Probablement M, de Bonald
2. Il semble, d'après cette phrase, qiion ait pensé à Lamennais pour l'oraison funèbre du due de Berry. La célébrité dont il jouissait alors comme écrivain donne quelque vrjiisemblaïu'e à ce projet. On ignorait probablement dans le monde de la cour son incapacité absolue comme orateur. Du reste, comme l'explique Lamennais lui-même, cette idée n'eut aucuiu» suite, et l'oraison funèbre fut prononcée par Mgr de Quélen, coadjuteur île Paris.
UN LAMKNNXrs INCONNU 95
Que faire en France ? Pourquoi y rester ? Sera-t-on jamais trop loin du spectacle qu'on nous prépare? Au reste, je n'ai pas pris de parti.
Adieu, mon fi-ère hien-aimé ! Je t'embrasse de tout mon c(L'ur.
SaiiU-Malo, 9 mars 1820.
Je pars ce soir à 8 heures pour Paris par la diligence de Gaen. J'arriverai lundi matin. Voilà, mon bon frère, tout ce qiieje puis te marquer. Préviens Mme de L... de mon arrivée. Je n'ai pas un seul moment à moi. Je fais à l'instant même la réflexion qu'arrivant presque aussitôt que ma lettre, tu n'auras pas le temps de voir INIme de L... avant que je sois venu. Tout à toi, ton frère, F.
Passy, le 23 avril.
J'ai appris, mon bon frère, cfiie tu avais écrit de Metz. J'espère que ton voyage se sera heureusement terminé; je dis heureusement, et, en vérité, c'est un singulier mot quand on s'éloigne de ceux qu'on aime. Tu as laissé ici bien des regrets, sans même parler des miens, que je ne voudrais, en aucune façon, confondre avec ceux de personne.
On serait toujours porté à se plaindre de la vie, connue si Dieu ne l'avait pas faite. Soumettons-nous
puisqu'il le veut. Il n'y a de paix que dans cette soumission. Je suis, depuis ton départ, en guerre avec la censure. J'avais fait un petit article sur la nécessité de s'occuper de la religion, et j'y parlais, entre autres choses, des persécutions que l'Université fait éprouver aux petits séminaires. Or, l'Université est en force dans le bureau de censure. On a voulu m'ôter une page sur deux. J'ai dit que je ne retrancherais pas un mot, et que, si mon article ne passait pas tel que je l'avais écrit, je ne reparaîtrais pas dans le Défenseur. Je ne sais ce qu'ils feront; on dit qu'ils hésitent; pour moi, je tiendrai ma parole sans hésiter. Au reste, le Défenseur va fort bien, malgré les petites entraves et les petits propos. Si on avait du temps et de la lil>erté, on ferait quelque chose.
Il me tarde de savoir conmient lu te trouves à Francfort. Je crains que tu n'}' sois bien seul. Donne-moi le plus de détails possible sur ta position.
La nôtre, depuis quinze jours, n'a pas changé. On se dispute, on s'injurie dans la Chambre basse, qui est bien, en effet, tout ce qui se peéit imaginer de plus bas. Je ne lis point les journaux. Dieu merci! ce qui fait que j'échappe aux trois quarts et demi des sottises qui se disent; c'est bien assez de savoir celles qui se font.
Le ministère marche toujours dans sa force et dans sa majesté. C'est un beau spectacle.
Si j'ai demain un moment à moi, j'irai voir tes bons parents. C'est un plaisir que je ne puis me j)romettre avec certitude, car on me tracasse extrêmement le dimanche. Je suis toujours content de C..., à un peu de légèreté
près. Adioii, mon excellent frère, je t'ernl)rasse comme je l'aime, bien leiidreiiieni.
Passy, o mai.
Qu'il est donc triste d'être séparés, mon frère! Que la vie est pesante quand le cœur est seul! Mais pourquoi serait-il seul? Dieu n'est-il pas toujours près de nous ? Et que nous faut-il de plus ? Hélas ! que nous savons peu l'aimer! Si nous l'aimions bien, il nous suffirait. « Dieu seul! disait M. Boudon^, Dieu seul! » répétait-il sans cesse. Et nous aussi disons : « Dieu seul! ».
J'ai vu dimanche tes bons parents; ce fut un grand plaisir pour moi ; ils me témoignent tant de bienveillance ! Ton père nous donnera une lettre sur Paris pour la prochaine livraison du Défenseur ; elle sera excellente, comme tout ce qu'il fait; je vais, moi, publier mon article supprimé avec quelques nouvelles réflexions, et en annonçant que j'en ferai autant pour tous les articles que la censure refusera de laisser passer^. Il y a de bien viles gens dans ce bureau de censeurs. Je serai obligé d'en désigner un, J'abbé d'Andrez. Tant pis pour lui, il
1. M. Hoiidon, archidiacre d'Evreux au xvii* sicdo et auteur d'un grand nombre d'ouvrages ascéticjues, parait avoir exercé une assez grande induence sur léducation spirituelle des deux frères La Mennais. Félicité répétait snuvcnt, dans ses lettres, la maxime qu il rapporte ici, et Jean-Marie la donnée comme devise aux l*"rères de llnstruction chrétienne, institués par lui.
2. Le lecteur reconnaîtra dans ces paroles l'indice de cette énergie provocante et obstinée qui entraînera si loin, plus tard, le malheureux écrivain.
m'y a forcé. C'est aussi une chose trop indigne qu un prêtre qui ne veut pas souffrir que l'on défende la religion parce que l'Université lui donne G, 000 francs d'appointements pour détruire cette religion dont il est ministre. Mais patience ! Justice se fera.
J'ai été très faible ces jours-ci. Gela me dérange beaucoup, car je voudrais finir la préface de mon deuxième volume. Dis-moi ce que tu fais, comment tu vis, à quoi tu t'occupes. Gourchamps ^ doit le donner des nouvelles de Paris.
Adieu, mon bien bon frère, je t'embrasse comme je t'aime, de tout mon cœur.
Passy, 13 mai.
Tu me manques tous les jours davantage, mon pauvre frère; tous les jours j'aurais plus besoin de ton appui, de tes conseils, et des consolations que mon cœur puisait avec abondance dans le tien. Ton petit billet du 2 m'a fait grand plaisir; il m'en ferait davantage, si je ne te voyais pas aussi un peu triste de cette espèce d'exil, exilium cordis, que la Providence .te destinait. Bénissons-la de tout, mon ami, car elle tient compte de tout, et sait mieux que nous ce qui nous est bon.
J'ai été obligé de cesser de voir G... ^ pour bien des raisons que je ne puis t'écrire. Ge pauvre malheureux
1, C'était, je crois, un compatriote de Lamennais, qui vivait à Paris, et lui rendait divers services d'ordre pratique, sauf à user de son influence pour ses propres intérêts.