Le deuxième tort de M. David et
incomparablement plus grave et moins par-
donnable que le premier, c'est qu'il s'en prend à tout le clergé canadien et le met tout entier en cause, lorsque de son propre aveu iln'a de griefs que contre quelques membres du clergé et non pas contre le ciergé lui-même,
Le clergé canadien, c'est l'Episcopat pris
en corps, dans son unanimité morale, et le clergé séculier et régulier du second ordre pris dans son ensemble. Or il n'y a pas un seul cas où M. David, malgré sa bonne volonté, ait trouvé à redire à l'action de l'Episcopat agissant tout entier, collectivement ou non.
3.— Nous lui reprocherons plus encore la profession de foi quelque peu solennelle qui commence le pamphlet- -j'allais dire le libelle contre l'Eglise de son pays. Elle est souverainement déplacée pour ne rien dire de plus.— Personne n'aurait supposé que M.
David ne croit ni à la divinité de J.-C., ni à celle de l'Eglise catholique. Pourquoi le dire avec tant d'emphase ? Serait-ce pour donner du poids et du crédit près des âmes simples à toutes les accusations et insinuations plus injurieuses qu'il prodigue ensuite d'une main si parfaitement libérale à ses pères dans la foi?—Ce procédé nous semblerait
tenir plus du serpent que de la colombe, et
ne justifierait nullement la réputation proverbiale de candeur que l'on a faite à M.
David. Cette profession de foi aurait-elle été solennellement arborée au commencement du manifeste au nom du parti, comme preuve évidente à ceux qui ne connaissent rien, de la parfaite orthodoxie de tous ses fidèles ?—En ce cas nous nous demandons si tous les chefs la signeraient.--Nous avons des raisons d'en douter.
Pourtant, telle qu'elle est, elle n'engage pas à grand chose : elle est bien vague et bien incomplète dans la partie la plus importante et la plus essentielle au sujet.
Au lieu de cette phraséologie d'autant plus sonore qu'elle est plus creuse, qui ne peut qu'édifier les simples et capter la confiance des étourdis, une profession de foi bien simple, mais bien explicite du magistère de l'Église catholique, de son pouvoir divin d'enseigner toute vérité et de diriger en toutes leurs actions la conscience de tous
ses enfants, nous eût rassurés davantage sur l'orthodoxie de l'auteur et du parti et eût mieux éclairé la question.
Le premier mérite d'une profession de foi, après l'exactitude de la doctrine, c'est la précision et la clarté. Celle de M. David en ce qui regarde l'Église :‘'est ni précise, ni claire—ce qui ne prouve nullement qu’elle soit d'une exactitude de doctrine irréprochable.—Il ne faudrait rien moins que les hautes lumières de l'incomparable théologien de l'ÆZecteur—Doctor inconfusibilis — pour trouver un sens vraiment sérieux et vraiment catholique à cette page qui la termine :
“ Son culte (l'Eglise), ses sacrements, ses enseignements s'adressent à tous les esprits, à tous les cœurs et mettent partout à la disposition de l'homme des sources de foi et de consolation, de résignation et d'espérance.
“ Cela veut-il dire que tous ses membres
sont des hommes parfaits ?
“ Non. Mais étant donnés deux hommes
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ou deux peuples de même nature, dans les mêmes conditions intellectuelles et morales, celui qui pratiquera sincèrement et d'une manière intelligente tout ce que l'Eglise catholique enseigne, sera plus parfait que l'autre, sera plus capable de produire des actes de vertu, de dévouement et de sacrifice.
“ Cela ne veut pas dire non plus que tous ceux qui la représentent et l'interprètent sont des saints et méritent toujours l'admiration des hommes. Non, en dehors de ia doctrine, des vérités fondamentales, ses évêques et ses prêtres sont sujets à l'erreur et aux passions humaines.
“ [ls ont droit de compter sur l'Esprit Saint quand ils parlent des hauteurs du monde spirituel, mais non pas lorsqu'ils descendent sur le terrain laissé aux disputes des hommes.
‘“ Ils perdent leurs forces lorsqu'ils touchent de trop près la terre et provoquent des conflits funestes à leur sacerdoce.”
Ce bon M. David ! il est théologien à ses heures.—Il a découvert que tous les membres
de l'Eglise ne sont point parfaits. Il était très nécessaire qu'il le dise pour qu'on le crût. Avant cette définition tout bon libéral était tenu de croire que M. Angers, qui est catholique, est un homme parfait.
Depuis, un conservateur peut sans être hérétique croire que MM. Laurier, et Tarte— qui sont catholiques aussi à leur manière peuvent avoir quelques inperfections.--Cette doctrine est claire pour tout le monde.
Que veut dire encore M. David, ‘“ qu'en dehors de la doctrine, des vérités fondamentales, les évêques et les prêtres sont sujets à l'erreur ? " — Qu’appelle-t-il doctrine ?
qu'appelle-t-il vérités fondamentales ? Que viennent faire ici ces vérités fondamentales ? Veut-on dire qu'en dehors des principales vérités de dogme et de morale les évêques et les prêtres sont sujets à l'erreur et aux passions humaines ?—C'est dire trop et
trop peu.
Si l'on parle des évêques pris individuel-
+ RS “RE GR à tn an mm—
tait lement, ils sont sujets à toute erreur et à \ le toute passion humaine en tout temps et en bé- tout lieu. Si l'on parle d'eux collective- ‘ers, ment, c'est-à-dire unis à tout le corps enseifait. ynant d l'Eglise, ils participent à son éré- infaillibilité et à son indéfectibilité, non seulee— nent lorsqu'il s'agit de quelque vérité fonre—— «amenñtale de dogme et de morale, mais ette lorsqu'il s'agit d'une vérité quelconque contenue implicitement ou explicitement dans qu'en le dépôt de la révélation. | nen- Encore est-ce trop de restreindre le divin ujets pouvoir des évêques à ce qui est purement ine ? de dogme et de morale.--Les Evêques n'ont Que pas été institués seulement pour enseigner, ales ? {mais aussi pour gouverner. Spéritus Sanctus pales À posuit Episcopos regere Ecclesiam Dei. ques Régir, c'est diriger, c'est gouverner, c’est aux # faire acte de roi.——Il ne s'agit plus seulep et ment ici de doctrine et de vérités fondamentales ; il s'agit de la vie du chrétien tout duel- entière, qui, devant être ordonnée jusqu’en
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ses moindres actions à une fin surnaturelle, est soumise en tout à la haute direction du seul pouvoir surnaturel constitué sur la terre,
Ce ne sont pas là toutes les obscurités de la profession de foi libérale.
Quel est au juste ce monde spirituel hors duquel l'Esprit-Saint ne doit pas sortir?
Quelles sont au juste ses limites ? Touchet-il la terre par quelque endroit ?
À quelle hauteur doivent monter les Evêques pour rencontrer sûrement l'assistance de l'Esprit-Saint ?
Quel est au juste ce ‘terrain laissé aux disputes des hommes” sur lequel l'Esprit- Saint a promis de ne jamais mettre le pied sans leur permission ?
À quelle hauteur dans les nuages les évêques et les prêtres doivent-ils rester pour ne pas perdre leur force et ne jamais provoquer ni subir des conflits avec les intérêts
divers et les passions des hommes ?
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