UN ARCHER
Mylord, il s'est permis de relever le gant De Votre Altesse.
CROMWELL, à Gramadoch.
Drôle!
GRAMADOCH.
Oui, c'est extrarwjant .
Mais il n'étuil qu'un fou, mylord, rjui pût le faire.
— Dans l'interligne : « ... dans leur loge ». — Leçon du ms. :<(... ses camarades, qui V applaudissent cl l'ac-
Ib4 THÉÂTRE DE VICTOR HUGO-
cueillent avec des éclats de rire ». — « Parlez, je » est dans l'interligne ; 1" jet, non barré : « Ami, d'avance on vous la donne ». — « C'est juste » a remplacé « fen conviens », biffé. — Sur le ms. : « Milton déconcerte s'éloigne ». — « Son fils », avant : « Richard », est dans l'interligne. — Le ms. porte, sans correction : « J'aime à chasser des chiens et des cerfs par troupeaux». Le lapsus est évident. Lisez: des daims. — Leçon du ms. : « Il perce lentement la foule, promène des ijeux scandalisés sur l'appareil royal..., etc. »
Scène XIV. — « Voile » est dans l'interligne ; l*"" jet, biffé : « Sur ton front infernal mettre un masque des cieux ! » — Ms., sans correction : « parer la tyrannie ! »
— Dans l'interligne : « un cœur qui saigne » ; l'"'" jet: <■ El sur toute blessure étaler l'ironie! » — Premier jet : (( ... comme un fruit avorté, comme un bruit sans écho... » — Premier jet, non barré: w ... Que leur souffle eût chassé les nuages des cieux ». — Ms. : « Sur leur.v dos monstrueux... » — Annexion marginale (i vers) : « Ce n'étaient que chameaux.... des chars écaillés d'or ». — Interversion sur le ms. : « Le camp, la nuit, semblait... » — Sur le ms , sans correction : « Tout resplendissait d'or... » et : « Il marchait... » — « Etoile » est dans l'interligne; 1"'' jet, non barré: u ... dominant de son front couronné... »
— « D'éléphants attelé » remplaça, dans l'interligne, le premier jet, non biffé : « ... par cent buffles traîné ».
— Le vers : « Pareils aux astres d'or qui traînent des crinières » était libellé primitivement ainsi : « De l'astre impérial var/abondes crinières ». Ce premier jet fut raturé. — Ms., sans correction: « Te crois-tu donc plus fort... ? » — Interversion du ms. : « Sur Charcamis , Damas, etc. » — Ms., sans correction : « ... Brûlé Sochoth-Benolh... » — Orth. du ms. :
« Nephtali ». L'édition porte, à tort, croyons-nous : « Nepthali ». — Premier jet, barré : « Le ciel sera (^ airain... » — « Ducs » est dans l'interligne ; l*"" jet : i< Rois., papes, empereurs... » — Premier jet, non biffé : « Mais entre ces lléaux... » — Ms., sans correction : « ... un pape, un monarque, un satrape... » — Premier jet, non raturé : « C'est ce qu'on ne voit pas sous le soleil des cieux ! » — Orth. du ms. : « zéphir ». — Dans l'interligne : « Écoutez-moi. Frappé d'une ancienne » ; l*" jet, non raturé, plus faible : « Ecoutez maintenant : en proie à la disgrâce... » — Interversion sur le ms, : « Je romps vos fers; allez ». — « J'avais du joug sacré repoussé les entraves. » L'épithète sacré est absente du ms., qui porte (l"'" jet) : commun, surmonté, dans l'interligne, par : légal. — « Usurpé » est dans l'interligne; 1" jet : « Pour ton sceptre illégal ma chaîne légitime ! » — Le ms., sans correction, porte : « J'y veux vivre », et non : « J'y retourne », et : « Il nous cite un bill que rien n'abroge ». — Nouvelle interversion sur le ms.; la mention : « Carr sort fièrement au milieu des huées du peuple » y est placée avant la remarque injurieuse de Trick, ainsi libellée, sans correction: « Un cachot! il se trompe, il lui faut une loge ». — Leçon du ms. : « — Vive le Protecteur! »
Le long développement que nous avons été contraints de donner à ce chapitre nous oblige à passer rapidement sur les corrections, d'ailleurs insignifiantes pour la plupart, qu'on peut relever parmi les notes succinctes alignées au bout du volume.
L'avis préliminaire {Note sur ces notes) porte, dans l'édition, la date de 1828, et, sur le manuscrit, la date : 28 octobre 1821 . La référence mise au bas de la page ('< Sans compter tous les Mémoires sur la révolution
d'Angleterre... ») manque. — « Étalages » a remplacé : « di'plûiements [de science locale ». Les mots « ([uelquefois à des rectifications,... et dilater... » sont dans l'interligne.
La noie m : « Oui sans doute, oui encore, et toujours oui! ») se trouve en marge du fol. 209. Dans l'interligne : « hybrides ». — Mots absents du ms. : « le Triboulet de Bonifacio ».
Note IV. — Le ms. porte : « Térence est déjà une monnaie effacée, le poète du salon des Scipions, une expcce de Gresset ro7nain ». Plaisante définition.
>sote V. — La phrase : « Tous deux ont attaqué l'arbre.... » est une addition marginale. — Les mots : « L'un est un grand seigneur, l'autre un philosophe » manquent au manuscrit.
Note VI. — « Superstitions » a remplacé : traditions (biffé).
Note VIII. — Mots absents du ms. : « les démembrements d'empires ».
Note IX (imprimée), collée sur le verso du fol. :2Û9.
Note XI. — Leçons du ms. : «... quand le poète veut représenter le monde moral qu'il a conçu,... » et « M. Gœthe lau lieu de : « l'illustre poète. »). »
Note XII (imprimée), collée en marge du fol. 212.
Note XIII. — Dans l'interligne: «à ce Nicolas Boileau».
Telles sont les notes relatives à la Préface. — Parmi celles qui concernent la pièce, plusieurs sont imprimées déjà. Les variantes offrent, en général, peu d'intérêt. A noter, pourtant (note xix), la date 1647, — et non : 1044 (qui est la date fournie jiar le manuscrit).
Note XXII (en marge du fol. 214, verso).
Note XXXI. — Addition marginale : « un amphigouri ». — Dans l'inlerligne : ■■ près du lac de Genève ».
CROMWELL. lo7
Note Nxxii. — Le ms. porte la date /666 (non : 1 665). — Recherchez qui des deux a raison.
Note XXXIII. — En marge : « Le démon famiher ». Cette note ne comprend que la première phrase. Tout le reste (à partir de : « Cette chanson... ») manque au manuscrit.
Note XXXV. — Les mots «... dont l'auteur possède un rare et curieux exemplaire » sont absents du manuscrit.
Note XXXVI. — La citation de Cromwell imprimée en italiques ( « // est trop damnahlement déhanché, etc. ») fut rajoutée dans l'interligne.
Note xxxviii (imprimée sur un morceau rapporté, en marge). — Ms. : « Le combat pour la royauté ».
Note xLii. — Dans l'interligne : « et les bannières ».
Note xLiii. — (Sur le verso du fol. 184; imprimée,). — Leçon du ms. : « Cette plaisanterie de mauvais goût... » Lesmots : « ou, si l'on veut, brutale », manquent au manuscrit ^
Voilà notre longue recension terminée! On aurait pu l'espérer plus courte, moins pénible, au premier abord, parce que le manuscrit autographe est une transcription. Mais on sait de reste qu'au rebours de tant de poètes qui composent de tête et de verve des pages entières dont la venue leur semble si heureuse, si satisfaisante, qu'ils ne s'attardent point aux retouches et se contentent de fixer sur la page les élucubrations prime-sautières de leur cerveau, au rebours, disons-nous, de ces esprits faciles, brillants... et superficiels, Hugo, même dans la fougue exubérante de l'inspiration juvénile, remanie sa copie avec patience
1, M. Souriau observe [op. laud., p. 119, n. 1) que les notes imprimées doivent être des fragments d'épreuves.
et s'évertue sans cesse à l'améliorer. Et le résultat répond à son efïbrt. Oui le nierait '?
CoNCUSiox SUR Cromwell. — Comme il est permis de l'inférer des maigres notes accrochées en appendice à la suite de ces cinq actes volumineux et aussi de l'aveu franc de l'auteur, qui plus d'une fois, d'ailleurs, s'est vanté d'éviter avec soin tout étalage inopportun d'érudition, Cromwell, cette pièce mipartie psychologique, mi-partie historique, sans action efficace et réelle, dut exiger une documentation préalable obstinée, minutieuse, et cependant rapide, qu'attestent la pluralité des personnages, des épisodes et des intermèdes, ainsi que le choix des traits si variés de mœurs et de langage-. Il est clair que, débutant en ce nouveau genre, Hugo, à qui manquaient naturellement le pre^ige et l'autorité que bien vite il conquerra de haute lutte, s'évertua tout spécialement à perfectionner de son mieux un modèle destiné, dans sa pensée expresse, à venir à l'appui
1. La liste que nous venons d'établir pourra sembler, au premier abord, une nomenclature un peu bien aride par endroits. Mais, aux détracteurs des austères examens, des délicates évaluations où se complaît la philologie contemporaine, il nous est facile de répondre que ce n'est pas seulement dans l'investigation pénétrante des obscures transformations subies par les organismes, c'est encore dans la science de la linguistique, dans l'étude de la vie des mots, de l'évolution des idées et de la croissance des œuvres littéraires, que le chercheur attentif et patient trouve attrait et profit à se pencher sur les infiniment petits. Au reste, nous dédions aux travailleurs, non aux mondains ou aux désœuvrés, ces cent pages de ferme et précise documentation, lesquelles n'ont d'intérêt véritable que pour qui les confronte étroitement avec le texte imprimé du drame.
2. Ce copieux dépouillement explique aussi la rareté des corrections scéniques touchant à la conlcxturc même de la pièce (pour nous en tenir, du moins, au manuscrit qui nous reste). La plupart des amendements, on l'a vu. regardent le détail du style et de la langue.
d'une théorie neuve et subversive. Nous avons noté, du reste, au seuil de la présente étude, que Croiawell^ aux dimensions près, ne dilïère guère d'un drame shakespearien que tempérerait l'influence classique, et tel, par exemple, que le génie adroitement imitateur iPun Voltaire l'eût pu concevoir et réaliser un siècle plus tôt. Voilà, sans doute, pourquoi cette œuvre de f commande et de méditation que le jeune écrivain, en passe de devenir chef d'école, s'était imposée à luimême, ne possède point le charme exquis de jeunesse, de fraîcheur, de spontanéité qu'applaudira, trois années plus tard, le parterre ^'Hernani, saluant à travers les belles effusions d'amour que le poète prête à son héros ardent, « superbe et généreux, » l'écho des sentiments sincères, fougueux et passionnés que révèle, après quatre-vingts ans écoulés, la publication de sa jolie correspondance d'adolescent '. La minute de la rédaction primitive de Cromwell, que malheureusement nous n'avons pas, portait plausiblement les traces de ce labeur complexe de mosaïste attentif à condenser en quelques périodes énergiques, en de vigoureux fragments de dialogue, d'abondantes ou succinctes lectures, dont les extraits et citations publiés en post-scripluni ne donnent peut-être qu'une insuffisante idée : Mémoires sur la Révolution d'Angleterre, confidences de Charles II, de Ludlow, de Curnet, documents originaux, etc. Cette lacune essentielle, à savoir la perte du brouillon, nous empêche d'asseoir en toute sécurité notre jugement, quantaux
I. Voir l'aimable ))laquette, précitée, de M. Ernest Dupuy, La Jeunesse de Victor llurjo (Paris, Société fran(;aisc d'imprimerie et de librairie, 1'J02, iii-12, p. "0) : il y a là quelques rapprochements ingénieux et probants entre des vers de la scène llnale d'Hernani et plusieurs passades des Letlroa à la b'"tancée.
démarches de la réflexion et de la composition initiales et quant aux refontes capitales ultérieures. Nous ne pouvons apprécier non plus, sur une copie continûment nette, la lenteur ou la hâte de l'exécution '. Ce style clair, coulant, correct, tantôt pimpant, tantôt plaisamment emphatique, ferme dans le détail, bien que l'ensemble paraisse parfois un peu dilï'us, a peut-être subi mainte retouche, nécessité plus d'une séance- laborieuse. Nous n'en saurons jamais rien. Le Témoin est muet sur ce chapitre; les propos de table et confidences intimes ne nous renseignent aucunement à cet égard. Cromwcll fut écrit en trois mois et demi environ; les dates consignées sur le manuscrit en font foi. Mais combien de temps a duré la période d'incubation? Mystère! Fut-il longuement médité d'avance, ou subitement improvisé? Rien de plus variable, pour la durée, que la gestation mentale d'une œuvre littéraire : elle aura souvent été d'autant plus intense et féconde que le brouillon semble plus aisément venu, plus vierge de ratures. Tant d'écrivains, tant de poètes élaborent longuement, complaisamment, leur matière en leur tète, comme en un creuset invisible, la méditant sans relâche, en silence, durant des jours et des nuits, soit chez eux, soit au dehors, à table, au lit, à la promenade, avant de rien coucher sur le papier! Mais Hugo n'est pas de ceux-là. Il aime à remanier la page écrite.
L'essai nous semble, en somme, intéressant et louable. Ce qui nous choque (risquons le mot en tcr-
1. L'impression du drame de Victor Hugo fui trèspromptemciil menée, dit le Témoin de sa vie : • Le volume, qui en aurait fait deux aisément, fut imprimé très vite et parut dans les premiers jours de décembre 1827. »
2. Ne disons pas : veille; Hugo travaillait toujours le malin.
minant), c'est la nuance non dissimulée d'orgueil, ou mieux de vanité naïve, présomptueuse, du réformateur à peine adulte, du futur chef du Cénacle, que l'âge et l'expérience n'ont point encore assagi ni mûri, que le succès n'a pas encore consacré ni qualifié pour ce rôle de mentor du Parnasse dramatique, comme dirait Boileau,et qui, néanmoins, tranchant du pontife, prétend livrer du même coup la théorie inattaquable et l'exemplaire parfait, le corrigé, en quelque sorte, du sujet élu par lui. Une pareille profession de précoce maturité ne donne le change à personne , sauf au groupe restreint des fanatiques et des thuriféraires. Ces manifestations énormes, bruyantes, contre nature, de doctrines littéraires insolites appuyées d'assertions contestal)les, ces révolutions artistiques opérées au galop, à la cavalière, avortent infailliblement. — De l'entreprise, il subsiste un monument, moins durable que l'airain, dont le détail architectural peut plaire, où certaines formes, certains profils, séduisent l'œil, mais dont les fondations sont ruineuses', l'agencement disproportionné, l'aspect moins grandiose que bizarre. La voix unanime en convient.
Qu'allaient être les autres édifices?
Sur quelles données, d'après quelle formule Hugo va-t-il maintenant travailler?
Notre prochain chapitre sera la réponse à cette intéressante question.
1. Presque tous les critiques d'aujourd'lnii s'entendent comme larrons en foire pour démolir le système du théâtre romantique. — Voyez, par exemple, les articles de MM. Brunetière, Doumic, Gregh, parus depuis deu.x ou trois ans dans la Hevue des Deux Mondes et la Revue de Paris. Au fond, Hugo lui-même n'a jamais cru fermement à l'avenir de sa dramaturgie.