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gardé cette neutralité sympathique qui enchantée M, David, a-t-elle été notable, au moins par le nombre? C’est possible, quoique peu probable, Quoi qu'il en soit, il serait prudent à lui, et pour l'honneur de son parti et pour l'honneur de l'Eglise, de le crier moins haut, Il laisse trop voir que ce qui l'irrite, ce n'est point l'intervention du clergé dans la politique, mais uneinterventionqui n'est pasdansles intérêts de son parti. Il prouve plus manifestement encore que l'honneur du clergé et l'intérêt de l'Eglise ne le touchent guère, puisqu'il rend grâces aux prêtres assez peu scrupuleux et assez irréfléchis pour les sacrifier aux intérêts vul: gaires d’un parti politique.
Dans la même phrase déjà très riche, M. David nous parle ‘ des services funèbres chantés dans la plupart des églises à
la mémoire du patriote métis.”
La plupart des églises nous semble risqué ;
car dans certains diocèses les Evêques
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nont point favorisé ce genre de dévotion moins religieuseque politique, Is y ont mis pour conditions que l'on prierait, mais sans trop de solennité et sans tapage ; el comme c'était surtout le tapage quon voulait, on s'est dispensé de prier, au moins publiquement, -Nous connaissons un trait charmant, qui édifiera le lecteur,
Un bon politicien libéral, grand dévot de Riel et qui, depuis vingt ans, n'avait mis les pieds à l'église qu'une seule fois, pour l'enterrement de son père, s'en vint exhaler son indignation devant un Grand-Vicaire
de ses amis, parce que l'Evêque n'avait pas
jugé à propos de prêter sa cathédrale pour
une démonstration qui lui semblait moins religieuse que politique." Mon cher ami, lui dit l'ecclésiastique, si tu as tant de charité pour l'âme de Riel, fais donc dire pour lui plusieurs messes basses, et tu y assisteras. Cela coûtera moins cher et
vaudra mieux pour lui et pour toi." —Le
160 UN MANIFESTE LIBERAÏT,
raisonnement fut trouvé juste. L'histoire dit qu'il ne fut plus question de messe ni de service, et qu'on ne répliqua rien.
Dans d'autres diocèses, les Evêques ont permis ou toléré qu'on chantât des services pour le repos de l'âme de Riel. C'était leur droit. Le malheureux supplicié était mort uans Ja communion de l'Eglise.
Aucune loi canonique ne lui interdisait la sépulture chrétienne ni les suffrages de ses frères. Si des hommes peu scrupuleux sur leurs moyens d'action se faisaient de ces prières, offertes pour lui, un engin politique quelconque, tant pis pour eux ! Pour leur faute,ces évêques ne voulurent point priver l'infortuné du secours spirituel dont il pouvait sûrement avoir besoin ; ils aimèrent mieux tolérer ce que plusieurs regardaient comme une sorte d'irrévérence envers les cérémonies saintes que de priver un malheureux de l'assistance à laquelle il avait droit ;
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souvent moins soucieux de son point d'honneur que préoceupé du salut des
hommes. Qui oserait les en blâmer ?
Mais sûrement aucun service funèbre n'a été chanté dans une seule église à /a mémoire du patriote métis —au moins pas au vu et au su d'un évêque. Aucun évêque ne l'eût toléré. Depuis dix-huit cents ans, il n'y a eu dans le monde qu'un seul supplicié pour des délits politiques ou de droit commun à la mémoire duquel on a pu chanter des services : c'est celui qui fut canonisé par J.-C. sur la croix, et qui s'appelle dans l'histoire /e don larron. Mais depuis /e bon larron, Église a toujours consenti à prier pour ses enfants criminels ou suppliciés ; elle n'a jamais ni permis ni toléré aucun service funèbre ou autre à la mémoire de personne, si ce n'est de ceux qui sont morts uniquement pour Dieu et la foi ou qu'elle a
canonisés.
Quand M. David mourra—ce qui arri-
vera un jour, quoiqu'il ne vieillisse pas aussi vite que la plupart des hommes,-—comme il a fait pour son pays infiniment plus que Riel : il a été député, il a faitle mouvement national (avec d'autres), il a faitles martyrs de 1837, il a fait des biographies xa/ionales, il a fait des journaux ou des articles de Journaux walionaux, etc, il a fait une brochure wationale, ses amis lui seront sans doute plus reconnaissants qu'au patriote métis. S'ils viennent demander à l'Eglise de chanter dans toutes les paroisses des services funèbres pour le repos de son âme, comme il a toujours été bon catholique quoi qu'un peu malgré le Pape et beaucoup malvré les Evêques, l'Église ne lui refusera sûrement pas ce service de charité ; mais elle ne chantera sûrement pas non plus nine laissera chanter un seul service à sa #€motre, bien qu'elle doive être incontestablement plus grande et plus #ationale que celle de ce
pauvre Riel.
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de ce
M. L.-0, DAVID ET LE CLÉRGE CANA DIEN 163
Mais ce n'est plus le temps de rire avec M. David, Il grandit, même il devient immense ! Jusqu'ici, en effet, il s'était contenté de condamner les Evêques le plus souvent et de les approuver quelquefois, non Pas En Son propre nom, mais comme délégué de l'opinion nationale. Quelle est la nation qui a signifié son opinion à M. David etqui lui a donné plein pouvoir de promul- Qguer art el orbi ses Jugements infaillibles et Sans appel? Où est la minute authentique de cette délégation? Ce sont des détails qui n'ont pas été expliqués clairement par M. David, sans doute parce qu'il les à jugés de peu d'importance. Maintenant, c'est bien autre chose : il va Juger et condamner de lui-même, de sa propre autorité, non plus seulement un prêtre ou un
évêque, mais l'épiscopat tout entier , et ce
Jugement est sans réplique et sans appel.
Tous les Evêques, M gr Laflèche en tête, bien entendu, sont cités au tribunal sou ve-
og
rain de M, David (i,. O.) p. 61 ; ils sont accusés et convaincus (sans faits articulés et sans preuve) d'être des fauteurs, des coopérateurs et des aides des chefs des sociétés secrètes, et d'avoir ainsi depuis trente ans, au grand scandale de la religion et de la nation, désobéi à des ordres de l'Eglise “ donnés sous peine d’excommunication.”
L'accusation est grave, nous ne le nions
pas. Et la preuve ?
elle est accablante.
‘ La plupart des chefs conservateurs depuis trente ans ont été des chefs de sociétés secrètes ; ” les Evêques les ont toujours “ favorisés ”, et ont même fait pour eux
“ des croisades violentes. ”"-—Comment
prouve-t-on ces preuves ?—ÆElles n'ont pas besoin d'être prouvées : elles sont claires, évidentes par elles-mêmes. Ce n'est plus on qui parle et qui affirme, ce qui serait déjà considérable ; c'est M. David en personne, constitué juge suprême et sans
appel, arbitre des vivants et des morts.
118 PARC PTE PR CPR UTP TNT ES LE QUPCECE S LM SL AE M ubu
Véritablement nous sommes consterné :
: nous ne voyons pas comment nos Evêques à peuvent se tirer d'une situation si terrible, “à et comment ils pourraient infirmer la preuve 7 ou contester la justice de la sentence qui . les frappe. -Une seule chose nous rassure : ne c'est la clémence infinie du juge qui n'a pas 7 encore prononcé l'excommunication méritée de par trente ans de prévarications et la dépo- AP sition qui en devrait être la conséquence. Les Puisque sa bonté est si grande, Monsei- Can gneur (David L.-0.) permettra-t-il À son D très humble serviteur de lui demander
"4. quelques explications que lui seul peut
. donner ?-—Monseigneur tient-t-il passibles
Sn de l'excommunication tous ceux qui ont à
; un degré quelconque imité la désobéissance
. criminelle des Evêques ? —En ce cas, il
P ee excommunierait bien des gens sans qu'il s'en
sn doute, et la liberté politique à laquelle il
1 per-
tient tant consisterait à voter pour le parti sans
libéral sous peine d'excommunication, S'il ts.
age
est défendu aux Evêques sous peine d'excommunication de favoriser le parti conservateur parce que Ses chefs sont la plupart des chefs de sociétés secrètes, il est également défendu à tout catholique de voter pour ce parti ; car voter pour le parti conservateur, c'est manifestement aider, supporter et favoriser ses chefs, C'est donc encourir l'excommunication. Or, depuis trente ans, le gouvernement ayant presque toujours été conservateur, c'est donc l'immense majorité des Canadiens qui est sous le coup d'une excommunication.
Cette situation est grave, très vrave même. Avant Monseigneur (David L.O.), elle n'a vraiment été bien jugée et bien comprise par personne, ni par un prêtre, ni par un évêque, ni par aucun des délégués apostoliques qui pourtant ne manquaient pas tout à fait de pénétration et d'intelligence, et qui ont reçu les confidences appréciations et révélations des deux partis. L'un d'eux
est
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APE ee eee, CONTOUR CUIR OUR
même au témoignage d'un M. David, écrivain national, “a proclamé que les deux partis politiques sont égaux devant l'Église.” Il suit de là que. si le parti conservateur est condamné, le parti libéral ne l'est pas moins ; etque si l'on ne peut, sous peine d'excommunication, voter pour l'un, on ne peut davantage, sans encourir la même peine, voter pour l'autre. Donc, en résumé, un catholique
ne peut en sûreté de conscience être ni con-” servateur ni libéral.
Nous aimerions à savoir, quand on dit que la plupart des chefs conservateurs depuis trente ans ont été des chefs de sociétés secrètes, si l'on entend parler des chefs canadiens-français et catholiques du parti ?
S'il s'agit des protestants seulement, nous voudrions savoir si ce sont bien les amis de ces hommes considérés commec/efs de parti, ou pas plutôt les auteurs des sectes condam nées, qui ont été excommuniés par les Papes ?
En d'autres termes, nous aimerions à savoir
168 UN NANIFESTE LIBERAL
si donner son appui cordial à un chef d'État qui est en même temps membre ou chef de sociétés secrètes, c'est vraiment encourir l'excommunication de l'Église ou seulement celle de Monseigneur (David L, O.)? Que faut-il penser d’un Pape comme Léon XIII qui, distinguant la tolérance civile de la tolérance dogmatique, non seulement entretient des relations avec des chefs d'État membres de sociétés secrètes, mais oblige les évéques, les prêtres et les simples fidèles à respecter leur légitime autorité ? Évidemment, le Pape prévarique comme les Évêques : on ne peut plus compter sur lui. Il est temps que Monseigneur (David L.O.)soit constitué de par l'opinion nationale chef suprême de l'Eglise, et qu'il apprenne au St-Esprit ce qu'il doit faire pour la bien diriger !
Vous êtes immense, M. David ! et vous
vous étonnez qu'on ne vous réponde pas ?
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: pas ?
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Nous avons été entraîné par l'intérêt du sujet et la gravité des questions, si imprudemment soulevées par M. David, au delà des limites que nous nous étions d'abord prescrites. C’est pourquoi nous demandons au lecteur et à M. David lui-même la permission d'interrompre ici notre travail, nous proposant bien de le reprendre avant peu dans une seconde brochure et de poursuivre notre ondoyant adversaire jusque dans les derniers retranchements du sophisme et de l'erreur où il s'abrite pour insulter l'Episcopat et le clergé de son pays.