‹ Un Maître, Auguste ComteChapitre 1 sur 9 · PARIS LIBRAIRIE- BIBLIOTHÈQUE AUGUSTE -COMTE · texte numérisé non relu

PARIS LIBRAIRIE- BIBLIOTHÈQUE AUGUSTE -COMTE

l6, RUE SAINT-SÉVERIN, l6

MCMXXI

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AUX JEUNES GENS

Devant les ruines accumulées par deux siècles d'erreurs, vous êtes V espoir de V anxieuse humanité. Dispensateurs de votre plus haut destin, vous êtes la promesse magnifique d'une palin-

génésie universelle.

Vous choisirez de la réaliser. Les rédempteurs qui furent les compagnons imperturbables de la souffrance et de la mort ne se renonceront pas. Cette noblesse, consacrée par tout le sang versé, elle oblige.

Mesquines ambitions et désirs vulgaires de plaisirs faciles , d'argent, d' ostentation imbécile, de succès immédiats, voire de renommée viagère, vous ne les disputerez point aux politiciens, gens-de-lettres, ventres dorés, zéros gantés, histrions de toute sorte, et autres « producteurs de fumier ». C'est là encore toute V ignominie d'avant la guerre que vous avez appris à mépriser,

H AUX JEUNES GENS

vous les fiers, vous les hommes, vous les victorieux.

Vous les survivants, — non pas des Morts qui sont toujours présents en vous, en nous tous, et qui resplendiront éternellement sur la face radieuse de la patrie libérée ; mais sur-vivants aux agités qui se croient des êtres et ne sont que des spectres que chaque minute dissipe et que le néant va résorber. Le misérable moi auquel ils bornent leur éphémère existence n'est qu'une apparence. Rien ne demeure et ne se continue qu'en se rattachant. On n'arrache au sépulcre que ce qu'on donne à l'humanité per durable.

L'artillerie des barbares a broyé des corps, stérilisé les campagnes en dispersant l'humus fécond, abattu oies maisons ; mais auparavant les divagations de la raison individuelle et le dévergondage des sentiments égotistes,plus profondément destructeurs, avaient tari la sève spirituelle qui anime la hautaine volonté de vivre en autrui et pour autrui, qui stimule l'énergie bienfaisante du laboureur, qui exalte la foi créatrice par laquelle se maintiennent les Cités prospères et s'érigent les cathédrales de beauté.

Jeunes gens de France, vous avez gardé la patrie; mais, déjà, elle n'était plus qu'un désert d'âmes. Tout y est à reconstruire, et d'abord l'esprit qui vivifie,

AUX JEUNES GENS III

Vous fûtes de vaillants soldats, il cous faut être des apôtres fervents. Ayant su vaincre, vous saurez convaincre. Et ainsi, en poursuivant la même croisade pour la civilisation spirituelle, vous vous accomplirez dans la splendeur de V humanisme.

Les meilleurs s1 attardent aux.vains regrets des croyances défaillantes ; tels les enfants et les primitifs, d'autres rêvent aux Edens qu'instituent les mots et qu atteignent les désirs additionnés.

Etourdis par les funestes idéologies dont ils s'enivrèrent jusqu'au délire, vos aînés se sont détournés du Maître qui eût ordonné leurs idées, de la doctrine qui eût condensé et précisé leurs aspirations. C'est pourquoi leur bonne volonté même fut stérile, et nocifs leurs efforts.

A ce moment décisif, V élite française, qui est pourtant V élite du monde, s'interroge, hésite encore...

Vous, jeunes gens, vous verrez mieux dans Auguste Comte le plus grand type d'humanité et dans sa doctrine la plus complète synthèse reconstructive. Tant d' atrocités n'ont pu que vous inspirer l'horreur des confusions et des désordres qui les provoquèrent. Vous savez qu'il ne s'agit plus de satisfaire de vaines curiosités de dilettantes décadents, mais de corn-

IV AUX JEUNES GENS

prendre les réalités essentielles ; ni de se divertir des formes, mais de se recréer une âme ; ni de parader, mais de s approfondir toujours plus. Et, parce que le sang irrigue et dynamise d'autant mieux le cerveau qu'il jaillit d'un cœur plus juvénile, parce que vous vibrez, vous aimez, vous croyez — cela seulement qui est vivre — vous déciderez, vous voudrez d'une inflexible volonté...

Ces pages sont un acte de foi. En propageant VÉvangile du bon sens systématisé qu elles proclament, vous aurez l'audace d'affronter V impudence des baladins, des sophistes, des exploiteurs de l'ignorance et, surtout, la cohue formidable des badauds qui les suivent. Et ainsi, vous entraînerez les timides et les velléitaires, vous' persuaderez les égarés et les sceptiques, vous apaiserez et ramènerez les hostiles et les négateurs.

Voici un Maître, voici une direction.

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