éloigné et les arrêts et déclarations contre lui exécutés et que, ayant plusieurs fois assuré la compagnie des intentions de Monsieur le Prince toutes semblables, il étoit lui-même venu pour l'en assurer. Après ces mots, Monsieur le Prince a pris la parole et a rejeté les causes de son éloignement dernier de la cour, qui l'avoit empêché d'assister à la majorité du Roi, aux avis certains qu'il avoit que l'on vouloit pour une seconde fois entreprendre sur sa liberté; qu'en effet il ne s'est pas sitôt retiré dans son gouvernement qu'il y a ressenti les effets de la persécution de ses ennemis, contre lesquels il n'a voulu néanmoins rien entreprendre qu'avec l'avis d'un Parlement, qu'il a voulu être le témoin de sa conduite et dont il a