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qu'elle eût jamais pris les proportions d'une lutte vraiment nationale à main armée, La masse du peuple était de l'avis du clergé et ne voyait aucune raison suffisante à une prise d'armes, En cette circonstance, ce n'est pas le clergé, ce sont les rebelles qui se sont séparés de l'immense majorité de la nation, Si M, David savait la portée des mots qu'il emploie, il devrait dire que c'est l'intervention du clergé qui a été vraiment nationale et la lutte armée des patriotes qui a été antinationale,
L'insurrection eût-elle été nationale, le peuple entier eût-il été fanatisé comme les habitants de St Charles, de St Eustache et de St Denis, par des agitateurs exaltés et “ des ambitieux coupables ”, comme les appelle Garneau, il n'est pas probable que l'intervention du clergé eût pu conjurer le danger. L'expérience a toujours démontré qu'un peuple lancé dans le voie des révolu-
tions violentes par les démagogues qui
50 UN MANIFENTE LIBERAL
l'aveuglent et exploitent sa crédulité ne s'arrête jamais pour écouter la voix de la prudence et de la religion.
Tout ce que l'on doit dire—et c'est l'exacte vérité —c'est que le clergé, en rappelant au peuple la doctrine catholique sur les devoirs des sujets envers l'autorité constituée, l'a fort opportunément mis en garde contre les fauteurs de sédition, et confirmé dans ses dispositions de loyauté et dans la saine appréciation de sa situation politique. En 1837, si le peuple dans son ensemble a eu plus de sens politique que plusieurs de ses chefs, c'est en partie au clergé qu'il le doit. Le clergé s'en reconnaît volontiers coupable, mais les hommes seuls qui, comme M. David, aiment mieux écouter le sentiment que la raison (p. 23) voudront lui en faire un crime.
Vouloir faire retomber l'insuccès des patriotes sur l'intervention du clergé, c'est une fantaisie que rien ne légitime ; faire
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retomber sur le clergé la répression sanglante de la sédition qu'il a cherché à prévenir, c'est une calomnie que réprouve l'histoire.
La vérité, c'est que si le peuple, clergé en tête, n'eût donné des preuves si manifestes de loyauté, la répression eût été plus cruelle encore et les conséquences de la révolte bien autrement funestes au pays tout entier,
Enfin, quand M. David assure que nous devons la liberté aux rebelles de 1837-1838, il abuse de la crédulité du lecteur. Quoi qu'il en dise, si nous avions à souffrir des injustices de la part de l'administration, nous n'étions certes pas des esclaves avant 1837. La rébellion ne nous a valu que la suspension de la constitution, ce qui n'était pas précisément l'octroi de la liberté politique, et l'union législative des deux Canadas qu'elle a rendue inévitable.
Si M. David avait l'esprit assez sérieux
pour lire l'histoire au lieu de l'imaginer, il
avouerait que les meilleurs de ses héros de 37 ont été des dupes qui ont versé leur sang inutilement pour une cause qu'ils avaient toutes les chances de perdre et aucune de gagner: et que les autres ont été des ambitieux criminels qui ont mené à la boucherie des populations naturellement honnêtes et pacifiques, après les avoir affolées et enivrées de chimères et d'espérances insensées.
ITT.—La justification de Mer Lartigue n'est pas difficile.
La question n'est pas de savoir si Mer Lartigue a pris l'attitude que désirait une partie de la population. Un évêque catholique, quoi qu'en dise M. David, n'est pas populacier par état et par vocation. Il n'a pas été fait évêque pour suivre son peuple, mais pour le diriger et le conduire, Ce n'est pas le pasteur qui suit les brebis; ce sont les brebis qui doivent écouter la voix du pasteur et le suivre. Qu'un certain
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nombre de fidèles eussent désiré que leur évêque prit une attitude différente, c'est fort possible. Eussent-ils été même le grand nombre, cela ne prouve pas qu'ils avaient raison. Il y a bien des membres dans le corps humain, mais en eux tous il y a moins de sens que dans la tête seule :
et c'est la tête seule qui les doit diriger.
Dans la direction de son troupeau, l'évêque ne s'inspire que des intérêts des Âmes, et, quand il peut les servir, des intérêts même temporels de ceux qui sont à la fois ses frères et ses enfants. S'il doit compter avec les erreurs des fidèles, c'est pour les combattre en enseignant toute vérité avec une patience qui ne se lasse pas et une science devant laquelle toute erreur doit céder. S'il doit connaître toutes leurs passions, c'est pour les dompter et leur faire porter le joug de la morale chrétienne. Pour lui le temps de parler et d'enseigner,
c'est quand l'erreur marche la tête haute,
et qu'elle séduit les âmes ; c'est quand les passions humaines tentent de secouer le joug et de courir sans frein à leurs convoitises.—Plus donc les temps sont troublés par les erreurs et les passions, plus l'évêque doit être ferme et vigilant dans son ministère d'enseignement et de correction.
Mgr Lartigue, nous en avons la preuve des mains de M. David même, a parfaitement accompli son devoir de pasteur. Il s'est conduit, non en populacier qui cherche avant tout les bonnes vrâces de ceux qu'il a mission de conduire, mais en évêque qui éclaire les consciences, combat vaillamment les erreurs et les passions, et met tout son zèle pour protéger son troupeau contre des dangers spirituels et temporels où il le voit entrainé par des hommes sans mission et sans conscience.
Il s'adresse d'abord au clergé et lui
enjoint de prêcher au peuple “ qu'il n'est
jamais permis de se révolter contre l'autorité
nd
r le voiblés que tèere
euve faiteë. «A erche qu'il 1e qui ment it son re des le voit
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et lui ‘il n'est
autorité
légitime et qu'il ne doit point absoudre quiconque enseigne que l'on peut se révolter contre le wouvernement sous lequel nous avons le bonheur de vivre.”—C'était son droit et son devoir. C'est quand un principe est combattu qu'il faut l'affirmer, et quand une loi de Dieu est méprisée qu'il faut la défendre.
Quant à l'ex ;ression ‘“ sous lequel nous avons le bonheur de vivre ” qui scandalise M. David, le prélat eût peut-être pu la remplacer par une autre qui n'eût pas laissé à des hommes exaltés le prétexte de donner le change au public sur ses véritables sentiments. Il n'avait en effet nulle intention de justifier les torts réels de l'administration, mais de dire que maloré ces griefs, si vraves et lévitimes qu'ils pussent être, le peuple canadien se trouvait heureux à l'ombre du drapeau britannique, et ne sentait nul désir de changer d'allégeance,
ce qui était, non pas une imagination, mais
un fait certain.
Pour être plus sûr que ses enseignements arriveront au dernier des fidèles et éclaireront toutes les consciences, il fait lire un mandement dans toutes les églises de son diocèse, pour engager le peuple à ne pas prêter l'oreille aux fauteurs de sédition.— Ce mandement, dit M. David, “était convenable sous lerapport de la forme et du fond;” ce qui n'empêcha pas les patriotes de sortir des églises el de se prononcer contre l'intervention du clergé.
Nous trouvons cette sortie des églises peu convenable pour le fond et pour la forme, et nous ne voyons pas que les héros de M. David fussent fondés à se plaindre de l'intervention de l'évêque, qui accomplissait fidèlement le premier devoir de sa charge pastorale.
Deux fois avertis par leur évêque et menacés des peines sévères qu'il doit infliger aux contempteurs de son pouvoir divin, les rebelles aimèrent mieux se séparer de
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olises ur la héros indre com-
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l'Eglise que d'obéir. Ils reçurent le châtiment quils avaient mérité et que Mer Lartigue avait en vain cherché à prévenir.
C'était le temps pour le Pasteur d’ouvrir les yeux à ceux qui n'avaient pas voulu voir, et de leur montrer, à la lueur des sinistres événements, quels chefs ils s'étaient donnés et quels pasteurs ils s'étaient choisis à la place de leur évêque et de leurs prêtres. Il le fit avec éloquence, dans un mandement que M. David cite longuement et dont il se dit, à tort, fort scandalisé.
Que dans les rangs des victimes de St Denis, St Charles et St Eustache, il y ait eu des citoyens honnêtes, aimant sincèrement leur pays—auxquels on avait persuadé qu'il fallait prendre les armes pour le sauver —nous ne le nierons pas. Mer Lartigue le savait mieux encore que M. David.
C'est là ce qui justifie l'indignation trop légitime du pasteur contre les chefs criminels qui, abusant de la bonne foi et de la
58 UN MANIFESTE LIBERAI:;
crédulité du peuple, le menait à la boucherie comme un animal qu'on égorge pour son plaisir, “Appliqués à de pareils hommes, qui n'étaient pas le grand nombre, les mots de érieands el de rebelles n'étaient pas trop durs sur les lèvres d'un père qui leur demandait compte de tant de vies inutilement sacrifices, d'un si grand nombre de ses fils qu'ils avaient arrachés de ses bras et si criminellement perdus.
Que M. David qui est bon père de famille il a pris soin de nous le dire—-et qui n'a pas l'habitude de laisser la raison refroidir chez lui le sentiment--il nous l'a prouvé maintes fois dans sa brochure que M. David fasse une supposition que Je souhaite à jamais irréalisable. Plutôt, je fais moi-même la supposition. Je suppose qu'un étranger entre dans la famille de M.
David, qu'il s'insinue dans l'esprit et le cœur de ses enfants, que malvré les supplications
et les larmes du père il lui arrache quelques-
mes, mots trop leur utile- *e de
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re de re—-et raison us l'a utre— nn que tôt, je 1PpoOSE de M.
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uns de ces enfants et les conduise à une mort affreuse, Quel mot tombera des lèvres du père ainsi trahi? Quel sera le langage de l'amour paternel si cruellement offensé ?
Or, sachez-le, M. David, dans tout évêque digne de ce nom et de son auguste ministère il y a vraiment un cœur de père, plus profond et plus vaste peut-être, plus fort aussi, mais non moins tendre ni moins aimant que le vôtre. Dans la poitrine de l'évêque, l'Esprit Saint a mis ce cœur de père qui lui rend tous ses fils en J. C. plus chers que lui-même, afin que pour chacun d'eux il soit prêt à donner sa vie pour sauver la vie de leur Âme et, s'il le faut, la vie de leur corps. Quiconque lira sans prévention et sans parti pris cette page émue du premier évêque de Montréal y reconnaîtra sans peine l'accent indigné sans doute, mais plus encore attristé d'un cœur paternel et vraiment épiscopal.
Les interprétations fausses et malveillantes que M, David y ajoute pour Île besoin de sa cause ne prouvent chez lui qu'un défaut de sincérité où un défaut de discernement. Ce ne sont pas tous Îles patrioles que l'Evêque dans sa très vive mais légitime indignation traite de 4rigands, mais les chefs qui les avaient entraînés et séduits au mépris de l'autorité épiscopale, les meneurs de révolte et les coryphées de faction, comme il les appelle très justement.
M. David n'aime guère qu'on raisonne, Pourtant, ilest parfois à propos de raisonner. Si l'on appelle justement brigand celui qui assassine les gens pour la satisfaction d'une passion criminelle, quelle qu'elle soit, quel nom mériteront ceux qui en ont sacrifié des centaines à leurs utopies et à leur criminelle ambition ? Libre à M. David de les appeler les meilleurs citoyens de leur pays ; mais les gens qui se croient encore tenus de raisonner un peu leur donneront à bon droit un autre nom.
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M, L.-0, DAVID ET LE CLERGE CANADIEN ol
Mer Lartigue disculpé, comme il est seul incriminé, nous ne voyons pas que jusqu'ici le clergé canadien ait séparé dans son cœur la cause de la relivion de celle de la patrie ou qu'il ait refusé de rendre à César ce qui est à César.
Avant de passer à un autre chapitre, cueillons en passant quelques perles que M. David a précieusement enchâssés dans celui-ci.
‘Disons en passant que quelques-uns de ces bandits (de 1837-1838) devinrent plus tard les chefs du parti conservateur et les idoles du clergé devant lesquelles on fit un devoir au peuple de se prosterner.”
1. Si M. David entend dire que quelquesuns des agitateurs constitutionnels devinrent plus tard les chefs du parti conservateur, nous n'avons pas à le nier, ni à les excuser. S'il veut dire que quelques-uns des meneurs
de la révolte à main armée se sont mis à
mn = me
la tête du parti conservateur sans avoir donné au pays des preuves manifestes de leur loyauté, il fait erreur. Le clergé n'avait pas à se montrer plus difficile et plus défiant que le pouvoir qu'ils avaient combattu.
2. Le clergé canadien n'a jamais eu d'idoles, que nous sachions, pas plus dans les rangs du parti conservateur qu'ailleurs.
Encore moins a-t-il fait un devoir au peuple de se prosterner devant des hommes politiques de son choix. Ilest dans les mœurs du clergé de s'incliner avec respect devant tout homme qui représente la majesté du droit et du pouvoir public, et de ne se prosterner que devant Dieu.
M. David sait-il bien ce que c'est qu'une idole ? Strictement parlant, c'est un objet que l'on adore pour Dieu. Dans un sens plus large, c'est un objet de prédilection aveugle dont on ne veut pas voir les défauts et auquel on sacrifie, à l'occasion, ses principes, sa foi et sa conscience,
Non, s'il y a eu des idoles, elles n'ont pas été dans le camp du clergé ; elles ont été, ici comme partout, dans le camp des hommes qui se croient trop grands et trop sages pour s'incliner devant l'Eglise et se prosterner devant Dieu,
Qui a plus d'idoles et y sacrifie avec une plus naïve impudeur que M, David ?
Qu'est-ce donc que sa brochure, si ce n'est un sacrifice public et d'agréable odeur que M. David fait pieusement à toutes les idoles de son'esprit et de son cœur ? Et que ne leur a-t-il pas sacrifié dans cette brochure ? —[leur à sacrifié la doctrine catholique.
[1 leur a sacrifié la morale. Il leur a sacrifié
la vérité historique. Il leur à sacrifié la
mémoire vénérée du premier Evêque de Montréal et de plusieurs autres qui ont été l'honneur et la lumière du peuple. Il leur a sacrifié, avec lhumble soumission que doit tout catholique à la direction de l'auto-
rité religieuse, l'honneur qu'il doit aux
pasteurs de son âme et de son peuple, lesquels sont bien encore, quoi qu'il en dise, par leurs talents et leurs vertus la gloire de notre Eglise et de notre race. Il leur a sacrifié jusqu'à sa réputation d'écrivain sincère et consciencieux, quoiqu'un peu léger de croyance et d'enthousiasme facile, —jusqu'à sa renommée de droiture et de candeur que personne ne mettait en cause, Au fond, que reproche tant M, David au clergé canadien ? C'est de ne point rester dans une muette adoration devant les idoles de M. David et de son parti. C'est de ne pas faire taire tous les principes et les droits sacrés de la conscience catholique pour l'intérêt de ces chères idoles.
| Une autre fois, regardez bien autour de vous avant de parler des adorateurs d'idoles. S'il y a jamais eu des adorateurs d'idoles dans les rangs du clergé, ils n'ont sûrement jamais été dans les rangs des êvêques ni des prêtres qui ont accepté sincèrement et
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Jour
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suivi loyalement leur direction, Vous devriez le savoir aussi bien que nous, Laissons M, David ergoter à tort et à travers sur les Vendéens, les Carlistes et la révolution des Etats-Unis, S'il ne sait pas pourquoi l'Eglise intervient parfois et parfois n'intervient pas, la faute n'en est pas à l'Eglise qui est toujours sage, mais à lui qui est souvent ignorant et, de nature, moins prompt à raisonner juste qu'à sentir vivement, C'est : 1°, qu'il y a insurrection et insurrection, 2°, C'est que M. David est loin d'avoir une connaissance suffisamment approfondie de l'histoire ; il ne paraît même pas susceptible de l'acquérir jamais. 3°. C'est enfin que M. David eût-il une profonde connaissance des faits, il lui manquerait encore cette lumière et cette assistance de l'Esprit Saint qui est donnée à l'Eglise, non seulement pour faire ce qu'elle doit, mais pour le faire au moment opportun.
Le Sairt-Esprit aurait-il dro* üifférer d'opinion avec M. David sur la meilleure manière de gouverner l'Eglise et de pourvoir au salut des âmes ?
Encore une perle (p. 21.)
“Saint Thomas d'Aquin, Suarez et les plus illustres docteurs de notre temps établissent clairement qu'on peut être catholique et avoir recours à la force pour se défendre contre un gouvernement injuste et tyrannique.”
Nous avons démontré suffisamment plus haut que M. David fait erreur en ce qui concerne Saint Thomas. La doctrine du droit d'insurrection n'a pas encore été baptisée, et nous ne connaissons aucun docteur ancien ou moderne qui consente à lui servir de parrain; à moins que ce ne soit un de ces docteurs dont les arguments ne sont jamais admis que dans les objections aux thèses catholiques.--Nous ne revenons pas
sur Ja doctrine ; c'est chose jugée.
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Nous désirerions seulement connaître les sources théologiques où M. David puise cette abondance de doctrine, Nous voudrions savoir de lui quels sont les plus illustres docteurs de notre temps et comment ces illustres docteurs établissent clairement qu'on peut être bon catholique et combattre les armes à la main un gouvernement lég'itimement constitué. Nous avons besoin d'êcre bien éclairé là-dessus, et le public, les évêques même autant que nous.
M. David cite deux noms -Balmés et Mer Ireland—avec deux phrases de l’un et une phrase de l'autre. C'est quelque chose, mais cela ne démontre pas suffisamment que “les plus illustres docteurs de notre temps établissent clairement"le droit d'insurrection à main armée, —HBalmès et Mor Ireland sont-ils au jugement de M. David les plus illustres docteurs de notre temps ? I] fau-
drait le dire plus clairement: car tout le
monde ne le sait pas, même parmi les théo-
logiens. Balmès et Mgr Ireland sont-ils seulement la majorité des illustres docteurs de notre temps ? En ce cas, notre temps ne serait guère illustre en docteurs. Pourtant il n'en manque pas dans les rangs du parti. Il y a M. Charles Després, qui enseigne dans la Xevne du clergé français.
Il y a aussi un théologien remarquable à l'Zlecteur. Peu de docteurs des temps passés ont su donner comme eux des entorses aux vieilles doctrines et aux préjugés théologiques de l'ancien monde et de l'ancien temps.
Quant aux docteurs qui auraient enseigné la doctrine traditionnelle de l'Eglise et de ses théologiens sur les devoirs des sujets envers le pouvoir constitué, faut-il leur nier toute valeur ou au moins ne pas les compter parmi “les illustres docteurs de notre temps?” Nous ne voulons pas citer les noms d'un bon nombre de théologiens de notre temps qui passent pour avoir quelque valeur et
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illustration et qui ne semblent pas aussi connus ni aussi bien notés de M. David que Balmès et Mer Ireland. Sur un seul nous voulons avoir l'opinion de M, David.
[l'y a un docteur que Dieu a donné à son Église pour notre temps, et qui, en dehors même de la divine mission qui le fait le docteur infaillible du monde chrétien, par la profondeur de sa doctrine, la clarté et l'ampleur magistrale de l'exposition, la limpidité du raisonnement et l'élégante propriété du langage,s'est fait la réputation d'un illustre docteur de notretemps. C'est Léon XIIL-—M. David compte-t-il Léon XIII parmi les illustres docteurs de notre temps ? 50n opinion aurait-elle quelque poids,
comparée à celle de Balmès et de Mer Ireland ?
À notre connaissance, Léon XIII s’est donné la peine de traiter ex Professo la question qui nous occupe dans une lettre qui a eu même dans notre pays et dans
toute l'Amérique un certain retentissement.
NM. David voudrait-il nous dire si la doctrine très nettement formulée par Léon XIII confirme celle qu'il prête si lévèrement à Mer freland et à Balmès ?--$S1 Léon XITI combat cette doctrine de M. David, que devient son affirmation qu'elle est clairement établie par les plus illustres docteurs de notre temps ?
Encore une perle (p. 23) : inestimable, celle-là !
“IT est d'ailleurs des circonstances où l'esprit n'a pas besoin de raisonnements si subtils,” c'est-à-dire de se demander si on fait une chose permise ou crininelle, ‘“ lorsque le cœur parle, lorsque l'âme est sous l'empire d'une noble et généreuse passion, lorsqu'elle voit en danger de périr ce qu'elle aime, famille, patrie, liberté, religion.”
Admirable de sincérité !
Notons en passant que les meneurs
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révolutionnaires dont il s'agit 1° n'étaient nullement sous l'empire involontaire d'une noble et généreuse passion ; 2° que ni famille, ni patrie, ni liberté, ni religion n'étaient en danger. Par conséquent cette phrase vibrante n'excuse pas ceux qu'elle veut excuser,
Mais que dire de cette doctrine ? Plus les intérêts qui sont en jeu sont graves, moins on est tenu de raisonner et d'éclairer sa conscience avant d'agir. Le tout, c'est de laisser parler son cœur et d'abandonner son âme sans contrôle à l'empire d'une noble et généreuse passion. On ne saurait mal faire.—Le mal dans ces circonstances graves, c'est de raisonner beaucoup et sans doute d'écouter la voix des pasteurs plutôt que celle de ses nobles et généreuses passions !
Vous avez raison ! Cette doctrine vous mettra à couvert des plus justes censures.
Vous sortirez de cette brochure innocent comme l'enfant qui revient du baptême.
72 UN NANIFESTE LIBERAL
Vous naurez qu'à dire que, étant sous l'empire d'une noble et généreuse passion, vous étiez par le fait même dispensé de vous œuider par ces principes de religion et de morale qui doivent diriger les chrétiens dans leurs actions ordinaires,
M. David, qui n'est pas très au courant de son histoire, se demande pourquoi l'on n'a pas laissé enterrer les restes de Chénier dans le cimetière catholique, et pourquoi on a laissé au même cimetière un monument avec une inscription à la mémoire des victimes de l'insurrection de 1837-1838, laquelle inscription faisait croire que les cendres de Chénier reposeraient un jour dans le caveau de ce monument.
Pourquoi Chénier n'a-t-il pas eu les honneurs d'une sépulture chrétienne ? Parce qu'il est mort sous le coup d'une excommunication. Il a été brave, personne ne le
conteste : il avait d'excellentes intentions,
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cela peut être ; mais, dans le cas présent, l'Eglise n'est juge ni de la bravoure ni des intentions. Elle juge du fait. Chénier lui a refusé son âme ; elle refuse le corps de celui qui l'a méprisée. Elle ne pourrait le recevoir dans la terre bénite, où reposent les restes de ses enfants fidèles et soumis, sans se rendre coupable de sacrilège.
Mais on a enterré avec respect et avec les bénédictions de l'Eglise plusieurs des patriotes de 1837.—Oui, parce qu'ils se sont réconciliés avec l'Eglise et qu'ils sont morts en paix avec elle M. David veut savoir quelle réparation ils ont faite et à quelles conditions ils ont été réconciliés. C'est demander un peu plus qu'on n'est tenu de dire, même à un juge : l'hon. juge Lynch en sait quelque chose. C'est le secret du tribunal où tout s'efface et se pardonne, et que
Dieu seul révélera au jour où rien ne sera caché.
Fallait-il demander solennellement au
public ce qu'un enfant qui sait son catéchisme pourrait si facilement répondre ?
Mais pourquoi ce monument et cette inscription ?
Probablement, parce que quelqu'un les y
a mis.
Mais pourquoi les a-t-on tolérés dans le cimetière de la Côte des Neiges ?--Parce qu'un monument et une inscription ne profanent point un cimetière. Les interdire ou les supprimer eût donné inutilement à certains écervelés qui se rencontrent parfois dans les partis politiques une opportunité de débiter quantité de sottises que le peuple n'a jamais besoin d'entendre,
Mais l'inscription annonce que les restes de Chénier doivent venir là.—C'est en quoi elle fait erreur et montre que ses auteurs ne savaient pas plus que M. David ce qu'ils disaient, Si M. David avait bien médité son catéchisme au lieu de réfléchir longue-
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ment à cette inscription qui ne prouve rien, il n'aurait pas été induit en erreur et rêvé pour son saint une apothéose à laquelle l'Eglise n'a jamais eu l'intention de consentir et ne consentira jamais.
“ Si Chénier s'était fait tuer à St Charles, il aurait reçu la bénédiction du curé.”
C'est possible, La bénédiction d'un curé n'est pas un sacrement et ne saurait réconcilier à l'Eglise un catholique excommunié par son évêque.—ÆEt quand il eût été béni par M. Blanchet, il n'en eût pas moins été dûment et légitimement excommunié par Mer Lartigue et mort sous le coup de cette excommunication, indigne de la sépulture catholique.
Mais ce prêtre est devenu plus tard évêque de Nesqualy.—Cela ne prouve pas précisément qu'il ait eu raison de bénir les patriotes devant la porte de l'église St Charles. Saint Augustin fut un grand et
saint évêque; cela ne prouve nullement
qu'il ait eu raison de faire tout ce qu'il raconte dans ses confession. C'est une consolation pour nous, C'est la preuve que de tout temps certains prêtres, respectables d'ailleurs, se sont laissé tourner la tête dans les tourmentes politiques et n'ont pas bien su ce qu'ils faisaient, parce qu'ils n'ont pas prêté une oreille assez docile aux enseignements de leur Evêque. C'est la preuve encore que Dieu,dans sa miséricorde, supplée à ce qui manque aux hommes dont il fait ses ministres et les princes de son peuple : il n'exige point qu'ils n'aient jamais commis de fautes, parce qu'il sait bien comment les en purifier ; il ne les rejette point parce qu'à un moment donné ils ont pu perdre la tête, car il sait bien que lui et lui seul ne la perdra jamais.
Nous n'avons pas tout relevé. Ce chapitre est d'une inépuisable richesse de pensées et d'expressions bien senties et peu
qu'il
une eUVE Specer la n'ont qu'ils le aux ‘est la icorde, es dont de son jamais ‘n comMe point ont pu u et lui
Ce chade penet peu
raisonnées, comme les aime M, David, et où il excelle, Mais il nous faut courir rapidement à travers les autres qui ont moins d'importance, quitte à revenir sur nos pas, si nous en avons le loisir et l'occasion.
I11.— Depuis L'UNION JUSQU'A LA CONFÉDÉRATION.”
Ce chapitre est, avec le premier, celui où M. David a le moins maltraité le clergé— et la vérité. Il avoue avec une certaine
candeur et franchise que le parti libéral, en faisant connaître clairement dans l'Avenir et le Pays son but et son programme, ne mérita que trop la condamnation du clergé et donna raison de croire qu'il menaçait très sérieusement la religion et la société.
Voici ses paroles :
“ Lorsque Papineau revint de l'exil et se sépara de M. Lafontaine, lorsque le parti libéral s'organisa et que l'Avenir etle Pays firent connaître son butetson programme,
78 UN NANIFESTE LIBERAL
les prêtres lui déclarèrent une guerre acharnée,
“Ce n'est pas étonnant,
“Le nouveau parti était composé,en grande partie, de jeunes gens de talent dont les idées trop libérales, trop avancées, devaient nécessairement effrayer une société profondément conservatrice et religieuse,
‘ L'abolition de la dîme, le vote des chefs du parti libéral en faveur des écoles mixtes, leur alliance avec George Brown, l'ennemi le plus acharné de nos institutions relivieuses et nationales, les discours échevelés prononcés à l'Institut Canadien et Îles écrits de la presse libérale en faveur de l'abolition du pouvoir temporel du Pape et du triomphe des idées nouvelles, donnaient au clergé raison de croire qu'en détruisant le parti libéral, il sauvait la religion et la société.”
C'est donc avouer implicitement, que, si le clergé a fait la guerre au parti libéral, ce n'est point comme parti politique, mais comme parti antireligieux et révolutionnaire avant tout,
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Avant cette organisation sur une base essentiellement anticatholique, le parti libéral politique ou réformiste et ses chefs Lafontaine et Morin avaient eu toutes ses sympathies et le cordial appui du clergé, M. David oublie de le dire —à dessein peutêtre --pour ne pas infirmer la thèse insoutenable qu'il a entrepris de défendre,
Que dans cette longue guerre de vingt ans passés il y ait eu du côté du clergé comme du côté libéral “ des exagérations, des imprudences et des excès de langage,” M. David l'affirme, Mais, comme il n'en donne aucune preuve, il'est difficile de voir le sérieux et la portée de son affirmation.
—S"'il entend parler de certains coups portés isolément par quelque membre du clergé, nous ne voyons pas qu'il importe beaucoup de contredire. Mais s'il entend parler des actes officiels du clergé et de son action collective, ou s'il veut insinuer que les manquements inévitables en toute dispute
humaine ont été aussi nombreux et aussi graves d'un côté que de l'autre, nous protestons contre cette affirmation insoutenable et nous demandons les preuves.
Nous n'accusons pas M. David d'intentions perverses ; mais nous n'aimons pas ces demi-jours, si fréquents chez lui, où l'on voit tout et l'on ne voit rien. Nous nous défions de ces demi-justices en apparence bien intentionnées, qui peuvent parfois dissimuler des iñsinuations perfhides et n'être au fond que de vraies iniquités. En tout ce chapitre l'auteur préoccupé, avant tout de trouver à redire à l'attitude du clergé, paraît visiblement ennuyé d'être forcé par l'évidence à lui donnerraison. Ill'approuve, mais pour lui prêter des torts qui ne sont pas très graves toutefois, et qui, n'étant nullement prouvés, pourraient bien à la fin n'être plus des torts du tout. Tout cela manque de netteté et de décision, si ce n'est
d'affirmation : l'auteur va, il vient : ilavance,
US
et
il recule : fait deux pas à droite, fait trois pas à gauche : il dit blanc. il dit noir : il dit demi-blanc, il dit demi-noir : à la fin on
ne voit plus que demi-eris ou demi-bleu,
PFOpréement nuance David, et l'on se
demande si l'on voit bien quelque chose ou
si l'on ne voit rien du tout.
Essayons de tirer quelque chose de ce nuage, Notons d'abord que M. David, avant tout pour se plaindre -
qui écrit à Rome, dit-on, etau public aussi que le clergé canadien est intervenu trop souvent et m
al à propos dans la politique du P
ays depuis 1837-1 838,
ne formule pas une seule accusation pour
une période de ving
t-sept ans, depuis 1840 Jusqu'à
i867.—C'est qu'en effet, pendant tout ce temps, si le clergé avec une
a combattu
grande énergie et une grande
constance un parti alors essentiellement
anticatholique et révolutionnair
e par son but et SOn programme, il s'est cependant gardé
d'intervenir pour blâmer ou approuver aucune mesure politique—sauf pour l'Acte d'Union et le règlement de la question des biens des Jésuites, où il était l'interprète de tous les catholiques et de tous les “ Canadiens ”, comme on disait alors.
S'il en est ainsi, que devient la thèse de M. David, que depuis 1837 le clergé est intervenu trop souvent dans la politique, qu'il n'a plus “ rendu à César ce qui est à César,” et qu'il a “ séparé dans son cœur la cause de la religion de celle de la patrie ? "— De son aveu, elle est donc fausse pour à peu près trente ans. Trente ans sur soixante, cest bien près de la moitié —même ‘“ en Amérique ”-—* sur ce continent”.
M. David ne se tient pas pour battu.
Obligé de convenir que le clergé n'est point coupable du méfait dont on l'accuse, il trouve tout de même moyen de nous dire qu'il n'est pas innocent. (p. 30)
“ Le parti libéral fut partout repoussé. ”
ique, est à ur la à peu ante, “en battu.
point [rouve
e qu'il
ussé.
— Oui, non comme parti politique, mais
comme parti antireligieux qui ne prenait même pas la peine de déguiser ses
aspirations anticatholiques :--* et m
aleré les efforts qu'il fit plus tard pour donner autant de Saranties, sous le rapport religieux, que le parti conservateur, le clergé resta son ennemi acharné."
Ici M. David a vraiment |
mots.
a science des I dit tout ce qu'il veut dire et ne dit pas tout ce qu'il devrait dire.—C'est un signe de maturité : on ne dira plus qu'il n'a pas l'espérance de vieillir.
Le parti libéral, reconstitué par M. Papineau sous l'Union sur
cette base que nous avons dite, ‘a f
ait des efforts pour donner autant de garanties sous le rapport religieux
que le parti conservateur.” On ne nous dit
pas à quelle époque précise furent faits ces eflorts ni ce qu'ils fure 1t : il est difficile de les apprécier. On ne nous dit même pas si ces efforts furent bien sérieux, et si
en réalité ils donnèrent les garanties désirables. C'est ce que le lecteur a besoin de savoir, et ce que M. David a bien de soin de ne pas dire. Pourquoi ?--Parce que, de fait, depuis l'Union jusqu'à la Confédération, il n'a jamais donné “sous le rapport religieux ” autant de garanties que le parti conservateur. --M. David le sait. Et sil est assez libéral pour ne pas dire toute la vérité, il ne l'est pas encore assez pour dire effrontément un mensonge qui ne serait cru que des lecteurs assidus du Æévei/ ou de l'Electeur.
Ce que M. David ne peut pas dire parce que sa thèse en souffrirait trop, nous l'allons dire sans amertume, mais en toute sincérité.
Pourquoi le parti libéral de cette époque n'a-t-il pas donné ‘“ sous le rapport religieux autant de garanties que le parti conservateur ?”
Disons de suite, pour éviter toute fausse interprétation, qu'ici et plus loin, à moins
Lusse 1oins
que le contexte n'exige manifestement un autre sens, quand nous disons Parti libéral Et Parti conservateur. nous entendons parler des membres canadiens-français de ces partis,
Nous disons donc que le parti libéral de cette époque n'a pas donné "sous le rapport religieux autant de garanties que le Parti conservateur."
[l n'a jamais en COrpS et tout entier renic franchement et ouvertement tout son passé antireligieux. Anticatholique et révolutionnaire de naissance, malgré les protestations et les dispositions meilleures de quelques-uns de ses chefs que les circonstances des nécessités politiques lui ont imposés, il est resté d'instinct et d'inclination ce qu'il ne
pouvait plus être ouvertement de principe et d'action. Les chefs catholiques, qu'il s'est donnés moins Pour se changer lui-même que pour changer l'opinion, ont été moins des chefs d'action que de parade, dont la
mission était moins de régir le parti que de le représenter décemment au dehors, tandis que l'influence réelle et sérieuse sur le parti était presque entièrement pour les vieux chefs que l'on découronnait en public et que l'on vénérait en secret. Si M. David ne veut pas le savoir, le clergé, lui, ne devait ni ne pouvait l'ignorer. Il lui était permis de constater que, si le parti libéral avait su s'attacher des catholiques sincères et leur laisser pour le besoin de la cause l'honneur du commandement, il gardait toujours dans ses cadres tout le bataillon des esprits aventureux, révolutionnaires et anticatholiques du pays, qu'il avait ralliés depuis son origine ; que ces esprits naturellement faux, ou faussés, s'y trouvaient à leur aise et chez eux, et qu'obligés de s'effacer pour un temps, ils n'avaient jamais abandonné sincèrement l'espoir de reprendre un jour le commandement au moment opportun, d'entraîner leurs chefs où ils ne vou-
2 ns SonËt Le
de anr le
les ablic avid , ne était béral icères cause
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à leur effacer aban-
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draient pas aller, ou de leur en substituer d'autres qui n'auraient plus besoin de cacher ou de renier le vieux programme du parti.
Enfin, le clergé pouvait-il ignorer davantage que toutes les attaques, et les seules attaques dirigées contre la religion et ses ministres venaient toujours de ce côté; que c'est de là, et de là seulement, que sortait la propagande des idées malsaines par les livres, les journaux et les associations, tandis que de ce même côté on ne faisait à peu près rien pour le service et la défense de l'Eglise et des idées chrétiennes.
On le voit, M. David a bien raison de ne pas dire que les efforts du parti libéral ont donné des garanties sérieuses sous le rapport religieux ; s'il est bien sûr qu'il a essayé, il est plus sûr encore qu'il n'a pas
réussi.
On comprendra que le clergé, après ces
tentatives suivies de si minces résultats, n'était nullement tenté de désarmer. Il
n'est pas resté sur le pied de guerre, mais de paix armée, Qui pourrait l'en blâmer ?
C'était son droit et son devoir.
Quant à dire, comme M, David, que le clergé soit resté jusqu'à la Confédération l'ennemi acharné du parti libéral, c'est une de ces exagérations que M. de Maistre ne pourrait pas appeler ‘le mensonge des honnêtes wens.” On ne donne aucune preuve de cet acharnement. Il serait plus juste de dire que, jusqu'à cette époque et même depuis, le clergé en général est resté sur la réserve et a tenu le parti en suspicion ; —suspicion qui nous paraît bien naturelle et pas tout à fait imméritée.
Dans les mêlées générales et dans les escarmouches particulières de cette époque, le clergé aurait-il, comme on l'accuse, manqué à la justice et à la charité envers ce parti toujours si juste, lui, et si charitable pour le clergé ? Lui aurait-il inutilement
et sans provocation porté des blessures
ais
er ?
e le tion une re NE des icune , plus ue et L resté iCiON ;
turelle
ns Îles poque,
>, man-
rers CC iritable lement
essures
trop cruelles et vraiment imméritées ?
Qu'on nous les montre, ces blessures, et nous les panserons soigneusement jusqu'à cuérison.
Que, depuis la suspension des hostilités, la charité fit un devoir de n'avoir plus aucune défiance envers le parti, parce qu'il avait changé de chefs et que ces chefs nouveaux,—assure M, David quiles a tous confessés,—étaient aussi catholiques et aussi moraux que leurs adversaires, c'est une prétention qui nous paraît exorbitante et peu fondée en raison. Si les chefs méri taient personnellement la confñance, le reste du parti la méritait-il comme eux ? Ces chefs étaient loin d'être tout-puissants. Ils avaient, nous l'avons vu, une queue qui ne ressemblait nullement à la tête. Or, à certains moments donnés dans les partis— et dans les partis libéraux plus que dans les autres—la queue pèse plus que la tête
et finit par entraîner la tête où elle ne vou-
drait pas aller.
Du reste, dirons-nous à M. David, la confiance ne doit pas se réclamer de la justice ni se demander pour l'amour de Dieu, La confiance est un peu comme le crédit, Si vous voulez l'avoir, soyez-en digne par vos paroles et vos actions. Au seul mérite elle se donne, et au seul mérite elle ne peut se refuser.
La charité et la justice qu'invoque si facilement M, David auraient dû lui faire un devoir de ne pas écrire les lignes suivantes :
“ Longtemps ox a fait croire au peuple qu'un catholique ne pouvait combattre le parti conservateur sans être un libéral plus ou moins dangereux. "—Qui ox ? Le clergé ? Evidemment, c'est ce que vous voulez dire. Trouvez-nous donc une seule phrase d'un seul évêque qui enseigne au peuple cette doctrine. Cette fois, M. David, vous êtes libéral consommé. Vous êtes à la hauteur de la Patrie, de l'Electeur et du
Réveil,
mn ne
e au
“ Toutes les questions politiques, toutes les fautes du parti au pouvoir étaient reléguces en dernier plan; il fallait tout accepter, tout souffrir, pour ne pas donner une chance aux libéraux d'arriver au pouvoir,”
Et depuis quand le clergé a-t-il eu la mission de mettre au premier plan les questions politiques ? ou de relever les fautes administratives ou politiques d'un parti au pouvoir, quel qu'il soit? À qui a-t-il jamais dit qu'il fallait tout accepter, tout souffrir, pour ne pas donner une chance aux libéraux d'arriver au pouvoir?--Pures imaginations de M. David, qui ne sont ni la pure justice ni charité pure.
“Toute une génération a été ostracisée pour des idées exagérées qu'on aurait pu faire disparaître sans briser l'avenir et les espérances d'hommes dont les connaissances, les études et le patriotisme auraient pu rendre de grands services à notre société.”
M. David sait-il bien ce qu'il veut dire ?
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