Un manifeste libéral [microforme]
Enregistré conformément à l'acte du Parlement du Canada en l’année mil huit cent quatre-vingt-seize, par LÉGER BROUSSEAU, au Bureau du Ministre de l'Agriculture,
UN
M. L. O. David vient de lancer dans le public une brochure qu'ilintitule : Ze clergé canadien, sa mission, son œuvre. La brochure en elle-même est peu de chose, et le nom de l’auteur qui ne s'est jamais fait remarquer que par un talent de jeunesse condamné à ne pas mûrir ne lui donne aucune importance sérieuse. Les circonstances seules lui donnent une portée bien plus grande
que sa valeur,
Ces cent vingt pages résument les griefs de tout un parti politique, qui, dans ses heures de naïf orgueil, aime à se croire et à s'appeler le peuple, contre le clergé du pays, Elles ont été annoncées longtemps à l'avance par les journaux du parti au Canada et aux Etats-Unis, publiées d'abord dans l'£/ecteur, organe officieux du premier ministre, avant même d'être livrées en brochure au public.
—D'aucuns disent qu'elles ont été écrites sous l'inspiration du chef du parti libéral et que dans sa pensée elles sont un réquisitoire destiné à être produit à la fois devant le souverain tribunal de l'Eglise catholique et devant le tribunal moins compétent, mais plus facile à préjuger, de l'opinion publique.
À tort ou à raison, le public voit derrière M. David—si non tout le parti libéral au Canada—au moins la fraction honnête et respectable de ce parti, celle qui ne voudrait pas rompre avec l'Eglise et qui compte
des membres actifs et zélés jusque dans les
te
ne te
rangs du clergé,—Ce manifeste, dit-on, traduit moins les sentiments personnels de M.
David que ceux du parti dont il est l'organe d'autant plus sincère et fidèle que chez lui la raison n'a jamais eu l'habitude de rectifier les impressions et de diriger le sentiment.— C'est là toute l'importance de ce document qui n'a aucune autre valeur —et c'est uniquement pour cela que nous nous en occupons,
Disons franchement notre pensée : ce manifeste nous attriste et nous humilie profondément—à la fois comme canadien et comme catholique. Etranger par goût et par vocation à la politique—où l'on trouve à servir bien plus souvent des intérêts et des passions que des principes—nous nous étions plu à croire que dans les rangs du parti libéral, depuis vingt-cinq ans, il y avait en grand nombre des catholiques sincères et convaincus assez consciencieux pour mettre les intérêts religieux du pays avant
l'intérêt politique d'un parti, et assez éclairés
h UN MANIFENTE LIBERAL
pour comprendre que l'intérêt de la religion et de la conscience chrétienne et religieuse est le premier intérêt de notre pays.—Après ce manifeste du parti—qu'aucun de ses chefs ni de ses organes n'a, que nous sachions, blâmé ni désavoué- nous nous demandons ce que nous devons penser des chefs, et ce que nous devons penser du parti lui-même.
Ce pamphlet est une mauvaise action.
Consciencieusement ou noniil travaille efficacement à ruiner la foi et la religion du peuple, sous prétexte de l'éclairer et de l'instruire mieux que ceux à qui le Saint-Esprit en a donné la mission.--C'est une grande faute qui ruinera, non pas l'Eglise que l'on veut atteindre, mais le parti que l'on veut exalter et fortiñer par de si indignes et si maladroites manœuvres.-—Vraiment, devant ce mélange ineffable de vrai et de faux, de profession de foi naïve et d'erreurs inconscientes, d'inexactitudes inexcusables.et de
jugements inconsidérés, tout lecteur intelli-
gent et honnête, quelque peu préoccupé des intérêts de la justice et de la vérité, se demandera si le parti n'a pas d'organe plus sérieux et plus réfléchi, si ses théologiens savent bien leur catéchisme, si ses penseurs ont quelques notions de logique et si ses meilleurs écrivains sont aussi légers de conscience que de jugement, Ce ‘est pas seulement un malheur pour le parti : c'est une humiliation pour tout le peuple dont le parti libéral se vante d'être l'honneur et dont il menace d'être le fléau.
Avant de relever chapitre par chapitre les principales erreurs de fait et de doctrine contenues dans le manifeste, nous ferons quelques observations qui pourront être utiles à M. David et à ses lecteurs.
1.—Nous faisons d'abord objection au titre: Ze clergc canadien, sa mission, son œuvre. En réalité, M. David ne traite
serieusement ni de l'une ni de l'autre. — Alors pourquoi ce titre? Est-ce calcul ?
Est-ce distraction ? Nous ne savons.—-1l est bien vrai qu'avec ce titre la brochure trouvera plus de lecte rs—surtout d'acheteurs.—Si M. David n'a pas eu l'intention d'exploiter la crédulité du public, aurait-il eu la naïveté de ne pas se rendre compte du sujet qu'il a traité? Nous avons ouï dire jusqu'à ce jour que de lui, si l'on ne doit rien supposer en fait de perfidie, on peut tout croire en fait de naïveté ; qu'il est d'une candeur inaltérable, d'une sincérité qui ne s'effarouche point et ne doute jamais d'elle-même et ne se dément pas au milieu des affirmations les plus contradictoires.-— Et, en effet, tout lecteur attentif en aura des preuves nombreuses dans son dernier
pamphlet.
Toutefois, si cette candeur mérite un
hommage à l'innocence de l'écrivain, elie ne
mérite aucun éloge à son ouvrage. Le
Er æ x
hure chetion ait-il npte , Oui nne , on il est érité mais ilieu 26 ,-— aura rnier
premier mérite d'un livre, c'est d'annoncer exactement le sujet qu'il traite—ou, si l'on veut, de traiter le sujet qu'il annonce. Si vous m'annoncez un sujet et que vous en traitiez un autre, fussiez-vous candide comme un chérubin malgré votre front qui se dépouille et vos cheveux qui blanchissent, J'aurai peine à ne pas croire que vous n'écrivez pas ce que vous pensez où que vous ne pensez pas suffisamment ce que vous écrivez.-—Dans l'un ou l'autre cas vous ne méritez pas qu'on vous lise, moins encore que l'on vous prenne au sérieux.