‹ Un manifeste libéralChapitre 16 sur 18 · IXe chapitre de la brochure de M. David · texte numérisé non relu

IXe chapitre de la brochure de M. David

2" Le clerg-é, au moins ses chefs, ne s'en laissent pas non plus imposer autant qu'il le dit par le zèle ardent de certains journalistes et politiciens pour les droits et le service de l'Eq-lise. Nous pourrions à ce propos raconter un jugement prophétique prononcé, il y a seize ans, en notre présence par le premier dio-nitaire de l'Eglise en notre pays, sur un homnie ([ui était alors l'homme lige et le paladin de tous les dogmes, et de toutes les opinions catholiques, et qui, aujourd'hui, n'est plus catholique que par un accident de naissance. Ce serait une preuve entre cent autres que l'hypocrisie catholique ou nationale ne ferme pas toujours les yeux au clergé. Parfois il supporte avec patience ce qu'il ne peut corriger, sans en être la dupe.

3" j\I. David s'honore d'avoir fait un grand acte de courage en écrivant sa brochure. La vérité est qu'elle honore autant son courage que sa religion. Pour en écrire

de semblable, il n'est nullement nécessaire d'avoir une pente à l'héroïsme ; il suffit d'une vanité inconsciente qui ne permet pas qu'on se rende compte du mal que l'on fait, et d'une infirmité naturelle de jugement qui ne laisse pas voir les balourdises que l'on écrit.

4" M. David veut bien permettre au clergé "d'élever la voix, dans certains cas ^ pour condamner des principes faux et funestes à la religion et à la société." Même sans la permission de M. David, le clergé prendra facilement sur lui d'élever la voix dans tous les cas. Il prendra même la liberté de laisser hors de l'Eglise ceux qui veulent bien s'y mettre par erreur, désobéissance et de toute autre façon ; mais il ne laissera jamais à M. David le soin déjuger qui doit être absous et qui doit ne pas l'être ; et il ne laissera jamais les amis de M. David mettre impunément la main ni sur le gouvernement de l'Eglise ni sur les droits du

dernier de ses enfants, fût-ce au nom de la liberté, de la conscience politique ou d'un mouvement national.

5° Nos Seigneurs les Evêques ont le désir et la bonne volonté de rester unis, comme ils l'ont été manifestement dans leur intervention. Ils désirent. plus encore que M. David que l'enseignement du peuple chrétien soit partout le même. C'est pourquoi ils donneront autre chose qu'un bonnet de docteur aux prêtres que M. David trouve plus sages que leurs Evêques et dont la doctrine s'épanche parfois dans \Electenr en flots plus abondants que profonds. Pour que cette unité de doctrine soit plus parfaite, ils sont prêts même à dispenser M. David et autres écrivains ecclésiastiques de même volée d'écrire à tort et à travers sur des questions de morale, de droit canon et de discipline auxquelles ils n'entendent rien. Pour notre part, nous croyons humblement que si la censure des écrits était plus sévère,

l'instruction du peuple gagnerait en sûreté comme en unité, et que le bon sens public serait bien autrement protégé.

6" M.David veut bien étendre le champ d'action du clergé. Si du côté de la politique même, où elle touche de très près à la religion, il interdit tout accès aux Evêques, il leur ouvre d'un autre côté un horizon infini sur l'éducation, l'agriculture, la colonisation, l'industrie domestique, etc. — Nos Seiofneurs devront s'estimer bien heureux, lorsqu'on leur interdit au nom de la patrie et de la religion de défendre les écoles catholiques persécutées, qu'on leur permette comme compensation de s'occuper de la grande question morale et nationale de la fabrication à domicile des jupes et des tabliers : c'est un domaine qui avant M. David n'était pas spécialement réservé aux Evéques. Ils y entreront peut-être, si l'intérêt du peuple le demande, mais sans abandonner aux lauiues le terrain cù seuls ils ont juridiction.

7*^ Enfin M. David fait son examen de conscience de brochurier. Cet examen nous semble un peu sommaire. Nous avons relevé bien des peccadilles dont il ne s'accuse pas, et nous en avons négligé plus d'une. Mais la différence du résultat s'explique. Nous avons examiné la brochure ; lui n'examine que le brochurier. Or, il croit en conscience qu'il a été le fidèle interprète de bons pères de famille, catholiques sincères, qui craignent grandement que le clergé ne perde par imprudence la f:.i de leurs enfants. La foi de ces enfants est manifestement uu bien plus grand trésor que celle des enfants catholiques du Manltoba pour laquelle M. David n'éprouve point le même héroïque dévouement. Et là-dessus, M. David endort tranquillement sa conscience en se disant comme tous ceux qui ont combattu l'Eglise depuis dix-h,.itcents ans qu'il a eu de bonnes intentions et (|u"il a " rempli un devoir."

M. L.-O. DAVID ET LE CLERGE CANADIEN L'I l

Ses intentions, Dieu seul en est juge ; et qu'il les récompense. Nous l'avertissons cependant qu'il peut se faire illusion, et qu'ici l'illusion peut devenir dangereuse et même damnable. M. David s'est fait une conscience ; il est consciencieux ; mais il y a des consciences fausses comme il y en a de vraies. La conscience vraie est celle qui est éclairée de la lumière de Dieu. . Et la lumière de Dieu vient en ce monde, même sur ce continent, par l'enseignement de l'Eglise et sa direction.

Et nous aussi nous avons conscience d'avoir rempli un devoir, non pas, hélas ! comme nous aurions voulu le remplir. Que Dieu veuille bien nous tenir compte de nos bonnes intentions ! Si plus d'une fois nous avons failli en quelque chose, que le lecteur le pardonne à notre inexpérience et à la précipitation forcée de ce travail — surtout qu'il n'impute point à la grande et sainte cause que nous avons tâché de défendre ce

qui n'est dû qu'à la faiblesse de son défenseur.

Nous ne nous défendons point d'avoir écrit avec une certaine passion. Nous devons tout à l'Eglise du Canada ; elle est plusieurs fois notre mère comme à tant d'autres de nos compatriotes qui lui doivent tout ce qu'ils sent. Pouvions-nous sans émotion voir cette mère auguste et uniquement aimée, traînée ignominieusement devant le peuple qu'elle a engendré et nourri, frappée, bafouée, insultée par les valets de la presse et de l'écritoire ? Si nous avons frappé, ce n'était point sans colère assurément, ni sans indignation : elles étaient aussi justifiables que la pitié ; mais pas un seul coup n'a été frappé par haine ou animosité personnelle. Nous avons été sévère, cruel peut-être pour une œuvre qui mérite toutes les sévérités : nous n'avons voulu l'être pour aucun homme — pour l'auteur moins que pour tout autre. Il est chrétien : sa conscience h; punira un jour plus douloureusement que les

hommes ne sauraient le faire ; et ce châtiment inévitable sera pour lui, nous le croyons, l'annonce de la miséricorde de Dieu.

Que reste-t-il maintenant de la brochure de M. David ? — Le titre et la couverture. La couverture seule est irréprochable ; car le titre n'est pas justifié — mais la couverture passera aussi bien que tant de pages malheureuses que le public aura l'indulgence d'oublier. Le titre restera.

Vn jour, nous l'espérons, ce titre sera recueilli par quelqu'un qui y verra le sujet d'un prrand et beau livre. Il écrira ce livre avec amour et avec foi, avec science et sincérité, et ce livre sera un hymne magnifique à la gloire de Dieu et de la patrie canadienne-française et catholique. Si M. David a eu toutes les bonnes intentions qu'il se reconnaît, ce sera sa meilleure récompense ici-bas — et Dieu et la patrie seront vengés.

L'Eglise et ses enfants ne désirent point

une autre vengeance.

P. BERNARD

L'IXIOUITK CONSOMMÉE ' !

Lorsque nous écrivions ces pages, émus d'une trop juste indignation à la seule pensée de la trahison que l'on préparait de loin pour la rendre plus supportable à l'opinion, nous ne pensions pas que nos sévérités dussent être sitôt justifiées.

Xous venons de lire, comme le public, ce que l'on a eu l'incommensurable clïronterie d'appeler un compromis acceptable, un règlement satisfaisant de la question des écoles. Ce n'est point un compromis, c'est un sacrifice complet et sans aucune compensation sérieuse de tous les droits et de tous les intérêts des catholiques du Manitoba, Ce n'est point un règlement de la question scolaire, c'est une capitulation sans honneur du pouvoir fédéral devant une législature minuscule insurgée contre la constitution, la justice et la morale publique. C'est un

216 UN MANIFES'l LIBERAL

scandale sans exemple dans notre histoire politique, et l'apostasie la plus cynique de tout sentiment d'honneur, de justice et de morale sociale que jamais pouvoir ait tenté aux yeux de tout le peuple de notre pays.

Et c'est pour imposer des actes d'un tel héroïsme à l'admiration d'un peuple honnête et chrétien que M. L.-O. David et de bons catholiques et de bons citoyens comme lui s'efforcent de flétrir les Evêques, (jui n'ont point comme leurs maîtres la sagesse de renier tous les principes et d'aveugler leur conscience pour se faire une popularité d'un jour ! Et ce sont de tels hommes qui font donner par leurs scribes à nos Evêques et nos prêtres des leçons de virilité chrétienne et de patriotisme religieux.

Ah ! que nos Evêques sont grands aujourd'hui devant ces petitesses ! Qu'ils sont noblement vengés et glorifiés aux yeux de leur peuple,par ces ignominies qu'ils auraient tant voulu épargner à leur race et à leur

religion, mais auxquelles au moins pas un d'eux, grâce à Dieu, n'a consenti à mettre la main ! Quelle page glorieuse pour l'histoire de notre Eglise, qui cette fois encore s'est montrée le plus ferme et le plus fort soutien du droit, de la conscience et de la liberté, opprimés par les uns, cyniquement trahis et vendus par tant d'autres au nom du patriotisme et de la religion.

Hélas ! mais quelle triste page pour notre histoire politique ! et que nous sommes loin aujourd'hui des Morin, des Lafontaine et des Cartier ! Citoyens canadiens-français et catholiques, nous rougissons de ceux des nôtres qui ne savent plus rougir.

Ce ne sont point les nôtres qui ont commis la grande iniquité du Manitoba : mais ce sont ceux qui ont eu à cœur d'en prendre la responsabilité et d'en empêcher la réparation. Ce sont eux qui par leurs intrigues et leurs conspirations ont empêché le règlement juste et équitable de la question

lO

scolaire au dernier parlement ; ce sont eux (|ui ont promis solennellement au peuple de donner justice entière à la minorité du Manitoba (Discours de M. Laurier, à Québec, 7 mai 1836), de leur rendre tous les droits scolaires dont ils avaient été injustement dépouillés ; et ce sont eux qui, arrivés au pouvoir par l'effet de cette promesse, ne se sont point donné de repos qu'ils n'eussent consacré et approuvé la violation de tous les droits qu'ils s'étaient engagés solennellement à défendre. Le droit des nôtres de ne payer des taxes que pour leurs écoles catholiques, sacrifié. — Leur droit à leurs écoles séparées, subventionnées par la Province, sacrifié. — Leur droit à l'administration, au contrôle et à la direction de leurs propres écoles, sacrifié. — Leur droit à des livres qui fussent en tout conformes à la foi et à la morale catholiques, sacrifié. — Leur droit à des syndics d'école catholiques, sacrifié. — Leur droit à un conseil d'instruc-

tion publique ou de direction catholique, sacrifié. — Leur droit à des inspecteurs catholiques, sacrifié. — ^Leur droit enfin à ce que l'enseignement tout entier sous la haute surveillance de l'Eglise fût imprégné de l'esprit religieux, des idées et des sentiments catholiques, sacrifié.

Et, au lieu de tout cela, la concession dérisoire i" d'une demi-heure tous les deux jours ou tous les jours à l'enseignement religieux donné par un clu^étien ministre de religion ou auto-isé par lui, dont la nomina tion, le salaire et la direction seront laissés à l'arbitraire d'une administration sectaire, maçonique ou protestante ; 2'* d'un instituteur catholique nommé et approuvé par l'Etat seulement pour vingt cinq enfants catholiques ; et celle 3" d'un enseignement, partie anglais, partie français, donné aux élèves canadiens-français — ^mais dans quelle proportion français ? et dans quel français ? Voilà les termes de ce traité honteux conclu

entre deux complices, non pour sauvegarder des droits, mais pour les sacrifier, s'il se peut, légalement et irrévocablement. Cet infâme marché, cette capitulation parlementaire dont heureusement il n'y a pas d'autre exemple dans l'histoire politique de notre pays, ce sont les nôtres qui l'ont voulue, qui l'ont acceptée, qui l'ont sollicitée et mendiée. C'est un des nôtres, plénipotentiaire pour tout lâcher et tout trahir, qui l'a préparée et conclue : il se nomme J. I. Tarte, C'est un des nôtres qui la signée et sanctionnée : il se nomme Wilfrid Laurier. Il y en aura parmi les nôtres qui approuveront et loueront cette iniquité, et ils seront de ceux qui aux élections générales trouvaient illusoire et incomplète la réparation demandée et acfréée par les Evêques et la minorité opprimée. Mais ces sages ont fait leurs promesses: nous les attendons à la prochaine session du Parlement. Nous saurons alors combiendans les rangs d'un seul parti poli-

tique il peut se trouver de renégats sans pudeur de la parole donnée.

Pauvre peuple de Québec! toi si généreux, si loyal, si droit et si sincère ! s'est-on assez moqué de ta naïve crédulité ! les scribes et les bavards ont-ils assez exploité ta religion et ton patriotisme pour les mieux vendre et les mieux trahir ! Dévore en silence la honte dont te couvrent aux yeux de tes concitoyens ceux dont tu as fait tes idoles et qui se servent de ton nom pour perdre tout ce que tu voudrais sauver même au prix de ton sang ; mais dans quatre ans, tu auras au moins, nous l'espérons, le bon sens de l'expérience et la mémoire du cœur.

Et vous, sages en Israël, qui attendiez plus de la diplomatie d'un politicien que de la sagesse de vos Evêques, triomphez aujourd'hui, et glorifiez-vous d'avoir obtenu pour vos compatriotes du Manitoba des concessions bien autrement importantes que la restitution de leurs droits par une loi

222 UN MANIFESTE LIBEKAL

fédérale !— Ne VOUS suffit-il pas pour vous satisfaire que l'on vous dise des gens 7'aisonnables, qui ne veulent pas tailler dans la chair du prochain la livre pesant à laquelle ils ont droit ? ^ N'est-ce pas pour vous une raison suffisante de vendre non pas la chair, mais l'âme des enfants du Manitoba à des marchands politiques qui les trafiqueront sans scrupule pour un lambeau de pourpre qu'ils n'ont pas su porter six mois sans le déshonorer ?

Pour nous, comme tous les vrais canadiens-français catholiques avant tout, nous sommes profondément attristés et humiliés • — mais nullement surpris ni découragés. Nous savions de longue date le ravage que peuvent faire dans des e:prits naturellement droits et élivés ces erreurs libérales qui perdent si facilement le sens de toute noblesse et de toute justice ; et nous n'igno-

1. Triste bouflbnncrio, peu digne d'un homme d'état et même d'un homme de goût en un si grave sujet.

rions pas ce qu'on peut attendre de politiciens qui sont catholiques uniquement par 2171 accident de naissance, et qui ne croient sérieusement qu'aux principes et aux convictions qui ne font point baisser le prix du blé. Nous avions cru seulement par charité plus que par conviction à un sentiment d'honneur, ou tout au moins de pudeur qui aurait pu tenir lieu de conscience politique et de conviction. Ce n'est qu'une illusion volontaire que nous n'avons plus le devoir de nous imposer.

Nous ne sommes pomt davantage découragés. La question des écoles du Manitoba n'est pas une question politique : c'est une question sociale et religieuse. Aucun pouvoir n'est assez fort pour la supprimer et la faire disparaître. Elle tient à l'âme humaine, à la conscience religieuse et sociale du peuple, que l'on ne peut faire taire que par la justice et l'équité. On enterre les questions politiques, et, si elles ne sont pas mortes,

22t UN MANIFESTE LIBERAL

elles en meurent. Mais on a beau enterrer les questions sociales et religieuses, même quand on les a habilement ou cyniquement étranglées, elles ne meurent pas. A l'heure de Dieu, elles se lèvent vivantes et plus fortes que jamais : elles écrivent sur la muraille du festin la sentence que ne comprennent point les politiques enivrés de leurs triomphes et de leurs succès, et arrache de leurs mains la coupe du pouvoir qu'ils ont déshonorée sans l'épuiser.

Que nos frères du Manitoba ne perdent point courage ! Ils ne perdront leur cause que s'ils veulent bien la perdre en l'abandonnant. Qu'ils se serrent autour de leur vaillant Archevêque : ils ont pour eux Dieu et le droit. Dieu et le droit ont toujours raison. Il suffît que l'on n'y renonce pas.

Du reste, ils ne seront point isolés dans la lutte. Leur cause n'est pas celle d'une infime minorité que l'on peut mépriser impunément ou d'une Province que l'on

peut sacrifier : c'est celle de toute une race, de toute une religion et, plus que cela, c'est la cause de la constitution et du ciroit luimême contre l'arbitraire et l'oppression. Or, grâce à Dieu, il y a dans toutes les Provinces aujourd'hui non seulement des catholiques qui le sont par amour et par conviction, mais en dehors des rangs catholiques, des hommes droits et justes qui comprennent et qui veulent comme nous le respect des droits de tous et de la liberté des consciences garantie par la constitution du pays. Sur eux nous comptons, parce que nous croyons à l'avenir de notre pays.

Il n'y en aura pas moins clans notre Province que dans les autres. On peut lui faire commettre des erreurs en abusant de sa bonne foi ; on ne lui fera jamais approuver une trahison et une iniquité. Dans les rangs de la députation fédérale, — et dans les deux partis, — il y a des hommes qui sont encore

catholiques autrement que par pur hasard. Au dernier parlement il s'en est trouvé sept qui n'ont point fléchi le genou devant Baal. Il y en aura davantage, nous l'espérons, dans celui ci.

Quoi qu'il en soit, le sol politique de notre Province n'est pas épuisé. Si les vieux troncs qui occupent le terrain sont chancreux et pourris et n'ont plus assez de sève pour porter autre chose que des fleurs stériles et un feuillage menteur, un souffle peut les abattre, et leurs débris déshonorés féconderont le sol où repousseront des arbres sains et viofoureux. Si nos hommes politiques d'aujourd'hui ont perdu en trop grand nombre le sens de la justice et de l'honneur politique, notre Province n'est point stérile ; elle saura les remplacer par d'autres auxquels elle apprendra à mettre toujours dans leur vie pifl^lique les intérêts de leur foi et de leur pays avant ceux de leur parti et de leur fortune politique.

Nous espérons que dans les desseins miséricordieux de la Providence cette question des écoles sera le crible qui séparera pour de longues années la baie du bon grain. La politique verra nettoyer son aire, et le pays y gagnera.

Peut-être le peuple de notre Province aura-t-il appris à ses dépens à mépriser les hommes dont toute la valeur est dans la langue et les poumons. Mais peut-être aussi aura-t-il une moindre confiance dans ses chefs politiques, ce qui pourrait devenir un grand malheur pour eux et un grand péril pour lui.

Seule l'Eglise est absolument sûre de son avenir, parce que dans toutes les questions qui se présenteront, elle ne s'occupera que des intérêts éternels qu'elle a toujours voulu servir, — et que cette fois encore elle a servis mieux que personne. Si l'on n'écoute ni sa voix, ni ses prières, ni ses conseils, ni ses

228 UN MANIFESTE LIBEEAL

ordres, elle attendra en paix de Dieu et de la conscience humaine le seul triomphe qui ne dissimule aucun remords et la seule gloire qui n'ait jamais à rougir devant les hommes et devant Dieu.

P. BERNARD

T^RRENDIOeS

Appendice A

Lettre de la Sacrée Congrégation de la Propagande à So7i Eminencc le Cardinal Taschereau, Archevêque de Québec.

Rome, le 1-t Mars 1895.

Cette Sacrée Congrégation de la Propagande a appris combien les catholiques du Manitoba ont été gravement affectés par certaines lois récemment votées par le gouvernement de cette province au sujet de l'administration des écoles. Le fait est d'autant plus regrettable qu'il viole l'ordre de clioses autrefois établi, grâce aux catholiques, dans cette région, par les pactes les plus solennels, et qu'il met en péril les écoles qui y fleurissent. C'est donc à juste titre que tous les Evêques du Canada, pour écarter un si grave danger, ont, dans une lettre très digne, entrepris la défense de ces mêmes catholiques auprès du gouvernement fédéral. Effectivement, le dit gouvernement fédéral a appuyé de sa considération et de son autorité tant les droits lésés des catholiques que la démarche del'Episcopat. Mais jusc[u'ici des obstacles assez considérables ont empêché le succès de cette entreprise.

Maintenant que, en vertu de la décision récente du Conseil Privé de la Reine en Angleterre, le gouvernement fédéral est certainement pourvu de l'autorité requise pour traiter cette très grave question, il y a lieu ^d'espérer qu'elle trouvera eniin cette lieureuse solution que réclament et les droits les mieux établis et le bien de la religion et de l'Etat. Il faut, néanmoins, profiter sans retard de l'opportunité, et ne pas abandonner la cause de ces catholiques. C'est pourquoi cette Sacrée Congrégation, dans une aifaire si importante, ne peut garder ]o silence. Au contraire, elle confirme et encourage de plus en plus les démarches déjà faites en faveur de la cause par les catholiques et surtout par k^s Evêques du Canada, et tout en louant hautement le zèle déjà déployé par eux dans ce sens, elle les exhorte en même temi)s à mettre tout en œuvre pour mener à bonne fin une si noble entreprise.

C'est donc à tort que certains esprits se laissent persuader qu'il n'y a aucun péril à craindre des écoles appelées neutres, et qu'elles peuvent être fréquentées impunément par les enfants catholiques. En eflbt, pour ne pas citer d'autres preuves, ces écoles soi-disant neutres, par le fait même qu'elles excluent de

leur enceinte, entre antres choses, la vraie religion. Ini font gravement injure, enlevant la place d'honneur qui lui revient clans tontes les conditions de la vie humaine et surtout dans l'éducation de la jeunesse. On n'a pas, non l)lus, le droit d'affirmer que la sollicitude personnelle des parents peut suppléer à ce défaut. Ce n'es*; là qn'nn remède partiel au mal, qui est loin d'excuser le vice dé])lorable de cette éducation sans Dien donnée dans les écoles. A cela il fant ajouter qne la dignité de la religion devra diminuer dans l'estime des enfants, s'ils la voient privée de considération publique et reléguée dans l'enceinte du foyer domestique. Que sera-ce donc si les parents, empêchés, comme c'est presque toujours le cas, i»ar leur indolence ou l'excès de leurs occupations, se relâchent, et si, en sus de l'enseignement que leurs enfants reçoivent à l'école, ils ne soignent, ni personnellement ni par d'antres, leur instruction religieuse ?

C'est pourquoi on ne peut lien taire de })lus opportun pour promouvoir la foi chez les peu- })]es, surt<jut dans ces tem})S où Nous la voyons assaillie par une véritable; tempête d'erreurs, que d'implanter, de cultiver et de fortifier la religion et la piété dans les tendres âmes des

enfants au moyeu des écoles catholiques, en sorte que, avec les rudiments des lettres et l'enseignement classique, ils soient profondément pénétrés des règles de la vie chrétienne, pour les observer fidèlement ensuite dans tout le cours de leur existence. Celui qui aura consacré à cette fin son zèle et ses eftbrts, aura justement et excellcment mérité de la religion. Or ces inél>ranlal>h's ]>rinci|ies sur lesquels se sont toujours appuyés les Evoques canadiens avec tant de constance, engagent aujourd'hui cette Sacrée Congrégation à fortement recomuiander à leur zèle manifeste la défense des droits catholiques de la province de Manitoba concernant l'éducation religieuse de leurs enfants, afin que ces droits, connnc la justice de la cause le fait espérer, soient sauvegardés, et cpie r Eglise soit préservée d'une grave -injustice.

En attendant je vous baise très humblement les mains.

De Votre Eminenc^c

le très lninil)le et très

dévoué serviteur, (Signé) M. Card. Ledocuowski,

Préfet.

(Soussigné) A. Arch, de Larisse,

Secrétaire.

Appendice B Extrait du jugement <hi Conseil Privé.

Il est bon que le lecteur prenne connaissance (les paroles suivantes du Conseil Privé :

" La seule questit)n à décider est de savoir si les lois de 1890 ont porté atteinte à un droit ou privilège dont la minorité catholique jouissait auparavant. Leurs Seigneuries ne ■peuvent pas voir comment il peut être répondu autrement qu affirmativement à cette question. Mettons en contraste la position qu'occupaient les catlioliques romains avant et après les actes dont ils a}»pellent. Avant que ces actes devinssent loi, il existait, dans la province, des écoles cov.fessionnelles dont le contrôle et la direction étaient entre les mains des catholiques, qui pouvaient choisir leurs livres de classe et déterminer la nature de V enseignement religieux. Ces écoles recevaient Icar quote-purt des sommes affectées aux fins scolaires sur le produit des taxes générales de la province, et les deniers levés pour ces fins, par une cotisation locale, étaient, en tant que cette cùtisation frappait des catholiques, uniquement riff'ectés au soutien des écoles catholiques.

" Or quelle est la situation faite à la minorité catholique romaine par les actes do 1800 ?

IJaide que donnait la province aux écoles confessionnelles de cette minorité, conduites suivant CCS vues, a cessé. Ces écoles en sont réduites à ne pouvoir plus se soutenir que par les contributions de la population catholique romaine, alors que les taxes que la province emploie à subventionner les écoles, aux besoins desquelles pourvoie le statut, portent également sur les catholiques et les protestants. En outre, non seulement les habitants catholiques restent sujets à la cotisation locale pour les fins scolaires^ mais aucune iiartie des recettes de cette cotisation ne doit plus être affectée au maintien des écoles catholiques ; ces recettes serviront désormais H soutenir des écoles qu'ils regardent comme n'étant pas plus ]3ropres à l'éducation de leurs enfants que si ces écoles étaient franchement protestantes dans leur caractère.

" En face d'une pareille situation, il ne semble pas possible de dire que les droits et les privilèges de la minorité catholique rcmiaine, en ce qui concerne l'instruction publicpie donnée avant 1S90, n'ont pas reru (ratteinte."

Kt aillriirs :

" En fait, l'objection des catholiques romains à des écoles comme celles qui reçoivent seules la subvention de l'Etat sous Vaatorité de l'Acte de

1890 est eonscie/iciense et solidement fondée."

Ou peut voir par là combien il était nécessaire que le parlement tît une enquête pour savoir si les griefs des catholiques étaient bien fondés !

Appendice C

Une Juste appréciation de la loi réparatrice parue dans le " Courrier du Canada ", le IQ mars 1896.

Le dernier numéro du Manitoba nous apporte une excellente appréciation de la loi ré]3aratrice.

Cette appréciation concorde parfaitement avec tout ce que nous avons écrit à ce sujet depuis quelque temps. Nos lecteurs verront, }tar quelques extraits de cet article, avec quels sentiments nos frères manitobains accueillent cette législation qui leur restitue leurs droits violés :

*•' Eniin, s'écrie notre confrère de St-Boniface, après six années d'attente et de souffrances, nous avons lieu d'espérer que l'heure de la justice ne tardera }>as à sonner.

'• Aussi, c'est le cœur gros d'émotion et d'inquiétude (juc nous suivrons les débats des Communes dans lesquels va se décider une cause qui touche au plus intime de notre âme.

" IToiis n'hésitons pas à le déclarer, l'acte réparateur contient en substance tous les principes essentiels au bon fonctionnement de nos écoles. iRous avons le droit de croire que tous les députés soucieux de leur devoir l'appuieront de leur vc^to. Etant données les liiiiites de la juridiction fédérale, une étude attentive de cette loi démontre qiCelle accorde aux catholiques du Manitoha une organisation aussi complète et aussi indépendante que possible, et qu'elle les garde d'vne manière effective contre le mauvais vouloir du gourernemcnt provincial. Certes, nous n'ignorons jws que la préparation de cette loi présentait bien des dijficuUés auxquelles il fallait parer. Il ne s'agissait pas de façonner d'un seul Jet une loi quelconque, qui pût satisfaire la minorité catholiqae. Il fallait bien également tenir compte des lois scolaires de Manitoba adoptées avant 1890. Nous ne pouvions prétendre à jylus de droits que ceux que nous possédions à cette époque, et écJaipper au contrôle que le gouvernement prorlncial exerçait alors. C'est ainsi, par exemple, que force nous est de laissser à l'Exécutif du Manitoba la nomination des membres du bureau d'éducation et du Surintendant. Ce dernier a toujours possédé ce droit. Le lai enlever eût été entacher

l'acte réparateur (Tinconstitutionnalité et nous exposer à tout perdre pour avoir voulu trop exii/er.

" Des règlements faits par le Département en violation des droits accordés par la section 4 seraient certainement ultra vires et illéganx.

■• Il en est de même de l'article 3 de l'acte réparateur, rpii déclare que le département d'éducation peut adopter dos règlements pourvoyant à Torijanisation ""énérale des écoles séparées. (V't article est une copie exacte de ce rpù était contenu d;ius notre statut ant«'rieurement à ISOO.

'• Il ne contrôle, d'ailleurs, en aucune façonles pouvoirs et les attributs du Bareriu d'éduration, et n'empiète nullement sur ses attributions ([ui sont clairement définies par l'article 4. C'est un principe de droit élémentaire rja'une chi lise (jénérale n". restreint p^iint le sens d'une antre pariiculière, spécifique, et i/ui descend dans les détails. CJctte dernière prévaut toujours dans tout ce qu'elle détermine nommément. 0\\ la clause 4 nous domic le contrôle absolu de tout ce qui touidic à l'enseignement et à l'organisation de nos écoles. Vouloir épiloguer sur ces deux points, c'est certainement nous rendre mauvais service. Une loi fédérale qui

lî) APPENDICES

eût omis les clause.s 1 et 3 aurait rté nécefisaireinent ultra vires.

Xoas le répétons, la loi présentée devant le 'parlement est très acceptable. Elle renferme tous les principes de vie et tous les rouages nécessaires pour permettre aux cnthMiques du Manitoha d'organiser leurs arrondisseaienfs scolaires elles faire fonctionner.

'' Certains journaux, contrariés decc/ue V attitude ferme du gouvernement fédéral leur enlevait la question scolaire qu'ils se préparaient à exploiter pour leur propre avancement, se sont pris tout à coup d'un beau zèle à notre endroit.

" Eux qui avaient dénoncé d'abord le gouvernement d'Ottawa pour ses lenteurs à amener la loi répatrice, et qui avaient ensuite insisté sur upe commission d'enquête, se mettent maintenant en frais de grossir à dessein les difficultés qu'elle renferme. S'ils veulent sincèrement nous aider, que ne cherchent -ils à les aplanir ? Il ne s'agit pas de susciter de nouveaux embarras par des dénonciations dérais mnahles et qui sentent trop le dépit pour être sérieuses.

" Is^ous le répétons, la loi telle que soumise au parlement est acceptable, et la minorité catholique du Manitol^a l'accepte, tout en se

réserviuit de faire modifier en comité de la chambre certains détails qui laissent à désirer.

Xoiis demandons à tous ceux qui sont vrai- Tiient nos amis de ne pas battre en brèche une loi dont les grandes lignes nous sont si favorables et vont aussi loin dans la voie de la justice que la juridiction du parlement fédéral le p-rmet, sous le fallacieux prétexte que tout n'ei-t pas aussi parfait que nous pourrions le désirer.

•' Certains journaux ont vivement critif|ué l'article 74, qui consacre notre droit à la part des octrois législatifs, parce qu'il ne nous confère aucun moyen d'arracher des mains des ministres provinciaux les deniers auxquels nous avons droit. Il faut bien le confesser, le j)arlement fédéral ne possède aucun moyen de mettre cet article à exécution. Toutefois, il n^y a aucun doute que le 'parlement devra amender l'acte des terres scolaires de manière à nous donner notre yart des deniers à même les fonds qui en proviennent. Ces terres ont été affectées au soutien des écoles du Manitoba, telles que reconnues par la constitution.

" Elles sont pour ainsi dire hypothéquées à cette fin. Or, la décision du Conseil Privé lie les mains du parlement sous ce rapport. Les écoles de Manitoba, <[ui ont droit au partage

de ces deniers, sont les écoles séparées tout coinme les écoles publiques.

" Nous avons nii droit acquis à ces deniers. Il n'est pas loisible au gouvernement fédéral de donner notre part au gouvernement provincial. Il est le ijardien eji fidé (-commis de ces terres, et les décrets du Conseil Privé lient l'Exécutif dans l'administration qu'il doit en faire.

'■'• La'co)iclusion nécessaire, qui découlera de Vadoytion de Varticle 74, sera un aniendement à la, loi des terres scolaires autorisant VExécutif fédéral à nous donner notre -part des deniers provenant de cette sou:rce.

" V attitude ferme et équitable du gouvernement fédéral envers la minorité catholique nous donne droit de croire qu'il n'hésitera pas de compléter de cdte ffçori la mesura de justice dont le Parlement du Canada e-it en cerno nerd saisi."

Appendice D

l'intervention épiscopale dans la question

scolaire.

Mercredi, 12 février, VElccteur publiait, à propos de la dernière lutte électorale de Char-

APPENDICES m

levoix, un article soigneusement élaboré, au ton doctoral et sentencieux, tendant à nier à TEpiscopat canadien tout droit d'intervention dans la question d'une législation remédiatrice relative aux affaires scolaires du Manitoba.

î^ous avons lu et, comme bien d'autres, non sans un sentiment de surprise, la thèse développée dans les colonnes de V Electeur par un théologien que la Rédaction, dans le numéro du 14, se plaît à aj)pek'r l'un des plus érainents de la Province ecclésiastique de Québec. Cette thèse, hâtons-nous de le dire, contraire aux droits des Evêques, et se rattachant, à l'insu sans doute do l'auteur, aux principes mêmes du libéralisme catholique, est fausse, pernicieuse et absolument condamnable.

Pour nous conformer aux désirs de l'autorité ecclésiasticpie de ce diocèse, et avec son approbation formelle, nous dirons quelques mots des doctrines téméraires émises dans l'article du journal libéral et ferons voir en quoi pèche l'argumentation de l'auteur de cet écrit.

Tout d'abord, qu'on le sache bien, nous nous plaçons ici en dehors de toute considération ou préoccupation purement politique. Car il ne s'agit pas pour nous d'un intérêt de parti, mais

d'une question de doctrine et de droit public ecclésiastique de la plus haute portée religieuse et nationale.

En second lieu, nous voulons défendre contre toute prétention contraire la légitimité juridique et morale, ainsi que l'opportunité de l'intervention épiscopale dans les conditions mêmes où cette intervention s'est produite à Charlevoix, c'est-à-dire dans l'hypothèse que la mesure remédiatrice, proposée par le gouvernement, sera de nature à mériter le suffrage des Evêques. Inutile donc d'en appeler contre nous, pour étayer une thèse chancelante, à la défectuosité de l'acte remédiateur, si défectuosité il y a ; ce ne serait là qu'une échappatoire.

Ceci posé, abordons l'argument principal sur lequel repose la doctrine chère à V Electeur et à son correspondant, mais moins chère à ceux que l'Esprit-Saint a préposés à la garde du troupeau de .Jésus-Christ et au gouvernement de la société chrétienne.

» D'après le correspondant de V Electeur, si l'Eglise a le droit d'exiger que la question des écoles du Manitoba soit réglée conformément aux principes de la justice, il ue lui appartient pas cependant de déterminer ni d'approuver un moyen plutôt qu'un autre entre ceux que la

politique suggëro. — î^ous nions cette assertion et voiei nos raisons :

L'Eglise étant, à cause de sa tin, une société essentiellement supérieure à l'Etat, l'Eta-t lui est subordonné en tout ce qui touche aux intérC'ts religieux : c'est un principe clair et certain. Aussi, en vertu de co principe, reconnait-on que l'Eglise jouit (Tune juridiction véritable sur le pouvoir séculier jusque dans les questions d'ordre temporel, pourvu toutefois que ces matières aient un rapport de nécessité ou d'utilité réelle avec la fin de la société religieuse. C'est l'enseignement de Léon XIII, formulé dans la proposition suivante que nous extrayons de l'Encyclique Immortale Del : " Tout ce qui dans les choses humaines est sacré à un titre quelconque ; tout ce qui touche au salut des âmes et au culte de Dieu, soit par sa nature, soit par rapport à son but, tout cela est du ressort de l'autorité de l'Eglise."

C'est pourquoi, bien que, étant donnés deux moyens politiques également ai)tes de toutes manières à favoriser dans toute leur étendue les intérêts de l'Eglise, celle-ci n'ait aucune raison de faire elle-même un choix, mais doive plutôt abalidonncr ce soin à la puissance séculière, il en va tout autrement lorsque l'un de ces

moyens, au jugement unanime des premiers pasteurs d'un pays et d'après la nature même des chose.;, offre des garanties d'efficacité et de stabilité que l'autre ne saurait offrir. Dans ce cas, eu effet, l'Eglise, dont les intérêts priment tout droit, toute considération ou toute aspiration politique (pn'lcoiique, [>iMit et doit exercer sa juridiction sur le moyeu lui-même à prendre, sur la voie à suixre j»oiu' arriver au but désiré. JSTe pas le faire serait compromettre gravenn'ut la cause (pi'clle défend. Vax le faisant, elle di'meure dans sa s])hère ; car le moyen par elle choisi, (pioiijue politique et temporel de sa natnr*;. i-evêt lu'anmoins, à rai-son dr. .sa dcsfivutioii et de sa sn[)éi"iorisé relative, un caractère religieux exceptionnel qui justifie parfaitement rintervenriou de l'autorité ecclésiasti(|ue.

C'est le cas actuel.

[N'os chefs spirituels, après a\'oir attendu pendant cinq ans avec une poignante anxiété le règlement d"nne (pu'stiou si importante et si vitale au [)oint de vue catlioliqut', jugent, et à bon droit, <pi'il serait irajinulent de renoncer au bénéfice d'une décision })ortée en faveur de leur cause par le plus haut tribunal de l'Empire, pour remettre en question des droits si ouverte-

ment recouiius. Ils jugent, et à bon droit, qu'il serait téméraire, clans une affaire aussi grave, de confier leurs espérances à un projet d'enquête qui amènerait inévitablement d^ nouveaux retards, et qui, taisant abstraction de l'intervention fédérale à laquelle ses promoteurs s'opposent, remettrait les catholiques à la merci de leurs persécuteurs.

Car, supposé même — ce dont il est bien permis de douter — que le gouvernement manitobain, foncièrement hostile aux catlioliques, et confiriné dans cette hostilité par s.i récente victoire électorale, consentirait cependant, sur les instances d'amis politiques, à rétablir le système d'écoles séparées dont jouissaient nos coreligionnaires avant 1890, qui nous assurera (|ue ces mêmes gouvernants ou d'autres, poussés parles mêmes motifs de fenatisme ou d'intérêt, ne recommenceront pas tôt ou tard sur ce même terrain scolaire la guerre violente et injuste que nous déplorons aujourd'hui ? Ne vaut-il pas infiniment mieux que le pouvoir central, puisqu'il en a le droit et l'occasion, élève dès maintenant contre tous les persécuteurs présents et futurs un rempart de justice et de protection religieuse, irrésistible à tous les vents et à toutes les tempêtes.

J'ajouterai qu'étant donné l'esprit do [)arti qui divise si profondément nos hommes publics, ce n'est pas d'un groupe politique particulier qu'il faut attendre la force d'union nécessaire pour rallier dans une même pensée et sous un même drapeau tous les catholiques. L'Epis" copat seul peut espérer de produire ce ralliement en demandant à nos législateurs, spécialement à ceux dont il dirige les consciences, de s'élever pour un moment au-dessus des intérêts temporels (pii les agitent, d'oublier leurs dissensions politiques, et, prenant pour appui le jugement du Conseil Privé d'Angleterre, d'en faire la base inébranlable d'une législation vraiment réparatrice.

Le droit d'intervention des Evêques, dans une affaire de cette nature, découle, du reste, assez clairement des enseignements contenus dans le 3Ianud du citoyen catholique, publié avec la recommandation toute spéciale de NiN". SS. les Evoques de la province de Québec. Voici ce (pie nous lisons à la page 37 :

*' Par suite de la dé]ic'ndance dans laquelle les princes chrétiens sont vis-à-vis de l'Eglise, l'Eglise a le pouvoir de régler l'usage que ces princes doivent faire, en certairis cas, de leur puissance tcni])Orelle ; car il faut tenir ])0ui'

APPENDICES lO

assuré, d'après l'enseignement des tliéologiens, que le pouvoir des clefs donné par Jésus-Christ à Pierre et en sa personne à ses successeurs (Matth. XVI, 19) comprend le droit de régler V usage que les princes cliré tiens doivent faire lie leur puissance temporelle dans ses rapports avec la religion et le salut des âmes, et de soumettre, dans différentes occasions, leurs actes yolitiques à son jugement. ^^

Enfin, réminent théologien que nous combattons doit savoir que la proposition suivante : '■ Il appartient au pouvoir civil de définir quels sont les droits de l'Eglise et les limites dans lesquelles elle peut les exercer," a été justement condamnée dans le Syllabus. C'est à l'Eglise, en eflet, ou à ses légitimes représentants, non à d'autres, qu'il appartient, en cas de doute, de déterminer jusqu'où doit s'étendre la juridiction ecclésiastique ou épiscopale. Yoilà pourquoi Mgr Cavagnis, dans son ouvrage intitulé Notions de Droit puhlic naturel et ecclésiastique^ établit avec assurance cette proposition : " L'Eglise détermine avec autorité ce qui est ou ce qui n'est point de sa compétence, et l'Etat doit respecter ce jugement." Il avait dit précédemment : " Dans le conflit entre le spirituel et le temporel, celui-là doit prévaloir,"

Le distingué correspondant de VElecieur, jugeant sa thèse mal affermie, sent le besoin de la confirmer 2^ar une circulaire de Mgr Tascliereau écrite en 1872, touchant les écoles du !N'ouveau-Brunswick, circulaire dans laquelle Sa Grandeur l'Archevêque de Québec déclare les catholiques libres de choisir les moyens qu'ils croiront les plus aptes à atteindre le but désiré, c'est-à-dire porter remède au système scolaire du I^Touveau-Brunswick.

Mais nous nions la parité entre ce cas et celui des écoles manitobaines. En 1872, les catholiques n'avaient pour eux aucun acte constitutionnel et juridique, propre à donner à la direction de TEpiscopat une base légale et à asîïUrer d'une manière déterminée le triomplie des droits lésés. Aujourd'hui, non seulement l'Acte du INIanitoba contient une clause favo rable aux droits de la minorité, mais de plus la plus haute hautorité judiciaire de l'Empire britannique a sanctionné solennellement ces droits et tracé au gouvernement fédéral la voie à suivre. Les Evoques pourraient-ils, sans trahir la cause catholique, refuser de se servir d'une arme que la l*ro\'i(lence met si opportunément entre leurs mains ?

Le correspondaut de V Electeur en appelle de plus à rinterventioii du Pape dans les afiaires politiques d'Allemagne et de France, et s'autorisa de ces faits pour tirer nue conclusion nullement contenue dans les prémisses. On ne peut être pins maladroit. Eu effet, ou l'aote d'intervention du Souverain Pontife, dans ces deux circonstances, était un commandement, ou il était un simple conseil. Dans le premier cas, il y a eu désobéissance grave de la part des catholiques réfractaires ; dans le second, un manque de déférence blâmable. Dans les deux cas toutefois, il api)ert que le Pape a jugé à propos de donner aux catholiques, dans les affaires politiques elles-mêmes, une direction motivée par les intérêts religieux dont il a la charge. Donc le pouvoir religieux peut parfois intervenir dans ces sortes de matières. A lui alors déjuger si rintervention doit se produire sous forme de commandement ou de conseil ; et quand cette intervention prend la forme impérative, comme dans le cas des écoles du Manitoba, il ne reste plus aux fidèles qu'une chose à faire : obéir.

L"homme obéissant, dit l'Ecriture, ira de victoires en victoires, Vir obediens loquetur vidorias. C'est l'obéissance non Tinsubordi-

ÎÎ2 APPENDICES

nation, qui sauve les peuples comme les individus. ]S"ous espérons fermement que tous les catholiques canadiens, quel que soit leur drapeau ])oli tique, comprendront cette doctrine et ne donneront pas à l'Eglise et au monde le triste spectacle d'une division déplorable là où l'union, sous la direction éclairée de l'Episcopat, et avec le concours des protestants bien pensants de ce pays, est nécessaire pour le triomphe de la justice et le maintien de la paix religieuse dans la confédération canadienne.

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