‹ Un maître de ce temps Puvis de ChavannesChapitre 18 sur 26 · A L HOTEL DE VILLE DE POITIEIIS. I · texte numérisé non relu

A L HOTEL DE VILLE DE POITIEIIS. I

culisaient, ii le saluait, lui, comme un grand peintre qu'il fallait laisser faire; toujours, il Tencouragea, le défondit; et il tenait ^

• coup, il est sorti de l'ombre; la lumière brille sur lui « et ne le quittera plus. Son succès a été pfrand, et cela « fait honneur au public, car M. Puvis de Chavannes ne « cherche pas, comme on <lit. la petite bète. Sou esprit « se meut dans la plus haule sphère de l'art et stm am- « bitjon dépasse encore son talent. I /aspect môme de « ses deux grandes compositions, « Belium, Concor- « dia ». intrigue le regard. 8ont-cc des cartons, des ta- « pisseries ou plutôt des fresques enlevées d'un Fontain nebleau inconnu, par un procédé mystérieux, que ces fl immenses toiles entourées d'un cadre de (leurs et n d'attributs, comme les peintures de la Farnésine'^ Quel n procédé a-t-on employé pour les peindre ? La détrempe, o la cire, l'huile"? On ne sait trop, tant la gamme est n étrange, en dehors des colorations habituelles; — ce o sont les tons neutres ou savamment assortis de la « peinture murale qui revêtent les édifices sans réalité « grossière et font naître l'idée des objets plutôt qu'ils « ne les représentent. — M. Puvis de Chavannes, insisn tons sur ce point, à un moment où tant de palais et « de monuments s'achèvent, attendant leur tunique de « fresques, n'est pas un peintre de tableaux ; il lui faut, « non pas le chevalet, mais l'échafaudage et de larges « espaces de murailles à couvrir. C'est là son rêve, et « il a prouvé qu'il pouvait le réaliser. Ce jeune artiste, n dans un temps de prose et de réalisme, est naturelle- « ment héroïque, épique et monumental , par une récur- « rence de génie bizarre. Il semble qu'il n'ait rien vu « de la peinture contemporaine et sorte directement de « l'atelier du Primaticc ou du Rosso. »

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honneur de l'admettre dans son intimité. Le maître de « la Paix » et de « la Guerre » s'amusa, pour faire plaisir au poète, à peindre les décors d'une pantomime, ce le Tricorne enchanté », représentée dans sa maison de Neuilly. « Que de fois, — a écrit, le gendre de Théophile Gautier, Emile Bergerat, — n'ai-je pas entendu les familiers de l'Impeccable, les arrivés, les célèbres, les hauts cotés, se jeter à l'oreille ce : Pauvre Ghavannes! », où la sympathie pour l'homme se mêlait à la commisération pour le peintre dans un sourire. Seul, Théophile Gautier ne souriait point, car il savait, étant prophète. 11 échangeait avec l'artiste un de ces regards profonds, très tendres à la fois et très assurés, où les vrais immortels s'entendent, se disent en silence ce qu'ils ont à se dire et parlent la langue des demi-dieux. Ceux-là sont assurés du temps qui peuvent se regarder ainsi; les autres ne le sont que de l'époque ». Jusqu'à leur mort, les deux amis se restèrent fièrement fidèles. Quelques jours avant de mourir, le poète recevait la visite du peintre. 11 était bien malade, et il savait que sa fin approchait. Après une heure d'entretien, il voulut accom-

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pagncr son visiteur sur le palier de l'escalier qui conduisait ù sa chambre. Au moment où celui-ci mettait le pied sur la première marche, il lui dit : a Pierre, descends lentement ». o Pourquoi? répondit le peintre. — Et, le poète, de sa voix lapins douce, répliqua : « Je te verrai plus longtemps. » Chaque année, à la Toussaint, Puvis de Chavanncs allait, au cimetière Montmartre, déposer un bouquet de fleurs sur la tombe de Théophile Gautier.

Qu'ils pensent avec des mots ou avec des formes, les artistes ont des intuitions historiques, qui échappent bien souvent aux érudits les mieux informés. Quand il peignit Charles Martel rentrant à Poitiers, après la défaite des Sarrazins, à Cénon, au conllucnt du Clain et de la Vienne, Puvis de Chavanncs ne s'était donné pour but que de traduire une idée plastique, sévère, majestueuse et logique, vraisemblable sinon vraie, en dehors de toute préoccupation de philosophie ou de littérature. Et, voilà que son œuvre devient l'évocation superbe du passé, s'identifie étroitement avec l'histoire, dans ses recherches sociales les plus profondes. Les Sarrazins, après avoir pillé Bordeaux, s'étaient avancés vers la Loire,

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ayant à leur tête Abderham, auquel la victoire avait toujours été fidèle. Il fallait lui opposer une nombreuse et vaillante armée. Dans la cruelle alternative de perdre la France ou de renoncer à la couronne, en mécontentant les évêques, — remarquent psychologiquement les historiens, — Charles Martel n'hésita pas. Il dépouilla le clergé pour enrichir les guerriers, marcha droit aux Sarrazins qu'il rencontra près de Poitiers; et, après un combat qui dura un jour entier, les vainquit.

J'ai bien surpris et égayé l'artiste, lorsque je lui ai demandé, — sans conviction, il est vrai, — s'il avait voulu continuer la leçon de ces historiens, en groupant au-devant du héros tant d'évêques qui le bénissent. Il n'avait point encore songé à cela; et^ comme je l'interrogeais sur la source des documents historiques qui lui avait permis de donner à ses figures un si grand caractère et une physionomie si pittoresque, qu'elles en paraissent une véritable résurrection, il me répondit, en riant, que ce qui l'avait le plus suggestionné, comme documentation, était un vieux jeu d'échecs, avec ses grossières et farouches figures de cavaliers et de fous !

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