‹ Un manifeste libéralChapitre 17 sur 18 · L. A. Paquet, Ptrc · texte numérisé non relu

L. A. Paquet, Ptrc

Appendice E.

Eemarques sur le discours de l laynorah e W.

Laurier aux Comrimnes d'Otlaiva à UoccKsian

de la discussion sur la question des h'colcs du

Manitoha.

Déclaration de principes de M. Laurier: — " Je suis wn libéral de l'Ecole anglaise. Je crois en cette école qui a toujours prétendu que c'est le privilège de tous les sujets, grands et petits, riches ou pauvres, ecclésiastiques ou laïques, de paiticiper à l'adminifîti'ation des affaires [)ul)liques, de discuter, d'influencer, de persuader et de convaincre, mais qui a ton] ours refusé, fût-ce

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iiiêine au plus graud, le droit de dicter, même au plus petit, la ligne de conduite qu'il doit suivre. Je représente ici non seulement les catholiques, mais les protestants, et je dois compte de mon administration à toutes les classes. Catholique et français d'origine, je suis ici chargé, par la confiance des hommes ([ui m'entourent, de grands et importants devoirs en vertu de notre système de gouvernement constitutionnel. Je suis ici le chef reconnu d'un grand parti composé de catholiques et de protestants, dont la majorité est formée de ces derniers ; car ils doivent être la majorité dans toutes les parties du Canada. Va-t-il être dit qu'occupant une position de cette nature, l'on me dictera la ligne de conduite que je dois suivre en cette Chambre, pour des raisons qui jiouvent s'adresser aux consciences de mes collègues catholiques, mais qui ne s'adressent pas de même aux consciences de mes collègues protestants ? N'en. Tant que j'occuperai un siège en cette Chambre, tant que j'occuperai le poste que j'occupe, chaque fois qu'il sera de mon devoir de prendre une position sur une question quelconque, cette position, je la prendrai, non pas tant au point de vue du catholicisme, non pas tant au point de vue du ]trotes-

tantisme, mais je la prendrai pour des motifs qui peuvent s'adresser aux consciences de tous les hommes indépendamment de leur foi, pour des motifs qui peuvent animer tous les hommes aimant la justice, la liberté et la tolérance."

Remarques.

Cette déclaration de principes —l'une des plus audacieuses qui aient encore été faites par un chef politique dans notre pays— renferme d'une manière non équivoque l'erreur libérale condamnée par l'Eglise, principalement dans l'Encyclique Libertas prœstantissimum.

Il y a d'abord certain phrase de ce discours qui, prise au pied de la lettre, se rattache manifestement à la pire espèce de libéralisme, celle qui, comme le remarque Léon XIII dans l'Encyclique précitée, s'insurge contre l'autorité suprême de Dieu et de l'Eglise. En eftet, voici les paroles de M. Laui-ier : " Je crois en cette école.... qui a toujours refusé, fût-ce même au plus grand, le droit de dicter, même au plus petit, la ligne de conduite qu'il doit suivre. " N'est-ce pas là la négation radicale de toute autorité divine, religieuse, et même sociale ? Qu'est-ce, en effet, qu'une autorité qui n'a pas le droit de dicter, c'est-à-dire de commander,

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sinon une pure abstraction sans corps et sans réalité ? — Mais nous voulons croire que cette phrase malencontreuse du chef de l'opposition ne se rapporte qu'à l'administration des affaires publiques et aux questions politico-religieuses, à propos desquelles elle a été prononcée. — Dans ce cas, nous pouvons considérer le discours de M. Laurier à un double point de vue : au point de vue théorique et au point de vue pratique.

Comme théorie ou doctrine absolue, ce dis. cours est entaché de la seconde espèce de libéralisme condamnée par Léon XIII, celle oui nie à la vraie Eglise tout droit d'intervention législative et coërcitive dans les aftaires publiques de l'Etat. Ecoutons d'abord M. Laurier: " Va-t-il être dit qu'occupant une position de cette nature (chef d'un parti mixte), l'on me dictera la ligne de conduite que je dois suivre en cette Chambre pour des raisons cpii peuvent s'adresser aux consciences de~ mes collègues catholiques, mais qui ne s'adressent pas de même aux consciences de mes collègues protestants ? Xon. . , . chaque fois qu'il sera de mon devoir de prendre une i)Osition sur une question quelconque, cette position, je la prendrai non pas tant au point de vue du catholicisme, non pas tant au point de vue du protes-

taiitisme, mais je la prendrai pour des motifs ([ui peuvent s'adresser aux consciences de tous les hommes indépendamment <le leur foi. "' Ces paroles, prises dans un sens absolu et au point de vue des principes, rangent du coup M. Laurier au n<)iiil)re de ceux dont Léon XIII signale le système pour le proscrire (Encyclique Libertas). " Ils osent, dit-il, répudier les règles de foi et de morale qui, dépassant l'ordre de hi nature, nous viennent de l'autorité même de Dieu, ou prétendent du moins qu'il n'y a pas à en tenir compte, surtout dans les affaires publiques de l'Etat.... ils estiment que dans tout ce qui concerne le gouvernement de la société humaine, dans les institutions, les mœurs, les lois, les fonctions publiques, l'instruction de la jeunesse, on ne doit pas plus faire attention à l'Eglise (pie si elle n'existait pas. . . Ils lui enlèvent (à l'Eglise) le caractère et les droits propres d'une société parfaite et veulent que son pouvoir privé de toute autorité législative, judiciaire, coërcitive, se borne à diriger par l'exhortation, la persuasion, ceux qui se soumettent à elle de leur plein gré et de leur propre vouloir."' D'après ces paroles, il appert que l'Eglise, étant une société parfaite et ayant ]>ar suite le droit

d'étendre son action non seulement aux questions purement spirituelles, mais aussi aux questions à la fois politiques et religieuses, dans la mesure que sa fin exige, c'est tomber dans le libéralisme que de lui nier, comme l'a fait M. Laurier, tout droit d'interveutiou eoorcitive dans les affaires publiques, quelles qu'elles soient ; c'est attenter à la suprématie du pouvoir religieux, par conséquent aux prérogatives et à la nature même de l'Eglise ; c'est professer une doctrine condamnée par le Sjllabus dans la proposition suivante (42e) : "Kn cas de conflit entre lesdeux pouvoirs, le droit civil l'emporte." C'est tomber sousle coup do ces autres paroles de Léon XIII (Encyclique Immortole Dei) : " Il n'est pas permis d'avoir deux manières de se conduire, l'une en particulier, l'autre en pul>lic, de façon à respecter l'autorité de l'Eglise dans sa vie privée et à la rejeter dans sa vie publique ; ce serait 'à allier ensemble le liien et le mal, etc. '"

On dira peut-être, pour excuser ^I. Laurier, que son langage 'doit être apprécié non au point de vue absolu des prinei[>es, mais eu ayant égard aux circonstances sociales du pays dans lequel nous vivons, pays composé d'éléments hétérogènes, de catholiques et de pro-

testants de toutes sortes qui forment la majorité de la population canadienne.

Nous répondons d'abord que les premières paroles de M. Laurier citées plus haut : " Je crois en cette école. . . . qui a toujours refusé, même au plus grand, le droit de dicter, même au plus petit, la ligne de conduite qu'il doit suivre dans l'administration des affaires publiques " ont une portée absolue et tout à fait indé pendante des circonstances de lieu et de personnes.

Secondement, même en tenant compte des circonstances dans lesquelles se trouvait M. Laurier, lorsqu'il a prononcé son discours, nous croyons que le chef libéral canadien est bel et bien tombé dans le libéralisme condamné par Léon XIII et les Saints Pontifes.

En effet, l'Eglise admet bien que dans certaines conditions de la société et pour prévenir un phis grand mal, il soit préférable de renoncer, non d()ginati([iu'ini'nt, mais }>ratiquement, à la revendication pleine et entière de ses droits : c'est sur ce ]>rincipe que repose la tolérance civile des faux cultes et respi'il de concessions qui préside aux concordats. Mais cette tolérance, cet esprit de concessions a ses limites, les limites elles-mêmes que l'Eglise juge ;\

APPENDICES ÎÎO

propot; (le tracer, lorsqu'elles ne sont pas suflisaiiimeiit définies par le bon sens et la raison catholique. C'est ce qu'enseigne Léon XIII, lorsque (Encyclique Liberlas) parlant de ceux qui estiment " qu'il faut amener l'Eglise à céder aux circoustances,'" il ajoute : " Opinion honnête, si on l'entend d'une certaine manière équitable d'agir, qui soit conforme à la vérité et à la justice. .. . Mais il en va tout autrement des pratiques et des doctrines que l'affaissement des mœurs et les erreurs courantes ont introduites contre le droit. Aucune époque ne peut se passer de religion, de vérité, de justice : grandes et saintes choses que Dieu a mises sous la garde de l'Eglise, à qui il serait dès lors étrange de demauder la dissimulation à l'égard de ce qui est faux ou injuste, ou la connivence avec ce qui peut nuire à la religion." l'armi ces saintes choses, mises sous la garde de l'Eglise et auxquelles elle ne saurait renoncer sans faiblir, se trouvent les écoles catholiques et l'éducation de la jeunesse. Yoih\ jujurquoi Léon XII r, écrivant aux EvOquos de Hongrie, (Encyclique Quoi nviltuni), après leur avoir démontré le danger des écoles neutres, mixtes «>u la'i'ques. poursuit en ces termes : " Procurez qu'il ne manque pas d'écoles recom-

mandables par l'excellence de réducatioii et la probité de& maîtres, et que ces écoles relëveiit de votre autorité et soient placées sous la surveillance du clergé." Voilà le sentiment de l'Eglise touchant les écoles et la direction qu'elle donne à l'Episcopat catholique sur cette importante question ; c'est-àdire que, de par la volonté du Souverain Pontife et de Dieu lui-même, c'est aux Evêqucs en chaque pays cpi'il appartient de prononcer sur les questions relatives aux écoles catholiques, de procurer leur établissement, de veiller à leur conservation.

Or, dans la question scolaire du Manitoba, qu'est-il arrivé ï Les Evêques canadiens, se plaçant au-dessus des partis politiques, après avoir pesé toutes les circonstances sociales dans lesquelles nous vivons, ont jugé opportu,u de demander au Parlement, au nom de la constitution et de la justice, une loi réparatrice, c'està-dire une législation fondée sur la décision de l'honorable Conseil Privé d'Angleterre et rendant aux catholiques manitobains les droits scolaires dont on les a injustement spoliés, et ils en ont appelé pour cela à la conscience des députés catholiques en même temps qu'à resjirit de justice des députés protestants. Si l'honoral^le

APPENDICES îil

M. LauriiT. écoutant la voix do la religion et de TEpiseopat, eût prêté main-forte en cette circonstance an gouvernement, lequel venait de soumettre an Parlement un projet de lo^ réparatrice déclaré satisfaisant par les intéressés' cette loi, avec tous les amendements désirables, eût été sanctionnée. Mallioureusement des intérêts de parti mal entendus lui conseillaient autre chose. Il se leva alors et, sans se soucier du principe des écoles séparées consacré dans le projet de loi et qu'il allait fouler aux pieds, nia carrément, comme nous l'avons vu dans les paroles citées plus haut, le droit de n'importe quelle puissance au monde de lui dicter la ligne de conduite à suivre dans n'importe quelle ([uestion débattue devant les Chambres.

Je dis qu'en cette occasion, même si Ton tient compte de toutes les circonstances, M. Laurier résistant à l'Episcopat canadien, qui avait parfaitement le droit de tracer à la députation' catholique son devoir, est tombé dans le libéralisme condamné par Léon XIII : il a donné à ses concitoyens le scandale d'un député canadien-français et catholique, faisant fi de l'autorité de l'Eglise dans une question qui se rattache aux plus hauts intérêts religieux.

C'est le cas de dire avec le Pape (Encyclique

Sainentiœ Ghristia7iœ) : " Comme le sort des Etats dépend principalement des dispositions de ceux qui sont à la tête du gouvernement, l'Eglise ne saurait accorder ni son patronage ni sa faveur aux hommes qu'elle sait lui être hostiles, qui refusent ouvertement de respecter ses droits, qui cherchent à briser l'alliance établie par la nature même des choses entre les intérêts religieux et les intérêts de l'ordre civil."

M. Laurier, devenu chef du gouvernement canadien, offre aux catholiques du Manitoba un compromis dans lequel le principe des écoles séparées est sacrifié, et qui ne rétablit qu'une faible partie des droi's de la minorité. L'acceptation par l'Eglise d'un pareil compromis, lorsque d'un côté la plupart des députés libéraux catholiques se sont formellement engagés devant leurs électeurs à appuyer nue loi réparatrice, et que de l'autre, cette loi réparatrice demeure dans le programme du parti conservateur, cette acceptation, dis-je, serait un grand malheur, nne cause de discrédit pour rE])iscopat canadien, un abandon des droits catholiques les mieux fondés, consacrés môme par le plus haut tribunal d'Angleterre ; ce serait de plus un précédent dangereux qui.

enhardissant les fanatiques, les lâclies et les traîtres, préparerait les voies à un bouleversement du système scolaire dans les autres Provinces.

La seule politique sage est donc une revendication complète et persistante des droits catliolicpies, jusqu'à ce que justice pleine et entière soit rendue.

Appendice F

LETTRE pastorale de Nos Seigneurs les Archevêques et Evêqaes des 'provinces ecclésiastiques de Québec, de 3fontréal et d'Ottawa, sur la qiieMion des écoles du, Manitoha.

xors, par la grace de dleu et du siège apostolique, Archevêques et Evêques des Provixces Ecclésiastiques DE QUÉDF.C, DE ]\[oNTRÉAL

ET d'Ottawa.

Ail rhriji^ scfulier et n'i/uUer et à tons l en fidèles de nos' diocèses re!<pectil's, salut et bénédiction en yotreScii/neiir.

Nos Très Ciiers Frères,

Appelés de par la volonté même de notre divin Sauveur au gouvernement sjdrituel des Eglises particulières contiées à leurs soins, les Evoques, successeurs des Apôtres, n'ont pas

seulement la mission d'enseigner en tout temps la vérité catholique et d'en inculquer les principes salutaires dans les âmes, ils ont encore, en certaines circonstances critiques et périlleuses, le droit et le devoir d'élever la voix, soit pour prémunir les tidèles contre les. dangers qui menacent leur foi, soit pour les diriger, les stimuler ou les soutenir dans la juste revendication de droits imprescriptibles manifestement méconnus et violés.

Vous connaissez tous, !N". T. C F., la position très pénible faite à nos coreligionnaires du Manitoba par les lois injustes qui les privèrent, il y a déjà six ans, du système d'écoles séparées dont ils avaient joui jusque-là eu veatu même de la constitution du pays, système d'écoles si important, si nécessaire, dans une contrée mixte, à la saine éducation et à la formation des enfants d'après les principi's de cette foi catholique qui est ici-ba^ notre ]tlus grand bien et notre ])lus préttieux héritage.

Xous n'avions, certes, pas besoin, iST. T. C. F., des décisions des tribunaux civils pour coinuxître toute l'inicpiité de ces lois manitobaines, attentatoires à la liberté et à la justice : mais il a plu à la Divine Providence, en sa sagesse et en sa bonté, de ménager aux catholiques

Tappai légal d'une autorité souveraine et irrécusable, en faisant reconnaître par le plus haut tribunal de l'Empire la légitimité de leurs griefs et la légalité d'une mesure fédérale réparatrice.

En présence de ces faits, l'Episcopat canadien, soucieux, avant toutes choses, des intérêts de la religion et du bien des âmes, ne pouvait se dissimuler le gravité du devoir qui s'imposait à sa sollicitude pastorale et. qn. l'obligeait à réclamer justice, comme il l'a fait.

Car, si les Evêques, dont l'autorité relève de Dieu lui-même, sont les juges naturels des questions qui intéressent la foi chrétienne, la religion et la morale ; s'ils sont les chefs reconnus d'une société parfaite, souveraine, supérieure, par sa nature et par sa fin, à la société civile, il leur appartient, lorsque les circonstances l'exigent, non pas seulement d'exprimer vaguement leurs vues et leurs désirs en toute matière religieuse, mais encore de désigner aux fidèles ou d'approuver les moyens convenables pour arriver à la fin spirituelle, qu'ils se proposent d'atteindre. Cette doctrine est bien celle du grand Pape Léon XIII dans son Encyclique Immortale Dei : " Tout ce qui, dans les choses humaines, est sacré à un titre

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quelconque, tout ce qui touche au t^alut des âmes et au culte de Dieu, soit par sa nature, soit par rapport à son but, tout cela est du ressort de l'autorité de l'Eglise."

Nous tenions, IST. T. C. F., à rappeler brièvement ces principes inhérents à la constitution même de l'Eglise, ces droits essentiels de l'autorité religieuse, pour justifier l'attitude prise par les membres de la hiérarchie catholique dans la présente question scolaire, et pour mieux faire comprendre l'obligation où sont les fidèles de suivre les directions épiscopales.

S'il y a, en efl:et, des circonstances oii les catholiques doivent manifester ouvertement envers l'Eglise tout le respect et tout le dévouement auxquels elle a droit, c'est bien lorsque, comme dans la crise actuelle, les plus hauts intérêts de hi foi et de la justice sont en cause et réclament de tous les hommes de bien, sous la direction de leurs chefs, un concours efiicace.

îfous avions espéré, î^. T. C V., (piu la dernière session du Parlement fédéral mettrait un terme aux diflicultés scolaires qui divisent si profondément les esprits : nous avons été trompés dans nos espérances. L'iiistoire jugera

APPENDICES ÎJ7

ell-meme des causes qui ont retardé la solution attendue depuis si longtemps.

Quant à nous, qui n'avons en vue que le triomphe des éternels principes . de religion et de justice confiés à notre garde, nous qu'aucun échec ne pourra jamais désespérer ni détourner de l'accomplissement de cette mission qui fut celle des Apôtres eux-mêmes, nous sentons, en présence de la lutte électorale qui s'engage qu'un impérieux devoir nous incombe : ce devoir, c'est d'indiquer à tous les fidèles soumis à notre juridiction et dont nous avons à diriger les consciences, la seule ligne de conduite à suivre dans les présentes élections.

Devrons-nous tout d'abord vous rappeler, IS". T. 0. F., combien le droit que vous accorde la constitution de désigner par vos sufi'rages les dépositaires du pouvoir public est noble et important ? Tout citoyen digne de ce nom, tout Canadien qui aime sa patrie, qui la veut grande, paisible, prospère, doit s'intéresser à son gouvernement. Or, le gouvernement de notre pays, de ce peuple jeune encore, mais capable d'occuper une place distinguée parmi les autres nations, sera ce que vous l'aurez lait vous-mêmes par votre choix et ^'otrc vote.

C'est dire, X. T. C. F., qu'en règle générale

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et sauf de rares exceptions, c'est un devoir de conscience pour tout citoyen de voter : devoir d'autant plus grave et d'autant plus pressant que les questions débattues sont plus importantes et peuvent avoir sur vos destinées une influence plus décisive.

C'est dire encore que votre vote doit être sage, éclairé, honnête, digne d'hommes intelligents et de chrétiens. Evitez donc, IST. T. C. F., les excès si déplorables contre lesquels, bien des fois déjà, nous avons dû vous mettre en garde : le parjure, rintem})érance, le mensonge, la calomnie, la violence, cet esprit de parti qui fausse le jugement et produit dans l'intelligence une sorte d'aveuglement volontaire et obstiné, ^'échangez pas votre vote pour quelques pièces d'une vile monnaie : ce vote est un devoir et le devoir ne se vend pas. Accordez votre suffrage non au premier venu, mais à celui qu'en conscience et sous le regard de Dieu vous jugerez le plus apte par les qualités de son esprit, la fermeté de son caractère, l'excellence de ses principes et de sa conduite, à remplir le noble ministère de législateur. Et pour que ce jugement soit plus éclairé et plus sûr, ne craignez pas de sortir du cadre restreint où les dires d'un journal et les opinions

d'un ami enchaînent votre esprit ; consultez, quand il le faudra, avant de voter, les personnes que leur instruction, leur rang, leurs rapports sociaux mettent en état de mieux connaître les questions qui s'agitent et de mieux apprécier la valeur relative des candidats qui briguent vos suffrages.

Ce sont là, IST. T. C, F., des principes généraux de sagesse et de prudence chrétienne qui s'a}»pliquent à tous les temps et à toutes les élections auxquelles les lois du pays vous permettent de prendre part.

Mais dans les circonstances où nous nous trouvons à l'heure actuelle, le devoir des électeurs du Canada, notamment des électeurs catholiques, revêt un caractère spécial «l'inij^ortance et de gravité sur lequel nous sommes désireux d'appeler plus particulièrement votre «ittention. Une injustice grave a été commise envers la minorité catholique au Manitoba ; on lui a enlevé ses écoles catholiques, ses écoles séparées, et l'on veut que les parents envoient leurs enfants à des écoles que leur concience réprouve. Le Conseil Privé d'Angleterre a reconnu le bien fondé des réclamations des catholiques, la légitimité de leurs griefs et le droit d'intervention des autorités fédérales

p.)ur que justice soit rendue aux opprimés. Il s'agit donc présentement pour les catholiques, de concert en cela avec les protestants bien pensants de notre pays, d'unir leurs forces et leurs suffrages de façon à assurer la victoire définitive de la liberté religieuse et le triomphe de droits qui sont garantis par la constitution. Le moyen d'atteindre ce but, c'est de n'élire à la charge de représentants du peuple que des hommes sincèrement résolus à favoriser de toute leur influence et à appuyer en Chambre une mesure pouvant porter un remède efficace aux maux dont souffre la minorité manitobaine.

En vous parlant ainsi, !N". T. C. F., notre intention n'est pas de nous inféoder à aucun des partis qui se combattent dans l'arène politique ; au contraire, nous tenons à réserver notre liberté. Mais la question des écoles du Manitoba étant avant tout une question religieuse, intimement liée aux plus chers intérêts de la toi catholique en ce pays, aux droits naturels des parents, comme aussi au respect dû à la constitution du pays et à la (■ouronne Britannique, nous croirions trahir la cause sacrée dont nous sonmies et devons Atre les défenseurs, si nous n'usions de notre autorité pour en assurer le succès.

Remarquez bien, X. T. C. F., (|u'il n'est pas permis à nu catholique, quel qu'il soit, journaliste, électeur, candidat, député, d'avoir deux lignes de conduite au point de vue religieux : Tune pour la vie privée, l'autre pour la vie publique et de fouler aux pieds, dans l'exercice de ses devoirs sociaux, les obligations que lui impose son titre de fils soumis de l'Eglise. C'est pour cela que îs"otre Très St-Père le Pape Léon XIII, dans son Encyclique Libertas prœ.stiDiJissimimi, condamne ceux qui '" estiment que dans tout ce qui concerne le gouvernement de la société humaine, dans les institutions, les mœurs, les lois, les fonctions publiques, l'instruction de la jeunesse, on ne doit pas plus faire attention à l'Eglise que si elle n'existait pas." Pour la même raison, il dit ailleurs (Encyclique Iiumortale Del) : '' Avant tout, il est nécessaire que tous les catholiques dignes de ce nom se déterminent à être et à se montrer les fils très dévoués de l'Eglise ; qu'ils repoussent sans hésiter tout ce qui serait incompatible avec cette profession ; qu'ils se servent des institutions publiques, autant qu'ils le pourront faire en conscience, au profit de la vérité et de la justice.""

'Aâ APPENDICES

C'est pourquoi, K T. C. F., tous les catholiques ne devront accorder leur suffrage qu'aux candidats qui s'engageront formellement et solennellement à voter, au Parlement, en faveur d'une législation rendant à la minorité catholiqne du Manitoba les droits scolaires (£ui lui sont reconnus })ar riionorablc Conseil Privé d'Angleterre. Ce grave devoir s'impose à tout bon catholique, et vous ne seriez justiiiables ni devant vos guides spirituels ni devaut Dieu lui-même de forfairc à cette obligation.

ISTous avons [)U, jusqu'à présent, nous féliciter de ra]»pui sympathique d'un grand nombre de nos frères séparés ; ils out compris que, dans un pays de races et de religion difterentes comme le nôtre, il est nécessaire, pour le bien général, d'user de cette largeur de vues (|ui sait respecter la liberté de conscience et tous les droits acquis. îs'ous osons faire un nouvel appel à leur esprit de justici' et à leur patriotisme pour (pie, joignant leur influence à celle des catholiques, ils aident de tout leur pouvoir à obtenir enfin le redressement des griefs dont se ])laint à si juste titre une partie de nos coreligionnaires.

Ce que nous voulons, c'est le triomphe du droit et de la justice : c'est le rétablissement

dos droits et privilèges de la minorité catholique romaine en matière d'éducation, à nos frères du Manitoba ; de manière à mettre les catholiques de cette province à l'abri de toute attaque et de toute législation injuste ou arbitraire.

Xous com})tons pour cela, iST. T. C. F., sur votre esprit de foi, sur votre obéissance. Nous avons la ferme confiance que, soumis d'esprit et de cœur aux enseignements de vos premiers pasteurs, vous saurez, s'il le faut, placei au-dessus de vos préférences et de vos opinions perso rin elles les intérêts d'une cause qui prime toutes les autres, de la cause de la justice, de l'ordre, de Tharmonie dans les différentes classes qui composent la grande famille canadienne.

Sera la présente Lettre Pastorale lue et publiée au prône de foutes les églises paroissiales et autres où se fait l'office public, le premier dimanche après sa réception et le dimanche qui précédera la votation.

Fait et signé, à ^lontréal, le six mai rail huit cent quatre-vingt-seize.

f Edouard-Cus., Arch. de Montréal.

t J.-Thomas. Arch. d'Ottawa.

t L.-N., Arch. de Cyrène, admin.

de Québec.

f L.-F., Ev. des Trois-Rivières.

t L.-Z., Ev. de Saint-Hyacinthe.

t ISr.-ZÉPHYEiN, Ev. de Cythëre, Vie. Apost. de Pontiac.

t Elphège, Ev. de Nicolet.

t André-Albert, Ev. de Saint Germain de Rimonski.

t Michel-Thomas, Ev. de Chicontimi.

t JosEPH-MÉDARD, Ev. de Valleyfield.

t Paul, Ev. de Sherbrooke.

t Max., Ev. de Druzipara, coadjuteur de l'Ev. de Saint- H^^aeinthe.

Par ordre de Nos Seigneurs :

Alfred Archambeaulï, Chan.,

Chancelier.

Appendice G

Circulaire de Nos Seigneurs les Archevêques et Evèques des Provinces ecclésiastiques de Québec^ de Mo^itréal et d'' Ottawa au clergé de leurs diocèses respectifs.

Montréal, le 6 mai 1896.

Bien cuers Collaborateurs,

Xous vous cnvo3'ons, avec la présente circulaire, notre mandement collectif relatif aux prochaines élections fédérales, qui devra être lu, sans commentaires, au prône de toutes les é<dises paroissiales, le premier dimanche après sa réceptien et le dimanclie qui précédera le jour de la votation. La lecture de ce mandement tiendra lieu, pour cette élection, de toute autre disposition épiscopale qu'on avait coutume de lire à la veille des élections.

Si vos éveques ont cru devoir s'adresser en termes si formels au peuple catholique qui leur est confié, c'est qu'il s'agit d'une affaire de la ]ilns haute importance au ]>ohit de vue relitricux. Aussi, Nous osons espérer que tous les memhres du clergé, dont l'union est si nécessaire à raccomplissement du bien delà société, seront les ])rcmiors à donner l'exemple de la

prudence et de la soumission dans une circonstance aussi solennelle.

lîTous demandons, et ]Srous en avons le droit, que tous les prêtres, qui au jour de leur ordination ont promis respect et obéissance à leurs Pasteurs respectifs, n'aient qu'un cœur et qu'une voix pour réclamer avec Nous le redressement des griefs de la minorité manitobaine par .le moyen que l'Episcopat recommande, c'est-à-dire par une loi réparatrice.

llien de plus approprie aux circonstances actuelles que ces paroles si sages de notre vénéré Pontife et Docteur Léon XIII : " Que l'autorité des Evêques soit sacrée pour les prêtres et qu'ils sachent bien que le ministère sacerdotal, s'il n'est exercé sous la direction des Evêques, ne sera ni saint, ni pleinement utile, ni honoré

Nos ennemis ne désirent rien tant que les dissensions entre les catholiques ; à ceux-ci de bien comprendre combien il leur importe souverainement d'éviter les dissentiments et de se souvenir de la parole divine : ' Tout r:)yaume divisé contre lui-même sera désolé,' Si, pour conserver l'union, il est parfois nécessaire de renoncer à son sentiment et à son

jugement particulier, qu'on le fasse volontiers eu vue du bien commun 1 ."

En conséquence, bien chers Collaborateurs, Xons vous prions avec instance, et, au besoin, Xous vous enjoignons de ne rien dire ou laisser entendre qui puisse amoindrir en quoi que ce soit la portée des enseignements de l'Episcopat ; mais, au contraire, quand vous serez consultés, répondez selon la pensée et le désir de ceux que l'Esprit-Saint a préposés au gouvernement de la société religieuse et qui "travaillent d'un commun accord pour le triomphe de la foi, de la justice et de l'ordre social.

A la prudence et à la soumission qui vous sont demandées, ne manquez pas de joindre la prière pour obtenir de Dieu qu'il éclaire tous ceux qui prendront part à la prochaine élection : les candidats, les électeurs et les officiers chargés d'y faire respecter les lois, afin qu'avec la bénédiction de Dieu le résultat tourne au plus grand bien spirituel et temporel de notre chère patrie.

t EdouaPvD-Chs., Arch. de Mont-

tréal.

t J.-Thomas, Arch. d'Ottawa.

1 P'ncycl. XobilisisimaGalloniviffens.

t L.-X., Arcli. de C3^rèno, aclmiii.

de Québec.

t L.-F., Ev. des Trois-Eivières.

t L.-Z., Ev. de Saint-Hyacintlic.

t IST.-ZÉPHiRiN', Ev. de Cjtlière, Tic. Apost. de Pontiac.

t Elphège, Ev. de Mcolet.

t André- Albert, Ev. de Saint- Germain, de Rimouski.

t Michel-Thomas, Ev. de Clii-

coutimi.

t JosEPH-MÉDARD, Ev. de Val-

leyfield.

t Paul, Ev. de Sherbrooke, t Max., Ev. de Druzipara, coad-

jiiteur de l'Eve^iie de

Saint-îlvacinthe.

Appendice H

La qiicslion scolaire au llaniloba.

Jj E/rcUur du 5 septembre 18û6 a reproduit, dans ses colonnes, sons le titre " Une haute c/iprt'rkirion '"", une étude sur la question scolaire au Manitoba, signée Ciis Despréj?, et parue

d'abord dans la Revue da Clergé Français. Les lecteurs nous sauront gré de leur faire part de la réponse qui a été faite à cette étude,

A Monsieur le directeur

de la Revue du Clergé Français.

Monsieur le directeur,

Sous ce titre vous avez, dans un des derniers numéros de votre revue, donné l'hospitalité à une étude, signée Ch. Després et certainement écrite, pour me servir des expressions qu'elle contient, " par un auteur préoccupé avant tout d'excuser un parti politique " qui avait un devoir à remplir et qui l'a indignement trahi.

On a surpris votre bonne foi et le correspondant qui s'est installé dans vos colonnes n'aurait jamais osé, dans son propre pays, signer de son nom véritable, ces quelques lignes qui contiennent presque autant d'erreurs que de mots, destinées, c'est évident, à fausser V opinion de certains personnages importants, et à créer un courant nouveau, bien difterent de celui qui existe dans notre pays.

Bref, ce que l'on veut, c'est de sacrifier la cause sacrée des écoles catholiques au triomphe du parti libéral canadien. C'est cette évoUition

qu'on prépare et pour mieux atteindre le but, on se sert de l'autorité et de la respectabilité de votre revue. Un journal libéral de Québec, V Electeur, qui pousse la feinte jusqu'à dire que l'article est exotique, ajoute, ce dont je suis convaincu, que votre revuo est bien accréditée à Rome même. C'est là, en eifet, que le parti libéral veut tenter son dernier efibrt, en essayant à persuader les autorités religieuses qu'il leur faut intervenir dans notre politique canadienne. L'intervention qu'on désire avant tout serait d'imposer silence aux catholiques, d'ordonner à l'Episcopat de cesser sa glorieuse défense de ses droits ; cela permettait aux libéraux de sacrifier la question des écoles et de s'aftermir au pouvoir.

Mais cette intrigue ne réussira pas. On sait à Rome que les catholiques du Manitoba ont en leur faveur le jugement sans appel du plus haut tribunal de l'Empire britannique ; on n'ignore pas ce fait consolant que dans la Chambre des Communes, telle qu'elle est actuellement constituée, depuis les dernières élections, une ma-jorité écrasante supportera le gouvernement Laurier, dès qu'il voudra proposer l'adoption d'une mesure réparatrice qui donne aux catholiques la plénitude de leurs droits.

Dans le ministère libéral actuel, comme dans le ministère conservateur qui l'a précédé, il y a, sans aucun doute, des éléments de haine et d'opposition à ce cj^ui est catholique : mais ce serait une éternelle honte que de céder à ces fanatiques isolés et de sacrifier, dans l'ignominie d'un lâche abandon, ce que la constitution elle-même garantit, et ce qui vient d'être consacré par la décision du comité judiciaire du Conseil jirivé de la Reine d'Angleterre.

C'est là la question.

Votre correspondant ne l'a pas certainement représentée sous son jour véritable.

Plus et pis que cela, il fausse la vérité historique quand il représente le parti conservateur comme n'ayant pas voulu régler la difficulté scolaire du Manitoba, et quand il affirme que le parti libéral, n'a^-ant pas été au pouvoir, dans ces derniers temps, n'a aucunement assumé la responsabilité de l'insuccès des tentatives faites en faveur de la minorité catholique.

Je n'ai pas l'intention de réfuter toutes les erreurs qui émaillent l'écrit de M. Després. J'en signalerai quelques-unes toutefois. Elles mettront en relief l'esprit qui a présidé à leur éclosion et en démasquant cet esprit, j'aurai, j'ose l'espérer, rendu un réel service à

la cause des catlioliques, qai, pour triompher, n'a besoin que de la justice et de la vérité.

" Ce que l'on est convenu d'appeler la question scolaire du Manitoba, dit M. Després, a pour orig.ne la loi des écoles promulguée par le gouvernement de cette ])rovince en 1890, avec le concours de toute la représentation protestante, conservatrice comme libérale."

C'est insulter la vérité que d'écrire Thistoire de la sorte.

C'est le parti libéral seul qui a adopté la législation inique de 1890 ; c'est le parti libéral seul qui a violé la constitution en 1390, en foulant aux pieds un j^acte solennel et en édictant contre une minorité catholique des lois qui lui enlevaient des écoles que le parti conservateur lui avait données en 1871.

Le parti libéral seul est l'agresseur.

Le parti conservateur, sans distinction de races on de religions, a défendu la minorité catholi(|ue. Les documents oiRciels en font foi.

Dans un mémoire adressé au gouverneur général en conseil, en date du 14 avril 1890, et signé par huit déi)Utés de l'Assemblée législative du Manitoba il est dit :

" Bien que l'acte intitulé ' Acte concernant

les écoles publiques ' ait été adopté par la législature, ainsi que mentiouué plus haut, aucun des députés (de la foi soit catholique romaine soit protestante) de la loyale opposition de Sa Majesté dans la dite Assemblée Législative ne l'a approuvé, mais au contraire tous les députés de la dite loyale opposition l'ont désapprouvé.

C'est le parti conservateur qui formait al^rs la loyale opposition.

M. Després osera-t-il encore affirmer que la législation néfaste de 1890 a été promulguée avec le concours de toute la représentation lirotestante, conservatrice comme libérale ?

En face de l'histoire, j'accuse le parti libéral et le parti libéral seul d'avoir perpétré l'injustice dont souffrent nos compatriotes du Manitoba, et je dénonce l'indigne tentative faite aujourd'hui de soustraire les coupables à la responsabilité qui leur incombe.

Votre correspondant tombe encore dans l'erreur, quand parlant du désaveu de la loi de 1890 ccmime moyen efficace pour le gouvernement fédéral de venir au secours des catholiques persécutés, il ajoute :

" Mais il fallait pour exercer ce pouvoir du désaveu un noble courage ; il fallait peut-être risquer son existence, son avenir politique ; et le parti conservateur n'était pas d'humeur, surtout à la veille d'une élection générale, à compromettre sa situation vis-àvis des protestants, des orangistes, des equal-riglitistes. Le désaveu demandé instamment par l'archevêque et les catholiques du Manitoba ne fut pas prononcé. "

Le pouvoir du désaveu ne fut pas exercé, et votre correspondant le sait, parce que :

1° Les; catholiques n'en voulaient pas ;

2° Le parlement s'y refusait ;

3° L'institution de procédures judiciaires en empêcha l'exercice ;

4° L'appel au gouverneur-général hii fut substitué par les catholiques du Manitoba et par les évêques de tout le pays.

On invoque le nom de l'archevêque du Manitoba !

C'est bien cet archevêque pourtant, le défenseur éclairé autant que le champion ardent de la cause des écoles catholiques, qui écrivait ce qui suit dans sa brochure sur les écoles du !Manitoba :

" A Manitoba, tant parmi les libéraux que parmi les conservateurs, le désaveu était la plus impopulaire des mesures, grâce à celui (qui venait d'être) exercé contre (une loi concernant) les chemins de fer. Sur la question des écoles elle-même, on redoutait l'agitation que ce désaveu pouvait créer : d'ailleurs l'unanimité du vote sur la motion Blake faisait espérer une solution avantageuse quoique différente. " (page 103).

M. Prendergast, un député libéral de l'assemblée législative du Manitoba. affirme d'autorité que les catholiques de sa province ne voulaient pas du désaveu.

Je cite ses paroles, telles qu'on les trouve dans sa lettre du 25 novembre 1893 :

" Quant au désaveu, la minorité catholique du Manitoba a pu avoir tort do ne pas le réclamer, mais la loyauté m'oblige à vous dire qu'elle serait mal venue de se plaindre aujourd'hui de ne l'avoir pas obtenu. Loin d'y voir le salut, tous les députés de la minorité, tant au fédéral qu'au local, tant libéraux que conservateurs—et mon opinion n'a pas changé depuis — ont été unanimes à y voir nue source de difficultés insurmontables qui pouvaient irrévocablement compromettre la cause des

5tt APPENDICES

catholiques. Xous avions nos raisons qui peuvent ne pas sembler les j)lus sages aujourd'hui ; mais l'opinion qui a alors rallié unanime'raent des esprits si divisés sur d'autres points ne doit pas être considérée suspecte aujourd'hui."

Il est malheureux que votre correspondant ne puisse exhiber la' dîme de cette loyauté dont fait preuve le député libéral dont nous venons de citer les paroles.

Il est également malheureux que le prétendu M. Després ait si facilement oublié que sou propre chef, M. Blake, a, en 1890, fait adopter par la Chambre des Communes une résolution, celle dont parle Mgr Taché dans la citation ci-dessus, par laquelle le parlement substituait, dans le cas particulier d'une législation scolaire, à l'exercice du droit de désaveu, le recours aux décisions judiciaires.

C'est le chef môme du parti lib,!i';il qui a proposé ce changement radical, que sa motion indicpiait, si elle ne l'ordounait pas, et dont l'adoption }>;ir le Parlement eu a fait la règle de conduite de l'Exécutif fédéral.

]\)urqiu>i ])erfidf.mont accuser aujourd'liui le parti conservateui- de n'avoir point fait usage d'une arme qu'on a eu grand soiu dv briser, il y a six ans ?

Mais ce qu'il y a de plus perfide encore, c'est l'assertion injustifiable qui jette sur le parti conservateur la responsabilité de l'appel fait aux tribunaux par nn contribuable de AVinnipeg-, qui ne voulait pas subir les criantes injustices de la loi inique édictée par les libéraux du Mauitoba.

" On profita d'une loi c,[m pcnnct de soumettre toute loi scolaire provinciale, dont ou a lieu de se plaindre, à la Cour Suprême, et dès lors la question scolaire manitobaine sortit du domaine politique pour entrer dans le domaine judiciaire."

A qui la faute ? Au parti conservateur, insinue votre correspondant, car pour le parti libéral il ne peut être question de le mettre en cause.

" Et que peut-il faire ? se demande M. Després. Ce n'est pas lui qui a la direction des affaires. Il n'a qu'à suivre les événements et à voir comment les ministres qai sont au poste d'hcnmeur et sont payés pour administrer le pays {sic) vont se tirer d'une situation assez compliquée. Du reste, la question scolaire du Mauitoba n'a pas même été amenée encore devant les Chambres ni par conséquent soumise officiellement à l'attention du parti libéral."

Ce sont les catholiques eux-mêmes qui ont porté leur cause devant les tribunaux, et qui, en même temps, avec le concours de l'Episcopat tout entier, ont pris un appel devant le gouverneur général en conseil.

Le gouverneur-général en conseil décida que les catholiques seraient entendus devant lui dès qu'ils auraient épuisé la juridiction judiciaire qu'ils avaient eux-mêmes invoquée.

C'est donc faire acte de partisannerie que de rendre le parti conservateur responsable des délais qui ont eu lieu. C'est fausser l'histoire que de prétendre que le parti libéral n'avait rien à faire dans le règlement de cette question, et ne pouvait aider à la solution de cette dithculté, parce que ses membres n'étaient pas au poste d'honneur et que jamais la question ne leur a été soumise officiellement.

L'histoire impartiale dira que c'est le parti libéral qui a commis l'iniquité dont nos compatriotes du Manitoba sont aujourd'hui les victimes, et que c'est le parti libéral qui a entravé l'action réparatrice, l'adoption de la loi proposée par le parti conservateur, destinée à faire disparaître les griefs dont se i)laignait la minorité catholique.

Et on pousse la naïveté jusqu'à se demander ce que le parti libéral pouvait bien faire, lui ([ui n'était pas payé pour prendre la défense de l'opprimé !.. C'est bien simple, il n'avait qu'à réparer le mal qu'il avait fait. Il n'avait qu'à seconder les efforts de ecs hommes f^énéreux qui ont joué leur avenir politique dans la défense des droits de la minorité. Jl ne l'a pas fait, mais, " préoccupé avant tout " d'arriver au pouvoir, il s'est servi de la (Question des écoles comme d'un marchepied pour y parvenir.

C'est le parti libéral qui a, })ar son attitude hostile, son vote adverse et surtout par une obstruction systématique, empêché la mesure réparatrice présentée par un gouveriu^ment conservateur de devenir la loi du pays. La durée dn parlement, fixée par la loi, devait se terminer le 23 avril. Le parti libéral, au détriment de la justice, mais pour servir uniquement de mesquins intérêts de parti, organisa et soutint jusqu'à cette date la plus oiseuse des discussions, empêchant la mesure de progresser et le parlement de pouvoir l'adopter, jusqu'à la dissolution forcée du corps législatif.

On prétexta que la mesure était inefiicace. Elle n'était après tout que la reproduction des lois abolies et les catholiques du Manitoba et

répiscopat tout entier l'acceptaient comme une solution satisfaisante et efficace.

L'archevêque de Saint-Boniface supplia, à un moment donné, le parlement canadien d'adopter la loi réparatrice telle que présentée.

Le parti libéral répondit à cette prière en continuant son absurde obstruction. Sans cela la loi aurait été de suite adoptée.

Racontant cet incident des débats parlementaires, M. Després, sans aucun respect pour la vérité des faits, dit : " L'archevêque de Saint- Boniface fait savoir qu'il accepte la mesure présentée : pour toute réponse, le ministère Tupper retire le lendemain son projet de loi. "

Pure invention. Le ministère n'a jamais retiré son projet de loi, et il ne pouvait pas le retirer d'après les règlements de la Chambre, mais une erreur de plus ne coûte rien à la plume de votre correspondant.

" On vote à la hâte les subsides nécessaires pour l'administration, " continue M. Després. Encore une erreur. C'est précisément parce que les subsides n'ont pas été votées avant la dissolution du parlement que le présent parlement est actuellement en session et s'occupe uniquement de l'adoption des estimations bud- «cétaires.

APPENDICES Ol

L'étude de M. Després fourmille de ces erreurs volontaires dues, sans aucun doute, à la " constante préoccupation de servir les intérêts " du parti libéral aux dépens de la cause manitobaine,

L'épiscopat est intervenu dans les élections générales qui ont suivi la dissolution du dernier parlement, non pas en faveur d'un parti politique contre l'autre, mais uniquement dans l'intérêt de la cause catholique.

Le mandement que les évêques ont signé a reçu l'approbation générale et le clergé inférieur s'y est conformé.

" Malheureusement, dit votre correspondant, on assure qu'un bon nombre de membres du clergé sont allés plus loin que ce mandement et n'ont pas craint d'exprimer ouvertement et publiquement, même en chaire, leurs préférences pour un parti politique et de condamner le parti libéral."

C'est le contraire qui est vrai, et au nom du clergé injustement et malicieusement attaqué, je proteste contre cette accusation d'un écrivain que son ignorance devrait condamner au silence le plus prudent. Il est nialheureux qu'un écrivain canadien, qui n'oserait pas proférer de telles accusations dans son pays, s'adresse

à une revue étrangère pour dénigrer notre clergé, et surtout cette portion de notre clergé qui a marché en parfait accord avec l'épiseopat de la province de Québec. Il eût été plus rationnel,ce me semble, le cas éeliéaut, de citer les coupables devant le tribunal régulier de leurs supérieurs hiérarcbifpies, au lieu de les traduire devant le tribunal incompétent de l'opinion publique et surtout de les calomnier indignement dans un pays étranger. Je suppose que la " constante préoccupation de servir les intérêts d'un parti politique " peut expliquer, sans la justifier toutefois, l'étrange conduite de votre correspondant, et j'espère que le clergé français appréciera à sa juste valeur un écrit qui n'est remarquable après tout que par les erreurs qu'il contient.

Le parti conservateur a été battu aux élections générales et un ministère libéral, le ministère Laurier, gouverne maintenant le pays. Il a été élu sur la promesse formelle de régler la question des écoles de manière à satisfaire la minorité catholique. A lui maintenant le devoir d'eccomplir sa promesse. Il peut compter sur le concours généreux et etHcace du parti conservateur, concours qui lui a été publiquement oftert par l'ancien premier ministre.

Il n'a qu'à le vouloir, et les trois quarts des députés de la Chambre des Communes se rallieront sans calcul à une politique qui s'impose. Malheureusement le parti libéral, qui s'est servi de la question des écoles pour escalader les marches du pouvoir, semble vouloir maintenant tirer de l'arrière et méconnaître l'étendue de ses obligations. E-ien n'a encore été fait, si ce n'est da préjuger l'opinion publique, de grossir les dithcultés et de tenter, avec une rare perfidie, par des écrits comme ceux de votre correspondant, d'obtenir une intervention en faveur du parti libéral et contre les intérêts de la minorité catholique.

Les catholiques ont en leur faveur les lois du pays, le jugement du plus haut tribunal de l'empire britannique, le concours des hommes de bonne volonté, les trois quarts de la députation et de l'électorat. Il ne sera pas dit que quelques intrigants disperseront tous ces éléments qu'une cause sacrée a groupés pour son succès, ni qu'une intervention puissante, obtenue sous de faux prétextes, arrêtera dans sa marche une cause qui voit poindre enfin l'aurore de son triomphe définitif.

Si la minorité du Manitoba ne réussit pas, c'en est fait de l'infiuence catholique dans la Confédération canadienne.

Et qui donc sera l'artisan de malheur d'un fatal arrangement, d'un irréparable abandon, du plus incompréhensible des sacrifices ?

Nous tournons nos yeux vers l'épiscopat canadien : son attitude seule peut sauver la cause sacrée «[ue nous défendons.

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