INTRODUCTION XXV
Il y a [)eul-ètrc cncoie dîins ces lignes un peu d'exaltation, quelques traces d'une tendresse trop peu mesurée, mais, en même temps, quel sentiment profond des misères d'ici-bas, et quelles ardentes aspirations vers une meilleure patrie!
Il scmljle que Lamennais, après avoir établi dans la pratique des devoirs religieux les âmes qui se confiaient à lui, n'aimait guère h entreprendre davantage sur leur conscience. Des pensées nobles et simples, d'ardentes effusions de piété, le sentiment de la vanité des biens d'ici-bas qui revient à chaque page, c'est là toute sa direction K
Il y a loin de ces lettres, quelque pieuses et éloquentes qu'elles soient, aux lettres spirituelles de Bossuet et de Fénelon, ou même de Lacordaire. Lamennais, cet homme à systèmes, connaît fort peu les mystères de l'ame humaine ; à vrai dire, il n'a étudié que la sienne. Aussi ne possède-t-il à aucun degré cette grâce insinuante et souple, cet art délicat de parler à chacun son langage, de donner aux idées le ton qui convient aux différentes personnes : c'est un médecin sans diagnostic.
Malgré les tirades éloquentes qu'elles contiennent, ou, mieux peut-être, à cause de cette élo-
1. Voir inos doux arliclos sur Lamennais directeur- de conscience. — Revue du Clergé français, 15 niai ot ["juillet l.s'JC).
XXVI INTRO DICTION
quence à jet continu, les lettres de cette première période n'échappent point à la monotonie. Elles expriment avec « d'éternels recommencements » un sentiment dont la vivacité ne peut être surpassée, et elles l'expriment en des termes qui ne peuvent varier indéfiniment.
Toutefois, ces répétitions mêmes, en tant qu'elles manifestent un état psychologique, ne sont pas sans intérêt. Elles rappellent les lettres de Mme de Sévigné, la grande « recommenceuse )), qui sait captiver le lecteur avec l'expression sans cesse renouvelée de son amour pour sa fille.
Avant de clore l'étude de ces premières lettres, peut-être ne sera-t-il pas inutile de faire connaître plus amplement une personne qui y tient une large place, Mme de Lacan. En tout cas, il est bon d'expliquer ici certains sous-entendus (|ui se rencontrent dans des lettres où il est question d'elle. Ces sousentendus, je me hâte de le dire, ne recouvrent aucun mystère d'iniquité. Mme de Lacan, qui devait devenir^ par suite d'un second mariage, Mme la baronne Cottu, était une femme d'une intelligence supérieure et d'un jugement très droit, avec laquelle Lamennais entretint, ])endant de longues années, une active correspondance'. Elle avait été, nous