‹ Un manuscrit chartrain du XIe siècle; Fulbert, évêque de Chartres, martyrologe a l'usage de l'église de Chartres - Fulbert et sa cathédrale, nécrologe du chapitre Notre-Dame de Chartres, Chartres et pièces liturgiquesChapitre 2 sur 26 · LE GO MP U T ET LE MARTYROLOGE · texte numérisé non relu

LE GO MP U T ET LE MARTYROLOGE

i. — Le Comput.

Le manuscrit que nous allons étudier a été composé pour le Chapitre de Notre-Dame de Chartres entre les années 1026 et 1028 : il ne devait comprendre dans le principe que le Martyrologe et le Nécrologe, qui sont incontestablement l’œuvre du même scribe. La date que nous indiquons ressort de l’examen du Nécrologe, où Ton voit, parmi beaucoup d’autres obits des premières années du XIe siècle, ceux d’Ebrard, sous-doyen du chapitre de la Cathédrale, mort en 1018, de Hugues, archevêque de Tours, mort en 1023, de Tétold, archidiacre et prévôt du chapitre, mort en 1024, et enfin celui de Richard II, duc de Normandie, mort en 1026, tous écrits de la même main que le manuscrit tout entier, tandis que l’obit de l’évêque de Chartres, Fulbert, mort en 1028, celui du roi Robert le Pieux, mort en 1031, celui du comte de Chartres, Eudes 11, mort en 1037, etc., etc., ont été ajoutés postérieurement. Nous discuterons d’ailleurs plus en détail, dans la préface de TObituaire, les questions relatives à la détermi-

UN MANUSCRIT CIIARTRAIN

nation des dates auxquelles furent inscrits les divers obits, et de cette discussion résultera d une manière certaine la date précise que nous avons voulu tout d’abord assigner à notre manuscrit.

Le Comprit , qui forme aujourd’hui la première partie du volume, parait avoir été écrit après coup. Les caractères, l’encre elle-même ne ressemblent pas absolument au reste du manuscrit; mais cette différence est peu importante. Le Comput est, sinon de la même main, au moins du même temps, et comme il sert de préface naturelle au Marty rologe et au Nécrologie, il a dû être composé pour les précéder et pour faire partie intégrante du recueil lui-même.

Le cahier qui le contient ne comprend que six folios, tandis que les autres en ont huit. Le titre manque, le dernier alinéa s’arrête brusquement ; ce cahier a donc été probablement mutilé dans la suite des temps, et doit être incomplet.

D’une manière générale, ce Comput ressemble aux ouvrages similaires, surtout à ceux qui ont été publiés parmi les Opéra clubia du vénérable Bède (Pat. lat., Migne, t. 90, col. 707 et seqq.) : il mérite néanmoins d’être étudié avec attention ; car il renferme plusieurs pièces qui paraissent inédites.

On peut le diviser en deux parties :

La première contient cinq recueils de formules pour trouver le jour où tombent les principales fêtes mobiles, et aussi deux tableaux synoptiques résumant ces formules et donnant différentes autres dates astronomiques. — Ces formulaires sont dressés pour fixer l’échéance de la Septuagésime , de la Quadragésime , de Pâques, des Rogations et delà Pentecôte, dans chacune des 19 années du cycle de Denis le Petit. Ils comprennent chacun 19 vers, un pour chaque année : les deux premiers rie ces formulaires son! en vers hexamètres, les autres, envers iambiques ou libres. Deux sont publiés dans les Œuvres de Bède ( Patrologie lat., Migne, t. 90, col. 708 et 711); les trois autres nous semblent inédits, entre autres, le premier de tous qui, par suite de mutilations, a perdu son titre, mais qui, à n’en pas douter, indique

la manière de trouver le jour de la Septuag'ésime. Nous le donnons ici in extenso , pour faciliter les explications qu’il nous faudra développer plus bas.

kal. febr. Procedunt februe quinta sub voce kalende v

xii kal. febr. Assis et inde subit duodenas ipse kalendas i

v id. febr. Idibus ast quinis labuntur in ordine seni vi

iv kal. febr. Quarta kalendarum sériés fert signa duorum n

xv kal. febr. Apparent quini quindenis atque kalendis v

viii id. febr. Nectitur inde trias octonas semper et idus ni

vu kal. febr. Septene tangunt bis ternos nempe kalende vi

xvi kal. mar. Stant quarto sene martis deneque kalende mi

ni non. febr. Nonarum ternis occurrunt denique septem vu

x kal. febr. Régula mox dénis succedit juncta triformis ni

m id. febr. Ternas hinc unus gaudet transire per idus i

ii kal. febr. Pridie bis gemini respondent porro kalendis iv

xiii kal. febr. Respice terdenas septem sibi poscere soles vii

vi id. febr. Senas ast idus si mox conducere quinos v

v kal. febr. Quine conjectant numeri que constet origo i

xvi kal. febr. Ternas hinc denas quadro mirare kalendas nu

non. febr. None depromunt ampactos pace gemellos n

viii kal. febr. Octonas contractant denique quinto kalendas v

id. febr. Idibus accumbunt tria clauso limite cicli m

Le formulaire qui suit celui-ci se lit. tout entier dans Bède; il a pour titre : Terminus XLX Luna secuncla , et commence par ce vers :

viii kal. mart. Octanas martis cepit lex quinque librorum v

Le troisième est aussi publié (Migme, t. 90, col. 708). Dans notre manuscrit, il a pour titre : 'Terminus paschalis , et son premier vers est ainsi conçu :

non apr. None aprilis norunt quinos v

Le quatrième et le cinquième ne se retrouvent pas dans le computiste anglais, et nous les donnerons à la fin de ce chapitre. En tête de l’un on lit ces mots : Hec est ratio vera ad Rogationes inveniendas , luna vigesima. « Voici le procédé pour trouver les Rogations, c’est-à-dire la vingtième lune. »

En tête du dernier est cet autre titre plus curieux : liée est ratio vera ad Pentecosten inveniendam, que volvitar asque in finem seculi , Domino adjuvante, absque ullo errore, luna quarta : « Voici le procédé pour trouver, sans erreur, avec J’aide de Dieu, jusqu’à la fin du monde, la Pentecôte, ou la quatrième lune. » C’est ce que nous appelons un calendrier perpétuel.

Pourquoi, de ces formulaires, deux seulement subsistent-ils dans Bède, tandis que les autres, bien que sans doute composés très anciennement, ont été négligés? La raison en est facile à saisir : c’est que les fêtes mobiles de la Septuagésime , de la Quadragésime , de Pâques, des Rogations, de la Pentecôte, se succèdent à des intervalles déterminés et invariables, et qu’en sachant la date de l’une, il suffît d’un calcul bien simple pour trouver les autres. On pouvait donc se contenter d’un ou de deux formulaires, et laisser les autres de côté.

11 nous reste à expliquer le sens de ces formules mnémotechniques, si peu poétiques, bien qu elles soient en vers. En relisant celles de la Septuag’ésime et les deux autres éditées plus bas, on constate que chacun de ces 19 vers faits pour chacune des années du cycle de 19 ans, renferme deux sortes de nombres. Les premiers sont des dates du mois toujours variables, octonas martis , le vjii des kalendes de mars par exemple, et sont appelés des points de départ: les seconds, étant une série de nombres qui, dans ces cinq formulaires, se succèdent invariables et les mêmes, on les appelle, pour ce motif sans doute, des Réguliers. Prenons par exemple le troisième formulaire, à l’aide duquel on doit trouver la fête de Pâques. Le premier chiffre indique ce qu’on nomme le Terme Pascal, c’est-à-dire le jour du mois où tombe chaque année le 14 de la lune qui précède le dimanche auquel la fête de Pâques doit se

DU XIe SIECLE

célébrer : le second renferme les Réguliers annuels de la lune, lesquels servaient, avec les concurrents *, à marquer quel jour de la semaine tombait le premier de la Lune pascale. Avec ces deux indications il était facile de retrouver la date môme de Pâques. Connaissant quel jour de la semaine tombait le premier jour de la lune et par suite le quatorzième, il suffisait de compter jusqu’au dimanche suivant pour trouver Pâques lui-même. Et ce qui se faisait pour Pâques se répétait pour les autres fêtes. Chaque vers donnait le jour du mois où tombait la lune propre à chaque fête, et permettait, en fournissant le régulier, de déterminer, par l’adjonction du concurrent, le jour de la semaine où tombait la fête elle-même.

Une note répétée plusieurs fois en bas des formulaires nous prouve que tel était bien l'usage qu’il en fallait faire. « A ces Réguliers, diton à propos de la Quadragésime, joignez les concurrents du mois de mars et vous trouverez la férié de la seconde lune. » A propos de Pâques, on redit encore : « A ces Réguliers, ajoutez les concurrents de l’année présente, divisez le tout par 7, et le reste vous indiquera quel jour de la semaine tombe la quatorzième lune. » D’autres notes indiquent encore dans quel espace de temps se meuvent les différentes fêtes et leurs points de départ.

Mais nous en avons assez dit sur cette méthode si difficile et si peu conforme à nos go fit s modernes.

La première moitié du Comput s’achève par deux tableaux synoptiques, dont l’un renferme les indications fournies par ces formulaires, et

1 Voici comment s’exprime l’Art cle vérifier les dates au sujet des concurrents : « Les années communes sont composées de 52 semaines et un jour, et les années » bissextiles de, 52 semaines et 2 jours. Ce jour, ou ces deux jours surnuméraires, » sont appelés concurrents , parce qu’ils concourent avec le cycle solaire ou qu’ils en » suivent le cours. La première année on compte un concurrent, la seconde 2, la troi- » sième 3, la quatrième 4, la cinquième 6 parce qu’elle est bissextile, la sixième 7, la » septième 1 . . . On recommence après avoir compté 7 parce qu’il n’y a que 7 concur- » rents, autant que de jours dans la semaine. »

UN MANUSCRIT C 1 1 A R T R A I N

dont l'autre donne différents renseignements nouveaux. Ainsi on y voit, pour chaque année du cycle lunaire, — les Epactes ou les jours que l’année solaire a en plus de l'année lunaire, — le jour de la lune au premier janvier, lima in kal.jan., — les Claves terminorum ou certains nombres de jours qu'il suffisait d'ajouter à des points de départ fixes pour trouver les cinq fêtes liturgiques (cela se retrouve dans Bède, Migne, coi. 717), — le commencement de la lune pascale, incensio lunæ paschalis , qui est marqué dans le Martyrologe de Bède. D’ailleurs ces indications sont presque toutes réunies dans un tableau synoptique donné par Bède lui-même sous ce titre : Argumentum descriptionis omnium terminorum singulis annis decemnovennalis cycli.

La seconde moitié du Comput est plus facile à analyser. Ce sont d’abord quatre pagres consacrées aux années embolismiques : Incipit de ratione lune vu embolismorum ; item, de secundo anno embolismi; item de m° anno... elles se retrouvent mot à mot dans Bède (Migne, col. 822), sous ce titre : Man fr edi embolismorum ratio. Quant au reste (f° 5 jusqu’à la fin), on le rencontre également dans les ouvrages du moine anglosaxon , du moins quant au sens. Un traite dans cette dernière partie des épactes, des concurrents, de l’année bissextile et de quelques autres sujets astronomiques plus cultivés au Moyen-Age que de nos jours. D’ailleurs en voici les principales rubriques :

l)e salin lune,

Ratio quare dicitur bissextus,

De aepactis lunaribas.

En somme, le Comput que nous avons sous les yeux est un résumé théorique et pratique assez complet des notions à l’aide desquelles on recherchait les fêtes liturgiques. Peut-être en est-il peu qui renferment autant de formulaires que l<‘ nôtre, et c’est pour cela qu il est précieux. Pour ne rien omettre d’utile nous publions les deux recueils de vers servant à déterminer la date des Rog’ations et. de la Pentecôte.

Idée est ratio vera

ad Rogationes inv entend as , lima vig

esima.

id.

maii.

Sex idus maii accomodant quinos

kal.

maii.

Terne kalende adduntque assim

kal.

maii.

Quindene namque fluuntque senos

non.

maii.

Nonosque maii condunt bini

kal.

maii.

Sene kalende apponunt quinos

id.

maii.

Madia idus assumunt ternos

non.

maii.

Quarto nonarum accubant sene

kal.

jim.

Dene kalende currunt quaternos

id.

maii.

Quatuor idus proponunt septenos

kal.

maii.

Madias kalende assistunt ternos

kal.

jun.

Terne quippe prebeturque assim

id.

maii.

Idus septene producunt quaternos.

kal.

maii.

Quaterne kalende adicunt septem

kal.

maii.

Sexisque dene perbciunt quinos

non.

maii.

Pridie nonis oritur unus

kal.

maii.

Septene kalende notant quaternos

id.

maii.

Pridie idus conspiciunt duos

non.

maii.

Quinte none affermit quinos

kal.

jun.

Undene ergo excitant ternos

Hec est ratio vera ad Pentecosten inveniendam , que volvitur usque in finem seculi. Domino adjuvante , absque ullo errore, luna quart a.

kal.

jun.

Quippe none junii afferunt quinos

id.

raaii.

Terne idus madias egaudent assim

kal.

jun.

Kalendas junii constant senis

kal.

jun.

Duodene kalende junii dipondio

id.

maii.

Sexis idus maii letantur quinis

kal.

jun.

Quaterne kalende junii tribus

kal.

jun.

Quindene kalende junii sexis

id.

jun.

Octone idus junii quaternis

kal.

jun.

Septene junii kalendas septenis

id.

maii.

Idus maii optiment ternos

non.

jun.

Terne nono junii assim

kal.

jun.

Dene kalende junii quaternos

id.

maii.

Quarto idus maii capiunt septenos

kal.

jun.

Pridie kalendas junii quinos

kal.

jun.

Terdene kalende junii assim

id.

maii.

Septene idus maii amant quaternos

kal.

jun.

Quine kalende junii duos

kal.

jun.

Sexis dene kalende junii quinos

non.

jun.

None junii explentur tribus

il — Le Martyrologe.

En passant au Martyrologe nous ne quittons pas encore la matière propre aux Computs, et nous retrouvons plus d’une indication liturgique et astronomique à expliquer. Mais d’abord faisons la description de notre Martyrologe.

Gomme nous l’avons dit, il a été composé entre les années 1026 et 1028. Il est disposé sur deux colonnes, rayé en sens vertical et horizontal à la pointe sèche, écrit en traits fermes et nets. De nombreux ornements en rendent l’aspect agréable; les rubriques, les majuscules initiales peintes de diverses couleurs, avec un art varié mais simple, enfin de curieuses miniatures en font un très beau manuscrit.

Parmi ces miniatures il en est une, d’un grand format, intercalée au f° 30 : elle fera l’objet d’un chapitre spécial. Les autres jetées en tête de chaque mois se rapportent au Comprit et aux calendriers : nous les expliquerons d’abord, ainsi que les légendes qui les accompagnent, puis nous entrerons dans l’étude hagiographique du Martyrologe.

Ces miniatures représentent les signes du zodiaque et les occupations de chaque mois. Les figures symboliques de ce genre ne sont pas rares au Moyen-Age, et M. Fowler a pu consacrer tout un volume, dans les Mémoires de la Société des Antiquaires de Londres, en 1873, aux Représentations médiévales du zodiaque et des saisons. On les retrouve surtout sculptées dès le XIe et dès le XIIe siècle sur les porches des églises ou peintes sur les vitraux. A Chartres, dans l’église Notre- Dame, il y a cinq zodiaques, dont quatre sont accompagnés des opérations de chaque mois; ils ont été décrits dans un savant article de la Société archéologique d’Eure-et-Loir. Mais ils sont peu nombreux ceux qui restent du XIe siècle, et c’est pourquoi nous avons cru utile de reproduire ceux de notre manuscrit.

Le mois de janvier (f° 10 v°) s’ouvre par le Capricorne,

Principium Jani sanctit tropicus Capricornus 1 ,

monstre moitié bouc et moitié serpent, dont la queue se replie en liélice. — Au-dessus, sur un siège sans dossier, de structure curieuse, Janus aux deux visag*es, bifrons , coiffé d’un bonnet de forme conique en peau d’ourson, comme on en portait au temps de Robert le Pieux, et couvert d’une pelisse de fourrures, présente les mains et les pieds au feu. Cet exemple de Janus assis devant la flamme d’un foyer est très l'are: dans tous les zodiaques que nous connaissons, Janus est représenté vidant une coupe, pocula Janus amat, tandis que généralement c’est au mois de février qu’on voit un vieillard se chauffant les mains au feu.

1 Ce vers, ainsi que ceux que nous transcrivons plus loin, sont placés, clans le Martyrologe, au-dessous de chacune des miniatures consacrées aux différents mois.

Dans le mois de février (f° 17 v°), qui est le mois de Numa, se tient la constellation du Verseau :

Meuse Niemae in medio solidi stat sidns Aquari.

Le Verseau, sous les traits d'un homme barbu, ceint d’une mince étoffe, se verse sur les pieds une amphore pleine d’eau : il fait un geste exprimant la surprise ou la contrariété. — Au-dessus, un vigneron, aux cheveux et à la barbe incultes, les jambes et le corps enveloppés de fourrures, émonde, avec une serpette, sur un billot comme on en voit encore à la campagne, des sarments de vigne qu’il s’apprête à replanter, de vite superflua demo. Derrière lui est figurée la vigne où il vient de prendre les sarments. — Dette opération de la taille des arbres et de la vigne se retrouve au mois de février ou au mois de mars dans tous les calendriers figurés. C’est, ce qu’exprime Vincent de Beauvais : Hoc tempore, si que sunt arbores in seminariis, circumfodiendi sunt et amputandï eis rami super fini.

La miniature placée en tête du mois cle mars (f° 23 v°) a une certaine allure. Un chasseur à cheval sonne de l'oliphant qu’il soutient de la main gauche; sa droite balance un fouet sur la croupe de son coursier. Celui-ci , sellé et bridé à la mode du temps, semble avoir la croupe et l’encolure couvertes d’une sorte de caparaçon. A Chartres, dans les zodiaques sculptés de la Cathédrale, comme d’ailleurs dans la plupart des autres calendriers, le chasseur à cheval symbolise le mois de mai. — Les deux Poissons,

Procedunt duplices in martia temporel Pisces,

sont placés, suivant la manière traditionnelle, en sens inverse l'un de l’autre.

En avril (f° 29 r°) est fig’uré, en reg’ard clés kalendes, le Bélier qui porta jadis Phryxus et Hellen,

Respicis apriles , Arles Frixee , kalendas.

Comme emblème des occupations du mois, un jardinier porte sur la tête une corbeille artistement tressée et remplie de fleurs; il tient à la main une grande tig*e récemment cueillie. Par-dessus son vêtement il a un long* tablier, assez semblable à ceux cpie mettent encore aujourd’hui certains artisans, c’est-à-dire retenu au cou par un simple cordon et serré à la taille par une ceinture cachée sous les plis.

Mai est représenté (f° 37 v°) par le Taureau d’Ag*énor, au milieu d'un pàturag’e. Ce dessin est soigné; on voit que l'artiste a voulu faire comprendre ce vers.

Mains Agenorei miratur connut Tauri.

En tête du folio suivant, un pâtre, mollement couché sur un tertre, tient dans sa main le licou d’un cheval qui s’abreuve, croyons-nous, à une mare. La perspective manque, ce qui produit un effet bizarre; on dirait le pâtre suspendu en l’air au-dessus de l’animal. Habituellement, le mois de mai est symbolisé par des fleurs, mihi flos servit , ou, comme nous l’avons déjà dit, par un cavalier partant pour la chasse; quelquefois, c’est un pâtre g*ardant son troupeau, type dont se rapproche notre miniature, qui, à notre connaissance, ne se retrouve nulle part ailleurs.

Juin est divisé en deux scènes. On voit d’abord (f° 45 v°) les deux Gémeaux, Castor et Pollux, s’embrassant fraternellement comme au retour d’un long' voyag'e,

Junius aequntos coelo videt ire Laconas.

La représentation des Gémeaux se passant réciproquement les bras sur l’épaule semble être fort ancienne: plus tard, ils se donnent la main on s’embrassent simplement; au XVe et au XVIe siècle, ils sont quelquefois fig'urés sous les traits d’un jeune homme et d’une jeune fille. — A la pag’e suivante (f° 46 v°), un paysan, bien campé, râtelle des foins (pie l’on vient de faucher, dut junius fena. Dans cette composition le mouvement est très bien rendu. Il y a lieu de remarquer aussi le râteau dont se sert ce paysan. Ceux qu’emploient les faneurs dans notre pays ont encore aujourd’hui une forme absolument semblable.

Juillet présente au solstice l’astre du torride Cancer (f° 52 v°),

Solsticio ardentis Cancri fert julius astrwrn,

écrevisse encore reconnaissable, quoique la queue et le corps aient des proportions exagérées. — Un moissonneur (f° 53 v°) coupe à la faucille une gerbe de blé, dont plusieurs épis sont déjà à terre. D’après la longueur des épis coupés, on voit qu’il laisse debout la plus grande partie du chaume, suivant la méthode indiquée par Columelle (De re rustica , II, 21): Falcibns medium culmen sécant. La faucille, comme le rateau du faneur, a la même forme que les instruments dont se servent aujourd’hui les cultivateurs.

Le mois d’août (f° 60 r°) a pour symbole un Lion aux griffes acérées,

Augustmn mensem Léo fervidus igné permit .

Au-dessus, un tonnelier, son maillet levé, met en état une barrique pour la vendange prochaine; car, comme le dit Columelle (XI, 2), en parlant des vendanges du mois de septembre, antequam fructum cogéré incipiat , cuncta prœparancla erunt superiore mense. Dans nos pays, c’était ordinairement la moisson qu’on figurait au mois d’août, messes meto : ce n’est que dans l’Italie septentrionale, à Venise, Vérone, Crémone, Parme et Plaisance, que l'on retrouve cette imagée du tonnelier pour représenter les travaux du mois d’août.

La Vierge, qui sert d’emblème au mois de septembre (f° 68 r°),

Sidéré, Virgo, tuo Bachum september opimat,

est sous les traits d’une orante habillée à la mode du XIe siècle : bliaud descendant jusqu’aux pieds, à manches évasées couvertes de broderie. — Au-dessus, un vigneron détache d'un ceps de vigne les grappes de raisin qu’il jette dans un panier, september colligit uvas. En Angleterre, et quelquefois en France, on voit, au lieu d’un vendangeur, un batteur en grange, frappant le blé avec un fléau.

Octobre, temps des semailles et de l’équinoxe, montre la Balance (P 75 r°) ,

Æquat et october sernentis tempore libram.

Dans beaucoup de zodiaques, la Balance est placée dans les mains d’Astrée, Hile de Jupiter et de Thémis. — Au haut de la pag’e, un serviteur, son bliaud relevé dans la ceinture, tire du vin au moyen d’un fausset dans un vase à g-oulot d’une forme curieuse. C’est encore une représentation particulière à notre manuscrit: le plus souvent, on voit un homme qui entonne son vin, ou un cultivateur qui ensemence son champ, seminat october.

En novembre, au-dessus de l'image du Scorpion (f° 82 r°) , Scorpius hibernum preceps jubet ire novembrem 1 ,

est une scène intéressante, car elle se rapporte à un usag’e, général au Moyen-Age, mais presque perdu de nos jours. Un tenancier compte des pièces d’argent à un porcher qui tient en main un aiguillon semblable à une lance. Deux porcs qui sont entre eux servent à expliquer cette scène: c’est en action le marché indiqué par les chartes anciennes, aux termes duquel les fermiers confiaient à un paysan le soin de conduire les porcs à la glandée. Le mois de novembre était consacré à l’engraissement fies porcs que l’on tuait le mois suivant, mibi pasco sues , et les artistes du Moyen-Age, au lieu de retracer le marché dont nous venons de parler, avaient coutume de figurer un porcher abattant avec une gaule des glands pour ses pourceaux.

1 Ce vei'S manque dans notre manuscrit.

Enfin le mois de décembre termine la série de ces miniatures par le Sagittaire (f° 86 v°),

Terminât Arcitenens medio sua signa decembris ,

sous les traits du centaure Ghiron, décochant une flèche1. — Un villageois, armé d’un large coutelas, découpe le porc qu’il vient d’ég’orger, immolo porcos. Le porc, assez mal dessiné du reste et qu’on prendrait plutôt à première vue pour un chevreau, est suspendu par les pieds de derrière à un crochet : la moitié de ranimai semble déjà être coupée, et l’on voit un jambon fixé à un autre crochet de la prolongée.

' Les miniaturistes du XVe et du XVIe siècle peignent Chiron moitié homme et moitié lion: comme on le voil, notre dessinateur a mieux observé la tradition mythologique.

UN MANUSCRIT C II A RT R A I N

Il nous reste à ajouter quelques réflexions sur l’intérêt qu’offrent ces miniatures, non seulement pour les coutumes et les usag*es qu’elles font connaître, mais encore pour l’histoire du costume en France dans les premières années du XIe siècle. — Les usagées sont encore les mêmes, les occupations de la campagne n’ont gmère varié : les saisons ramènent toujours les mêmes travaux. — Quant aux vêtements dont on s’habillait alors, la mode en a bien chang'é.

Nous rappellerons d’abord que les dessins, dont nous avons donné une reproduction exacte, furent exécutés à Chartres vers l’année 1028, et que par conséquent ils fournissent des renseignements précis sur la manière dont se Abêtissaient les Chartrains à la fin du règne de Robert le Pieux.

Dans ces dessins, le costume des simples artisans ne diffère nullement par la forme de celui des bourgeois. Les hommes avaient communément pour vêtement de dessus une tunique non fendue, dont les manches étaient longues et étroites et que l’on nommait bliaud. Le bliaud était serré au-dessus des hanches par une ceinture; mais on faisait bouffer à la taille la partie supérieure de cette tunique, de façon que la ceinture fût entièrement cachée sous les plis; la partie inférieure du bliaud, flottante comme une jupe, ne descendait que jusqu’au bas des cuisses et laissait le genou complètement à découvert 1 . En dessous du bliaud, on avait une chemise ou chainse; mais aucune de nos gravures ne permet de voir cette pièce de l’habillement.

Le reste du costume se composait d’une sorte de caleçon assez collant auquel on donnait le nom de braies. Les braies n’apparaissent qu’au genou dans nos miniatures. Les jambes étaient couvertes par des

1 Quicherat , dans son Histoire du Costume en France, p. 139, fait remarquer qu’antérieurement au XIe siècle l’usage des poches semble avoir été inconnu. Le plus ancien exemple se verrait sur un bliaud conservé au Musée national de Munich et qui passe pour avoir appartenu à l’empereur Henri II. Le jardinier, figuré dans notre manuscrit en tête du mois d’avril, porte, au côté droit de son tablier, sur la poitrine, une poche nettement dessinée.

DU XIe SIÈCLE

chausses, semblables à des bas , qui s’attachaient sous le g*enou et audessus de la cheville au moyen de larges jarretières. Suivant l’usage des siècles précédents, des courroies partant du soulier étaient recroisées par-dessus les chausses. Les souliers, très ajustés aux pieds, semblent avoir eu la pointe et le talon faits d’un cuir brillant recouvert de cirage.

11 n’y avait pas alors de mode bien établie à l’égard de la barbe, que certains portaient tout entière, tandis que d’autres se rasaient complètement le visage. Quant aux cheveux, ils sont assez longs, surtout ceux de derrière; ils sont quelquefois séparés par une raie au milieu du front. — On allait le plus souvent tête nue : toutefois, comme nous l’avons déjà fait remarquer, Janus est figuré la tête couverte d’une sorte de bonnet pointu en fourrures.

Pendant l’hiver, on mettait par-dessus le bliaud un long vêtement de fourrures, qui est désigné dans des textes fort anciens sous le nom de pellicium, pelisse. Le vigneron, qui, dans la miniature placée en tête du mois de février, est représenté taillant une branche de vigne, porte sous sa pelisse des braies en fourrure qui lui descendent jusqu’à la cheville.

Telle était la façon dont s’habillaient vers l’année 1028, dans les contrées septentrionales de la France, les bourgeois et les artisans. L’uniformité de costume qu’offrent nos divers dessins montre bien que cette mode était alors très généralement adoptée.

Nous n’avons qu’un seul exemple de costume féminin, celui de la Vierge, au mois de septembre. Nous avons déjà indiqué sommairement en quoi il consistait: en décrivant la grande miniature qui se trouve au folio 32 de notre manuscrit, nous parlerons plus en détail du costume des femmes au commencement du XIe siècle.

Après avoir expliqué les différents symboles figurés du zodiaque, il nous faut parler des citations astronomiques qui se lisent dans notre manuscrit au-dessous de chaque miniature.

UN MANUSCRIT C H A R T R A I N

Voici, pour servir d’exemple, celles qui se trouvent au mois de janvier :

Luna egyptinca jan. i. mi. v. vin. xv.

Mensis jan. liabet (lies xxxi.

Luna trigesima.

Epactas 0 : Concurrentes T.

Principium Jani sanctit tropicus Capricornus.

J uni prima (lies et vu" fine timetur.

Nox horas quindecim,

Di es habet clecem.

Prima luna embolismi.

Ces mentions, sauf quelques-unes, se rencontrent dans les anciens computs, en particulier dans celui de Bède. On les signale encore pour la plupart dans les calendriers populaires.

Le rédacteur de notre Martyrologe a assigné aux mois solaires et aux mois lunaires le même nombre de jours qu’on leur assigne aujourd’hui; il a noté les mois embolismiques (prima luna embolismi )1 c’est-à-dire les sept mois ajoutés pendant le cycle de 19 ans pour faire concorder l’année lunaire avec l’année solaire; il a marqué la longueur relative du jour et de la nuit, selon les saisons 1 ; enfin il n’a pas manqué de rappeler les vers barbares employés par le Moyen- Age pour désigner les jours néfastes des différents mois. Chacun de ces vers indique deux jours néfastes : le premier se compte à partir du commencement du mois et le seconda partir de la fin en remontant.

1 Notre manuscrit contient plusieurs erreurs de chiffres, fautes évidentes du copiste. Ainsi le mois de janvier aurait 10 heures de jour et 15 de nuit, c’est-à-dire une journée de 25 heures ; février a 16 heures de nuit et 8 de jour, au lieu de 14 de nuit et 10 de jour, ce qui est la bonne leçon; octobre n’a que 30 jours; décembre enfin a 18 heures de nuit et 6 de jour, et cela peut être vrai pour l’Angleterre où vivait Bède, mais ne l’est pas pour nous.

DU XIe SIÈCLE 25

En janvier, c’est le 1er et le 25e jour qui son! fa tais :

Jani prima (lies et septima fine timetur.

Bède va même jusqu’à dire les heures spécialement dangereuses: pour le mois de janvier par exemple, ce serait la première heure du 1er jour de l’an et la cinquième du 25 janvier.

En février, le 4e et le 26e jour sont à craindre,

Ast Februi quart a est , précédât tertia fuient.

Le 1er jour de mars tue, et le 28e est également funeste,

Martii prima necat , rajas de cuspide quart a est.

Le 10 et le 20 avril sont aussi redoutables,

Aprilis décima est , undeno a fine timetur.

Le 3e jour de mai est un loup et le 25° un serpent ,

Tertius est maio lupus , est et sep ti mus anguis.

En juin, il faut se garer du 10“ et du 10' jour,

Junius in deno, quindeno a fine suintai.

Juillet a comme néfastes les 13e et 23e jours,

Tredecimus Julii decimo minuit ante kalendas.

Le 1er et le 30 août sont à fuir comme le scorpion,

Augusti nepa prima fugat de fine seeunda.

En septembre, il faut se méfier du 3' et du 21e jour,

Tertia septenibris vulpis ferit a pede ilenam.

Le 3e et le 22e jour d’octobre sont comme un glaive menaçant, Tertius octobris gladins decimum online nectit.

UN MANUSCRIT C H A R T R A I N

Le 5 et le 28 novembre sont dangereux comme la pointe d’un poig’nard,

Qainta novembres acus , vix tertio, mon si t in urna.

Enfin décembre, l*' douzième mois, donne comme malfaisants le 12e et le 22e jour,

liât duodena cohors septem, inde decemque decembris.

On se demandera sans doute ce qu’on entendait par ces jours néfastes, et d’où en provenait la liste. Autrefois, chez les Romains, les jours néfastes étaient ceux où il était défendu de rendre la justice et qui avaient été marqués par un deuil national ou par quelque calamité publique1. La liste que nous venons de publier est la même que celle de Bède, qui se retrouve très souvent dans les martyrologes et les calendriers postérieurs. Au Moyen-Age, on avait perdu le souvenir de ce qu’avaient été à l’origine les jours néfastes; mais on avait conservé pour eux une appréhension traditionnelle.

G est à une croyance du même genre que se rattache l'indication dans notre manuscrit des lunes égyptiennes. Chaque mois renferme trois ou quatre de ces lunes, que l’on regardait comme pernicieuses. Mais, à la différence des jours néfastes, désignés par les vers que nous venons de publier et soumis à une règle lixe pendant toute la durée du Moyen-Age, les jours, ou les lunes égyptiennes, comme les appelle notre manuscrit, variaient suivant les divers pays et les diverses époques. Ils n’étaient 'considérés comme funestes que pour certains actes de la vie privée, et cette croyance était Je produit d’observations particulières, telles que l’étude des constellations réputées malfaisantes, ou bien les pronostics tirés de certaines combinaisons

1 M. Loiseleur, dans le tome XXIII des Mémoires de la Société nationale des Antiquaires de France, en 1873, a étudié les jours égyptiens et leurs variations dans les calendriers du Moyen-Age, et ce sujet a été repris par M. Cuissard dans le tome \ des Mémoires de V Académie de Saintc-Croi.r, 1882.

de nombres. C’est ce qui explique les variantes qui existent entre les listes des jours égyptiens dans les différents manuscrits. Un livret du XVIe siècle, intitulé Les jours et heures périlleux de l’année , révélez par l'Ange au bon sainct Job (Bibl. nat. Z. 2122, F. 3), a pour titre d’un de ses chapitres : « S’ensuyvent les jours périlleux ésquelz ne fait rien bons commencer, » et à la suite est une liste de 31 de ces jours périlleux. Notre martyrologe en signale 32 *, comme le manuscrit Arundel n° 220 du Musée britannique; d’autres listes en citent jusqu'à 44. Les quantièmes eux-mêmes sont rarement identiques. « Lorsqu'une suite d’observations avait montré que tel jour égyptien était inoffensif ou ne s’était trahi que par d’heureuses influences, les astrologues inclinaient nécessairement à le rayer de la liste fatale, à laisser sa place vide ou à lui en substituer un autre moins bien noté sur leurs tablettes. » (Loiseleur, loc. cit., p. 48).

Nous reproduisons la liste de notre manuscrit :

en janvier, les lunes égyptiennes étaient les 1er, 4, 5, 8 et 15 en février, — — 1 7 , 28 et 29

en mars, — — 15, 16, 17 et 18

en avril, — — 8, 17 et 20

en mai, — — 5, 12 et 16

en juin, — — 5, 6 et 7

en juillet, — - — 16, 18 et 27

en août, — — 19, 20 et 21

en septembre, — — 5 et 30

en octobre, — — 6

en décembre, — — 29.

Restent enfin différentes indications concernant les ép actes , les concurrents et les signes du zodiaque.

1 La liste que nous publions ne porte que 31 lunes égyptiennes, mais les indications astronomiques du mois de novembre font défaut.

UN MANUSCRIT C II A RT RA I N

Ce que notre Martyrologe appelle épactes est désigné par les Bénédictins dans Y Art de vérifier les dates sous le nom de réguliers lunaires. Ceux-ci sont des nombres invariables attachés à chaque mois de l'année, lesquels, ajoutés aux véritables épactes, font connaître sur quel quantième de la lune tombe le 1er du mois. Les computistes, qui commencent l’année lunaire en janvier ou en mars, donnent 9 comme régulier à janvier, 10 à février, 9 à mars, 10 à avril, 11 à mai, 12 à juin, 13 à juillet, 14 à août, 16 à septembre et octobre, 18 à novembre et décembre.

A Chartres, les réguliers lunaires, c’est-à-dire les épactes de notre Martyrologe, étaient pour les huit premiers mois de I année les mêmes que ceux que nous venons d’indiquer; mais ceux des quatre derniers mois étaient différents : le régulier de septembre et d’octobre, d’après notre manuscrit, est 5 au lieu de 16; celui de novembre et de décembre est 7 au lieu de 18. D’où venait cette différence? C’est qu’à Chartres, comme autrefois en Egypte, on commençait l’année lunaire en septembre, quatre mois plus tôt que dans les computs généralement adoptés aujourd’hui. Cette coutume n’était pas spéciale aux Ghartrains, puisque Bède la signale déjà (col. 705); pourtant elle n’était pas ordinaire, et il faudrait en tenir compte si l’on avait à dater des chartes données dans notre pays en ces derniers mois de l’année.

La manière dont notre Martyrologe compte les réguliers solaires qu’il appelle concurrents a aussi sa particularité. Les réguliers solaires sont des nombres invariables attachés à chaque mois de l'année, lesquels, ajoutés aux véritables concurrents, servent à déterminer sur quel jour de la semaine tombe le 1C1 du mois. Ces nombres étaient, selon les Romains, pour janvier 2, pour février et mars 5, pour avril, mai, juin 1, 3, 6, pour juillet, août, septembre 1, 4, 7, pour octobre, novembre, décembre 2, 5, 7.

A Chartres, c’était les mêmes nombres qu’ailleurs, sauf pour janvier et février, auxquels on donnait comme réguliers solaires 3 et 6.

DU XIe SIECLE

C’est ce que montre notre Martyrologe , confirmé par la poésie de Fulbert sur les Signes du comput. Cette différence, qu’on pourrait croire insignifiante, a néanmoins son importance : elle prouve en effet que, si ou commençait à Chartres l’année lunaire en septembre, on y commençait l’année solaire et civile en mars b Lorsque Fulbert et l’auteur du Martyrologe ajoutaient leurs réguliers 3 et fi au concurrent 1 de l’an 1000, ils trouvaient comme premiers jours de janvier et de février le mercredi et le samedi : nous au contraire, en employant les réguliers 2 et 5, nous trouvons le mardi et le vendredi; ce n'est qu’en 1001 que le concurrent 2 ajouté aux réguliers 2 et 5 donne comme premiers jours de janvier et de février le mercredi et le samedi. Ainsi ces mois qui sont pour nous de l'an 1001 étaient de l’an 1000 pour les Chartrains contemporains de Fulbert; l’année 1001 ne commençait pour eux qu’au mois de mars.

Nous ne reviendrons pas sur les vers relatifs aux différents signes du zodiaque; nous en avons parlé plus haut : mais nous relèverons les autres indications liturgiques et astronomiques semées dans les marges du Martyrologe.

Un voit d’abord, inscrits en lettres rouges dans les marges, de nombreux chiffres en caractères romains; ce sont les Nombres d’or du cycle de 19 ans.

Notre Martyrologe mentionne aussi, comme celui de Bède, le commencement des mois égyptiens, au jour où il tombe : il fixe le

6 e mois Mechir, au 2fi janvier

7e — Phanemoth, — 26 février

8e — Pharmuthi , — 28 mars

9e — Bacho, — 24 avril

10e — Pauni, — 2fi mai

1 M. P fis ter en a déjà donné la preuve dans ses Etudes sur te règne de Robert le Pieux, p. xxxviii.

UN MANUSCRIT C H A R T R A I N

mois

Episi ,

au 25

j uin

Mesore,

juillet

J er

Thoth ,

août

Paophi ,

septembre

Atliir,

octobre

Gboeac,

novembre

Tybi ,

décembre.

ces

date;

s diffère,

sans doute

par la faute des copistes

de celles qui sont assignées par Bède

Enfin l’on trouve, au rang qui leur revient, le commencement et la fin des embolismes ou des mois lunaires intercalaires, les débuts des saisons, la durée des jours caniculaires qui s’étend du 16 juillet au 26 septembre, les solstices, les équinoxes, les entrées du soleil dans les douze signes du zodiaque1, les dates extrêmes des lunes de Pâques et de la Pentecôte, etc. En un mot, notre Martyrologe avait été l’objet de soins spéciaux, et renfermait tous les renseignements propres aux calendriers liturgiques.

1 Dans notre manuscrit, au 17 avril, on voit en marge la rubrique suivante : Sol in Taurum. Or on lit dans l’épitaphe de Fulbert :

Ingressurus erat Phœbus post lumina septem Taurum, cum mœstum deseruit populum ;

ce qui indique le 10 avril comme date de la mort du prélat chartrain. Cette date est précisément celle que fournissent tous les Nécrologes. Souchet, dans son Histoire du Diocèse cle Chartres, t. II, p. 236, s’est exprimé ainsi à ce sujet : « L’épitaphe » disant que le soleil devoit entrer sept jours après au signe du Taureau, qui se » faisoit lors le 11e ou 12e d’avril, auparavant la réformation du calendrier, il faut « nécessairement conclure que ce fut le 4 d’avril que Fulbert partit de ce monde, et » non le 4 des ides qui tombe le 10 du même mois. » C’est là, comme le montre notre Martyrologe, une grave erreur de l’historien chartrain.

DU XIe SIÈCLE

La partie hagiographique de notre Martyrologe est la reproduction de l’œuvre d’Usuard, moine de Saint-Germain-des-Prés au IXe siècle.

Au début se lit le prologue : Incipit prolog us. C'est la lettre d’Usuard à Charles le Chauve, commençant par ces mots : Domino regum piissimo linrolo , Usuarclus indignus sacerdos ac monachus . . . Suit (f° 8 r°) un morceau tiré de saint Augustin sur les fêtes des saints : Festivitates sanctorum apostolovum seu martyrum : c’est Usuard lui-même qui a mis cette pag’e de saint Aug’ustin en tête de son travail et on la retrouve dans tous les Marty rolog’es. Enfin (f° 8 v°) on lit : Incipit martgrogium (sic ) per anni cire iilum , et le jour initial est le 24 décembre, veille de Noël, comme dans les Nécrologies et les autres Martyrologes chartrains.

Nous avons soigneusement confronté notre texte avec celui d’Usuard, publié par les Bollandistes et par dom Bouillard, et nous y avons constaté un certain nombre de variantes ou d’additions importantes: elles ont presque toutes rapport aux saints locaux.

Notons d’abord , au sujet de l’Evangélisation de l Eglise de Chartres, que, dans le martyrolog’e chartrain, comme dans celui d’Usuard, saint Savinien et saint Potentien sont envoyés par un pontife romain, a pontifie e Romano. Quel est ce pontife? Les martyrologes subséquents, comme celui de Josaphat, nommeront sans hésiter saint Clément; la Légende de saint Savinien ira plus loin et désignera saint Pierre lui-même. Mais, au XIe siècle, du temps de Fulbert, on n’affichait pas une pareille antiquité. Dans l’ignorance où l’on était du nom du pape qui avait, envoyé saint Savinien et saint Potentien on s’en rapportait au dire d’Usuard qui ne précise rien. Ne serait-ce pas une preuve qu'alors, dans notre église , on ne pensait pas encore, comme on le fit un siècle plus tard, à l’évangélisation apostolique? Si on eût pu se faire gloire de remonter jusqu’à saint Pierre ou à saint Clément, n’aurait-on pas inséré les noms de l'un ou l’autre de ces deux papes dans le Mar-

UN MANUSCRIT C H A R T R A I N

tyrologe : on a fait des changements et des additions au texte d’Usuard sur d’autres points, aurait-on craint de le modifier sur celui-là?

Remarquons encore à ce sujet que, au xiv des kalendes de novembre, on a ajouté, plus tard, dans la marge, cette mention : Apud Senones , | natalis] sanctorum martyrum Potentiani , Altini et Eodaldi. Ces trois saints sont les propres disciples de saint Savinien. Le second, saint Potentien, était déjà désigné plus haut : on répète ici son nom, et sans indiquer cette fois qu’il ait, été envoyé par saint Clément on par un pontife romain quelconque. Cette addition pourtant semble postérieure à la grande Passion de saint Savinien, puisqu’elle réunit les saints qui. d’après cette Passion, travaillèrent de concert avec le g1 r an ri pontife de Sens.

On rencontre dans notre Martyrologe presque tous les saints chartrains, et d’abord les Évêques. Ainsi, la veille des ides de mars (le 14 mars), c’est saint Lubin : Carnotis , depositio sancti Leobini episcopi et confessons. Usuard ne l'avait pas mentionné à cet endroit, mais seulement au 15 septembre, et de cette manière : Carnoto , sancti Leobini episcopi. Notre manuscrit avait, d’abord reproduit à la même date cette simple ligne, mais une main plus récente, quoique fort peu postérieure, l’a transformée ainsi à l’aide de grattages: Carnoto , translatio sancti Leobini episcopi. Ce qui nous apprend qu’il y eut jadis deux fêtes à Chartres en l’honneur de saint Lubin, l’une au jour de sa mort, le 14 mars, l’autre le 15 septembre, à l’occasion de sa translation L Ce même fait est d’ailleurs signalé par la Vieille Chronique : Festivitas [sancti Leobini ,| bis in anno in nostra ecclesia Carnotensi célébrât u-r (Cari, de N.-D. de Chartres, y. 7.)

Nous apprenons encore par là un autre détail important : c’est que le véritable jour de la mort de saint Lubin n'est pas celui que l’on a

1 La Fête de la Translation est la seule qui ait persisté; on l’a rejetée au 16 septembre à cause de l’Octave de la Nativité de la Vierge.

DU XIe SIECLE

coutume d’adopter. Les BolJandistes et le Gallia chvistiana disent que le saint évêque de Chartres mourut le 15 septembre, jour où l’on célébrait sa fête : c’est une erreur. Notre Martyrologe , qui emprunte à son antiquité et à son orig’ine chartraine une autorité irréfragable dans cette question locale, place la depositio ou la mort de saint Lubin au 14 mars, ei ne mentionne au 15 septembre que sa translation. Le Martvrolog'e qui se trouve à la Bibliothèque de Chartres sous le n° 28 et qui a été composé au XIIIe siècle, confirme celui dont nous nous occupons et fixe à cette même date la translatif). Cette translation est certainement antérieure à la seconde moitié du IXe siècle : en effet, non-seulement elle est citée par Usuard qui écrivait en 875, mais elle l’est aussi par Wandalbert, moine de Prüm, qui nous a laissé un Martvrolog’e en vers composé en l’année 848. En quoi consista-t-elle? On sait qu’avant la Révolution le chef vénérable de saint Lubin était conservé de temps immémorial dans la cathédrale de Chartres : tout porte à croire que la fête du 15 septembre est la commémoration de la translation de ce chef qui. enlevé de l’ég\Iise de Saint-Martin-au-Val où saint Lubin était enterré, aurait été transporté avant 848 dans la cathédrale de Chartres. Pendant tout le Moyen- Ag“e, il y eut de nombreuses inventions et translations de reliques, dont le souvenir fut consacré par l'institution de fêtes annuelles; ces fêtes rejetèrent dans l’ombre les fêtes antiques et déjà tombées en désuétude que l’on avait jadis fixées au jour de la mort : elles les remplacèrent complètement. C’est, ce qui arriva pour saint Lubin. La fête de sa translation resta seule et passa peu à peu pour celle de sa mort.

Au 1er août, on trouve la mention de l’évêque Béthaire : Carnotis, natalis beati Betharii , ipsius civitatis episcopi , in miraculis gloriosi. La fête du saint pontife n’est pas sig-nalée par Usuard : elle a d’ailleurs été ici ajoutée en marg*e. Souchet dit que Béthaire mourut peut-être le 2 août : il se trompe, et tous les autres historiens chartrains avec lui; car c’est au 1er août que notre Martvrolog’e, qui doit dans ce cas faire loi. fixe le natalis (lies de cet évêque. Plus tard, cette fête a été re-

UN MANUSCRIT C H A R T R A I N

poussée au jour suivant , sans doute à cause de celle de Saint Pierreaux-Liens : il n’en reste pas moins vrai que notre manuscrit apporte une précision dont il faut tenir compte U

Au viii des calendes d’octobre (24 septembre), à la fin de la liste des saints, l’auteur du manuscrit a écrit ces mots : Item , sancti Solemnis , episcopi. Gel évêque n’est point cité dans Usuard, et l’addition faite par le copiste de notre Martyrologe, sans doute d’après les traditions locales, prouve que la fête de saint Solemne était déjà célébrée le 24 septembre avant le XIe siècle. Depuis longtemps, on l’a, comme pour les évêques nommés plus haut, rejetée au lendemain, 25 septembre, et on la célèbre encore à cette date aujourd’hui : c’est peut-être à cause de la fête de la Conception de saint Jean-Baptiste qu’on l’a ainsi transférée. Il faut remarquer que l’on ne parle point ici des relations de Solemne avec Clovis : d’autres Martyrologes pourtant, qui se sont inspirés de sa légende, affirment qu’il fut l’un des catéchistes de Clovis et même qu’il le baptisa avec 370 hommes de sa noblesse. Le silence de notre manuscrit sur ce point peut faire supposer que la légende de saint Solemne est postérieure, el que les Bénédictins ( Ilist. litt. VIL 607) ont eu raison de la regarder comme une œuvre des dernières années du XIe siècle.

Aux nones d’octobre (7 octobre), on lit: Civilate Carnotis, inventif) corporis sancti Caletrici, ipsius civitatis episcopi. C’est l’ Invention du corps de saint Calé trie, laquelle n’est pas mentionnée par Usuard: mais elle se trouve à la même date du 7 octobre dans le Martyrologe n° 28 de la Bibliothèque de Chartres. De nos jours, elle a été reportée au 8 octobre, à cause de la fête de saint Serge et saint Bâche qui tombe le 7 1 2. Quelques historiens chartrains ont commis la même erreur

1 Fisquet, dans sa traduction du Gallia. christiana , dit que le Martyrologe de Chartres fait mention de saint Béthaire au 2 février ; nous n’avons rien trouvé qui justifiât cette assertion.

2 Saint Calétric, avait été enterre dans la chapelle de l’Evêché , dédiée alors à

DU XIe SIECLE

pour saint Calétric que pour saint Lubin : ils ont indûment placé, d’après les Bréviaires, le jour de sa mort au 7 octobre, jour de son invention. En réalité, Calétric mourut le 4 septembre. L’erreur que nous signalons est déjà fort ancienne. On sait qu’en 1703, lorsque l’on démolit la chapelle de Saint-Nicolas, anciennement de Saint- Serge-et-Saint-Bache , qui était à l’entrée de l’Evêché, on a retrouvé sous le maître-autel le sarcophage de saint Calétric. D. Mabillon et le chanoine Estienne échangèrent alors sur cette importante découverte archéologique une correspondance intéressante, dont les pièces sont conservées à la Bibliothèque de Chartres et aux Archives départementales d’Eure-et-Loir1. On lit sur le couvercle du sarcophage une antique inscription du VIe siècle qui lixe la mort de Calétric au 4 septembre : Pridie nouas sepiembris vitam transportavit in coelis. L’inscription a été grattée, et on lui a substitué, à coups de ciseaux, ces mots : Nouas octobris vitam transportavit in coelis. Cette prétendue correction dut être faite peu après l’Invention signalée par notre Martyrologe : celui-ci en effet n’indique pas de fête pour le 4 septembre, jour de la mort de saint Calétric; on n’en célébrait donc déjà point : on avait déjà décidé de la joindre à celle de l’Invention et de regarder le jour de la découverte des reliques comme celui de la mort. C’est ainsi qu’on agit plus tard pour saint Aignan, et nous avons vu qu’on avait fait de même pour saint Lubin.

Deux autres évêques sont encore cités dans notre Martyrologe, mais leurs noms ne furent pas conservés dans les Martyrologes char-

saint Serge. et saint Bâche. Ce fut là qu’on découvrit son corps antérieurement à 1028, puisque cette invention est relatée dans notre manuscrit. Nous devons faire remarquer que le 7 octobre, jour où l’on lixa la découverte du corps du saint évêque, est précisément le jour où l’on célébrait la fête de saint Serge et saint Bâche, patrons de la chapelle où reposait Calétric. Il y a là une coïncidence singulière, que nous laissons à d’autres le soin d’expliquer.

' Ce sarcophage ne fut pas détruit ; il est actuellement déposé dans une des chapelles de la crypte de la cathédrale de Chartres.

UN MANUSCRIT C H ARTRAIN

trains postérieurs, et l’un de ces prélats seulement a reçu, et encore dans ces derniers temps, le titre de saint.

Ces pontifes sont Rodolphe, successeur d'Eudes comme évêque de Chartres (1004-1006) , et saint Fulbert, qui siég*ea après lui de 1006 à 1028. Le premier. Rodolphe, est mentionné en ces termes, le jour des ides de juillet (15 juillet) : Eadem die, obiit Hodulfus episcopus, ecclesiusticae disciplinae cultor admodum strenuus , et rerum fratrum instructor sednlus tutorque ferventissimus , omni morurn honestate preclarus. Cette notice a été ajoutée par une main différente, mais contemporaine de celle qui a copié tout le manuscrit, par conséquent très peu de temps après la mort de Rodolphe. Faut-il conclure de son inscription au Martyrologe après les saints des ides de juillet que l’on regardait alors cet évêque lui-même comme un saint? C’est probable : on n’ajoutait pas à la légère des noms nouveaux au catalogue officiel d’une église ; l’Evêque et le Chapitre n’auraient pas toléré qu'un simple écrivain imposât à la vénération de tous un personnage qui, de l'opinion de tous, ne l’aurait pas mérité. D’ailleurs, il y avait un espace blanc et libre au Nécrologe sous la date des ides de juillet, et rien n’empêchait d’y transcrire la notice que nous venons de citer, si l’on n’avait eu une raison particulière de la mettre en meilleure place. 11 est vraisemblable que ce fut Fulbert, ami de Rodolphe, sous les yeux de qui le manuscrit fut exécuté, qui ménagea cette gloire à son prédécesseur. La même notice fut encore insérée dans un autre Martyrologe chartrain copié sur le nôtre : il est vrai qu’ensuite on la passa sous silence *, mais ce fait s’est présenté pour un autre de nos prélats. Ainsi Gislebert fut inscrit, dans le Martyrologe n° 150 de la Bibliothèque de Chartres, au iii des nones de janvier, en ces termes : Ipsu die, obitus dornini Gisleberti, episcopi Carnotensis ; mais nul autre Martyrologe, pas même celui que nous étudions, ne lui a fait cet honneur.

1 A partir du XIIe siècle, cette notice ne fut plus inscrite au Martyrologe, mais on la reproduisit textuellement dans tous les Nécrologes du Chapitre.

DU XI" SIECLE

Quoi qu'il en soit de Rodolphe, et si l’on peut mettre en doute que son insertion passagère dans notre Martyrologe équivaille à une canonisation, depuis tombée dans l’oubli, il en va tout autrement pour Fulbert. Il est évident que l’intention de ses contemporains, en intercalant son obit dans le Martyrologe, était de le proclamer saint. Ils ne l’ont point ajouté à la suite des saints du 10 avril, jour de sa mort, parce que le manuscrit était déjà copié en entier : ils ont, sans crainte de couper le texte, inséré plusieurs folios consacrés à sa glorification ou plutôt à sa béatification. De ces folios additionnels il en reste deux : dans l’étude qui leur sera spécialement consacrée, nous examinerons s il y en avait un plus grand nombre et combien. Qu’il nous suffise ici de remarquer que le premier de ces folios est tout entier consacré à Y obit de Fulbert, tandis que le second est occupé par une grande miniature représentant Fulbert prêchant son peuple dans sa Cathédrale. Nous étudierons cette miniature et ce texte au point de vue archéologique, nous ne les considérons ici qu’au point de vue hagiographique. Tout prouve que les auteurs de cette pompeuse insertion ont voulu ranger l’illustre Fulbert parmi les saints. Ces auteurs on les connaît : Sigon, l’un des disciples chéris de Fulbert, et André de Mici, qui, sous la direction de Sigon, exécuta les miniatures. Deux vers latins qui suivent le texte de I obit les nomment tous deux expressément. Ce n’est pas sans un dessein bien prémédité que Sigon, pénétré de vénération pour son glorieux maître, lui consacra ce tumulus (c’est ainsi qu’on appelait les élog*es funèbres), et surtout qu’il l’intercala dans le Nécrologe, à la date même du 10 avril, jour de la mort de Fulbert. Les premiers mots de J obit : Hnc die migravit ad Dominum bonus pater , ressemblent aux premiers mots des notices des saints. Il y a là une trace de culte indubitable, et ce qui la rend plus importante, presque contemporaine. Les Bollandistes n’en demandent pas plus pour insérer dans leurs Acta les personnages morts en odeur de sainteté.

Notre manuscrit nous donne donc les premiers titres et les plus

importants pour accoler au nom de Fulbert l’épithète de saint. Ges titres jusqu’ici on les ignorait, et c’est pourquoi on lui contestait toujours cette qualité : désormais on devra, ce nous semble, la lui accorder sans hésiter.

Ce fait de la sainteté de Fulbert, si évidemment proclamé par Sigon dans notre manuscrit , a rencontré d autres témoins, et de très anciens aussi. La plupart de ses disciples en parlaient comme d’un saint après sa mort L La tradition populaire lui prêtait des miracles à son lit de mort, et assurait que, dans une maladie, la sainte Vierge l’avait visité et nourri de son lait divin. A Poitiers, où il avait été trésorier de Légalise Saint-Hilaire, sa mémoire était vénérée encore au XIIe siècle. A cette époque, on le peignit avec le nimbe autour de la tête sur l’une des fenêtres de l'église Saint-Hilaire. Ce portrait si curieux a été découvert en 1873 1 2.

Plus tard la réputation de science de Fulbert éclipsa légèrement son renom de sainteté, mais sans jamais le détruire. On ne porta plus son nom dans les Martyrologes et dans les calendriers des Missels: on ne fit plus sa fête; néanmoins on ne l’oubliait pas; on s’obstinait à lui attribuer, par une erreur qu’implique en partie la vénération dont il était l’objet, la construction de la cathédrale actuelle comme celle de la crypte. Enfin, vers le milieu du XVIIe siècle, on lui rendit quelques traces de culte. Mgr de Neufville le représente au frontispice de son Missel avec ces mots sanctus Fulbertus , cependant que Mgr de la Rochepozay, fidèle à la tradition de l’église de Poitiers, insérait le nom de notre prélat dans les litanies du diocèse poitevin, et que le bréviaire de cette église le fêtait au 10 avril. De nos jours, sur la demande de M. l'abbé Pie, plus tard évêque de Poitiers et

1 Déjà, de son vivant, Bernard d’Angers lui dédiait son récit des miracles de sainte Foy, dans ces termes : Sanctissimo atque liominum doctissimo , Carnoteno Fulberto.

2 Voir Un portrait de Fulbert au XIF siècle , par Ad. Lecocq. ( Mém . de la Soc. Arch. d' Eure-et-Loir , tome VI).

DU XIe SIECLE

cardinal , Rome accorda au diocèse de Chartres la permission de célébrer sa fête également au 10 avril; plus tard on lui dédia dans la crypte une chapelle et un autel dont l’évêque de Poitiers fît les frais. C’est ainsi que le culle, rendu à ce savant pontife par Sig’on d’abord, a trouvé enfin son épanouissement et sa consécration officielle après neuf siècles.

Des évêques venons aux saints locaux nommés dans notre Martyrologe.

Il en est un qui, dès l'abord, attire notre attention, c’est saint Prest. Au vu des calendes de juin (20 mai), on lit ces lignes, empruntées d’ailleurs par le copiste chartrain au Martyrologe d’Usuard : Territorio Autissioclorensi, passio sancti Prisci, cum ingenti multitudine; puis, au xvn des calendes de novembre (16 octobre), se trouve cette nouvelle mention. ajoutée au texte du moine de Saint-Germain-des-Prés par la même main qui a écrit tout le manuscrit : Carnotis, natalis sancti Prisci , martiris , super fluvium Audurae. Dans un endroit comme dans l’autre, il s’agit d’un saint Prest, martyr; mais est-ce le même personnage? Jusqu’à présent, on l'a toujours pensé. Mgr Pie, dans sa Notice sur saint Prest 1 , dom Viole, au XVIIe siècle, dans son étude sur le même sujet ', les historiens locaux comme Souehet, les bréviaires et les légendaires chartrains depuis le milieu du XIIe siècle ont identifié le saint Prest d’Auxerre et celui des rives de l’Eure.

On a raconté que ce saint avait été martyrisé sous Aurélien, dans le territoire d’Auxerre, et que plus tard, au VIe siècle, une grande

1 Office pour la fête cle saint Prest , martyr, précédé d’une notice historique sur ses reliques et celles de ses compagnons. Chartres, Garnier, 1841, in-12.

2 On conserve aux Archives d’Eure-et-Loir (G. 442) un manuscrit autographe de D. Viole , ainsi intitulé : Le célèbre et insigne martyre de saint Prest et de ses compagnons au diocèse d'Auxerre , et les diverses translations de leurs saintes reliques , recueilli par D. G. Viole , religieux de la congrégation de Saint-Maur.

UN MANUSCRIT C H A R T R A I N

partie de ses reliques avaient été transférées, pour être soustraites aux guerres de l’Auxerrois, dans le pays cliartrain, et qu’elles avaient été apportées près de Chartres dans un village assis sur les bords de l’Eure. D’après la légende généralement adoptée, saint Prest lui-même aurait apparu en songe à l’évêque de Chartres, Ethère, et l’aurait informé de l’arrivée de ses reliques et de son désir qu’on lui construisît un oratoire dans le lieu où les religieux d’Auxerre les avaient déposées. On présumait que cette translation s’était faite le 16 octobre, tandis que le martyre avait eu lieu le 26 mai. et on expliquait ainsi pourquoi la dernière de ces dates était fêtée à Auxerre alors que la première l’était à Chartres.

La légende sur laquelle est basée cette identification n’a pas laissé de trace dans notre Martyrologe. En effet, les deux mentions hagiographiques ne font pas allusion l’une à l’autre, chose étonnante et difficilement explicable si elles concernent le même saint. Dans cette hypothèse, la seconde au moins, qui ne se trouve pas dans Usuard et qui a été ajoutée par le copiste chartrain, devrait se référer à la première. Il n’en est pas ainsi : au contraire, toutes deux sont conçues comme si elles visaient des personnes différentes. Au 26 mai, Usuard a écrit passio sancti Prisai ; au 16 octobre, ou l’on devrait lire d’après la légende translatin sancti Prisai , on trouve natalis sancti Prisci martyris , c’est-à-dire une fête semblable à l’autre 1 . On appelait indifféremment natalis ou passio le jour où un saint était monté au ciel par le martyre : si donc nous rencontrons à une date passio sancti Prisci et à une autre natalis sancti Prisci martyris, c’est, qu 'apparemment, il ne s’agit pas du même saint et, que. au lieu d’un seul saint Prest, il y en a deux.

Les circonstances de lieu confirment cette conjecture. Le premier texte dit clairement qu’un saint Prest fut martyrisé dans le territoire

1 La même leçon Carnotis, natalis sancti Prisci martyris se retrouve encore , au commencement du XIIe siècle, à la date du 16 octobre, dans un Martyrologe provenant de l’abbaye de Josaphatprès Chartres (Bibl. nat., ms. lat. 10 104).

DU XIe SIECLE

d'Auxerre avec une grande multitude : le second dit non moins clairement, qu’un saint Prest mourut à Chartres ou dans le pays chartrain, sur la rivière d’Eure ; du moins il nous semble qu’on ne peut donner un autre sens à cette phrase : Carnotis, natalis sancti Prisci , martyris, super fluvium Audurae. En tout cas, on ne peut voir ici la translation à Chartres d’un saint martyrisé à Auxerre.

Que conclure de ces deux mentions si disparates? C’est qu’au XIe siècle on n'identitiaiL pas encore les deux saints Prest : le dernier était regardé comme indigène, mais il n’avait point d’histoire; on ne savait rien sur lui, sinon peut-être que saint Ethère avait eu révélation du lieu ou étaient ses reliques, comme le dit la première partie de la Vieille chronique. Au contraire, on possédait une grande légende sur saint Prest d’Auxerre. Quoi de plus naturel que de prêter au premier l’histoire du second et de supposer que le même saint Prest martyrisé à Auxerre avait été transporté sous Ethère dans un village situé près de l’Eure et non loin de Chartres? C’est ce que tirent les légendaires postérieurs à notre Martyrologe , tandis que ceux qui lui sont antérieurs, quand ils racontent l’histoire de saint Prest et de ses compagnons, se taisent sur leur translation dans notre pays.

D’ailleurs, les récits de la translation d’Auxerre à Chartres, qui ne se trouvent, disons-le en passant, que dans les bréviaires chartrains, présentent une confusion qui accuse chez leurs auteurs une grande ignorance b Est-ce saint Eman ou saint Ethère qui eut révélation du lieu où étaient les reliques de saint. Prest? Est-ce saint Prest ou l’un de ses compag’nons qui apparut au pontife chartrain? Souche! lui-même s’est rendu compte de l’obscurité de ces récits. Il déclare (tom. I, p. 411) ne pouvoir en une chose si obscure découvrir la vérité, et n’accorde qu’une médiocre autorité aux légendes qui identifient notre saint Prest

1 Le plus ancien de ces récits se lit dans le manuscrit 364 de la Bibliothèque de Chartres. 11 paraît avoir été composé vers la fin du XIIIe siècle. Son auteur s’est inspiré de la légende auxerroise, où il est raconté que le lieu dans lequel se trouvaient les reliques de saint Prest d’Auxerre, fut miraculeusement révélé à l’évèque saint Germain.

UN MANUSCRIT CH ARTRAIN

avec celui d’Auxerre. Nous ferons comme lui; nous aimons mieux nous en rapporter à notre Martyrologe, d’après lequel saint Prest de Chartres est différent de saint Prest d’Auxerre, ce qui enlève à notre saint toute histoire, mais nous donne un saint local de plus. C’est un résultat assez intéressant pour l’hagiographie chartraine.

Notre Martyrologe contient encore les noms de deux autres saints chartrains, saint Eman et sainte Soline, qui ne sont pas cités par Usuard.

Le premier est inscrit au xvii des kalendes de juin (16 mai), en ces termes : In terri torio Carnotensi, natalis sancti Emani, martyris. On ne dit point le lieu où il fut martyrisé (on sait que ce fut près d’Illiers), et l’on ne mentionne pas la translation de ses reliques. Cette dernière omission du Martyrologe pourrait faire croire que le corps de saint Eman ne fut transporté à Chartres qu’après le XIe siècle. D’ailleurs la légende primitive de ce saint ne parlait pas non plus de cette translation ; c’est un auteur postérieur qui l’a racontée dans un alinéa ajouté à la passion.

Sainte Soline est signalée le xvi des kalendes de novembre (17 octobre) : Carnotis, sanctae Solinae , virginis. On la fête encore en ce jour à Chartres, dans Légalise de Saint-Pierre, qui revendique l’honneur de posséder quelques-unes de ses reliques. C’est une sainte que son nom et sa légende rendent bien gracieuse. Soline serait venue de Poitiers dans toute la fleur de sa jeunesse et de sa virginité et aurait cueilli la palme du martyre dans le pays chartrain. Son culte en effet se retrouve très anciennement dans les monastères de Saint- Llilaire de Poitiers et de Saint-Père de Chartres. Dans l'abbaye de Saint-Père, on célébrait plusieurs fêtes en son honneur. Il y en avait une, le 3 mars, à l’anniversaire du retour de ses reliques d’Auxerre 1 ;

1 Les moines de Saint-Père, au temps des invasions normandes , s’étaient réfugiés dans l’abbaye de Saint-Germain d’Auxerre, emportant avec eux les reliques de sainte Soline.

une autre, le 27 août, à l’occasion d’une seconde translation1 ; enfin la troisième, le 17 octobre, jour où la sainte était morte.

Il n’existe, à la Bibliothèque de Chartres, aucun manuscrit contenant une ancienne passio de sainte Sol i ne : sa lég’ende ne se rencontre que dans un projet de Bréviaire fait en 1741 et dans un kalendarium vêtus auquel on travailla en 1477 et en 1603. Ces manuscrits renferment sur la vie de sainte Soline des récits remplis de fictions et de contradictions.

L’ég’lise de Poitiers n’est pas plus riche que celle de Chartres en documents primitifs, en traditions précises sur l'origine et la mort de notre sainte. Il n’y a rien de plus ancien sur elle que la simple mention de notre Martyrologe. Or, qu’on le remarque, il n’y est point dit que Soline fût originaire de Poitiers ni qu’elle eût été martyrisée à Chartres.

L’abbé Hénault, dans ses Origines chrétiennes , p. 414, signale un Martyrologe de l’abbaye de Saint-Père (Bibl. connu, de Chartres, n° 52), qui daterait du XIe siècle et qui donnerait à sainte Soline le titre de vierge et martyre. Cette assertion est erronée. Le manuscrit 52 de Chartres est du XIIIe siècle, et il s’exprime ainsi au 17 octobre:

| Natalis] sancte Soline , virginis. Un Martyrologe plus ancien, qui est du XIIe siècle, attribue, il est vrai, à Soline, le titre de vierge et martyre , mais le mot martyris a été certainement ajouté par une main plus récente.

Il semblerait donc que ce n’est qu’à partir du XIIIe siècle environ que l’on a parlé du martyre de sainte Soline à Chartres : encore s’eston contenté de l’indiquer. Ce n’est qu’en 1741 qu’un moine de Saint- Père, chargé de faire un office nouveau de sainte Soline pour son abbaye, lui a composé une légende, sans référence au passé et sans autorité. Et ce que nous disons de son martyre pourrait se dire aussi

1 On lit dans un manuscrit de l’abbaye de Saint-Père du XIIIe siècle, à la date du 27 août : Translatif) corporis sancte Soline et sanctorum quorum reliquie in veteri cassa continebantur (Bibl. comm. de Chartres, mss. 165).

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de son origine poitevine, qui n’est affirmée par aucun document authentique.

Notre Martyrologe ne cite plus comme saint, local inconnu à Usuard que saint Dié, abbé du territoire de Blois, fêté le 24 avril dès lors comme aujourd’hui : vm kal. maii, in territorio Blesensi, natalis beati Deodati , abbatis et levile.

On n’y rencontre point saint Aventin au 4 février, sainte Monégonde, veuve, au 3 juillet, saint Piaf de Tournai, au 3 octobre, saint Lucain au 30 octobre, saint Aignan au 10 juin et au 7 décembre. Cette omission s’explique pour saint Aignan, dont on ne fêta jamais le décès, mais les translations; or toutes ses translations sont du XIIe et, du XIIIe siècle 1 , par conséquent postérieures à notre manuscrit. Elle s’explique aussi pour saint Piat, qui était étranger au pays chartrain : dès le début du XP siècle, ses reliques étaient déjà sans doute à Chartres, mais on put les vénérer longtemps avant de leur consacrer une fête spéciale.

L’omission de saint Aventin, qui fut évêque de Chartres au YP siècle, est plus surprenante; mais elle donne lieu à une remarque importante. Le Marty rologe d’Usuard, au 4 février, au jour même où l’on a fixé depuis longtemps la fête de saint Aventin de Chartres, indique le natalis d’un saint Aventin de Troyes : Trecas, sancti Aventini, episcopi et confessons. Usuard donne à ce saint le titre d’évêque, bien que ce fût un simple solitaire. N’est-il pas à croire qu’Usuard et ses copistes, surtout les chartrains, ont confondu deux saints homonymes ?

Saint Lucain et sainte Monégonde étaient peut-être tous deux considérés comme appartenant à d’autres provinces. Pour sainte Monégonde, c’est évident : cette pieuse veuve alla de Chartres à Tours et mourut près du tombeau de saint Martin. Quant à saint Lucain, on

1 Gf. Abbé Glerval, Translationes S. Aniani annis 1136 et 126ri factae (Anal. Bollandiana, t. VII, p. 321).

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ne sait presque rien de sa vie, sa légende n’a pas grande valeur, et il n’est même pas sûr qu’il soit mort, comme on le dit, à Loigny.

Les autres saints locaux, tels que saint Béat au 9 mai, saint Clieron au 28 du même mois, saint Taurin, évêque d’Evreux, au 1 1 août, saint Avit, abbé, au 17 juin, avaient déjà leur place dans le grand Martvrolog’e d’Usuard. Pourquoi avaient-ils cet honneur tandis que les autres furent ajoutés postérieurement dans les Marty rologes chartrains? Est-ce à dire que les uns étaient l’objet d’un culte avant Usuard, tandis que les autres n’auraient été vénérés qu’après lui ? Evidemment ce n’est point là le motif de cette différence. Presque tous ceux qui se trouvent dans notre Martyrologe sans être dans celui d’Usuard sont des saints très célèbres dans le diocèse de Chartres, et devaient être inscrits dans les plus anciens catalogues à l’usage de ce diocèse. Mais ces catalogues, le moine de Saint-Germain ne les a sans doute pas connus, et il n’aura cité que les saints chartrains dont le culte était répandu dans toute la France.

Avant de terminer cette étude hagiographique, signalons une fête de la Dédicace de la Cathédrale de Chartres indiquée dans notre Martyrologe. A la marge du xvi des kalendes de novembre (17 octobre), on lit ces mots, un peu mutilés par le couteau du relieur, mais que nous restituons à l’aide du manuscrit 28 de la Bibliothèque de Chartres, copié sur le nôtre : Apucl Car [nutum ], dedicatio [basiiicae] in memori[am beatissi \mae Mar \ iae] matris [Dei et\ domini nostri. Cette addition est de quelques années seulement postérieure à l’époque où fut, écrit notre manuscrit. On sait donc qu’elle ne vise point la cathédrale actuelle de Chartres, mais celle qui la précéda. Ce fut l’évêque Thierry qui, le 17 octobre 1037, fit la dédicace de ce monument1. On célèbre encore l’anniversaire de la dédicace de la cathédrale de Chartres le 17 octobre. Est-ce un souvenir de la cérémonie qui eut lieu en 1037? ou de celle

1 An no MXXXVII , dedicatio sanctae matris ecclesiæ Carnotensis ; facta est xvi kalendas novembris ( Chronic . Andegavense , D. Bouquet, XI, 29).

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qui se fit plus tard, en 1260, pour la cathédrale actuelle? C'est, la commémoration de l’une et de l’autre.

On dit ordinairement que la cathédrale actuelle fut dédiée le 17 octobre 1260. Il y a là une erreur: la bulle d’indulgences du pape Alexandre IV délivrée à cette occasion nous donne une date certaine : Omnibus ad if sam ecclesiam accedentibus proxima die dominica post festum beati Lacœ, qua dedicabitur '. C’est donc le 24 octobre 1260 qu’eut lieu la dédicace de la cathédrale du XIIIe siècle, et, pour ne rien changer aux anciens usages, on aura fêté les deux dédicaces le même jour. — Quant à la dédicace de la cathédrale qui précéda celle de Fulbert, notre Martyrologe n’en parle pas; mais le manuscrit n° 150 de la Bibliothèque de Chartres, qui date du commencement du XIIe siècle, nous apprend qu’elle eut lieu le 13 mai.

En somme, nous avons trouvé de curieux renseignements hagiographiques dans le manuscrit de Saint-Etienne. Ce que nous en avons tiré au sujet de saint Lubin, saint Calétric, saint Fulbert, saint Brest, sainte Soline, jette un jour nouveau sur l’histoire religieuse de la contrée chartraine et méritait, croyons-nous, d’être signalé.

1 Bulle du 23 mars 1260. Gali. christ., t. vm, Instr., col. 370.

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