‹ Un Lamennais inconnuChapitre 61 sur 112 · Celait le luéderin de Laïuciinais · texte numérisé non relu

Celait le luéderin de Laïuciinais

agréable avec ton excellente mère et la sœur. Celle-ci

faisait de la musique avec M. Lavaux. Mme Benoît ma fait voir quelques-uns de ses portraits, entre autres celui de ton père, qui est parfait de ressemblance et d'expression. Ta sœur a une très belle voix et chante avec beaucoup de goût. Voilà bien des talents dans une seule famille. Un peu avant que je m'en allasse, ton ami Samuel ' est entré. 'Ainsi je connais maintenant tout ce que tu aimes le plus.

Ce pauvre jeune homme va retourner à la Nouvelle- Orléans. Pourquoi ce voyage, et ces travaux, et cet exil volontaire en un pays lointain habité par des bandits ? Pour avancer, comme on parle, pour faire fortune. Je n'ai jamais rien compris à ce genre d'ambition; il m'a toujours paru que la plus simple philosophie suffisait pour en dégoûter, et qu'on ne pouvait raisonnablement se remuer en ce monde qu'en vue de l'autre. En voyant ce bon jeune homme près de partir, plein de confiance et d'avenir, pour l'autre hémisphère, je ne «-«<»<n^ l^^^j pouvais m'empêcher d'être triste en moi-même. Tant «^ '*Wc*-.- Je pensées de la terre, et pas une pensée du ciel; un < r/c^tw c désir si ardent de ce qui va finir, et une insouciance si ^^ . - c't,t profonde de ce qui est éternel ; ces grandes et vives es- ; ;„, y^ pérances toutes renfermées dans un étroit espace de

n , temps, et au delà de ce temps rien de prévu, rien de

préparé, rien de souhaité peut-être : quel sujet de réflexion î

Pour ne négliger aucun de tes conseils, j'ai vu M. Halein, que je revois toujours avec plaisir, et je lui ai parlé

1. Samuel Ddimery était alors, on se rappelle, étranger a tuulc croyance religieuse.

do ma santr, à laqiiolle il a véritabloiinMil la bonlô de prendre iiitérùt. Il m'a donné de très sa«jes avis, dont je lâcli(;rai de prolihM*. Mais le mal est bien avant, il est devenu ma nature môme. Qui m'apprendrait à ne pas m'affecter, celui-là me guérirait. Cette guérison est impossible, et je ne le regrette pas.

Que c'(;st peu dr cliose qu'une bîtlrc <|uand on s aime, mon frère ! Que de pensées, après l'avoir écrite, que de sentiments restent ensevelis dans le cœur! Et, à propos, dis-moi pourquoi avons-nous un cœur? Pour aimer Dieu sans doute, le catéchisme a bien raison. Si ce n'était pour cela, il faudrait répondre : Pour nous tourmenter. Les amitiés les plus douces ont tant d'ainertume! On a tant à souffrir d'être séparés : O bona crujc ! ^ Courage, mon frère! Dieu nous voit; courage! encore un pas, et nous serons dans l'éternité. Cher, trop cher enfant, je t'embrasse avec une tendresse que tu ne connaîtras jamais ici-bas.

Paris, 24 février.

Voilà, mon frère, une bien pauvre lettre pour Mme de C... Si tu la trouves par trop mauvaise, tu la jetteras au feu, et ce sera fini; au moins, j'aurai essayé de faire ce que tu désirais. Je n'ai pu t'écrire hier, aujourd'hui je le peux à peine, tant j'ai peu de temps à moi. Voilà pourtant la si bonne lettre de vendredi numéro 8, sur laquelle, près l'un de l'autre, nous pourrions causer plusieurs heures.

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