Son second mariage avec le baron Cottu
2. Il s agissait d un projet de mariage pour Mlle Benoit d Azy.
3. C'était un parent et voisin de campagne de Lamennais. Il s occupait un peu de peinture, et il a fait un portrait du rélèbre publiciste âgé d'environ trente ans. Ce portrait est beaucoup plus ressemblant que celui cjui fut exécuté plus tard par Paulin Guérin. et qui a été popularisé par la gravure.
A la Chênaie, le 26 février'.
Je suis heureusement quitte, mon bon frère, du fardeau dont tu me menaçais. On ne m'a point écrit ; ainsi c'est fini. Rien au monde ne m'eût contrarié davantage. La Providence a eu pitié de moi; je l'en remercie du fond de mon cœur. Puisse-t-elle avoir également pitié de la France ! Tout ce qui se passe peut en faire douter. Un grand châtiment se prépare, et la main de Dieu est déjà visible sur nous. Je ne crois pas que l'histoire offre un autre exemple d'un aveuglement aussi général et aussi profond. La société est dans un état surnaturellement effroyable. Que faire ? Prier. Je ne vois plus que cela. S'il y a un moment d'anarchie, elle sera affreuse et plus sanglante que la première. Ici même, les Jacobins sont altérés de meurtre et ne le cachent pas. Ils abattent les croix, en attendant qu'ils abattent les têtes. La légion des Gôtes-du-Nord a sabré, à Saint-Brieuc, une croix dans la ville même, et cette légion est composée de paysans sortis, il y a six mois, très bons chrétiens de leurs familles ' . Vois avec quelle rapidité agit la perversion. Gela fait trembler pour 1 avenir. Il y a des crimes publics, et celui dont je parle est du nombre, que la justice de Dieu ne laisse jamais impunis ici-bas, parce que leur impunité ébranlerait la foi des peuples. Il semble qu'on entend les terribles V,i?'^
1. dos troubles se produisirent à l'oeciisiou de lassassinat du due do IJerry.
2. Vœ (inalheur !), allusion aux imprécalions des prophètes Isaïo et .lérémie.
IN LAMRNNAÎS INCO.NNL' 93
IV'tfnlir ail haut des airs. (Jni liahcl ftiirc^ ntiflicudi, aiidiat^ . Mais h.'s cris do la terre coiivrciil loni maiiilcnant. Elle se taira, n'en doutons i)as, clic se taira, et bientôt.
.l'ai éci'it à M. F... selon tes vues. .l'ignore quelles seront les siennes. Je lui parle de ce projet conmie d'une idée qui m'est venue, et que l'intérêt que je pi-cnds à ce qui le concerne m'a inspirée. C'est en effet beaucoup s'intéresser à lui que de désirer la réussite d(; celte affaire. Adieu, je t'embrasse bien tcMidrement.
A la Chênaie, le 1 mars.
.Je regrette de t'avoir inquiété, mon bon frère, en te parlant de ma maladie. Elle n'a pas eu de suites. Je suis resté au lit, j'ai pris patience, et me suis retrouvé promptement avec ma santé ordinaire. Cependant je te dirai que je me sens l'âme affaiblie; mon travail en souffre, il avance peu. Tout ce que je vois m'attriste. L'avenir est sombre et noir comme le crime, et l'espérance môme est en deuil. Quelquefois j'ai envie de quitter la France. Rome me paraît être aujourd'hui la seule pairie des chrétiens. Au moins, là je n'assisterais pas à ragonie de la France. C'est un spectacle affreux que je ne puis supporter-.
1. Quo cohii-là oiil<Muh\ qui a dos oroillos pour ciitondi-c !
'2. dos aiigoissos, dont Lainoiiiiais soiitlril touto sa vio, proiivont (|iio son patriolisiuo notait point de oonnuando. Il était sini'ôro ot désiiitérossé, quoique parfois mal iiispiro, à cause des toii(hmces pessimislos de récrivaiii.
On m'a écrit relativement à un projet de journal; car le Conservateur doit tomber, et tomber bientôt, et il ne me convient plus d'ailleurs de m'associer à une opposition fondée sur des principes tout à fait contraires aux miens. Mais, dans l'état présent des choses, qu'attendre d'un journal, même entièrement bon ? Je ne goûte point ce projet, formé pourtant par une personne dont je fais grand cas, et adopté par M. de B..J. J'ai envoyé mes objections. Nous verrons ce que cela deviendra. En attendant, n'en parle point.
Tu me demandes si l'on m'a écrit au sujet de l'oraison funèbre; non, pas un mot. Dieu merci-! Gela ne pouvait tourner d'une manière plus heureuse pour moi. La société me paraît avoir perdu la raison, au pied de la lettre; c'est risiblement hideux. Quoi qu'ils en disent, il n'y a plus de côté droit. Il ne peut pas même y en avoir désormais. Je m'étonne que tout le monde ne voie pas une chose si claire. Il en résulte qu'il n'y a plus de résistance réelle, ni même de résistance possible, dans le système de choses établi, à la Révolution, ou que la Révolution est infaillible, à moins d'événements extraordinaires que nulle sagesse humaine ne peut prévoir. Voilà notre perspective, et j'en reviens à ma question: