Mme Gottu
nous. Il est impossible que tu passes ta vie à Francfort: ce ne serait pas la peine d'être né. J'espère que ton père parviendra à te procurer une place de maître des requêtes. Quoiqu'il y ait beaucoup de concurrents, on doit arriver néanmoins avec de la persévérance. Adieu, aime-moi et prie pour moi.
Saint-Brieuc, 4 décembre 1820.
J'ai enfin reçu, mon bon frère, la lettre que j'attendais de toi ; elle est du 12 novembre . J'y aurais répondu quelques jours plus tôt, sans une espèce de maladie qui m'a forcé de garder le lit pendant près d'une semaine. Gela a commencé par une migraine extrêmement forte, accompagnée de fièvre. Je n'ai rien fait, et je suis mieux ; il ne me reste que de la faiblesse d'estomac et un grand dégoût des aliments, qui se dissipera peu à peu.
Nous voici dans l'Avent, dans ces beaux jours où l'Eglise se prépare à célébrer la naissance du Fils de l'Homme. C'est ici un temps de merveilles; les cieux s'émeuvent et la terre tressaille d'allégresse dans l'attente prochaine du Sauveur. Que ces mystères sont touchants ! Une étable, une crèche, dans cette crèche un enfant, autour de lui une jeune Vierge, sa mère, un vieillard et des animaux, des bergers qui accourent pour adorer le Roi des rois qui vient de naître, des anges qui chantent dans les cieux : Gloire à Dieu, et paix aux hommes ! Qui jamais ouit rien de semblable ? Et puis ces magnifiques prophéties, cette pompe antique et divine; OAdonaï!
O Oricns ! () Rex gcntium ! O Emmanuel ! ^ WxxmiWon^" nous dans notre joie et dans notre admiration.
Si tu trouves l'occasion de m'envoyer ta traduction du petit traité De hono mords, je serai bi<'n aise de la recevoir, mais ne te gêne pas pour cela, rien ne presse. Je ne sais pas jusqu'à quel nombre de volumes on poussera la Bibliothèque ; l'exiguïté du caractère en éloigne beaucoup de personnes. J'irai à la fin de janvier passer quelque temps à Paris. Comme il n'y a point de chambre libre aux Feuillantines, je descendrai chez M. de Saint- Victor, rue du Cherche-Midi, numéro 15, où tu pourras m'écrire. Oh! si quelque événement t'amenait toi-inême à Paris vers cette époque ! N'y vois-tu donc aucune espérance ?
Voilà Chateaubriand qui débute dans la diplomatie par une ambassade ; à tout seigneur tout honneur. Depuis la Vie du duc de Bcrry, je n'ai point entendu parler de lui ; c'est vrai que je ne pouvais pas lui être bon à grand'chose. Son ami Bertin-Devaux^ est de la Chambre. Nous verrons quel rôle il jouera. Les destins de la session me paraissent encore fort obscurs. Adieu, bien cher ami! ton pauvre frère te presse sur son cœur.
1. Ces invocations sont celles que l'Eglise adresse au Messie pendant les jours qui précèdent la f<He de Noël.
2. Berlin de Vaux «Hait le IrtM'e de Louis-François liertin, le principal ItMidalcur i\\\ Journal des Débats. 11 était, aussi bien que son frci'c, lié; avec (IhattNUibriand et il avait fait cause c»tniinune autrefois avec tous les hommes de lettres (pii dirigeaient contre Icsjjrit impérial la seule opposition qui lût possible alors, une opposition littéraire.
Saint-Brieuc, 28 décembre 1820.
J'ai reçu, il y a quelques jours, mon bon frère, une lettre de Mme G..., qui paraît peinée de ce que tu ne lui as pas écrit une seule fois depuis ton départ de Paris. Je t'engage à ne pas tarder davantage à lui faire ton compliment sur ses couches. Un silence plus long ressemblerait à de l'oubli ou à de la négligence, et elle ne mérite ni l'un ni l'autre. J'ai répondu que je ne concevais pas qu'elle n'eût point encore ta lettre, sachant que tu avais le dessein de lui écrire.
J'aimerais à penser que le changement survenu dans le ministère favorisera ton retour à Paris. Quant aux effets politiques de ce changement, j'y vois deux hommes qui se perdent, et voilà tout. Au reste, il fallait bien que certains royalistes arrivassent tôt ou tard au pouvoir. La France et même l'Europe n'eussent pas été suffisamment éclairées sans cela; une dernière leçon leur aurait manqué. Sans doute qu en ce moment les badauds triomphent, ils croient la France et le monde sauvés. Pauvres gens! Hi in curribus et Jii in eqiiis ; nos autcm in noniine Domini Dci nos tri ' .
J'avais relevé dans un petit article un principe de schisme et d'hérésie enseigné par le Ministre de Tintérieur aux élèves de Saint-Sulpice . La censure n'a pas permis que cet article parut dans le Dcfcnscur. On l'a imprimé à part, et je pense qu'on te l'aura envoyé. 11