‹ Un Lamennais inconnuChapitre 13 sur 112 · XXII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXII INTRODUCTION

sévères de l'amitié chrétienne en des termes qui le condamnent lui-même.

(( Le jour où je reçus ta lettre, dit-il à Denis Benoît, j'avais lu dans V Imitation les paroles que je transcrivis dans ma réponse : « A Jiotis et a cliaris oportet elongari^ et ah omiii temporali solatio mentem tenere priçatam^ . Nous pouvons bien aussi nous les appliquer. Elles sont pénibles, et pourtant elles ne sont pas sans douceur. Oportet elongari^ tout le cœur se brise à ce seul mot , mais voyons la suite : 0 quanta fulucia erit niorituro (juern nuUius rei aff'ectus detinet in /niindo ^ \ Certes, ce n'est pas à dire qu'on ne doive point s'aimer : Dieu nous le commande au contraire, et saint Jean revient sans cesse sur ce doux commandement, mais il faut s'aimer en Dieu et pour Dieu, avec une pleine soumission à ses volontés, en vue du ciel, et, pour ainsi dire, comme si nous y étions déjà. Les âmes tendres sont trop portées h chercher le repos dans ce qu'elles aiment; il n'y est pas, comme Dieu bientôt le leur fait sentir par une grande miséricorde; sans cela, elles s'arrêteraient en route; elles n'arriveraient jamais

1. 11 faut vous séparer de vos ooiinaissances et de vos amis, et sevrer votre àiuc de toute consolation terrestre. — Imitation de /.-C.,liv. 111, ch. 53.

2. Oh ! qui! aura de confiaïu-e à l'heure de la niorl, celui que nul altachciiiiMil ne relient en ce monde! — Ibid.

LNTHUUUCTION XMII

lii OÙ pourtant il faut aniver, à un entier détachcmenl de la terre, ii ce grand Consiimnidfiini est qu'on ne prononce que sur la croix '. »

Voilà, certes, le langage d'un vrai [)rètre, et nous sommes loin des elFusions plus ou moins langoureuses, qui, à la même époque, échappent ;i la sensibilité maladive de l'écrivain. Qu'en iaiit-il conclure, sinon que Lamennais connaît mieux que personne les « deux hommes » qui s'agitent et qui luttent ici-bas au fond de toute conscience?

Les réflexions de ce genre ne sont point rares dans cette première partie de la Correspondance . Lamennais n'oublie pas qu il s'adresse à un néophyte dont la loi a besoin d'être fortifiée. Cet homme (|ui sent si vivement, qui savoure avec tant de volupté les douceurs de l'amitié humaine, en mesure l'insuffisance, ou, comme il dit avec l'Ecriture, la « vanité », avec une lucidité efïrayante, et il excelle à rejeter vers Dieu l'àme fatiguée de l'universel mensonge.

« Prends garde d'arrêter ton cœur à la prospérité du temps. PMle n'a rien de fixe, elle peut te manquer demain, et certainement il viendra un jour où elle ne sera plus (ju'un souvenir de la terre, c'est-;i-dire moins que rien. Tout ce cpii ne passe point au delà du tombeau n'est que vanité ;

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