‹ Un laboratoire dramaturgiqueChapitre 2 sur 112 · Le mol. lotit à fait loplcjui-, est de M. Éin. Faguet · texte numérisé non relu

Le mol. lotit à fait loplcjui-, est de M. Éin. Faguet

époque, ceux des ouvrages qui ne furent j)oiiit publiés. Pourtant, quelques exceptions viennent augmenter notre regret. Il existe, entre autres, un manuscrit du Télémaqve avec des corrections fort utiles à consulter pour la définition de la prose poétique, telle que la concevait Fénelon. Nous avons aussi deux rédactions de là fable de La Fontaine : Le Renard, les Mouches et le Hérisso7i. Deux vers seulement de la première version ont passé dans la seconde. — Morale : Facilité n'est point synonyme d'improvisation.

Au XYiii" siècle, même indifférence à l'égard du brouillon, une fois édité. Par chance, on a conservé les papiers de Chénier, qui sont matière à réflexions sans nombre. Un helléniste, que j'aime à cause de l'attrayante clarté de sa critique, analyse en une fort jolie page, toute pleine d'images antiques, le plaisir extrême qu'un apprenti poète retire de pareilles lectures : « Un intérêt particulier s'attache aux œuvres inachevées d'un tel artiste; on y étudie plus sûrement les procédés de son art. On voit les idées, chez lui, germer, naître et grandir; la moindre esquisse est, à ce point de vue, aussi instructive pour nous qu'une œuvre achevée. Des notes préparatoires, des brouillons couverts de ratures, enfin des pièces recopiées avec soin, marquent les degrés successifs de son travail. C'est comme un art poétique en action; un vrai poète y peut aj)preiidre plus qu'à contempler

bien des chefs-d'œuvre d'une perfection qui ne laisse plus voir ni les essais qui l'ont préparée, ni les efforts qu'elle a coûtés. Rappelez-vous les vers où Virgile nous montre le pasteur Aristée pénétrant dans la grotte de la nymphe Cyrène, sa mère; il y voit les mystérieux réservoirs d'où sortent les fleuves qui fertilisent la terre. Ici, les premières eaux du Phase et du profond Énipée; là, celles de l'Hypanis au lit rocailleux;... l'onde vénérable du Tibre, le cours de l'Anio, et l'Eridan qui va répandre à travers tant de plaines l'abondance de ses flots bienfaisants'. » — Ce qu'Egger dit ici des ébauches incomplètes d'André Chénier est encore plus vrai pour les manuscrits d'œuvres déflnitives où subsistent, en tout ou en partie, les traces des modifications de l'idée et de l'expression. En vivant quelque temps avec les manuscrits d'un auteur, on finit par pénétrer sa manière, par deviner, à force de les avoir en mainte occasion constatées, les hésitations de sa pensée; en un mot, à découvrir mille détails que l'étude du texte imprimé ne saurait révéler. C'est une excellente école de style, en môme temps qu'un mode inépuisable de documentation^.

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