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Em. Egger, L'Hellénisme en Fi'ancc, t. II

2. M. A. Albalal étudie, à ce point de vue, de nombreux manuscrits contemporains, entre autres ceux de Flaubert, i|iii sont très remaniés (on s'en doutait, du reste).

Victor Hug'O, l'un des premiers, se rendit compte — lui qui sut tout comprendre - — que ses manuscrits fourniraient un jour de riches contributions à l'histoire littéraire. Non seulement il soigna l'aspect extérieur de ses brouillons, conservant exprès, à notre intention, des fragments de ses premières ébauches et des variantes multiples, qu'il n'effaçait pas ou raturait à peine; non seulement il g'arda jalousement ses manuscrits, les faisant parfois relier lui-même et les abritant dans des armoires de fer ou dans des malles blindées; mais encore ses biographes attestent à l'envi qu'il ne détruisait jamais rien de ce qu'il avait écrit. De ces bouts de papier épars on pourra, si l'on veut, extraire l'histoire de chacune de ses œuvres. On y verra comment il se documentait, comment une phrase jetée presque au vol devenait le g'erme d'un livre admirable qui mûrissait dans sa tête, la mieux organisée qui fut jamais. — « Je ne brûle aucun papier, disait-il; la postérité se chargera de brûler ce qu'elle voudra. » — Il savait bien que la postérité ne brûlerait rien et saurait tirer parti de tout. Et toutes ces fiches, toutes ces feuilles s'entassaient en d'immenses cofires, qui garnissaient, à Hauteville-House, le plancher de la « chambre de verre ». Dans le cabinet de travail de la rue de

Clicliy, « on marchait sur un tapis épais de papiers Je toutes sortes, car le Maître avait défendu qu'on en enlevât jamais rien. Quand son bureau était trop chargé d'écritures, cela glissait à terre — Une nouvelle couche se formait à la place de celle qui venait de tomber dans le gouffre '. » Ajoutez à cela les Tas de pieiTes et les Rouleaux bleus, qui renfermaient des milliers de notes et de souvenirs, et dont récemment quelques extraits furent publiés dans la Dernière Gerbe; les innombrables cartons où le poète mettait en réserve des rimes ou des vers isolés; enfin, les Océans : c'étaient des feuilles (ju'il trouvait sous sa main et qu'il réunissait dans de petits cahiers intitulés Papier blanc. « Et ce papier blanc était rempli, à un moment donné, de souvenirs, d'idées, de vers jaillissants'. »

Indépendamment de ces feuilles volantes, matériaux d'oii sortit presque toute son œuvre posthume, Victor Hugo n'hésitait pas à cribler de corrections, d'additions et de variantes les manuscrits mêmes de ses poèmes, de ses drames et de ses romans. Une année avant la grandiose manifestation qui, à l'occasion du soixante-dix-neuvième anniversaire de sa naissance, consacra la gloire inouïe du poète et du patriarche, il avait abandonné au domaine public les précieux papiers où, pendant plus de cinquante ans, avait couru sa main puissante.

1 et 2. R. Lesclide, Propos de table de Victor Hugo.

D'une sorte de testament littéraire, exprimé par une lettre datée de Paris, le 26 février 1880, et placée en tête de la grande édition Hetzel-Quantin (dite ne varielur), nous extrayons les lignes suivantes, sincères et cordiales : « Mes chers éditeurs, c'est aujourd'hui mon jour de naissance; vous souhaitez que ce soit aussi le jour de naissance de votre édition.... Voici, pour vous aider dans votre utile travail, tous mes mftnwscnVs; faites-en l'usage que vous voudrez. Vous y trouverez, je crois, bien des choses qui pourront ne pas vous sembler indifférentes ; ma pensée intime et solitaire s y révèle à chaque instant. »

Le poète avait raison. Pour le critique avide de saisir sur le fait, d'élucider toutes les démarches intellectuelles, les combats livrés à l'expression, les victoires remportées sur les mots, rien de plus utile que l'examen de ces volumes. Nous avons essayé de le prouver ailleurs '. Toutefois, il ne semble pas que les éditeurs, en 1880, se soient souciés d'approfondir les choses. Et le pouvaient-ils, au surplus, puisqu'ils annonçaient une édition définitive^ Accepter les variantes, donner accès aux leçons douteuses, n'était-ce pas porter atteinte à l'autorité du texte? Sans doute, en leur Avertissement liminaire, ils se vantent bien d'avoir donné, sous forme de notes, « ces vers nouveaux, ces

1. P. cl V. Glachant, l'apiers d'autrefois, Hachette, 1899, in-12.

fragments inédits, ces formes variées et curieuses de la pensée du poète ». D'abord, ce que Victor Hugo, dans la Préface de Marion de Lorme, appelle « les rognures sans lesquelles le drame ne pourrait s'encadrer solidement dans le théâtre ». Ensuite, les corrections et modifications proprement dites, qui trahissent aux yeux du lecteur ce probe labeur de la lime, que prônait Despréaux après Horace; travail nécessaire, auquel le génie même no supplée pas. Il s'en faut de beaucoup, cependant, que l'édition ne varielur ait tout rapporté, ou môme (car elle n'a pas la prétention d'être une édition critique) qu'elle ait relevé tout l'essentiel parmi ces variantes infinies. Nous ne saurions le lui reprocher. Elle est faite, après tout, pour les gens du monde, non pour les érudits. Mais nous n'avons pas les mêmes raisons de passer outre, et nous tenons à profiter complètement des bonnes dispositions du poète à l'égard de ses critiques futurs. Bien des vers mémorables, bien des scènes illustres qui semblent être sortis sans effort du cerveau du poète, ont été, en réalité, créés par des retouches successives; car, sous le texte définitif, on aperçoit beaucoup de petits ours encore mai lécliés.

L'indiscrétion est le commencement de la pliilologie. — Soyons bien indiscrets.

Le travail que nous entreprenons consiste donc en une reclierche de <irammatrœns littéraires. Nous souhaitons que le lecteur trouve autant d'attrait à le parcourir que nous avons épfouvé, pour notre compte, de plaisir à l'exécuter.

Une comparaison s'impose ici, qui nous montre (|ue l'art d'un maître écrivain tel que Victor Hugo emprunte quelque chose des méthodes en usage dans les arts plastiques. M. Bracquemond, le célèbre graveur, avance quelque part que seul l'art de la gravure, grâce aux différents états progressifs des épreuves, « présente cette particularité de laisser un témoin de chacune des phases par lesquelles l'œuvre a passé ». — C'est là une erreur. Avec des manuscrits comme ceux de Victor Hugo, la littérature n'a plus rien à envier à la gravure, n existe véritablement différents états du texte. Pourquoi ne les étudierait-on pas, de même qu'on a proposé de créer un musée dans lequel, en regard de la toile ou de la statue achevée, on exposerait les esquisses ou les maquettes qui ont permis à l'artiste de réaliser son œuvre'? Chateaubriand,

1. Projet récemment soumis au Conseil municipal. On parlait d'affecter à cette exposition le l'etit Palais des Champs-Elysées.

déjà, se plaisait à contempler ces témoignages instructifs rie la genèse du chef-d'œuvre quand il écrivait, à propos des dessins préparatoires de Léonard de Vinci, de Michel-Ange et de Raphaël : « Rien n'est plus attachant que ces ébauches du génie livré seul à ses études et à ses caprices; il vous admet à son intimité; il vous initie à ses secrets; il vous apprend par quels degrés et par quels efforts il est parvenu à la perfection; on est ravi de voir comment il s'était trompé, comment il s'est aperçu de son erreur et l'a redressée' ».

Que si, maintenant, par le privilège de la transposition d'art, nous désirons renouveler la métaphore, nous tirerons encore une comparaison de la peinture. On sait de quelle importance est, pour le peintre, ce travail qui consiste à disposer, sur la toile vierge, des touches initiales, qui seront ultérieurement complétées et en partie recouvertes. Cet art des dessous, si caractéristique du tempérament de chaque artiste, est singulièrement utile à étudier dans les tableaux inachevés des maîtres... comme aussi sur les manuscrits corrigés. Car il y a des dessous dans les brouillons de Victor Hugo. Ce sont les fragments du plan primitif, souvent modi-

i. On rencontre de ces carnets dans plusieurs musées, en France même; par exemple, au musée de Lille, le livre que Wicar attribuait à Michel-Ange, où sont notés de nombreux détails d'architecture. GeUe attribution a été contestée depuis. Pourtant, on conserve au British Muséum d'authentiques études de Buonarotti, qui sont du même style.

fié et toujours développé; les tirades où transparaissaient les sentiments de prime-saut du poète, supprimées depuis, ou remplacées par d'autres; les vers, enfin, qui n'ont pu trouver place dans l'œuvre définitive, mais qui subsistent, sous leurs formes variables, pour attester le bouillonnement de la création dans le cerveau du créateur. L'éditeur des œuvres posthumes, en termes très justes, fait allusion à tout cela quand, à propos des Jumeaux, il parle de ces « premiers états » où l'on « surprend le génie en travail » et où l'on « assiste à la génération du chef-d'œuvre ». Et M. Lanson ne s'y est pas trompé non plus lorsqu'il admire, dans la Dernière Gerbe, « des matériaux inutilisés par lesquels on atteint la première inspiration du poète, des morceaux venus d'un jet, avant le labeur de composition et d'ajustage ».

Pour tous ces motifs, il serait désirable que l'on pût donner une édition critique des œuvres de 'Victor Hugo. Les éditions actuelles sont toutes insuffisantes et fautives. L'édition ne varietur ellemême fourmille d'erreurs : vers omis, mots passés, texte inexact, fautes de prosodie et de ponctuation, etc. Nous en avons signalé un certain nombre au cours de ces études, encore que notre principal effort ne se soit pas porté sur ce point.

Tout serait à revoir, et de très près. En effet, l'édition ne varietur devait, on l'a vu, selon le projet originel, être tout entière collationnée sur les manuscrits. Mais c'était là une besogne considérable, devant laquelle les éditeurs se découragèrent bien vite; de sorte que, ayant coriigé un petit nombre de fautes des anciens tirages, ils en ont introduit un nombre imposant de nouvelles, et fort graves, pour la plupart.

Je réponds ici à une objection po*ssible.

Hugo revisa lui-même le texte de toutes les œuvres imprimées de son vivant. Sur celles-là, du moins, n'est-il pas hasardé de proposer des corrections, fut-ce en s'appuyant sur les leçons des manuscrits? — A quoi l'on doit répliquer que Victor Hugo corrigeait fort peu, et assez distraitement ses épreuves. Rien d'étonnant s'il laissa passer des erreurs, même énormes... En veut-on un exemple? Dans l'édition princeps de Torquemada, que le poète revit en personne, l'acte intitulé Les Trois Prêtres, qui a le numéro H de la première partie, avait été changé de place par une inadvertance de l'imprimeur. L'auteur ne s'en aperçut point; et ce fut Vacqueric qui, assez longtemps après, découvrit l'interversion dont nul n'était choqué.

De plus, nous possédons les manuscrits, et, dans la plupart des cas, les corrections ne seraient pas des conjectures. H suffit qu'une faute échappe une fois. Les éditions suivantes la reproduisent,

INTRODUCTION. il

sans recourir au texte autographe; et la voilà classée, autorisée, consacrée à jamais!

L'édition ne iKirietur a également recueilli d'une façon assez ar])itraire les variantes et les passages supprimés qu'elle a rétablis dans les notes, au moins pour les volumes publiés (dans ladite édition) après la mort de Victor Hugo. Encore un coup, je comprends qu'elle n'ait donné accès ni aux corrections, ni aux vers biffés. Mais, bien souvent, je me demande pourquoi elle a accepté telle variante, et non telle autre tout aussi curieuse; pourquoi, lorsqu'elle reproduit une tirade ou une scène coupée par le poète, elle s'arrête, parfois, au beau milieu, au lieu de citer intégralement.

Il est donc regrettable (|u'on ne puisse établir une édition critique de toute la production d'Hugo, d'après les manuscrits. Dame, un tel travail ne satisferait que les grammairiens et les rares lettrés qui éprouvent un plaisir délicat et discret à décomposer les phrases d'un auteur, à dépister les ruses de sa rhétorique, à jauger les fluctuations de sa pensée. Le public ne raffine guère ainsi, sans doute! Une édition critique constituerait une entreprise colossale, et elle ne se vendrait point, à supposer qu'il se trouvât un milliardaire intelligent pour en couvrir les frais. Mais, ma foi, je persiste à penser que c'est grand dommage! — Un poète, non des moins renommés, devant qui je soutenais cette thèse, me dit : « J'ai conservé les

essais, les brouillons de certaines de mes œuvres, avec les corrections, les retouches, les repentirs. Je vais, rentra chez moi, les brûler; car il ne nie plaît pas que le public puisse être mis un jour au courant de mes hésitations, de mes flottements intellectuels ». — C'est mal raisonner: et je suis sur qu'après réflexion mon poète ne détruira rien. Il n'est pas un artiste sincère qui n'ait à gagner à ces analyses, à cette enquête indiscrète, mais profitable. Là où il y a effort, lutte contre l'expression, rixe avec la pensée, la malignité de la critique loyale perd ses droits.

S'il nous faut, pour l'instant, renoncer à posséder une édition critique, du moins les éditeurs du grand homme se proposent-ils de réformer peu à peu 1 édition ne varictnr, non seulement en la corrigeant matériellement, mais encore en y annexant des documents relatifs à chaque œuvre, ainsi que des morceaux jusqu'à ce jour inédits. Par exemple, il existe, pour Tonjuemdda, une inqiortanle scène d'exposition, <pii a disparu du drame, et, pour Marie Tudor, tout un premier acte, — sorte de prologue, — qui fut coupé, et qui nous faisait assister aux tristes amours de Jane et de Fabiano.

Ce ne sera, là encore, que la moitié d une édition

critique : car l'étude du texte ne sera pas abordée. [1 nous a paru qu'il était légitime, usant d'un moyen terme, de choisir une partie de l'œuvre si complexe pour la collationner sur les manuscrits et tenter de ceux-ci une description aussi exacte que possible. Chemin faisant, nous noterons, avec les variantes, avec* les corrections, avec les vers de premier état, tous les documents que nous ofTrent ces brouillons touchant le dévehjppement de l'œuvre et les modifications apportées au plan primitif. Entre temps, aussi, nous contrôlerons l'exactitude du texte et nous pénétrerons au cœur même de l'ouvrage, nous efforçant de faire vivre en bonne harmonie la grammaire, la critique des textes, la critique littéraire, sans négliger la psychologie de notre auteur, à la([uelle nous espérons aussi apporter des contributions motivées. Puis, nous tacherons de tirer de tout cela (car c'est le principal) quelques conclurions générales sur l'œuvre et sur l'écrivain. — Quand bien môme ces beaux projets ne seraient point réalisés, notre tentative servirait encore à sauver de l'oubli un nombre ap[)récia])le de vers que Victor Hugo, incorrigible jirodigue, a laissés épars sur les marges, dans les interlignes, et parmi les feuillets sacrifiés.

Je recueille, à ce propos, dans les souvenirs de quelques intimes, une gracieuse parabole de Victor Huyo. Discutant un jour avec Kesler sur la vie

future, il affirmait son inébranlable croyance à la survivance immortelle de la personnalité, pour ceux-là qui s'en seraient crus dignes. « Dante, disait-il, écrit deux vers sur une feuille, et s'éloig-ne. Aussitôt, les deux vers, enfants de l'inspiration du poète, commencent à discuter entre eux, « Je suis « heureux, dit le premier, d'être un vers de Dante, a Me voilà immortel! » — « En êtes-vous bien « sûr? riposte le second. Pour ma part, je ne me « sens pas du tout immortel! » — Sur ce, Dante revient, relit les deux vers, conserve le premier, et rature le second '. » — Négligeons le sens moral, et même dogmatique, de cet apologue : n'en retenons qu'une conclusion littéraire. Nous avons essayé de faire revivre ceux des vers du poète qui, sans doute, ne se jugèrent pas dignes de l'immortalité, persuadés que beaucouj» la méritaient, (|ui pourtant furent itiiïés impitoyablement.

Entre les différentes parties de ce bb)C de papier colossal, préférons, pour appliquer notre méthode, l'étude des manuscrits dramatiques. D'abord, parce que, historiquement, c'est sur la scène que le romantisme a livré ses plus rudes batailles .

1. CeUe iinccilole est racontée, cii termes à peu près idonliqucs, par H. Lesclide {Propos de table) et par (i. Itivct.

Ensuite, parce qu'il y a dans le public une faveur marquée pour les cliosos de théâlre. Enfin, et surtout, parce que l'histoire de l'œuvre dramatique de Victor Hugo résume et embrasse toute sa carrière littéraire, depuis Amy Robuart, qu'il composa à dix-neuf ans, et Cromtveli, jusqu'aux petites pièces du Théâtre en liberté, dont certaines sont datées de 1873 et 1874. Nous formons le vœu très vif que des études analogues soient poursuivies sur les recueils lyriques, épiques, satiriques, et aussi (pourquoi pas?...) sur les livres en prose '.

Paris, .14 juillet 1902.

1. On peut affirmer, sans emphase déplacée, que c'est faire acte patriotique et national que d'améliorer, de rappi'oclier le plus possible de la perfection, l'impression des livres d'un poète du calibre de Victor Hugo. Nous avons voulu contribuer à ce perfectionnement dans la mesure de nos modestes forces. En vérité, les étrangers, — les Allemands, les Anglais, — rougiraient de voir déshonorer leur Gœthe ou leur Shakespeare par des taches du genre de celles dont on n'a pu nettoyer encore les œuvres du plus grand peut-être de tous les poètes français. Étendons la question. I! nous manque, à l'heure actuelle, un texte correct de beaucoup trop de nos modernes écrivains. « Il est scandaleux, disait judicieusement, dans les Dé^fl/.s(12 sept. 1".H)2). M. A. Ilallays, que nous ne possédions aucune édition complète et définitive de Rousseau, de Chateaubriand, de Vigny, de Baudelaire (?), de Stendhal, de Mérimée, de Balzac, etc. » — Les zélés et consciencieux ouvriers ne doivent pas faire défaut pour ces tâches, en apparence énormes. Dans le domaine de la philologie comme sur le terrain de l'archéologie, on ne se contente plus aujourd'hui, comme au temps jadis, de voyages d'agrément, de fouilles sommaires, de coups d'dùl et de main rapides. On aime les explorations lentes, patientes, suivies et poussées à fond, les seules qui donnent de solides résultats.

Historique en raccourci et descriplion sommaire des manuscrits dramatiques de Victor Hugo.

Le socialiste Proudhon a écrit, je ne sais où, qu'il préférait à l'œuvre de Victor Hugo « la tâche quotidienne d'un batelier du Rhône ». — C'est là l'opinion, vraiment sacrilège, d'un utilitariste détraqué. Mais quoi! L'art et la poésie sont-ils compatibles avec les doctrines collectivistes? Non pas, certes! et c'est tant pis pour elles. Fort heureusement, il subsistera longtemps encore des esprits pour lesquels le superflu intellectuel demeure une forme du nécessaire. Ceux-là estimeront toujours à sa juste valeur la « tâche quotidienne » d'un Hugo.

Les manuscrits du poète, aux termes de son testament (Paris, .'^1 aoiit 1881), seront tous mis à la disposition du public et déposés à la Bibliothèque nationale. Le legs fut accepté par décret du 29 septembre 1892. Trente-quatre volumes, déjà reliés, à Guernesey, par les soins de l'auteur, furent immcWliatcment remis au département des manuscrits. Nous en avons donné la liste quelque part. 11 s'en faut (|ue le dépôt soit, actuellement, intégral *. Parmi les manuscrits dramatiques, nous

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