‹ Un Lamennais inconnuChapitre 86 sur 112 · YillMe et Corbière · texte numérisé non relu

YillMe et Corbière

2. La Meilleraye est un couvent de Trappistes situé dans le diocèse de Nantes. Les relig'icux de ce monastère lurent énergiquenienl défendus plus tard (contre le pouvoir, ((ui avait résolu (le les disperser, par ÏAgence générale pour la défense de la liberté religieuse, fondée par Lamennais, Lacordaire et Mt)ntiilembert.

frère. Moi et mes petites compagnes de voyage ' , nous avons fort bien supporté la route, quoiqu'il fût difficile d'avoir un plus mauvais temps. Nous arrivâmes hier, à 10 heures, à Rennes; nous en sommes repartis à 5 heures, ce matin. Le bon Morinais nous a reçus chez lui; il m'a parlé de toi et de ta famille avec une véritable affection. Je ne sais pas encore quand mon frère viendra me trouver; je présume que ce sera l'un des jours de la semaine prochaine. Je crois que tu trouverais la Chênaie jolie au printemps. Il n'y a que mon Perron qu'ils ont gâté^. Je m'en plains atout le monde, et les vents, s'ils sont fidèles, ont dû t'en dire quelque chose, car je ne leur ai pas fait mystère de mes regrets. Je pense que je verrai bientôt Bellevue ; en lui envoyant plusieurs lettres à ton adresse, je lui ai mandé les motifs qui t'ont empêché de lui répondre plus tôt.

Voilà quelques billets que je te prie de faire mettre à la petite poste. Je vais me remettre à mon travail, et j'espère l'avancer si l'on ne me détourne pas trop. Je suis tout étonné de me trouver ici tranquille dans ma chambre. Nous y passerions encore de douces soirées, mais je suis seul. Prie pour moi, mon frère. Je ne*- te dis pas de m'aimer, ce serait presque douter de ton cœur, et je douterais plutôt du mien. Respects et compliments à ta famille.

1, Il s'agU probablement des nièces de Lamennais.

2. On appelait « Perron », à la Chênaie, non l'escalier extérieur qui précède l'entrée de certaines maisons, mais une belle promenade plantée d'arbres et bordée de rochers qui longeait l'étang. (Voir l'Intfoduction, p. xxxviii.)

A la Chênaie, 18 janvier 1821.

Me voici, mon bon Denis, de retour à la Chênaie, avec mon frère. Que ne |)eux-lu y être avee nous! Malgré la mauvaise saison, nous y passerions encore quelques jours agréables, et le coin du feu remplacerait nos longues promenades du soir.

Espérons que ce rêve n'en sera pas toujours un, et que nous nous retrouverons encore dans cette jolie forêt de Coëtquen, et sur les bords de l'étang dont les eaux toujours en mouvement rappellent si bien la rapidité de la vie et l'inconstance de ses joies. Bellevue et La Bellière vinrent ces jours derniers dîner avec nous. Nous bûmes à ta santé, car ton souvenir est ici présent dans tous les cœurs; juge ce qu'il doit être dans le mien.

Mme C... a reçu ta lettre; elle se plaint de ce qu'elle est contrainte, un peu sèche et cérémonieuse; ce n'était pas de ce ton-là, dit-elle, que tu écrivais autrefois. Ses plaintes sont bonnes, aimables et inspirées par un véritable attachement. Je t'engage à lui récrire, et avec plus d'abandon. Je serais fâché que votre amitié réciproque se refroidît. Il s'agit de se replacer tout simplement dans la position où vous étiez à l'égard l'un de l'autre, il y a un an.

J'ai vu dans le Défenseur qu'il vient de paraître deux gros volumes contre moi. Je ne sais ni de qui ils sont, ni ce qu'ils contiennent. Je m'en informerai à Paris, où j'arriverai le 3 ou 4 février. S'il est nécessaire de répon-

(Ire, je répondrai, mais il faut que je puisse le faire honorablement. Du. reste, ma doctrine gagne; des théologiens qui l'avaient combattue se rétractent. La vérité triomphera à l'aide du temps. C'est tout ce que je désire. Adieu, mon frère; écris-moi chez M. de Saint-Victor, rue du Gherche-jNIidi, numéro 15. Aime ton pauvre frère et prie pour lui.

A la Chênaie, le 18 janvier 1822.

Je n'aurais pas été tranquille, mon bon frère, si je t'avais su malade, et je ne le suis pas encore entièrement. Il me tarde de recevoir une nouvelle lettre de toi. J'espère que celle-ci te trouvera en pleine convalescence, mais je voudrais en être certain. Il est fort important que tu te ménages; les maladies inflammatoires, toujours dangereuses, le sont encore plus avec une constitution telle que la tienne, et les rechutes sont surtout à craindre; ne néglige donc aucune précaution. La saison est si extraordinaire, qu'on ne saurait trop se tenir en garde contre ses mauvais effets. Ma santé à moi n'est pas mauvaise, seulement j'ai la poitrine et la tête très fatiguées, à la suite de visites nombreuses, qui ont duré deux jours sans discontinuation; c'est l'inconvénient de la campagne.

Mon frère partit hier en hâte, pour voir son préfet, qui a dû partir lui-même la nuit dernière. Son déplacement est pour mon frère un véritable malheur, car ils s'entendaient à merveille, et il y avait entre eux autant

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(l<î confiance quo d'altacliern(3nl. Il (*st triste, dans sa position, d'Atre priv/- d'un pareil appui; mais qu'y faire? J)cus providchit^ .

Je regrette que le pauvre G... n'ait qu'un vain titre sans appointements. C'est néanmoins quelque chose et une espèce de droit pour o])tcnir mieux. Je ne suis pas surpris qu'on t'ait refusé. Tu te souviens de ce juge qui, en marge de ses livres, sur les questions douteuses, ('(•rivait : Cause d'aini^ parce qu'il croyait pouvoir alors l'ésoudre le doute et se décider selon ses affections. Aujourd'hui cause d'ami est synonyme de cause perdue. Je ne voudrais pas qu'un ministre eût intérêt à me faire pendre, s'il avait pour moi quelque amitié; car infaillil)l(;ment je serais pendu, à l'aison de la bonne volonté, du dévouement et de la coniplaisance qu'on ne manquerait pas de me supposer. Le bon M. de Bonald fait heureusement exception à la règle. Je me réjouis bien vivement de la justice qu'on lui a rendue.

Voilà une petite note qu'on m'a prié de t'envoyer en faveur d'un employé de ton administration. N'oublie pas le pauvre Dutemple, et cet autre pauvre homme qui désire savoir des nouvelles de ses enfants. Adieu, mon bon frère; donne-moi souvent de tes nouvelles, qui me font tant de plaisir, et sois sûr que personne ne t aime plus tendrement que ton pauvre frère, F.

1. 11 s'agit du préfet do Saint-Bricuo, M. de Saiiil-Luc, qui avait i'(Mulu do grands sorvioos à l'abbô .loaii-.Mai-io do La Monnais lorsqu'il était vicaire gé'iiéral du diocoso.

A la Chênaie, le 28 janvier 1822.

Je te remercie, mon ])on frère, de penser à moi malgré ta fièvre, qui ne laisse pas de m'inquiéter. Je crois que tu as été bien près d'une maladie inflammatoire dangereuse, surtout avec ton tempérament. Ta convalescence exigera beaucoup de précautions; n'en néglige aucune, et prends garde de t'exposer à une rechute. 11 me tarde bien de te savoir sur pieds. Tu es presque la seule personne qui m'écrive. Les autres ne me répondent même pas. Ils ont autre chose à quoi penser qu'à un pauvre ermite, qui ne peut leur être bon à rien. Je ne parle )'^U^ pas de Saint-Victor, qui m'a écrit deux fois. Louèl ma écrit aussi, et je crains qu'il ne continue. Il m'apprend que son traitement est augmenté de 200 francs, et il me demande une réponse. Fais-lui dire, si cela ne te gêne pas, que je suis bien aise que sa position soit améliorée, mais que, ne pouvant rien pour lui et n'ayant pas de temps à perdre, je ne peux pas entretenir avec lui une correspondance. Et puisque je suis sur ce sujet, je t'envoie une lettre de Mme de la Houssaye, lettre que lu liras quand tu seras guéri, et dont tu feras alors l'usage que tu jugeras convenable. En voilà deux autres pour la petite poste.

J'ai bien vu, par un article des Débats, que la coterie Ch... ^ était contente de ce qu'elle a, et plus encore de ce qu'on lui a sans doute promis. Il fait bon être plusieurs :

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