En février
petit nombre et revoir les remontrances, et d'assembler les députés chez le président de Nesmond, et arrêter que l'on n'aura aucun commerce avec le cardinal Mazarin, directement ou indirectement, il s'est élevé une grande contestation sur ce que MM. les présidents de Longueil et Potier ont proposé de porter au Roi, non seulement les déclarations contre le cardinal Mazarin, mais aussi celle donnée pour l'exclusion du ministère de tous les cardinaux, même françois^, ce que l'on a cru avoir été proposé contre M. le cardinal de Retz; mais il n'a été bien reçu, quoique, à différentes fois, MM. de Longueil, Ménardeau, Machault (des Requêtes), Lallemant et autres aient insisté d'en faire délibérer. Mais M. de Nesmond a terminé cette contestation, ayant remontré qu'il n'avoit pas demandé s'il porteroit toutes les déclarations contre le cardinal Mazarin afin qu'il en fût délibéré, et qu'il prioit plus la compagnie de croire qu'il n'oublieroit rien de ce qui seroit nécessaire pour fortifier les remontrances contre le Cardinal, auxquelles il ne prétendoit rien ajouter ou diminuer qu'avec le consentement de Messieurs, lesquels avoient été députés pour les dresser. Cependant, M. le duc d'Orléans ayant nommé MM. Le Meusnier^ et Benoise, de la Grand'Chambre, Bitault et Lotin, des Enquêtes, et Charpentier, des Requêtes 3, pour porter les remontrances avec M. le président de Nesmond, la compagnie y a facilement acquiescé, quoique quelques-uns demandassent d'en délibérer et que les autres crussent à propos d'épargner cette fois M. Bitault; mais lui l'ayant volontairement accepté, il n'y a eu aucun empêchement'*. Ce jourd'hui, 26 mars 1652^, toutes les Chambres assemblées, la
1. Cette proposition d'exclure du ministère tous les cardinaux, même français, avait été faite au Parlement le 20 février 1651 et considérée déjà à ce moment-là comme visant le cardinal de Retz (cf. Vallier, t. II, p. 294-295).
2. Jacques Le Meusnier, sieur de Lartige, conseiller depuis le 28 février
3. Dubuisson-Aùbenay (t. II, p. 187) nomme par erreur Boulanger au lieu de Charpentier.
4. Le texte des remontrances, arrêté définitivement, est imprimé dans le Journal du Parlement, p. 238-251.
5. Le Journal du Parlement ne dit rien de cette séance, dont on ne trouve mention non plus dans aucun des auteurs contemporains; il ne parle pas davantage de la réunion qui aurait eu lieu le 25 à la chambre Saint-Louis. Le 26 mars était le mardi de la semaine sainte. En revanche, ce Journal (p. 254-255) donne le compte-rendu d'une séance tenue le lundi de Pâques, 1" avril, dont il n'est pas parlé ici.
Cour a autorisé par arrêt ce qui avoit été résolu le jour précédent dans la chambre de Saint-Louis, touchant le paiement des rentes et gages pendant les fêtes prochaines.
Ce jourd'hui, 4 avril 1652', toutes les Chambres ont été assemblées et les lieutenants civil et criminel, prévôt des marchands et bailli du Palais entendus sur le sujet d'une sédition excitée sur le Pont- Neuf les deux derniers jours 2, où quelques vagabonds, s'étant attroupés, arrêtoient les carrosses passants et faisoient crier : a Vive le Roi, les Princes et point de Mazarin! » D'où ils prenoient prétexte de détrousser les passants, même menaçolent les maisons du pillage et avoient tenté de forcer l'hôtel de Nevers^, ce qui avoit obligé le bourgeois à prendre les armes pour dissiper cette canaille, dont trois avoient été arrêtés par le bailli du Palais. Sur quoi M. Béchefer^ étant au second bureau en l'absence de MM. les gens du Roi et ayant requis qu'il fût procédé contre les coupables par les bas officiers en la manière accoutumée, et défenses publiées de s'attrouper ou faire aucun acte tendant à sédition, M. de Broussel a répondu à ce qui avoit été dit par quelqu'un de la compagnie que le prévôt des marchands devoit faire prendre les armes, et a soutenu et donné pour maxime constante qu'il n'appartenoit au gouverneur ni au prévôt des marchands de faire prendre les armes à la ville de Paris, mais au Parlement, privativement à tous autres, en l'absence du Roi; et sur le sujet de la sédition il s'est rangé aux conclusions, disant qu'à la vérité la sédition étoit le plus dangereux de tous les maux et le plus difficile à guérir, parce que, t si vous étende? la punition sur tous les autres, vous encourez la réputation de cruauté, qu'aussi en dissimulant vous augmentez le mal » ; c'est pourquoi il ne falloit y apporter ni douceur ni sévérité, mais faire que metus ad omnes, pœna ad paucos pertineat.
M. Doujat a été d'avis conforme à ce qui avoit été demandé par le prévôt des marchands et échevins, que, en cas de résistance par les séditieux, il fût permis aux bourgeois de tirer sur eux sans qu'il en puisse être recherché civilement ou criminellement.
1. Sur cette séance, cf. Journal du Parlement, p. 255-257; Talon, p. 474; Dubuisson-Aubenay, t. II, p. 197.
2. On trouvera tous les détails de cette émeute des 2 et 3 avril dans Dubuisson-Aubenay, t. II, p. 194-195; Talon, p. 475; Vallier, t. III, p. 190- 193; Retz, t. IV, p. 130, et surtout dans les deux relations inédites des ms. fr. 5844, fol. 2, et 25026, fol. 55 v».
3. Situé sur le quai, près du Pont-Neuf, l'hôtel de Nevers appartenait au secrétaire d'État Guénegaud.