‹ Un laboratoire dramaturgiqueChapitre 81 sur 112 · De fail, l'édilion Hachelle (1882) donne : ravoir · texte numérisé non relu

De fail, l'édilion Hachelle (1882) donne : ravoir

d'elle-même. — Premier jet : <( Quoi! déjà! » (remplacé par : « Que dis-tu ? ») — Sur le ms. : « Blanche, cachant sa tête... et désignant les assistans ». — Dans l'interligne : « un tremblement de ». — Sur le ms. : '< en sanglotfant... Triboulet, furieux et... tous les seigneurs pres(jue interdits ». — Correction rejetée:

Et si le roi t^ranrois de Valois se liasarde....

— Ms. : « et relevant Blanche ».

Scène IV. — Le ms., sans correction, porte: « les yeux baissés, mourante, etc.... Qu'il s'est hier glissé (interversion).... Pleurante... et lui essuie les yeux.... »

— Dans l'interligne: « S'interrompant encore ». — Sur le ms. : « Blanche, continuant aoec un tremblement ». Variante, bifï'ée dans l'interligne: « 11 heurtait queliiue chaise... » — Sur le ms. , sans correction ni rature : « Triboulet, Varrèlant : « Que je t'épargne au moins... .Se levant ., avec un accent d'ine/faOlc désespoir : O douleur !... manié ta couronne ! — Premier jet, bifï'é (le terme est impropre) :

Voile de chasteté déployé sur ma honte!

Après ces mots : « pour reposer mes yeux, » on lit ce vers : [la serrant dans ses hras et mettant la tête de sa fille dans sa poitrine :) « Cache ta honte là, — dans mon amour, — oui, pleure ! (elle sanglot/e) «.Variante interlinéaire : « Cache ta rougeur là, — dans ma poitrine, — oui, pleure ! » On retrouve, modifié, ce vers, un peu plus loin dans l'édition. Cet admirable morceau, qui contient des vers d'une envolée superbe (« Ange oublié chez moi })ar la pitié de Dieu ! »), s'est accru d'une annexion marginale de huit vers (« Je m'étais résigné.... auprès d'un échal'aud »). Premier jet: « rabaissement profond et nécessaire ». — Variante,

écartée : « Hélas 1 tout est souillé ! » — Sur le ms. : << je t'ai trop fait parler... » (interversion.) — Premier jet : « // suffit donc d'un jour... » — j\Is. : « Se relevant avec désespoir ». — Premier jet, barré : « Eparpillant sur tout du sang.... Eclabousser ton front... » {chaste a prévalu sur : calme, rajouté dans l'interligne). — Sur le ms., au lieu de : « Se tournant vers la chambre du roi », on lit cette mention : « crispant les poings ». — « Bruit de pas au fond du théâtre. » — Premier jet, bitl'é: «... pas un poignard au monde ». — Correction raturée dans l'interligne : « — Car on vous vengera ! » — Date finale de l'acte : IS juin; suivie du chiffre 35:2, compte des vers.

Acte IV. — Date initiale : 18 juin. — Le ms. porte: « La grève déserte voisine de la Tournelle (porte de Paris). » — l^"" jet : «... où l'on voit... » — Dans l'interligne : « en grenier », et la phrase : « 11 y a une table,... qui mène au grenier ». — Ms., sans correction : « percé de crevasses,... au bas duquel est censée couler la Seine,... au delà de la rivière, le Vieux Paris ». Toute la dernière phrase est absente du ms.

Scène I. — Toute la mention préliminaire est annexée en marge. — Premier jet, barré : «... al je ne sais pour([uoi ». — Après l'hémistiche : « dévasté mon bonheur ! » on distingue ces mots, raturés : « Oui, je veux te venger ! » Et Blanche, tremblant et ']oignani les mains, répondait : « Epargnez-moi, mon père! » Tout un bout de dialogue fut donc intercalé par adjonction marginale, depuis : «Vous aviez pardonné... » jus({u'à : « — Je te vengerai. Blanche ! » — Noter encore, en marge, ce projet de correction (abandonné) : « Blanche (se ravisant) : Jf l'aimerais encore. Je ne sais pas pourtant. »

LE KOI S AMUSE. 285

Scène II . — « Les mêmes, le Roi, Maglelonne. » L'indication scénique du ms. porte, sans correction : « Le roi fait lenlevient quelques pas, d'uti air de quelqu'un qui cherche autour de lui. Il frappe sur l'épaule, etc. » — Tout un couplet est absent du ms. : celui où Triboulet, dehors, accuse l'indifi^nilé de la conduite du prince, tandis que celui-ci, tranquillement, fredonne dans la taverne le fameux refrain : « Souvent femme varie... » (depuis : « Voilà ses mœurs!» jusqu'à : « N'est qu'une plume au vent ! ») — Ms. : « va silencieusement chercher.... descend en sautant l'escalier {interversion)... » Mots rajoutés : « vêtue en bohémienne ». Au-dessus de frotter, le verbe nettoyer., surchargé. — L'hémistiche : « Nenni, c'est un grand pas ') a remplacé ce premier jet, rayé : « Après non, oui viendra ». Les vers suivants sont encerclés d'une accolade, avec cette mention : « dans la maison. » — Premiers jets : « — devant l'hôtel d'Hercule.... c'est Triboulet.... vous m'avez l'air d'un débauché parfait ! » — Dans la réplique du roi, le manuscrit donne cette rédaction primitive, tout à fait grossière, et qui contrastait fâcheusement avec l'élégante désinvolture du reste du dialogue :

Plus d'une, à qui j'ai dit quelques mots, en effet, Était rose la veille, et le lendemain rouge.

Ceci est déjà une correction. Voici une variante, raturée :

Qui naguère était rose, est maintenant bien rouge. — Bah! — tu m'as ce matin amené dans ce bouge, Méchante hôtellerie..., etc.

— Orth. du ms. : muffle, encur. — Ms. : « venant s'a.sseoir gaiement sur la table à côté du roi : Hé bien ! etc. »

Ce geste semble plus naturel, vu l'endroit et la fille. — Ms., sans corrections : « Lui prenant les mnins.... »

Nous serions braise et feu jusque chez les lîussiens!...

(Celte dernière leçon nous paraît préférable au présent : « Nous sommes.... ») — Ms. : « n'en peut supporter d'avantage {caco graphie).... pâle comme une morte (mots substitués : « et tremblante »).... Triboulet [croisant les bras, et d'une voix sinistre) : Hé bien! que penses-tu, etc. (Sanglotant et rria»P.) Mais c'est qu'il n'a point d'âme ! » — Après l'exclamation de Triboulet (<■ Merci! »), on lit : « Blancoe, effrayée (variante : « épouvantée de son air ») ». Et, après ces mots : « Cela m'étou fierait! » le ms., sans correction, porte : {« S'approchant d'elle et parlant vite »i. Encore une mention qui a sa valeur pour l'interprétation de la scène. — Evreux a remplacé un autre nom de ville, raturé, illisible. Premier jet du second hémistiche de ce vers : « te rejoindre demain », — Ms., sans correction : <' Blanche, glacée de crainte.... Triboulet : A demainl... Triboulet va au parapet, regarde en bas.... Saltabadil remonte et reparaît. »

Scène III. — Le mot dehors est absent du ms., qui porte: « Maguelox.ne et le Roi.... qui a été examiner... » 1'" jets, barrés : «... je viendrai (remplacé par : « je reviens »,et : « Il sera prêt (remplacé par : « Tout sera fait »). »

Scène IV. — Ms. : « examinant l'horizon... » Les mots : " du côté de Saint-Germain » manquent au ms.

4. Des indications de ce genre sont utiles à rétablir. Elles onl leur importance, parce qu'elles marquent des jeux de scène, ou de physionomie, ou d'altitude, dont la tradition est peut-être perdue, et qui se sont suggérés d'onx-mènies. les premiers, à la pensée de l'auteur.

LE ROI S AMLSE. 287

— Premier jet, bifle : «... de tout ceci, je croi... » — Ms., sans corrections : "... un tonnerre éloigné.... la tire par le yi/;jon... "La mention : " La pluie commence à lomher, etc. » est rajoutée dans l'interligne. — Premières rédactions : " On y grille en juin, mais on ij gèle en décembre » ; et, plus loin : " défaisant son baudrier ». — En marge du vers : « Ni vitres, ni volets... », on aperçoit cette correction (non maintenue), qui conférait à Tidée un tour plus vif et plus drôle :

... donnez-vous donc la peine, Messieurs les quatre vents, d'entrer! Rien ne vous gêne.

— Sur le ms., sans correction : "... et on l'entend redescendre lourdement l'escalier... (c'est évidemment la vraie leçon exacte).... et un moment après.... 11 couvre le théâtre.... au fond du théâtre... » — Dans l'interligne : " habit de cheval, des bottes et des éperons ».

Scène V. — Ms. : " Le Roi cndorm,i... » — Première rédaction, barrée : " Vont-ils tuer quelqu'un? — (Reculant) Grand Dieu! — (Joignant les mains avec stupeur.) Moi qui, naguère, etc. » — Premiers jets : " en moi, tout est décombres ! » Et, six vers plus bas :

Non, non, je ne veux pas, cet ingrat, qu'on lui fasse De mal !

(Apercevant la lumière qui brille à travers les fentes «lu mur.)

Dieu! la maison! Voyons ce qui s'y passe. La correction : " Moi qui craignais.... Oh! qu'est-ce qui s'y passe? » est dans la marge, ainsi que le vers ;

Pourvu qu'on n'aille pas tuer (juelqu'un ici! dont le premier jet, un peu différent, était :

Pourvu qu'il n'aille pas mourir quelqu'un ici !

— Premier jet, barré : « Oui, le ciel gronde et pleure ». — Dans l'interligne : << qui entend et voit tout ». — Correction, supprimée : " QueXesl cet homme-

ci?» — Premier jet : « Tuer un heanseigneur... » — (sur le ms. : « une S. ») et : «pour compléter]a. somme». — Ms.,sans correction : « regardant Maguelonne en face — avec indignalion... Blanche, glacée : Que cette pluie est froide!... Blanche, avec joie : Bonne fille !... Mague- LONNE, se ravisant : C'est vrai.... Saltabadil, de Vair de quelquun quicapitule : Voyons... (l'indication scénique qui précède manque au ms.). » Voici la première rédaction de la fin de cette réplique de Saltabadil :

Je puis le mettre au sac, à la place du tien, Bien mort et bien cousu. L'autre n'y verra rien. Qu'on jette un homme ou l'autre àTeauparlanuitclose, C'est, en fait de plaisir, toujours la même chose.

Autre variante (assez plate), heureusement chassée :

Pourvu qu'il jette à l'eau quelqu'un ou quelque chose Qui ressemble à quelqu'un, c'est égal, je suppose.

— Orth. du ms. : Hahf — Ms., sans correction : •« Il va pour monter l'escalier ». — Projet (repoussé) de correction :

Je n'aurais plus le temps après. C'est impossible.

— Sur le ms., sans corrections ni ratures : « Maguelonne, avec un sursaut : On frappe ! Saltabadil, hochant la tête : C'est le vent, etc.. Elle court ouvrir le judas.... Blanche, faiblement : Asile pour la nuitl... Blanche, effarée : Ciel! j'entends le couteau.... Blanche, se tordant les mains : Je tremble!... » — <( — L'homme doit être prêt! » a remplacé : « Pardonnez-moi, mon père! » Cette première rédaction fut réservée pour le mot de la fin. — Premier jet : « Saltabadil, le couteau à la main {mots biffés), se place derrière la porte, etc. » — Sur le ms. : « Blanche, frissonnant, à part : Ciel! il va me faire bien du mal! » Dans l'origine, la scène se terminait ici. Le distique

qui suit fut rajouté. Après : «... bien du mal I » se plaçaient l'indication scénique qui clôt l'acte : « Aii moment où elle paraît, etc. » et la date : 21 juin (suivie des chiflVes 272, 27('),qui figurent le compte des vers).

Acte V. — Date initiale : 22 juin. — En marge : « Même décor toujours. On entend sonner minuit au lever de la toile. » Les mots : « aux regards » et : « seul » manquent au ms., qui porte : « Il s'avance lentement du fond du théâtre Au moment oîi Triboulet arrive sur le devant de la scène, il est plongé dans une profonde rêverie, etc. » — Scène I. — Premier jet, où l'idée était fort exagérée (il s'agit de François P') : " Un roi dont tous les rois dépendent.... » — Dans le vers : « Oui donc émeut ainsi le chrétien, l'ottoman?... » le verbe étneiit manque au ms., qui porte : remue, dérawje. — Après : « N'entrez pas », noter que la scène se continue directement sur le ms, ; il n'y a pas de numéro de scène II. — Ms. : « sur le devant*/^ la scène ->. — Dans l'interligne: « de couleur brune ». — Ms. : < Trtboulet, grinçant des dents. Voyons-le! etc. » — Premier jet : <> et les crieurs de nuit. » — Dans l'interligne : « à un point du ».

Scène III. — Correction, non conservée : « Maintenant, tiens, regarde-moi... » — Premiers jets :

Et l'univers demain refusera d'y croire.... ... ébranlait les amjles des murailles.... .... N'avait plus qu'un tronçon de six grandes épées....

— « C'est enivrant », correction biffée dans l'interligne et destinée à remplacer : « — C'est merveilleux! » A la suite, le ms. porte la mention : « changeant de rêverie ». — Dans l'interligne, on lit cette correction, non raturée :

... llendue avec la lionte, — et malheureuse, tiélas!

En marge, cette variante :

Oh! oui, lu l'as Faite souillée, impure, — el malheureuse, hélas!

Cette leçon ne vaut rien. — Premier jet, bifle : (' peul te ronger le cœur! » — Correction, rayée dans l'interligne : « ... son âme du fourreau ». — l-'' jet, barré : «... où tes pas sont finis ». — Correction marginale : « A la Seine, François premier! Quelle voix! quoi! >) — Dans l'indication scénique, le ms. porte : « Le Roi l'embrasse {avant : Elle rentre).... et le Roi traverse le fond du théâtre... » Ms. : « Le Roi, chantant au fond du théâtre.... Triboulet, bondissant : 0 malédiction!... dont la fenêtre du haut.... tâtantlesac ». — Après ces mots : « l'œil fixé sur le sac entr'ouvert », le ms, porte : « les lèvres tremblantes, pâle, immobile, pétrifié -'. Les mots : « dont il a tiré Blanche à demi » sontdans l'interligne.

Scène IV. — Aucun signe n'annonce, dans le ms., le début de la scène iv : c'est toujours la même scène qui continue. La division ne fut faite que plus tard.

— Le ms. portait : « Un éclair passe et éclaire Ir visage de Blanche ». Ces derniers mots, absolument inutiles, d'ailleurs, ont été effacés. — Premier jet : <■ Juste Dieu! c'est ma fille! » — Dans l'interligne, la mention : « Se jetant sur le corps, avec des sanglots ».

— Première rédaction, modifiée : « Elle parle! elle vit! elle est saurée, à Dieu ! » — Ms. : « Elle se soidève à demi ». — Dis fut rajouté, à la place de : Oui. — Sur le ms., sans rature : " Triboulkt, tremblant de tous ses membres : Blanche, (jui /'a fraj)pé (sic)? » La correction s'explique aisément : elle fui faite sur l'épreuve, el nécessitée par l'incorrection grammaticale {frappe pour : frappée) commise par inadvertance. — Le ms. porte : " Triboulet. levant tes bras». Encore une indi-

cation utile pour le geste, l'attitude de l'interprète du rôle. — En marge : « Essayant de In relever ». — Premier jet : « Est-ce que je ne dois plus t'entendre, oh! pourquoi? » •

Scène V. — Là encore, nul vestige de division sur le manuscrit. Tout cet ensemble de scènes fut manifestement écrit d'une venue, d'une haleine. — Premier jet : « Emmenons-le », remplacé par : " Séparonsles ». — Avant : « Voulez-vous bien m'entendre? » cette mention : « furieux, parce quils continuent de l'entraîner ». — Ms., sans correction : « La femme s'interpose pour lui. Il revient s' arj en oui lier (mot biffé) près de Blanche.... - — Premiers jets : « Si c'est pour pleurer de plus belle,.... Car, enfin, vous savez.... » Les quatre vers suivants (« Tout le monde vous hait.... elle pleure avec lui. ») sont une correction marginale, faite au crayon. Dans le texte, on lit ceci :

Quand on est contrefait [var. : difiorme, ah!), personne

!^ne vous aime.

On rit de vous, souvent on vous maltraite même. Elle m'aime, elle! — 0 joie! un mot délie, un baiser! Vous allez tous voir comme elle va m'cm brasser! Si belle, et morte! etc.

A signaler ces variantes : « Oh ! vous allez voir comme... » et encore (en marge) :

Les gens difformes n'ont personne qui les aime. On se rit d'eux; souvent ou les maltraite même.

— Dans linterligne : « Il lui essuie le iront ". — Le ms., sans correction, donne ce texte :

Quand elle était petite avec ses cheveux d'or!

— Correction, biffée dans l'interligne : « je la portais ainsi ». — Correction marginale, raturée ensuite :

Elle n'avait pas peur de ma laideur étrange.

— Premier jet : <> elle dort, c'est tout, elle repose ». Autre variante du vers entier :

Non, elle n"est pas morte, oh! non! elle repose.

— Ms., sans ratures: « la contrmplant.... Tribouletse lève debout d'un mouvement effrayant et convulsif. Le mi'decin poursuit froidement.... Triboulet, avec un cri terrible : J'ai tué, etc. » Encore un coup, le manuscrit contient, comme on voit, beaucoup de spécifications matérielles de ce genre, dont il faut regretter la disparition totale dans le texte imprimé; car quelquesunes, au moins, étaient fort bonnes à conserA^er.

Date finale de l'acte et du drame complet : 23 juin. Elle est suivie du chifTre 228 (compte des vers).

Undernier feuillet, rajouté au manuscrit, montre un croquis à la plume représentant une de ces caricatures tourmentées, caractéristiques, que le poète dessinateur laissait volontiers jaillir de sa bizarre fantaisie ', une figure mélancolique et sombre, aux traits pleins d'énergie et d'amertume : c'est, dit la légende qui l'accompagne, " le dernier bouffon songeant au dernier roi ». — Ce Triboulet sinistre est accroupi, les jambes croisées, à terre. Sa bouche, largement fendue, est contractée par une grimace affreuse. Caboche énorme, nez épaté, cheveux on désordre, rien ne manque à sa laideur. Sa télé est appuyée sur ses genoux, en une lugubre posture de soulïrance et de lassitude. Il porte des chaussures pointues, à la poulaine, et son chef est coifle d'un diadème en carton garni de piquants. La louciie vigoureuse rappelle un peu la manière de (".allol et trAliierl Diiror.

1. Voir nos Papiers d'aiitrefois. Sur les (tessins de Viclor Hti;/o. p. 139-160 (Hachelle, in-lL>, IS'jy). Cf. nolamnienl pp. UiO-151.

LE ROI s'amuse. 293

Pour conclure, -^ et bien que nous n'ayons pas eu sous les yeux un vrai brouillon, — hasardons sans crainte que Le Roi s'amuse est une œuvre, comme on dit, <' lestement enlevée» : en vingt jours à peine, elle fut composée, écrite, revue. A supposer même que le poète en ait porté dans son cerveau, par une longue gestation, le plan et les principaux jalons de développement avant de prendre la plume, on doit encore admirer l'aisance, la promptitude, l'art de la diction spirituelle ou pathétique chez le jeune auteur, alors âgé de trente ans. La pièce est déparée, d'ailleurs, en maint endroit, par le flot exubérant d'une rhétorique ampoulée. Ainsi donc, quoique le manuscrit autographe, lequel est une copie intelligemment retouchée, ne garde pas trace d'eflbrts d'élucubration ni de remaniements essentiels, il est licite de supposer que le dialogue a coulé de source, a jailli presque dun seul jet, et (jue le détail seul (traits de bouffonnerie surtout) fut modifié. Ici mille fois moins qu'ailleurs est visible la patiente lime de l'écrivain. Est-ce pour ce motif ([u'après qu on a de près analysé cette brutale hisloire où la monarchie française et son entourage apparaissent sous un si triste jour, l'impression d'ensemble n'est point excellente? — Évidemment non ! — La faute n'en est pas au style, mais à la donnée primordiale, à l'absence de justesse et de vérité psychologiques. La tragédie du xvii" siècle, pauvre d'événements et de catastrophes, fouillait merveilleusement les âmes — mythologiques, historiques ou fictives — dont elle exposait au spectateur les conflits, extérieurs ou intimes. Hien de pareil ici. Tout demeure en surface; et l'inlérèt, médiocre en lui-même, d'un thème soidisant historique n'était guère fait pour dissinuiler le vide de l'action et l'irréalité des personnages.

Victor Hugo s'attendait, au surplus, à la chute de son œuvre. A ses familiers, qui le voyaient avec peine aborder de semblables sujets, il répondait, non sans entêtement : « Quand une fois j'ai une conception en tète, je la suis jusqu'au bout. Rien ne m'arrête. » Et ses amis admiraient sa persévérance, tout en la déplorant dans l'espèce. (Cf. .Iules Janin, Histoire de la littérature dramatique.)

Le poète pressentait même, très certainement, que son drame serait prohibé. Dans sa préface, sans doute, il manifeste un profond étonnement, déclare la mesure prise contre lui arbitraire et incroyable. Et pourtant, trois mois auparavant, il faisait insérer, dans son traité avec Renduel, un article prévoyant le cas où le ministre interdirait la représentation '. — De fait, il était bien difficile de supposer que le gouvernement d'alors supportât, sans broncher, de tels travestissements de l'histoire. L'opposition cria bien fort. Qui sait, cependant, si la censure royale ne rendit pas alors un expédient service à l'auteur? Mieux vaut être victime du pouvoir que sifflé du public. L'expérience de 1.S82 est probante. Non, la pièce n'était pas acceptable. Il fallut, à la reprise, tout le respect qui s'attachait au nom do Victor Hugo, avec le ferme propos d'applaudir, pour transformer en un succès d'estime l'ennui qui naissait de cette fastidieuse déclamation.

1. Cf. l'étuilc lie -M. Biré, Victor llufjo apièa IS30, l. I.

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