Non eoninie je veux, mais comme vous voulez. (Ibid., 3U
M. Henoîl, <|iii uic dil ce (jiif je vi<Mis dr le rr<lirc, 11 paraît que la destination «îst toujours incertaine. Cette incertitude le laisse j)oui' un l(^nips dans l'état (juc lu préfères. Quand la Providence t'en lei'a sorlii", <dle demandera de toi un autre genre; de résignation. La meilleure est toujours celle dont nous avons besoin dans le moment présent.
Je dois me résigner, je crois, à ne pas recevoir ton numéro 19. Les personntîs à (pii tu l'avais confié ont négligé de le mettre à la poste. Je le regrette beaucoup. C'est une lacune dans notre correspondance; heureusement ce n'en est pas une dans nos sentiments. A mille lieues l'un de l'autre, sans moyen de nous écrire, nous n'en serions pas moins sûrs de nous aimer, mais il est doux de le dire, il est doux de l'entendre; on croit dans le premier cas, dans le d(;uxiènie on jouit.
Mme de Lacan part aujourd'hui pour la campagne. Je tâcherai d'aller lui demander à dîner un jour de cette semaine; ensuite, de temps en temps je pourrai passer (juelques jours à Cernay. Je crains que, seule avec sa mère, celte pauvre femme ne s'y ennuie extrêmement. Il est bien à désirer que son "ort soit fixé enfin. Elle en mérite un qui soit heureux, mais y en a-til de tels ? J'en doute, on s'attacherait trop à la terre. La Providence ne veut pas que nos désirs s'écartent du Ciel; elle nous ménage des amertumes dans tous les lieux que nous serions tentés d'aimer et (pii ne sont pas notre vraie patrie. Snrsn/n corda ! Aie soin de ta santé, mon frère, et pense quelquefois, surtout devant Dieu, à ton pauvre Féli.
Paris, 1819.
Je ne sais si l'on t'avait dit que M. Formon avait amené de Nantes sa sœur malade depuis longtemps. Il espérait que le voyage et la médecine de Paris rendraient la santé à cette pauvre femme, âgée de trente-sept ans et mère de trois enfants. Elle avait désiré prendre un appartement aux Feuillantines; on lui procura une chambre dans la maison attenante à la nôtre. Elle avait quelque parenté avec la famille de M. Garron, et elle était par elle-même fort intéressante. Dieu l'a appelée à lui la nuit dernière après de longues souffrances. Il ne faut pas la plaindre, elle, mais il faut plaindre ses enfants, sa mère, son mari, son frère, qui avaient pour elle une affection extrême.
Quand on voit finir cette vie qui nous occupe tant, on reconnaît combien c'est peu de chose; heureux que la religion nous montre une autre vie qui commence et ne finira jamais ! Justonim aniiiiss in manu Dei sunt, et non tanget illos tormentum mords. Visi sunt oculis insipientium mori, et œstimata est afflictio exilus eorum, et quod a nobis est iter, exterminium ; illi autem sunt in pace^. Que ces dernières paroles sont belles! et qu'on se sent un grand désir de goûter cette paix que rien ne troublera plus! Ce triste événement, que nous
1. Los unies des justes sont dans la main de Dieu, et le tourment de la mort ne les touchera pas. Ils ont semblé mourir aux yeux des insensés; leur fin a été considérée comme une affliction, et leur départ comme un anéantissement, mais, pour eux, ils sont en paix. (Sag-., III, 1, 2, 3.)
attendions à cIkkjul' instant depuis (|UL'I(jues jours, m'a empêché d'aller voir ton père, en sorte (jm- j'i<;nor(' si M. Jienoît est parti.
])eniain, je vais à Gernay; Mme de Lac^an doit venir me prendre. J'y resterai jusqu'à samedi ("t ne pourrai t'écrire (pi'à mon retour. Il en sera de môme pendant tout l'été, probablement; car je ne ferais rien, si je ne (juittais pas la ville. Vois un peu cependant comme tout est mêlé sur cette pauvre terre; je ne puis gagner un peu de repos, sans perdre un de mes plus doux j)laisirs : Et laadavi magis niortuos tjiiarn viventes^, dit l'Esprit-Saint. Patience et résignation ! Dieu sait mieux que nous ce qui nous convient. Adieu, mon frère, adieu pour huit jours! Je penserai bien à toi durant ces jours-là; pense aussi un i)eu à ton pauvre Féli.
J'ai reçu, mon frère, les numéros 20 et 21. Ils m'ont tran({uillisé sur ta santé. La mienne est très faible; à cela près, je n'ai pas lieu de m'en plaindre. Je passe ma vie dans ma petite chambre, moins à travailler qu'à attendre le moment de pouvoir travailler. Cette grande faiblesse me rend habituellement incapable de tout. Si tu étais ici, tu me ranimerais, mais c'est un plaisir ([ue Dieu me refuse. Il fait bien ce qu'il fait; soumettonsnous donc et bénissons sa volonté.
J'ai préparé mes Mclan<fes et trois articles pour le
1. J'ai loué (estimé heureux) les morts plus que les viviiiits.
(EccL, IV, 2.)
Conservateur. Avec un peu plus de forces, j'avancerais mon deuxième volume. J'essaierai pourtant, j'ai même déjà essayé un peu. Ce que je désirerais, ce serait une petite retraite où, tranquille et ignoré, je pusse me promettre de fmir ma vie, loin de tout ce qui la fatigue en cette ville si inutilement. J'ai bien peur que ceci ne soit encore un rêve : Homo natus ad laborem \ cela est plus réel. Il faut que chacun de nous accepte sa part de ce travail. Le repos viendra, mais dans un autre monde. Si nous pouvions nous voir, je te dirais bien des choses relativement à la personne à laquelle nous nous intéressons tous deux. Tout est extraordinaire en elle, son esprit, son caractère et sa destinée. Elle manque d'une certaine harmonie qui produirait ce calme dont elle a tant besoin. La religion a déjà beaucoup fait en elle à cet égard. Espérons qu'elle achèvera. Je le désire vivement.
Si j'avais quelque occasion pour Angers, je t'enverrais ce portrait dont je t'ai parlé. Les uns le trouvent ressemblant, les autres non. Je n'en saurais juger. Mille choses tendres et respectueuses à tes chers parents. Ton père nous a donné un fort bon article sur la loi des élections. Adieu, mon frère, je t'embrasse de tout mon pauvre cœur.
Paris, 12 mars 1819.
Non, mon frère, rien de ce que tu aimes ne m'est