‹ Un manuscrit chartrain du XIe siècle; Fulbert, évêque de Chartres, martyrologe a l'usage de l'église de Chartres - Fulbert et sa cathédrale, nécrologe du chapitre Notre-Dame de Chartres, Chartres et pièces liturgiquesChapitre 1 sur 26 · IMPRIMERIE GARNIER · texte numérisé non relu

IMPRIMERIE GARNIER

INTRODUCTION

Parmi les manuscrits que possède la Bibliothèque municipale de Saint- Etienne (Loire) il en est un qui vient de Chartres , qui a figuré dans la bibliothèque capitulaire, et que son objet, son antiquité, rendent très important pour l’histoire chartraine. C’est un obituaire de Notre-Dame de Chartres, rédigé au XIe siècle, le plus ancien de tous les livres semblables composés pour cette église. Ce manuscrit mérite une étude détaillée, et nous la lui consacrons d’autant plus volontiers que, jeté par le hasard loin de son pays d’origine, il n’est point pour les Chartrains, qui en ont cependant le plus besoin, d’un très facile accès. Ilâtons-nous toutefois de dire que /’ Administration de Saint-Etienne nous l’a gracieusement communiqué, à deux reprises différentes, et pour un temps bien suffisant. Qu’elle reçoive ici l’expression de notre reconnaissance.

Avant d’analyser le contenu de notre manuscrit, il est nécessaire d’en faire la description matérielle, et d’en reconstituer autant que possible l’odyssée.

Sa couverture, longue de 0,27 sur 0,18 de large, se compose d’une plaque de carton solide, revêtue de cuir jaune; elle porte sur le dos, à la nervure inférieure, cette étiquette évidemment moderne : Bibliotheca civitatis Sancti-Stephani, in-f°, n° 104; sur les deux plats, elle est ornée d’une petite chemisette dorée , insigne du Chapitre de Notre-Dame de Chartres, encadrée de fleurs entrelacées par le pied.

INTRODUCTION

Les folios , en bon parchemin, sont au nombre de 138, répartis en 18 cahiers, et mesurent 255 millimètres de hauteur sur 165 de largeur. Leur état de conservation est parfait. L’écriture elle-même et les dessins sont pr es qu’ aussi éclatants qu'au premier jour.

Différentes indications , tracées par des mains modernes sur les premiers et les derniers folios, et aussi sur la couverture intérieure, vont nous permettre de suivre la piste de notre manuscrit.

Qu’il ait été écrit à Chartres et longtemps employé dans l’église cathédrale, on n’en saurait douter, puisqu’il renferme un Martyrologe et un Nécrologe à l'usage de cette église. En établissant plus bas la date de ces deux livres liturgiques , nous montrerons avec certitude qu’il fut composé dans le premier quart du XIe siècle.

A une époque qui ne peut guère remonter au-delà du XVIe siècle, il devint la propriété d’un Jacques Haligre, chartrain, comme le prouve une note autographe , inscrite sur le dernier folio et ainsi conçue : Sum Jacobi Haligre Carnotensis pro [curatoris] electi. Quel était cet 11 ali grc ? On trouve trois Jacques Haligre, tous trois élus : l’un mourut en 1649, l’autre vécut de 1506 à 1588, le troisième naquit en 1539 et nous ne savons Vannée de sa mort. Le premier de ces Jacques Haligre était sans doute le possesseur de notre manuscrit.

Une autre note, inscrite au verso de l’avant -dernier feuillet (137), à la marge inférieure, témoigne qu’il appartint, aussi à Challine (1596-1678), avocat du Roi, et explique comment il rentra dans la bibliothèque du Chapitre. Voici cette note : Mons'' Challine, feu avocat du Roy à Chartres, a donné ce livre à Mr Féron, docteur et chanoine, par son thestament holografe, pour Jr mettre dans la bibliothèque du Chapitre de Chartres. A Chartres, ce 13e juillet 1678. Du Theilleul.

On sait que Charles Challine était un grand amateur de curiosités

INTRODUCTION

chartr aines : toutes les Histoires de Chartres et la Bibliothèque çhartraine de 31. Merlet le témoignent . Sa bibliothèque, à sa mort , comptait 3,600 volumes. Outre le manuscrit qui nous occupe, il donna aux chanoines celui qui porte aujourd’hui le n° 1098. — Biaise Le Féron, non moins amateur que lui, était bibliothécaire du Chapitre : il fit un catalogue des manuscrits de la bibliothèque capitulaire, et le nôtre s’g trouve indiqué; il rédigea même un obituaire à l’aide de tous ceux qui existaient (Bibl. nat., n° 10,100), et particulièrement à l’aide de celui qui fait l’objet de cette étude.

Celui-ci, réintégré dans son lieu naturel, fut catalogué avec les autres manuscrits. En haut du premier folio on mit alors ces mots : Ex bibliotheca Gapituli Carnotensis, et en bas on écrivit le numéro d'ordre général, 214, donné à ce volume, et son rang spécial parmi les manuscrits du XIF siècle : Manuscripta duodecimi secidi n° 63 ; on le croyait plus récent qu’il ne l’est en réalité. On le revêtit de la couverture qu’il porte encore maintenant , sur laquelle on frappa la chemisette capitulaire.

Dans le premier quart du XVIIIe siècle, le chancelier Brillon l'avait entre les mains, car il écrivait à l’intérieur de la couverture ce faux -titre: Frag*mentum Necrologâi post Martyroiogâum , titre qui fut corrigé par une main plus récente et remplacé par celui-ci : Necrologâum integrum a pervigâlio Nativitatis Domini inchoatum more pervetusto. Cette correction , dit une note moderne, signée par un bibliothécaire de Saint-Etienne , serait l’œuvre de M. l’abbé Antoine Courbon du Terney. Cet ecclésiastique, né à Saint- Etienne, après avoir été confesseur de Madame Louise de France, était devenu chanoine de Chartres. C’est alors sans doute qu'il prit notre manuscrit. Il le garda, on ne sait pourquoi , dans sa bibliothèque. Après sa mort, en 1787, il y eut une vente de ses livres. Le Catalogue en fut imprimé ; on y voyait par exemple /'Histoire de Chartres par Challine, qui est actuellement sous le. n° 1074 de la Bibliothèque communale de Chartres. Il est probable que son

INTRODUCTION

frère , le chevalier de Montviol , ancien garde- du- corps de Louis XVI, se réserva notre Nécrologe, car il écrivit de sa main, sur la couverture intérieure, ces mots : Ex libris J. de Montviol, 1805. Lorsque M. de Montviol mourut à Saint-Etienne, son pays natal, la ville acheta ce manuscrit de son héritière et le plaça dans sa Bibliothèque. C’est ainsi qu’il est allé de Chartres à Saint-Etienne.

Il serait bien à souhaiter qu’il fût rapatrié. Comme les objets d’art les manuscrits n’ont toute leur valeur et toute leur utilité que dans leur milieu naturel. La place véritable de ce Nécrologe et de ce Martyrologe est à Chartres, il n’a aucun intérêt pour Saint-Etienne. On l’a déjà compris: en 1 841, il g eut des négociations faites entre les deux villes par l’intermédiaire de M. Benoît, juge suppléant au Tribunal de Chartres, dont la famille habitait Saint-Etienne. Mais ces négociations n’aboutirent point, faute d'entente sur les compensations à fournir. Puissent-elles se renouer avec un meilleur résultat !

La Bibliothèque de Chartres jusqu’ici ne possède de ce manuscrit qu’une double copie manuscrite du Nécrologe. La première est l’œuvre de M. Benoît , qui la fit à Saint-Étienne en 1843 ; l’autre est une transcription de la copie de M. Benoît, transcription écrite de la main de M. Baux, professeur au collège de Chartres. M. Benoit a fait précéder son travail d'une petite préface qu’il a publiée dans l’Annuaire du département pour 1844, et où il a établi d’après le Nécrologe que la cathédrale actuelle de Chartres ne remontait point jusqu’à Fulbert, et datait simplement du XIIIe siècle. Ce qu’il a écrit est bon, mais insuffisant pour faire connaître la valeur réelle du manuscrit. M. Benoît n’en a étudié qu’une partie et dans un but très restreint. Le champ reste encore ouvert après lui, et nous g ferons ample moisson.

Nous ne mentionnerons que pour mémoire lit communication faite en 1841 ,

INTRODUCTION

au Congrès scientifique de France tenu à Lyon , sur le Ne'crologe renfermé dans notre manuscrit. « Les comptes -rendus de ce Congrès contiennent à ce » sujet (p. 342-344), dit justement M. Benoît , une notice qui fourmille » d’erreurs de diverses natures. » Et après en avoir cité quelques-unes , le modeste érudit conclut en ces termes : « Si je peux encore croire que l’auteur » de la notice a fait faire et communiqué au Congrès une copie du Nécrologe, » il m’est bien difficile d’admettre qu’il en ait pris lecture. » Ce jugement, que nous avons contrôlé nous - même , n’est pas trop sévère. Le manuscrit de Saint-Etienne n’a donc pas encore rencontré l’étude complète et soignée dont il est digne.

Il n’a même pas été mis en relief comme il le mérite ni dans le Catalogue que M. Molinier a joint à son étude sur les Obituaires, ni dans le Catalogue de la Bibliothèque de la ville de Saint-Etienne, rédigé en 1835 par J.- B. Galle y , bibliothécaire. M. Molinier, p. 273, ne lui consacre qu’une seule ligne; M. Galley, qui l’avait pourtant sous les yeux et le décrivait ex professo sous le n° 958 (t. 1, p. 201), n’en comprend aucunement l’intérêt : il en fait une analyse très sèche, incomplète et parfois inexacte. Il le dit composé au commencement du XIIe siècle, en écriture onciale; ce qui est contraire à la vérité : il ne fait point mention du rapport qui a été fait au Congrès scientifique de Lyon en 1841 , et n’explique même pas comment ce manuscrit est venu de Chartres à Saint-Etienne.

Après avoir retracé ainsi l’histoire de notre manuscrit , il nous reste à faire la description de son contenu.

Il ne se compose pas seulement d'un Nécrologe, comme le feraient croire les études ci-dessus mentionnées. Les Obituaires étaient destinés à être lus au milieu de primes. Or, à cet endroit de l’office, la liturgie commandait aux religieux de réciter la liste des saints du jour que l’on devait invoquer

INTRODUCTION

spécialement, et en même temps d'énumérer les noms des personnes pour qui on devait prier. Dès lors ces livres contenaient comme parties essentielles un Martyrologe et un Nécrologe. Chez les moines, on g ajoutait différentes pièces, généralement les Evangiles des Dimanches qui devaient se lire au 3e nocturne, et la règle de saint Benoit qui se lisait aussi à primes. Il en était ainsi à Saint-Père, à Josaphat et dans les autres abbayes chartraines. Chez les chanoines séculiers, on omettait ces deux morceaux liturgiques et l'on se bornait au Martyrologe précédé d'un calendrier et au Nécrologe. Quelquefois seulement on g insérait un Compte des distributions, ou bien, pour utiliser les espaces blancs, on y glissait frauduleusement différentes pièces qui n'y avaient point de droit. M. Molinier a bien traité de toutes ces variétés dans son étudesur les Obituaires.

Le nôtre appartient, à, la catégorie des Obituaires capitulaires. Voici le résumé de ce qu’il renferme :

Folios 1 à 7, des tableaux et des règles de comput pour trouver les fêtes principales de Vannée liturgique.

Folios 7 r° à 94 r°, le Martyrologe d’Usuard, sur deux colonnes, avec des rubriques et des miniatures . Aux folios 31 et 32, l’obit de Fulbert et une miniature fort curieuse qui représente ce prélat prêchant son peuple dans sa cathédrale.

Folios 94 r° à 96 v°, l’office noté de saint Gilles.

Folios 96 v° à 129 v°, le Nécrologe de l’Église de Chartres.

Folio 129 r°, charte commençant par ces mots : Notum sit omnibus.

Folio 130 v°, autre charte ayant pour titre : Sacramentum canonicorum pro Gervasio et filiis ejus factum.

INDRODUCTION

Folio 131 r°, litanies abrégées des Saints, suivies de : Orationes post letaniam.

Folios 132 v° à 135 r°, une cérémonie liturgique commençant ainsi: Hic est ordo qualiter fit clamor.

Folios 135 v° à 137 r°, leçons des Matines de l’office des Morts, suivies des oraisons du même office.

Folio 137 v°, collectes pour la Messe de la Sainte Vierge. C’est au bas de ce folio que se trouve la note indiquant le legs de ce manuscrit par M. Challine à M. Féron, note publiée plus haut.

Folio 138 v°, charte sans titre dont voici les premiers mots : Hoc audiatis, canonici liujus ecclesie. Au bas de cette charte, cette mention déjà citée: Sum Jacobi Haligre Garnoten... pro elecli.

Suit une feuille de parchemin moderne ajoutée lors de la reliure.

Sur la feuille adhérente à la couverture, une main du XV 11F siècle u résumé les obits des personnages ayant fait des donations à l’église et au Chapitre.

Nous diviserons notre travail en quatre parties principales qui comprendront toutes celles que nous venons d’ énumérer .

Nous traiterons :

1° du Martgrologe , et à son sujet du Comput qui le précède ;

2° de la miniature représentant Fulbert et sa cathédrale;

3° du Nécrologe , dont nous publierons le texte avec une introduction ;

4° des pièces secondaires, intercalées ou ajoutées, c’est-à-dire des céré-

INTRODUCTION

momies liturgiques , telles que l'office noté de saint Gilles, et des trois chartes indiquées dans l'analyse précédente.

Avant d’entrer dans cette étude, nous devons exprimer toute notre reconnaissance à M. Raoul Denisart, qui a bien voulu reproduire pour nous la plupart des miniatures si curieuses de notre manuscrit. Il les a copiées avec talent ; grâce à lui, elles sont l’un des plus beaux ornements de ce travail.

MANUSCRIT C HART RA IN

DU XI" SIECLE

Page 1