AU PANTHEON
Les premières peintures exécutées au Panthéon par Puvis de Chavannes, qui représentent « rKnfance de sainte Geneviève », ont été le début de la réalisation du patriotique projet de décoration d'un grand monument national, que le Gouvernement adoptait, au lendemain des terribles événements de la Guerre et de la Commune, en vue d'affirmer fièrement rimmortalité du génie artistique de notre pays. Dès que cette immense composition, divisée en deux panneaux avec frise, à laquelle le maître avait consacré près de quatre années d'un travail incessant, fut exposée dans son milieu définitif, elle lui conquit la popularité. Le public et les artistes furent unanimes à reconnaître et à déclarer que l'œuvre décore magnifiquement l'édifice; qu'à rencontre de presque toutes les peintures murales modernes elle donne à Tarchi-
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tecture plus de clarté et plus de grandeur, par ses fraîches couleurs d'une exquise harmonie, et par son ordonnance d'une majesté imposante. Pour tout le monde, c'est un enchantement de l'esprit et des yeux.
Dans l'exposé des motifs de l'arrêté ministériel qui approuve le programme de la décoration du Panthéon, le directeur des Beauxarts , à qui revient l'honneur d'avoir mis sur pied cette entreprise, si souvent projetée depuis un siècle, et toujours abandonnée, Ph. de Ghennevières, qualifie le programme de : (( Vaste poème à la gloire de cette sainte (( Geneviève qui restera la figure la plus (( idéale des premiers temps de notre race, (( où la légende de la patronne de Paris se « combinait avec F histoire merveilleuse des ori- (( gines chrétiennes de la France ». La genèse de : la composition de Puvis de Ghavannes est tout entière dans cette noble inspiration d'associer le patriotisme et la religion, qui n'ont été si souvent qu'un même sentiment national, source de ces actes sublimes de foi et d'héroïsme, qu'on définissait jadis glorieusement : (( Gesta Dei per Francos ».
L'œuvre constitue la plus belle exprès-
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sion de Tari religieux dnns l'école française contemporaine. Mais, dois-jc employer ce terme d'art religieux? N'eu a-l-ou pas fait Texclusive désignation dune spécialité professionnelle? Or, dans leur conception ot dans leur exécution, les peintures de Puvis de Chavannes au Panthéon sont rantithése même de ce qu'il implique pour le public, — d'après tant d'exemples qu'il en a sous les yeux, — de conventions traditionnelles, de formules académiques, d'accessoires, d'attributs, et de symbolisme pieux.
<t L'an CDXXIX, dit l'inscription liagio- « graphique, rédigée parle peintre lui-même, « saint Germain d'Auxerre et saint Loup de « Troyes, se rendant en Angleterre pour com- (( battre l'hérésie de Pelage, arrivent aux ente virons de Nanterre. Dans la foule accourue '( à leur rencontre, saint Germain distingue « une enfant marquée pour lui du sceau divin. « Il l'interroge ; et prédit à ses parents les <c hautes destinés auxquelles elle est appelée. « Cette enfant fut sainte Geneviève, patronne « de Paris. » Devant les évéques, les femmes se sont agenouillées dévotement ; les paysans restés debout regardent avec une curiosité res-
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pectueuse; des bateliers ont amarré leur embarcation à la rive; des potiers, au bruit, quittent l'atelier ; seul, le conducteur du char épiscopal demeure indifférent, accoudé lassement sur la croupe de ses mules; — au long des étapes, il a assisté à tant d'incidents de ce genre ! — Les parents d'un malade le sortent précipitamment de sa maison pour le présenter aux saints, dans l'espérance d'un miracle. Il fait chaud; la route a été poudreuse; les voyageurs doivent avoir bien soif; on s'empresse de traire une vache pour leur offrir des tasses de lait. Pendant que saint Germain, après une caresse sur la joue de la petite fille, comme il est d'usage, fait la prédiction de son avenir glorieux, les parents écoutent, avec les physionomies les plus expressives. La mère, anxieuse et fière à la fois, ne peut retenir sur ses lèvres le traditionnel « Doux Jésus ! )) ; le père s'efforce de la tranquilliser, quoique les paroles mystérieuses de l'évêque ne laissent pas de le préoccuper : voilà la scène dans toute sa positive, simple, et naïve vérité.
Dans une note qu'il adressait à Ph. de GhenncA^ières, l'artiste a synthétisé sa composition : (( J'ai choisi, dit-il, l'heure où l'his-
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« toirc prend possession de riiéroïnc, devinro n et consacrée par saint Germain TAuxorrois; a ce n'est pas un vieillard et uno enfant, ce « sont deux grandes Ames en présence. Leur « regard ardemment échangé est, au moral, le u point culminant de la composition. »
Sur le panneau voisin, Puvis de Chavannes a représenté la vie pastorale de sainte Geneviève. L'enfant est en prière devant une croix faite par elle de deux branches entrecroisées. Un bûcheron et sa femme, « groupe naïvement ébahi », la contemplent. Au dernier plan, un laboureur a abandonné sa charrue ; et, se dissimulant derrière un arbre, afin de ne pas intimider la petite sainte, s'associe à sa prière fervente pour écarter du pays les maux de la famine et de Tinvasion.
La note précitée contient l'explication de cette scène si charmante, et d'une si douce poésie : « Considérant le premier panneau « comme une sorte de prologue, j'ai fait appa- « raître la petite sainte à un groupe idena tique composé d'un bûcheron et de sa femme « portant un enfant. Contraint par la com- « position de montrer de dos le personnage « principal, j'ai cherché à suppléer par une
(( attitude d'ensemble à l'expression de sa
« physionomie ; je l'ai donc représentée comme
(( en arrêt devant ce spectacle d'une grâce
« mystique. J'ai cru devoir aussi, au profit de
(( l'émotion, donner à l'enfant en prière une
« forme et un vêtement tenant plus de l'ange
« que de l'être réel, de la vision que de la
« réalité. »
Au-dessus des deux panneaux de « l'Enfance de sainte Geneviève » court une frise, qui en est le complément décoratif, si le sujet ne s'y rattache directement que sur un point; elle leur sert, pour ainsi dire, de préface. Cette frise est divisée également en deux parties. Dans la première, — correspondant à la composition de sainte Geneviève en prière, — la Foi, l'Espérance et la Charité veillent auprès du berceau dans lequel est couchée l'enfant prédestinée, qui, par son patriotisme, aura la gloire de devenir la patronne de Paris. La seconde partie contient la théorie des saints légendaires de la France, dans l'ordre suivant : saint Paterne de Vannes, saint Clément de Metz, saint Firmin d'Amiens, saint Lucien de Beauvais, saint Lucain de Beauce, saint Martial de Limoges, saint La-