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Science préliminaire
ou Philosophie naturelle.
(Ordre extérieur.)
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Science finale
ou Philosophie
morale.
(Ordre humain.)
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UNE DIRECTION : LE POSITIVISME 7l
La sociologie.
Dans la Mission sociale de la philosophie positive, Hector Denis a fait cette judicieuse remarque : « Toutes les sciences préparent à la science sociale : mais il faut faire un pas de plus encore et dire : toutes les sciences sont les éléments d'une science unique, celle de V humanité. En les coordonnant, on dirige réellement toutes les forces mentales délivrées du tourment de l'absolu vers la connaissance et l'amélioration de la société. Quand on se place au sommet de cet édifice des connaissances humaines, dans la science sociale, qu'en embrassant un à un les éléments qui concourent à la former, on redescend de degré en degré jusqu'aux limites du savoir, jusqu'aux propriétés les plus générales de la matière, on est frappé de la simplicité, de la grandeur et de la fécondité de cette partie maîtresse de l'œuvre d'Auguste Comte. »
Le sommet de la philosophie positive est donc la sociologie. Comte a défini son objet et fixé la méthode de filiation qui lui est propre. « On ne peut bien apprécier ce qui est sans le rattacher d'une part à ce qui a été, d'une autre à ce qui sera. » L'histoire est « le préambule nécessaire de la vraie science sociale ». Et un disciple, le docteur C. Hillemand dira justement de ce Maître incomparable : « Il est le premier historien qui sache introduire le pointde vue relatif en histoire et reconnaître que tous les modes de
i2 UN MAITRE *. AUGUSTE COMTE
penser, non seulement les théories propres à chaque science, mais encore les croyances religieuses les plus contraires à nos connaissances actuelles, ont représenté, pour .l'époque où elles furent conçues, les moins imparfaites approximations possibles de la réalité des choses. »
Mais il y a aussi le projet de l'avenir. Là surtout, il n'y a de motif supérieur de savoir que « pour prévoir afin de pourvoir ».
A. Comte discernera donc, dans le social, la statique de la dynamique, plus exactement de la cinématique, ce qui est modifiable de ce qui ne l'est point. De même que pour la connaissance, il détermine les limites de l'action. Des esprits superficiels, incapables de comprendre que cette détermination est le propos de toute philosophie, en ont fait grief à Comte. Il n'y a que la démence qui n'accepte point de bornes. Dira-t-on que celles-ci restreignent trop le champ de la pensée, de l'action et du sentiment? Mais un génie incomparable comme Comte n'a pas eu trop d'un immense labeur ininterrompu (sauf de 1826 à 1828 par la maladie) de quarante ans pour le parcourir. Ceux qui ont l'outrecuidance de chercher des voies nouvelles ne peuvent, hors de l'humain, que divaguer.
Nous ne pouvons connaître que les rapports constants des choses. Pour être efficaces, toutes nos recherches doivent porter là seulement. De même, dans le social, nous ne pouvons agir que sur l'intensité des phénomènes statiques, « dont l'arrangement demeure inaltérable », et l'allure des phénomènes cinématiques : voilà la sagesse apaisante, unifiante qui nous confère le maximum de lumière et de
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force, et nous préserve des aberrations révolutionnaires.
Gomme l'avait établi Broussais en biologie, Comte nous enseigne que « le phénomène modificateur est toujours de même nature que le phénomène modifié » , Au surplus, la modilieabililé n'est jamais que subjective, par rapporta l'homme.
Enfin, le positivisme « dispose à développer les conséquences au lieu de discuter les principes ». Quand on aura enfin admis que la nature est le roc de fatalité contre lequel se fracassent toutes les agitations des orgueilleuses révoltes, l'action sociale obtiendra toute son efficacité. Car c'est là notre part de liberté, où peuvent s'exercer l'héroïsme, le génie et la sainteté. 11 n'est que de l'ordonner.
On n'octroie tout son pouvoir à l'action qu'en « améliorant l'agent ». C'est pourquoi l'éducation sera toujours « le premier des arts ». Pour Comte, c l'ordre constitue sans cesse la condition fondamentale du progrès ; et, réciproquement, le progrès devient le but nécessaire de l'ordre ». La devise politique du positivisme sera donc : Ordre et progrès, c'est-à-dire liaison et extension, car extension sans liaison, c'est dispersion. « Tout ordre réel est spontanément modifiable d'après son propre exercice. » Et d'autant plus que les phénomènes sont plus compliqués. Les relations sociales sont donc les plus modifiables. Pourtant, notre intervention pour les maintenir ou les améliorer reste stérile, sinon nocive, quant aux lois. La soumission à ces lois infrangibles est la base universelle et permanente du perfectionnement physique, biologique, social et moral. « Toute notre sagesse théorique et pratique consiste
à profiter de la subordination naturelle des phénomènes les plus nobles envers les plus grossiers pour instituer Je perfectionnement universel en augmentant la consistance des uns et la dignité des autres. » Voilà le style de Comte : il est dénué d'ornements et d'élégance ; mais sur ces cinq lignes on peut méditer pendant des mois.
Ainsi. 1 Tordre le plus noble dépend du plus grossier : c'est la loi la plus universelle ; 2° la solidarité se subordonne à la continuité : c'est la loi sociologique la plus générale. « Toute la synthèse dogmatique, conclut Comte, est essentiellement réductible au simple développement de ces deux principes corrélatifs. » Cette assise inébranlable nous préservera dorénavant « des divagations analytiques », et, là-dessus, nous pourrons construire.
Ou plutôt a conserver pour améliorer », car il ne faut pas oublier que « l'ordre artificiel consiste toujours à consolider et améliorer l'ordre naturel ».
La sociologie substitue le point de vue social au point de vue individuel. A la notion métaphysique de droit, virulent ferment de toutes les convoitises, de toutes les haines de l'envie, fomentatrice de tous les conflits, succède désormais la notion pacifiante et unifiante, positive, de devoir.
Nous naissons chargés d'obligations de toute espèce, envers nos prédécesseurs, nos successeurs et nos contemporains, dit Comte. Elles ne font ensuite que se développer ou s'accumuler, avant que nous puissions rendre aucun service. Sur quel fondement humain pourrait donc s'asseoir l'idée de droit qui supposerait raisonnablement une efficacité préalable ? Quels que puissent être nos efforts, la
plus longue vie bien employée ne nous permettra jamais de rendre qu'une portion imperceptible de ce que nous avons reçu. Ce ne serait pourtant qu'après une restitution complète que nous serions dignement autorisés à réclamer la réciprocité de nouveaux services. Tout droit humain est donc absurde autant qu'immoral. »
Le « droit » est aussi « immoral et anarchique » en politique que la « cause » est irrationnelle et sophistique « en philosophie ». « Chacun a des devoirs, et envers tous, mais personne n'a aucun droit proprement dit. Les justes garanties individuelles résultent seulement de cette universelle réciprocité d'obligations qui reproduit l'équivalent moral des droits antérieurs sans offrir leurs graves dangers politiques. En d'autres termes, nul ne possède plus d'autre droit que celui de toujours faire son devoir. »
Ainsi la principale démarche de la politique positive consiste à substituer partout des devoirs aux droits, comme celle de la philosophie est de substituer les lois aux causes, « d'après l'élimination radicale des volontés arbitraires, afin que le relatif remplace l'absolu ». Et dans une lettre à Pierre Laffitte, Comte donnait cette définition positive du devoir : « l'accomplissement d'une fonction par un organe libre et intelligent ».
Sous le régime positif, « tout digne citoyen devient donc un fonctionnaire social, exerçant à la l'ois un office spécial et une sage participation à l'économie générale. Confiance et responsabilité constituent toujours la double condition du service humain, où l'indépendance et le concours se conci-
lient radicalement. La puissance et la richesse étant constamment rapportées à leur destination sociale, leur concentration personnelle et leur juste inviolabilité sont aussitôt reconnues indispensables à leur efficacité civique, où de grands devoirs exigent de grandes forces. C'est ainsi que l'universelle prépondérance du point de vue humain ennoblit et consolide à la fois l'obéissance et le commandement ».
On le voit, pour Comte, l'individu n'est qu'une abstraction, il n'y a de réels que les êtres collectifs, la famille, la patrie, l'humanité. « Un système quelconque ne peut être formé que d'éléments semblables à lui et seulement moindres. Une société n'est donc pas plus décomposable en individus qu'une surface géométrique ne l'est en lignes ou une ligne en points. » L'unité sociale la plus simple, c'est la famille.
La théorie métaphysique du moi n'étreint qu'un fantôme.
La psychologie positive.
La psychologie tenant de la biologie, de la sociologie et de la morale ne pouvait être déterminée et classée. Aussi était-ce un lieu commun, naguère, de dénoncer cette « lacune » du positivisme.
On en icvient. Des thèses ont été soutenues sur l'importance de la psychologie dans le positivisme.
La vérité, c'est que Comte fait remarquer qu'en
voulant abstraire le psychique du vital, du social ou du moral, on arrache ses racines, on le dénature. « L'esprit est devenu le sujet à peu près exclusif des spéculations, dit-il; les facultés affectives ont été presque entièrement négligées et subordonnées à l'intelligence. » Et c'est « l'inverse de la réalité ». Il ajoute : « L'expérience montre que les affections, les penchants, les passions constituent les principaux mobiles de la vie humaine. Il est même certain que les penchants les moins nobles, les plus animaux, sont habituellement les plus énergiques et, par suite, les plus influents. » On reconnaîtra ici, et épars dans l'œuvre entière, l'essentiel de quelques théories récentes et célèbres, notamment la psychophysiologie de Wundt et T. Ribot, la psychosociologie de Tarde et Roberty (1), la psychanalyse de Freud, voire l'intuitionnisme.
A. Fouillée reconnaît que « A. Comte lui-même, tout en attaquant (?) la psychologie, lui a rendu maint service ». Et d'abord, précisément, celui de ne pas la tronquer.
Comte est un profond psychologue. Son tableau cérébral suffirait à en témoigner. Ce tableau répartit en trois groupes les fonctions cérébrales élémentaires : cœur, esprit et caractère : « le cœur pousse, l'esprit éclaire, le caractère réalise ». Le cœur comprend les penchants ou sentiments qui sont : i° per-
(1) Victime du bolchevisme avant la lettre, E. de Roberty a été assassiné dans ses terres, en Russie, au début de la guerre. C'était un esprit alerte et vigoureux. Mais son hyperpositivisme verse trop souvent dans une fumeuse mystagogie. Il y a danger, même pour les plus fortes intelligences généralisatrices, à vouloir dépasser Comte.
sonnels ou égoïstes (intérêt, ambition) ; 2° sociaux ou altruistes attachement, vénération, bonté). L'esprit comprend la conception (contemplation concrète et abstraite et méditation inductive et déductive i et l'expression. Le caractère comprend le courage (initiative), la prudence et la fermeté. Enfin, les fonctions composées du cerveau consistent dans la combinaison d'un ou de plusieurs penchants avec une conception (avarice, amour, patriotisme, etc.). D'autre part, M. Grimanelli a fait judicieusement remarquer que sur iesquinzeloisgénérales del'entendement, il en est au moins six qui sont des lois psychologiques. Enfin, la mort seule a empêché Comte d'écrire les traités de psychologie théorique et de psychologie pratique ou éducative que devaient être le deuxième et le troisième volume de la Synthèse subjective. Mais il en a laissé le plan. Voici le premier :