LAUDES
ire Ant. — Dominum, semper et ubique regnantem, in sancto suo Egidio mirificum predicemus.
DU XIe SIECLE
2me Ant. — Jubilemus Deo gratulantibus animis, qui patronum nostrum Egidium decoravit gratia sanctitatis.
3me Ant. — Deus, ut tandem nos vigilantes invenias, cari tui Egidii nobis mérita sufragentur.
4me Ant. — Benedictus sit universalis Dominus, quem beatus nobiscum benedicit Egidius.
5'ne Ant. — Laus jocunda resonet Deo vivo et vero, in sancti sui Egidii miraculis glorioso.
Ant. à Benedictus. — Sancte confessor et patrone noster, Egidi, pro cujus meritis Deum gloriiîcamus, apud ilium pro nobis te intercedere sentiamus.
IIes VÊPRES
Ant. à Magnificat. — Benedicimus te, clementissime Deus, qui diem festum beati Egidii in laudem tuam nobis expendere tribuisti, teque suppliciter exoramus ut sanctis tuis quibus honorificentiam exibemus virtute ac premio sociari mereamur.
Après avoir édité le texte du manuscrit de Saint-Etienne, nous publions, ainsi que nous l’avons précédemment annoncé, deux répons additionnels, jusqu’à présent inédits, qui se lisent sur les feuillets de g*arde du manuscrit n° 71 de la Bibliothèque communale de Chartres, feuillets dont l’écriture et la notation musicale sont de la même époque ([ue celles du manuscrit de Saint-Etienne1. Le premier de ces répons précède le répons Mirabile , l’autre le suit :
Rcp. — Tune exilium suum heremique solitudinem, velut paradisum, amplectens, soli Deo totis animæ viribus adhærebat, — fi. ac si, jam corporeis nexibus subtilissimus contemplator adsisteret.
' D’autres manuscifits chartrains, en particulier deux Bréviaires de Saint-Père, nos 554 et 564, qui ont l’office monastique, donnent douze répons, au lieu de neuf; mais dans ces manuscrits les trois répons complémentaires sont empruntés au Commun.
UN MANUSCRIT C H A R T R A I N
Rép. — Interea, sic volente Deo, cuidam principi revelatur ad multorum salutem, qui per ejus consilium Christo Deo non parva sui fundi spatia consecravit, — ÿ. doctus magistro, non talis inexperto commercii, pro terrenis cœlestia commutare.
Les antiennes des Vêpres qui suivent ne se trouvent que dans le Bréviaire de Bruges ; nos manuscrits chartrains n’en ont pas de spéciales. Il est certain que ces cinq antiennes ne faisaient pas primitivement partie de l'office de saint Gilles : leur forme métrique et le style obscur dans lequel elles sont conçues les distinguent nettement du reste de l’œuvre du XIe siècle.
Ant. — Orbita præsentat Solaris gaudia festa Egidii nobis abbatis gaudeat orbis.
Ant. — Exsultans ora, plebs, Christum laude sonora,
Egidium recolens et ei tua vota reponens.
Ant. — Protégé nos servos, hostes removendo protervos,
Daque frui vita qua vivis, jam nece victa.
Ant. — Veste data mestum tu qui medicatus es egrum,
Nos viciis plenos vacuos dites et egenos.
Ant. — Dirige servorum mentes actusque tuorum Qua vita fungi valeamus et tibi jungi.
Il nous reste maintenant à chercher quel est l’auteur de l’office de saint Gilles. Charles de Villiers, le premier, a attribué cette œuvre à Fulbert, et les autres éditeurs l’ont imité. De Villiers avait sans doute vu le nom de l’évêque de Chartres dans un des manuscrits qu’il avait entre les mains1, et par suite son affirmation a un grand poids. La présence de notre office dans le manuscrit de Saint-Etienne, qui fut
' Outre le manuscrit du collège de Navarre, qui est aujourd’hui conservé à la Bibliothèque nationale, dans le fonds latin, sous le n° 14167, de Villiers s’est servi, pour faire son édition des œuvres de Fulbert, de deux autres manuscrits, dont l’un appartenait à Petau et l’autre à Nicolas Lefèvre. Cf. Fulberti opéra varia, Intr. p. 2.
DU XI' SIECLE
fait du temps de Fulbert, sous ses yeux, par ses disciples, confirme solidement cette opinion. Toutefois, le prélat chartrain n'aurait pas composé l'office tout entier. 11 aurait emprunté le texte des neuf répons, presque mot pour mot, à une Vie de saint Gilles, dont la meilleure édition a été donnée par les Bollandistes dans les Acta sanctorum , à la date du 1er septembre. 11 faut ajouter que cette Vie elle-même a parfois été attribuée à Fulbert : l’auteur anonyme de la Chronique de Molk rapporte en effet que Fulbert composa une Vie de saint Gilles, et le nom du prélat chartrain se rencontre en tête de la Vie dans deux manuscrits; d’une autre part, les Bollandistes affirment qu’ils ont trouvé cette même Vie dans des manuscrits du IXe et du Xe siècle. Si cette affirmation est exacte, Fulbert ne serait pas l’auteur des répons de notre office; mais on ne peut lui refuser le mérite d’avoir composé les antiennes et d'avoir fait le choix intelligent des répons.
Dans le manuscrit de Saint-Etienne, au texte de l’office de saint Gilles, est ajoutée en interlignes une notation musicale, qui fut composée elle aussi au XI0 siècle. Chaque syllabe est surmontée d’une série de notes qu’on désigne sous le nom de Neumes. Nous avons fait voir que Fulbert, s'il n’a pas complètement rédigé, a certainement agencé le texte de l’office; on ne saurait non plus douter, croyonsnous, qu’il ne soit, lui ou l’un de ses disciples, l’auteur du chant destiné à servir d'accompagnement aux antiennes et aux répons.
A Chartres, sous ce grand évêque, on accordait un soin tout particulier à l’exécution des offices divins. Dans une de ses lettres à son maître vénéré, Hildegeire demande si ses condisciples célèbrent mieux que de coutume les Heures canoniales, an melius solito celebrent canonicas ! lovas 1 . Sig-on, un autre élève favori de Fulbert, est signalé dans son obit comme un grand artiste; on l’appelle cantor nominatissimus : il n’avait pas son pareil en musique, dit Adelmann, singularis organali
1 Fulberti opéra varia, f° 114 v°.
regnabat in musica. Arnoul, l'un des amis de Sigon à l’école de Chartres, et l’un de ses successeurs comme chantre, était si estimé au point de vue du chant qu’on lui fit noter l’office de saint Ëvroul, et que deux moines de l’abbaye de Saint-Evroul , en Normandie, furent envoyés à Chartres pour en apprendre les mélodies de sa bouche : c’est Orderic Vital qui rapporte ce trait. D'autres Chartrains étaient encore versés dans le plain-chant, et l’on a pu dire que le fameux François de Cologne, le premier qui fit un traité sur le Canins mensurabilis , appartenait à notre école.
Mais le plus habile en cet art était encore Fulbert lui-même. Guillaume de Malmesbury dit qu’il rehaussait sa cathédrale d’harmonies mélodieuses, musicis modulationïbus crebro extulit , et qu’il fît des chants vraiment célestes, cantus cœlestia vota sonantes. Il composa, avec le roi Kobert, disent quelques-uns, les trois répons célèbres de la Nativité de la sainte Vierge : Stirps Jesse, — Soient justitiœ, — Ad nutum. Quoi de plus vraisemblable que de lui attribuer à lui-même la composition du chant d’un office dont il aurait coordonné le texte? En tout cas, s’il n’en est pas l’auteur, c’est assurément à l’un de ses disciples qu’il faut en reporter l’honneur, et cela nous suffît pour voir en cette page de plain-chant un très curieux spécimen de musique sacrée , composé et chanté à Chartres au commencement du XIe siècle. Elle mérite donc une place d’honneur dans ce travail, d’autant plus qu’elle est absolument inédite. Ce n’est pas souvent que nous avons le plaisir d’unir nos voix à celles de nos pères et de nous représenter avec une parfaite exactitude les accents qu’ils faisaient retentir sous les voûtes de leur cathédrale. Dans un des chapitres précédents, nous avons restitué la structure architecturale du temple bâti par Fulbert, dans celui-ci nous évoquons les voix qui en ont fait tressaillir les échos. Aussi avons-nous cru devoir prendre des photographies de ces neumes antiques et les insérer dans cet ouvrage, certains qu’elles seraient bien accueillies de tous les amateurs.
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