Acte II. — Date : 9 juin. Un petit croquis de décor sur le fol
Scène I. — Ms. : « M. de Cordes, au fond du théâtre... », et, plus loin, de môme : « en observation au fond du théâtre... » Premier jet: « Je ne demande ;)fl.s. Monsieur! » — Ms. : « [à part) Est-ce un voleur? »
— Dans l'interl. : « s'approchant ». — Premier jet :
Que ce ne soit, mon Dieu,... que ce ne soit... le roi!
— Sur le ms. : « Il tire une immense épée de dessous sa cape ». — Variante :
Quand vous voudrez me voir, In nuit '\e me jiromène....
Autre leçon (c'était le jet primitif) :
Quand vous voudrez, je suis, sous Chàbit qui me couvre, Tous les jours à midi pi^-s du portail du Louvre.
— Ms. : « écrivant sur ses tablettes, au fond du théâlre ».
Scène II. — Monologue conçu et traité dans le pur goût classique nous savons que Victor Hugo est beaucoup plus classique, au fond, dans son romantisme, quil ne se le figure). Ce soliloque, qui renferme un mouvement franchement cornélien : 0 rage! être bouffon! ô rage! être difîorine!
était primitivement des plus brefs (cinq vers!). Tout le reste (68 vers) fut composé et annexé après coup. En effet, à la suite de ce beau vers, si caractéristique du rôle dégradant d"un amuseur de cour:
Je riais, mais j'avais répouvante dans l'âme, on lisait aussitôt ce vers, qui termine la scène :
Se frappant le front.)
Pourvu qu'il n'aille rien m'arriver! etc.
Après l'exclamation : « Maudit! » on lit, sur le ms., la mention suivante : « faisant le geste diin homme qui ne veut plus songer à cela ». — Le ms., sans correction, porte : « ou qu'on veille ou qu'on dorme ». — Premier jet, raturé :
Être un homme qui rit, et qui ne doit rien faire Que rire! — Quel excès de honte et de misère!
— Le vers : « Parfois, farouche et seul, etc. » est une correction marginale. Premier jet, peu différent :
Si parfois, morne et seul, je veux ra'asseoir dans
[l'ombre....
Orth. du ms. : « sanglot/e. » — Premiers jets : « mon heureux maître » ; et : « c'est une femme, une reine » (interversion). — « Des plaisirs qui pour vous... '), correction interlinéaire, biflée, dominant fêtes, maintenu.
LE ROI s'amuse. 277
Scène III. — Sur le ms. : « Madame Bérarde -). — Premier jet, barré : « tout autour de mon cou ». — Le mot « Enfant! » est en marge. Il y avait d'abord : « Enfin j'ignore votre nom ». — Sur le ms. : " Oh! ne réveille pas... » — La mention : « Levant les yeux au ciel » fut rajoutée dans l'interligne. — Premier jet, biffé : « Seigneur, merci ! » — Sur le msî : « Triboulet, amèrement ».' — Premiers jets, raturés :
Mon père! voun m'aimez crime amour bien profonde l...
... et que ta main sur mon cou se repose.... ... D'autres ont le reyard plein cV une jeune flamme, Ils ont Vamour, l'dryueil (Véclat est dans l'inlerligne).... ... Oh! pauvre chère enfant!... — {mon pays fut rajouté
[dans l'interligne).
Le ms., sans correction, porte :
Car il faut au cœur pur Un front tout innocence et des cieux tout azur.
deux est certainement la vraie leçon, comme le prouve cette correction interlinéaire, rejetée :
Un front tout de candeur comme un ciel tout d'azur.
En marge, quatre vers [" Oh! que je voudrais bien.... Qui le croirait? »). Dans le premier jet, après ces mots de Triboulet:
Afin de n'avoir pas d'autre soleil au monde!
on lisait : " Blancue. Vous êtes bon! [Prenant un air suppliant.) Un jour, avant le couvre-feu, etc. » — « Oh ! les seigneurs surtout ! » a remplacé cet hémistiche, barré : « Quelle corruption! » — Sur le ms. : " Triboulet [amèrement). Peut-être.... » — Premier jet, bari-é : « Celle rue est déserte ». — Ms., sans correction : « déguisé sous des vêtements longs ». « A Madame Bérarde ». '• Le roi se cache dans un renfoncement. » — Mois bilïés : « En ce moment •> (avant :
« Elle se retourne »). — Dans Tinlerligne : « qu'elle prend, qu'elle pèse dans sa main, et <>. — Premier jet : «' Blancoe, à Triboulet, qui regarde de tous calés d'un air inquiet, » (Ces derniers mots ne sont pas raturés sur le ms.) — Sur le ms. : riant (au lieu de : « Il rit », et : « Dame Bérarde, comme enchérissant sur lui ».
Scène IV. — Rajoutés dans la marge, ces deux vers : « Comme à la moindre chose. . . . j'ai vu luire une larme. »
— Premier jet : « Comme il est grand et beau\ » — Sur le ms. : «... qui lui donne toujours de l'argent ».
— Dans l'interl. : toujours (après : « tendant »), et we loue, correction projetée, puis rejetée, de : « m'admire » .
— Sur le ms. : « Je le sçai » (vieille orthographe fautive du xvn^ siècle). — Première rédaction, raturée :
Mais un pauvre jeune homme, un bachelier bien mince.
Le début de la réplique de Bérarde (« C'est possible, après tout, etc. ») est une correction marginale. Le premier jet, bifTé, est : « C'est un singulier goût ». — Les mots : « toujours sans voir le roi » sont absents du ms. — Sur le ms. : « voit le roi à genoux » ; « Blanche, effarée.... » Le mot dame est dans l'interligne. — Il y avait d'abord : « 0 ciel! Monsieur, ayez pitié... » —
Le scepUe (juc la mort vous donne et vous reprend
a remplacé le premier jet, beaucoup moins terme :
Cela seul est réel, le sceptre éblouissant.
Et : << en courant » a remplacé : en passant. — Sur le ms. : « Dame Bkkarde, au fond du théâtre... » — << Non, non ! » a remplacé : Adieu! — Après : « elle rentre ellemême », ces trois mots, bilTés : « dans la maison. »
— Sourde (après : « lanterne ») est dans l'interligne. Scène V. — Mention annexée dans l'interligne :
<( Blanche rentre chez elle, etc. » — Premier jet :
LE KOI s'amuse. 279
" Demain à son lever... » (interversion.) — Sur le ms. : « Tribouleï, rêveur, au fond du théâtre ». — Il heurlait d'abord Marot, et non M. de Gordes. — Sur le ms. : "... aux gmlilshoinmes, bas ». — Premier jet : << M. DE CossÉ : A OMS l'avons sous la main •>. — Sur le ms. : << un écritoire » (incorrection). — En marge, la mention : << Montrant le mur à fjaucke ». — Sur le ms. : « (A Marot, en lui rendant la clé) Vous enlevez sa femme au gros Gossé?... » — Premier jet : "... emportant Blanche, qui appelle et se débat ». — - Sur le ms., la mention : « d'une voix terrible » précède le cri : <■ J'ai les yeux bandés! » — Date finale de l'acte : « l.'î juin ». A la suite, le chidre 4l(», compte des vers.
Acte III. — Date initiale : « 1.^3 juin ". On distingue dans les marges les noms des compositeurs d'imprimerie (nous avons dit plus haut que ce manuscrit autographe est la copie même qui fut livrée aux ouvriers typographes). Le ms. porte, dans la mention du début, relative au décor et à l'ameublement : « Sur le devant de la scène... un fauteuil et un pliant ». Les derniers mots(<i Laporte du fond, etc. ») furentrajoutés.
Scène I. — Le ms., sans correction, porte : « d'une ou d'autre sorte ». — Premier jet : " Une fille, à
minuit.... Enlever sa maîtresse .Je ne le croyais
pas.... > — Après: « soutenant Blanche », trois mots bifl'és : « vêtue de blanc. » — Premier jet, barré:
Du roi! C'est le roi!... Sire!...
— I{l;in(iii'! — (iuuclier .Maliiet ! ciel! ' — Ali! laissez-moi
[rire!
— Premiers jets, biffés: « ... le roi le dit encore...
1. Avant celte exclamation, le ms. porte, sans rature : • Blanche, frappée de stupeur. » — Plus loin, il porte : <• Retombant à ses genoux ».
et nous serons heureux !... un peu mieux m'a fait naître.... Comme il parle! » — Importante addition ■marg-inale, depuis : « Oh ! les fêtes, les jeux,... etc. » jusqu'à : « pouvoir sans frein ni loi »; soit une vingtaine de vers, qui amplifient d'une manière heureuse la scène de séduction. — Orth. du ms. : « morcèlent ».
— Premier jet : « N'est qu'un pauvre haillon... » Ici, cinq vers très raturés, impossibles à reconstituer au début ; les trois derniers reparaissent un peu plus loin : «... Oui pensent qu'il suffit, etc. » — Après : « ... et faisons bonne chère ! » on lit cette mention, efTaccc : (( Jl veut l'mnbrasser ». — Premier jet, bilïé : « Un rustre, un de ces fous... » — Dans levers : « Richesse, honneurs, ^>/r/?sirs... », ce dernier mot, qui fut maintenu, est bilTé et surmonté de la correction, bonheur. Noter la faute d'impression {richesses, au plur.) de la petite édit. ne varv'lur. — Premier jet (interversion) : « Tout est à moi, tout e'&V pour moi... » — Correction biffée dans l'interhgne : « Ah 1 la femme n'est pas la maîtresse... » — Première rédaction: « Votre maîtresse 1 oh non ! laissez-moi pure el fière ! •> — Corrections interlinéaires, raturées : « Laissez-moi me reconnaître un peu.... Monseigneur, c'est un jeu. » — Les deux vers : « Comme ils m'ont emportée, olc. » étaient primitivement intervertis. — Premier jet : « Cher ange (remplacé par : " Ou'enlends-je? ») ! » — Marot disait : « Où cherche-t-elle asile ? »
Scène III. — Sur le ms. : « Les Gentilshommes. Marot. » — Poursuivre a remplacé : continuer. — Jtis- 7«e est dans l'interl., avant : « sur le devant f/w théâtre ^>.
— Le ms., sans correction, porte : « En soufflant dans leurs doigts ». Où est l'erreur? — Le ms., non biffé, porte : « M. de Cossé, qui a conservé son travestissement gris et noir de la nuit, frappant sur l'épaule, etc. ■>
— Les deux vers de la réplique de Triboulet : <' Que si vous vous mêliez, etc. » sonl une correclion marginale. Voici le premier jel, plus vif :
Que vous êtes velu, triste, vêtu de gris,
¥A gobe-mouches, comme une chauve-souris!
Correclion inlerlinéaire du second Jiémistiche de ce premier vers : « clignotniit, triste, gris ». — Addition marginale, depuis: " Quelquefois, quand il croit... " jusqu'à : « il cause avec tous... » Le ms. porte aussi : « Triboulet, jelnnt un regard de côté, à part » ; et : " Il aperçoit un mouchoir sur une table... » ; et : « laissant retomber le mouchoir... - Dans le dialogue qui s'ensuit, Pardaillan , après correction, a remplacé Cordes, et vice versa : car nous voyons, sur le ms., les noms des interlocuteurs surchargés. — Noter que les vers sur les trois Gwj (ne pas confondre avec Guy, Contran et Caston!), biffés plus haut, ressuscitent ici. Le ms. portait d'abord: " Ce diable de Marot... » — Premier jet : " Comment, duc, à l'instant.... d'une voix terrible.... — La femme qu'hier soir.... que cet homme soit père (au vers d'avant, étonnant, dans l'interligne, surmonte: surprenant)... c'e*/ assez! » — Levers : « Que si vous plaisantiez... » est une correction marginale. Premier jet, très inférieur : « Si c'est que vous avez plaisanté, finissez! » — Dans l'interligne, femme, audessus de vierge. — Premiers jets : « un bagage onéreux », et : " Pouvoir, richesse, honneurs... » (Cet hémistiche, un peu banal, fut remplacé par : « Ce sont mille faveurs... ») — En marge : « Les regardant tous en face ->. — Sur le ms. : « \jn jeune page se verse un verre de vin... •> — Premiers jets: <■ 11 me paierait! Messieurs, est-ce que votre roi.... — Oh ! que ce tour parfait... et s'est lâchement fait !... qui paraît désar-
mée aux railleurs, Main qui n'a pas d'épée.... » Le ms. porte, sans correction : « Il se jette de nouveau en furieux sur la porte.... sur le devant du théâtre... ><, et, ensuite, cette mention utile : <> Triboulet, mordaxt ses poings »\ei l'adverbe i'/?nt'/eme?i gavant: " Tu te tais! •> {l" jet : (' Rien ? Quoi ! rien ? ») — Dans l'interligne : la raillerie (surmontant : « l'espièglerie »). — Premiers jets, barrés : « Bêlas! je ne sais plus.... Ma pauvre chère enfant! {variante: « Ma fille, mon trésor! »)... C'était la seule chose au monde que y aimais. » — Ms., sans correction : « Il se redresse désespéré ». — Dans l'interligne : « en désordre (après : « éperdue, égarée »). » Aussitôt après cette mention, le poète avait songé à clore la scène ni; car on distingue, sur le ms., ces mots, biffés : « Scène IV. Tribouleï, Blaxcue ». — Le ms. porte : « la serrant dans ses bras aver une joie et une anxiété inexprimable {sic) ». — Premier jet : <' — Ah! Messieurs », remplacé par : « — Messeigneurs », et : « Voyant à (jucl pointée t'aimais... » — Le ms. donne, sans correction, non : « pour te revoir après ! » mais (texte bien préférable) :
De te perdre un nioinenl pour le ravoir après!
C'est la vraie leçon, très évidemment'. Parfois, le doute est possible : on peut, à la rigueur, admettre que l'ultime correction, dont le manuscrit autographe n'a pas gardé de traces, fut faite sur la dernière épreuve. Mais ici, notamment, le texte manuscrit est parfaitement lisible, et, partant, l'incertitude n'est point permise. Observons, d'ailleurs, qu'on rencontre, trois vers plus haut, le verbe revoir (« — Quel bonheur de te revoir encore 1 ») : la faute s'explique ainsi