Rien avec excès
désirs pouvaient le hâter ! mais il vaut mieux se résigner pleinement à ce que Dieu voudra.
J'en étais ici, lorsque j'ai été obligé de sortir. A mon retour,je trouve ta lettre de dimanche numéro 18. Qu'elle est bonne, ta lettre, mon frère ! qu'elle fait de bien à mon pauvre cœur! J'y vois toute laffection du tien, etseulement, comme de coutume, trop de préventions en ma faveur. J'aimerais mieux que tu visses ma misère telle qu'elle est; j'aurais moins à craindre que tu ne m'aimes moins, quand tu me connaîtras mieux. Je l'ai dit bien des fois et je le sens chaque jour davantage, je suis étonné qu'on puisse m'aimer. Je ne trouve rien en moi qui justifie ce sentiment. C'est une consolation toute gratuite que Dieu envoie à ma faiblesse.
Si le mariage dont on t'a parlé offrait toutes les convenances désirables, je ne serais pas d'avis de refuser avant d'avoir consulté tes parents. Laisse-toi guider par eux dans cette affaire. Gela est naturel et parfaitement dans l'ordre de la Providence, il me semble, du moins.
Il y a quelque chose de bien beau dans le sacerdoce chrétien, c'est que le prêtre n'a d'autre famille que la société tout entière. Quicumque fecerit voluntatcm Patris mei qui in cœlis est, ipse meus frater et soror et mater estK Rapproche ce passage de celui où il est dit : In cœlo neque nubent neque nubentur'^ ; tu verras que, dès
1. Quiconque fait la volonté de mon Pôro qui est aux cieux, celui-là est \\\o\\ frère, ma sœtir et ma mère, (^h^tfh.. XII. hO.)
2. Dans le ciel (le texte porte : Après la résurrection), les hommes ne prendront plus de femmes, ni les femmes de maris. (Matth.,XXII,30)
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i(M-l)as, lo prélre appartient ontièreiiifiit à la société parfailo (jui n'ost qu'une seule et immense famille éternelleiricnt permanente. Gela est admirable, mais cela fait Iremhler! Si haut par sa vocation! Si bas par sa faiblesse! Mon Dieu, mon Dieu, ayez pitié de moi ! Cher Denis, je t'en conjure, prie pour ton pauvre frère.
Paris, 1819.
Je le remercie, mon i)()ii frèr(î, et pour moi et pour M. Carron, des renseignements que tu me donnes sur la maison de Saint-Nicolas. J'irai lundi en causer avec ton père. Je ne l'ai pas trouvé tantôt, mais j'ai passé une heure fort agréable avec Mme Benoît et avec ta sœur. Ta mère a été un peu malade d'une espèce de catarrhe; elle est beaucoup mieux et je dirais tout à fait bien, s'il n'y avait pas un reste de toux. Tu peux être fort tranquille, il n'y a pas lieu d'avoir la i)lus légère inquiétude. Son projet est d'aller te rejoindre sitôt après Pâques, et je n'espère plus guère que tu viennes avant ce temps-là. Ton affaire ne sera décidée qu'au mois d'avril.
Si la demande de M. Carron réussit, il est probable qu au lieu de lui, ce sera moi qui irai à Angers avec une de nos dames * pour examiner la maison et prendre les petits arrangements (pii doivent précéder le départ général. Je le désire beaucoup, parce que je te verrai
1. Une des dames qui dirigeaient le pensionnat des Feuillantines,
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et qu'au moins nous pourrons passer quelques jours ensemble.
Du reste, ma vie deviendra nécessairement vagabonde, et, dès lors, jolus triste encore. Angers, la Bretagne, Paris, Gernay, il faudra que je me partage entre ces divers lieux, à moins que de nouvelles circonstances n'amènent dans ma position de nouveaux changements. Je regrette bien de ne pouvoir combiner avec toi tout cela, et ce que tu deviendras toi-même influera beaucoup sur ce que je deviendrai. Je suis ennemi de l'incertitude, et celle-ci me contrarie extrêmement, mais c'est une partie du fardeau qu'il nous faut porter chaque jour, pondus dici.
Mme de Lacan a été incommodée aussi, elle l'est encore ; les souffrances et les embarras de sa position sont, je crois, une des causes de l'indisposition qu'elle éprouve. Je ressens beaucoup de peine de la voir dans cet état. Le présent est sombre pour elle. J'aime à espérer que la Providence lui ménagera des jours plus sereins. Si je vais à Angers avec une de nos dames, je t'écrirai d'avance afin que tu nous arrêtes un logement. Pendant que je serai là, nous ne nous quitterons pas, autant que tes affaires te le permettront. Ce seront de bons moments, ceux-là! et si nous pouvions revenir ensemble! Hélas! j'ai bien peur que ceci ne soit une espérance ilhisoir(\ comme ces fleurs du printemps qui tombent l)ieiilôi et no produisent pas de fruil.
Qu'attendre aujourd'hui des bureaux ? Encore si Ion sollicitait la permission de faire quelque mal, de corrompre la morale publique, d'emprisonner le pauvre,
on trouverait du l'appiii, mais il s'agit de le soulager, d'inspirer des sentiments religieux à l'enfance, cela devient bien différent'. Celui qui n<; sollicite que pour faire du l)ien, sur (juelle protection peut-il conq)ler? Cher Denis, quoi qu'il arrive, nous nous aimerons tou- /^ jours; nos cœurs sont à jamais unis. Lorsque mon heure ^^•^^t^'*»^ sera venue, et qu'oublié de tous les autres je reposerai ^^>v«^rj^;^ dans cette tombe à laquelle j'aspire depuis si longtemps, mon frère pensera encore à moi, il priera pour moi, et quelques larmes peut-être (bouleront de ses yeux au souvenir du pauvre infortuné qu'il consola dans sa tristesse et dont il fui tant aimé.
Paris, 1819.
La description de Saint-Nicolas^ n'est que trop satisfaisante. Des bâtiments si vastes semblent appeler un plus grand établissement que celui de M. Garron. Cependant je ne doute pas que son industrieuse charité ne réussisse bientôt à tirer parti de ce qui lui serait d'abord inutile, et puis on y gagnera toujours de lui donner cette maison, puisqu'elle est inoccupée.
Cette semaine est pour moi une semaine de fatigue; celle qui va commencer sera une semaine d'ennui.
1. Le lerteur roinarcjiiora la promirro apparition do ce sarcasme ainerqiii lieiulra j)Ius tard iiae si grande place dans toutes les corres|)oiidances de Lainemiais.
2. Saint-Nicolas était une ancienne ahhaye, inhabitée depuis la Révolution, et dont Tahhé (<arron avait demandé au (louvernenient de Itii concéder l'usag-e. à titre jji'ratuit, pour installer sa communauté. Il désii-ait alors transporter son établissement en province, par raison d'économie. Saint-Nicolas était situé à Angers.
Lundi, je vais dînera la campagne. Le surlendemain, j'irai probablement au Val-aux-Loups, et d'ici là j'ai je ne sais combien de personnes à voir, c'est-à-dire beaucoup de temps à perdre. En vérité, tout cela ne rend pas la vie fort agréable. Faible et souffrant, il semble que Dieu ait voulu me donner aujourd'hui quelque légère part à la passion de son Fils, bien légère sans doute. Je sens en moi cette sorte d'agonie intérieure qui lui faisait dire : Tristis est anima inea iisquc ad mortcm <. Puissé-je ajouter avec lui : JSon siciit c^o volo, scdsicKt ifif^. Après tout, ce ne sera pas bien long. Douleurs, joies, souffrances du corps, peines de l'âme, il vient un moment où tout finit. Il ne s'agit que d'attendre un peu, adlnic modiciun, et jusque-là Dieu nous soutient par sa force invisible et nous console par son amour. Adieu, mon frère, je t'embrasse et t'aime de toute la tendresse de mon cœur.
Paris, 1819.
Le mal de tête et le mal de dents ne me quittent plus guère, mon Denis, et cela m'empêche de t'écrire aussi souvent que je le voudrais. Tu as souffert delà migraine, mon pauvre frère, pourquoi ne suis-je pas le seul à souffrir? Ta bonne mère est maintenant tout à fait bien. Elle doit partir })our Angers vers la fin de la semaine. J'allai hier chez elle, mais je ne pus pas la voir. Je vis