‹ Un laboratoire dramaturgiqueChapitre 106 sur 112 · Scène I. — Très beau monologue du Masque · texte numérisé non relu

Scène I. — Très beau monologue du Masque

— Oh ! ce masque est encor le plus cruel (var.) des

[deux!

Premier texte :

— Me fait peur quand je passe, et vient à ma ren-

[contre....

— Et des papillons d'or qui volaient dans les fleurs....

— Et nous f enchaînerons, masqué, dans un tombeau....

Les quatre vers : « Le printemps le fera..., etc. « sont rajoutés en marge; 1" texte :

Il regardera, pâle et secouant sa chaîne ',

1. Pour ce vers, comme pour celui que nous citons précédemment, Victor Hugo a réfléchi que le Masque de fer n'était pas enchaîné.

Les femmes aux pieds nus qui marchent {courent) dans

[la plaine.... (Var. :) — 11 usera son àun; en œuvres puériles....

— Quoi! le lac bleu sourit... (Nous sommes à Pierre-

[fonds.) (Var. :) — La nature frissonne d s'émeut dans les bois....

Le vers : « Privé de brise fraîche... » est une variante, annexée ensuite en marge. Le texte du manuscrit, non barré, porte :

Loin des champs, loin des prés, de la chaude lumière....

Plusieurs des jeux de scène, assez nombreux ici, ont été consignés, après coup, dans l'interligne. — La chanson d'Alix offre deux variantes insignifiantes :

L'aube est bien près d'éclore....

L'ombre contient l'amour....

Scène II. — Les deux vers : " Depuis un mois tu viens..., etc. » occupent l'interligne. L'auteur avait donc, par inadvertance, laissé quatre rimes féminines consécutives. — Variantes :

— Viens, approche à présent, beau front....

— Ton adorable main si bénie (sacrée)....

Premier texte :

... Je compte les instants....

— Où vorlaient des oiseaux dont j'enviais les ailes....

— J'avais vraiment besoin de te voir!...

(Var. : — Qui chante dans mon âme en t'écoutant parler....

Les quatre vers : « Queje voudrais vous voir. . . , etc. » furent ajoutés en marge. On lisait d'abord :

Cet homme? — J'en suis sûr....

C'était peu clair, et assez incorrect. — Variante :

Il faut parler pourtant de choses sérieuses....

Premier texte :

— C'est vrai, tout est possible aux anges comme toi !...

— La cour est à Compiègne. On risquerait beaucoup....

(La correction porte : « On pourrait risquer tout * ». Le texte de l'édition : « On pourrait j9er(?re tout... » ne figure pas sur le manuscrit.)

Bien sot qui tord le cou des poules aux œufs d'or.

Voilà, certes, un geôlier lettré, qui avait dû faire ses humanités; car ce n'était point dans La Fontaine qu'il avait lu cette fable. On peut rapprocher ce vers du distique suivant, qui se trouvait, presque en termes identiques, dans Cromwell et dans Le Roi s'amuse (cf. supi-a, pp. 132 et 268) :

Le mystère est un œuf — croyez-en Triboulet — Qu'il ne faut pas casser si l'on veut un poulet.

Hugo craignit-il donc le rapprochement? Toujours est-il qu'il a proposé en marge celte variante : Je veillerai sur lui comme sur un trésor.

En marge, également, la rédaction définitive de la réplique d'Alix. L'auteur avait d'abord écrit :

Du diable si je laisse échapper le jeune homme!

(C'était le geôlier qui continuait.)

ALIX, au masque.

Excusez-moi. Je suis fille noble. On me nomme Jeanne Alix de Ponlhieu. Je tiens aux Chateaupers, Et je suis Créqui. J'ai des aïeux ducs et pairs..., etc. Premier texte :

— J'avais \)\\)m, j'avais Dieu sur le front, dans le cœur....

— On vit (|ue je; savais qui j'étais. J'iHais sombre....

— Et je ne dis rien. Toi (|ui viens dans ma demeure....

]. (If. le s()iiv(;iiir de ces deux rimes el de celle expression dans Les llnrgravi-s (acle M. se. i, vers 1 el i).

Tout le reste de Tacle, écrit «l'une écriture très lâche et très rapide, est une copie hâtivement faite sur un texte déjà complètement mis au point. Il s'ensuit que les corrections, faites ailleurs, ont disparu pour nous. A la fin de la scène ni, une seule variante :

Je prétends qu'on te paie et qu'on te récompense....

A la scène iv; premier texte : «

— Qu'on V enferme au donjon....

(Var. :) — Elle -peut, cette nuit, tenter un coup de main.... (Var. :) — Eh! încn, enfermons-nous ici, mon compagnon.... (Var. :) ... — Oui-dà, Centrée où pénétrait la dame.... /Var. :) — Les mutins au geôlier pourraient bien recourir.... /Var. :) — T.e geôlier vous leurrait....

Suit la date : 15 août; et c'est tout.

Acte III. — Du troisième acte, quatre scènes sont terminées; la quatrième est demeurée inachevée '.

Dans la scène i, le jeune roi, la reine-mère et le cardinal sont en présence et discutent assez aigrement. Il s'agit de la situation politique de la France, et aussi du projet de mariage entre Louis XIV et la nièce de Mazarin. Peu de corrections. Aucune n'est importante :

— Soit. On eût pu choisir une maison meilleure....

— Le pape se fait vieux; pour le cas d'un conclave, Nulle brigue n'est /'u/ie....

(Var. :) — Jusque chez mni, Monsieur, un hras de fer se

[dresse....

1. En tète de l'acte, la date : 17 juillel {en surcharge : 17 août). L'écriture se redresse; elle ressemble maintenant à celle du manubcrit de Ruy-Blas.

TH. DK V. H. * «.*

— Le sieur Mathieu Mole! — Je ne dis rien de vague. Miiis consultez Monsieur le maréchal d'Entrague,

(Var. :) Madame de Cramait....

(Var. :) — Pons, lliomme le plus pur....

— Souvré, le conseiller Charton. — Des imbécilles! {sic) (Var. :) — QiCavcz-vous dit tout bas?...

— Parlez. — Non, je me tais. — Quant aux prétentions Des princes, parlons-en . Nous en ver rons de belles

La rime à prétentions manque. Ces vers ont été interrompus, et le passage intermédiaire refait en marge.

(Var. :) — Mais plus bas que le sien.... Premier texte :

— ... Et ne demande, après les discoi'des civiles,

I\ien que votre pardon, et j^uis deux ou trois villes....

— Vendôme un rang à part, et Guise de l'argent,

(Toujours les corrections de noms propres. De môme. Chabot et Mercœiir ont remplacé deux autres noms, barrés, et <pie je n"ai pu restituer. Plus bas, le duc d'Agen a pris la place du duc d'Elbœuf.)

Sur un feuillet voisin, je lis cette première version des deux derniers vers du couplet :

Comment! le duc d'Aycn demande pour prolils l'n bàlon pour son frère et Tordre pour son lils! C'est un peu fort! -— Monsieur,... etc.

Suite des variantes :

— ... Dont le père à Palerme était greffier, je pense....

— (Test que soixante rois et soixante empereurs.... [Au Hoi :} Cest qu'on m'égorgera sans que Je dise (Uii....

— On ?«'ô/e votre cœur....

— Vous souvient-il? G?'on(/(^j<r, pour un mot se lacliaiit. Avare, il vous laissait cti liiver, en décembre....

— Même // trouvait mauvais qu'on vous montrât I liis-

[loire

— Et votre peuple aussi souffrait. Celait infâme!...

Sci'ur II. — Premier texte :

— Moi, t'iittcndrdOli ! plutôt mille fois que Je meure !.. .

— Mon Dieu! Von me mettrait le pied sur la poitrine (Var. :) Que le roi ne ferait qu'en rire. — Je conclus....

Si seulement Monsieur avait deux ans de plus!

Scène III. — Le comte Jean, le Masque, Alix. En maro^e, cette note : << Peul-élre leur laisser leurs coslûmes de la jyi'isan ».

(Var. :) En dix ans écoulés! dix siècles!...

Ce vers et les trois suivants ont été ajoutés à la marge. De même, l'indication scénique : « Au moment où il est délivré,.... etc. » — Premier texte :

— Mais je uai pas le temps de souffrir pour moi-

[même

— ... Qu'il est beau ! C'est bien lui! Cest mon rêve !...

— Oh ! fombrc de mon front, l'ombre affreuse, se lève!.. (Var. :) U ombre quime couvrait, l'ombre affreuse, se lève!...

Mon âme avait un manque aussi!

(Kegarilaiit autour de lui avec une joie cfTarée.)

C'est inouï!

Oh! dans Vair rayonnant mon front plonge ébloui! Tout brille !... etc.

— J'ai de l'air sur le front, de l'air dans les cheveux !...

— Nous irons devant nous dans le grand univers; (Var. :) Nous aurons devant nous tout l'immense univers;

Les astres brilleront, les coteaux seront verts; Les bois, comme à présent,... etc.

Scènr IV. — C'est le monologue historique de Mazarin.

— Quels sont ces deux démons? Mon Dieu! je suis

[perdu !...

La note ilescriplive (|ui suit la sortie de Ghandenier l'ut ajoutée poslérieurenient à la rédaction première.

Le reste de la scène a visiblement été recopié. Notons ces différences du premier texte :

— J'y parviendrai sans bruit. — Eichelicu, Richelieu !...

— L'œuvre que f ai finie et qui subit ma loi.... (Var. :) — Europe, voûte énorme à Paris appuyée....

Les quatre vers : <i Seul, l'électeur de Trêve..., etc. » sont écrits en marge.

— Le sultan a douze ans, et son royaume tombe....

— lîon pays! — le poignard, oui, mais point d'écha-

[faud....

(Var. :) — Donc, tout convenje à moi, tout va bien, tout est

[sûr....

— ... Qui parle sans entendre et penche sans tomber....

— Quand Dieu dans mon tombeau me criera....

Ici finit le manuscrit.... Saurons-nous jamais ce que devenaient le Masque de fer, Alix, Créqui, et ce que ces personnages devaient dire, une fois mis en présence du Cardinal"?

Conclusion.

Le drame Les Jumeaux avait été construit et traité strictement selon la formule romantique. La bouffonnerie, avec Tagus et Guillot-Gorju; la donnée hypothétique s'encadrant dans l'histoire ; grand luxe de détails précis, déploiement de costumes, étalage étonnant de couleur locale; la psychologie des personnages simple, élémentaire ; la thèse : fidélité d'un vieux serviteur; w l'amour renverse tous les obstacles » ; sujet accessoire : ingratitude ■ royale de Louis XIV envers sa mère ; querelles dans le ménage morganaticjue de Mazarin cl d'Anne d'Autriche; rien n'y manque. Le poète est en pleine maturité desprit.

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Nulle part il n'a versifié avec plus d'aisance et de bonheur. La vue du manuscrit l'atteste. — Pour([uoi, dès lors, la pièce ne fut-elle pus terminée ?

Faut-il croire, avec M. Biré, que « Victor Hugo aura relu ses trois actes et aura reconnu que son drame n'avait pas le sens commun, que les plus beaux vers du monde ne pouvaient déguiser l'inanité du sujet et le ridicule de l'action, que derrière ce masque, enfin, il n'y avait pas de visage »? — Voilà une condamnation sévère et catégorique. Je ne l'estime point juste. Assurément, le premier acte, qui na pas moins de 860 vers, était touffu et difficile à accepter. Mais l'auteur l'aurait élagué ; déjà n'avait-il pas indiqué des coupures (cf. l'édit. tie varietur)'! Rien n'est donc au point. Le troisième acte, à peine ébauché, renferme des morceaux qui font longueur. Le monologue de Mazarin recommence l'entretien politique de la scène i entre le Roi, la Reine-mère et le Cardinal. Tout cela eût été condensé, éclairci. — Le deuxième acte est bien vivant, rapide, très scénique. Le monologue du Masque est, à coup sûr, un des meilleurs morceaux du théâtre romantique : il a sa place réservée dans toutes les anthologies. Le premier acte lui-même est plein de verve, et les boitiments lyriques du faux Gorju sont excellents '.

L'écrivain pouvait donc relire son drame sans éprouver aucun découragement, le terminer et le corriger, avec la belle assurance de son génie méthodique et

1. Plus lard, en écrivant ses romans, Hugo se souviendra de celte aptitude insigne à pérorer longtemps, à jeter au vol les mots sonores, étourdissants, qui cliquettent cl retentissent au mépris du sens et de la raison. Les boniments de Tagus sont frères des tirades endiablées <le Tholomvos, dans Les Misérables, et des parades désopilantes et saugrenues — vrai modèle du genre — d'Ursus, dans L'homme qui rit.

puissant. II ne Ta point fait, parce qu'il a compris que le genre historique devenait monotone, qu'il était temps de renouveler la formule romantique. Relisons la pièce, nous-mêmes. Les récriminations des seigneurs contre le Mazarin (I, vu) rappellent par trop les épigrammes dirigées contre Richelieu par d'autres mécontents {Marion de Lorme). Les tirades politiques du troisième acte évoquent le souvenir du monologue de Charles-Quint {Hernanï), de la sortie magnifique de Ruy-BIas. Les doléances de la Reine-mère sont presque le pendant de celles de Louis XIII, délaissé et dominé (encore Marion de Lorme!). Partout des situations qui en reproduisent d'autres, traitées ailleurs; partout des réminiscences, jusque dans le détail de l'expression*.

Ce jour-là, le poète a dû se poser à lui-même l'objection que souleva, en d'autres circonstances, un de ses critiques^ : « Mais votre amoureux a déjà porté ce plumet, ou ce manteau ! Mais nous l'avons déjà vu tomber dans tel piège, ou tendre telle embûche ! Mais votre amoureuse a déjà versé ces larmes de sang ! Mais vous-même, prenez-y garde, vous vous êtes déjà passionné à cette douleur! » Ainsi, par le désir de la variété, une conception différente s'offre à son esprit : celle d'un théâtre, moins populaire, où d'autres éléments prédomineraient, oi^i des effets plus délicats seraient obtenus. Le lyrisme, dont il a déjà tant usé dans ses drames, lui paraît une mine à creuser plus profondément. Qu'on n'oublie pas qu'il médite alors d'écrire une comédie lyrique sur Une aventure de Don César de liazan. Le sympathique

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