PLAN DE LA CRYPTE DE JL A CATHÉDRALE DE CHARTRES
avec ses diverses transformations
UN MANUSCRIT C II A R T R A I N
voit au point c un fragment d’ancien mur qui s’est conservé et qui marque l’endroit ou se terminait la crypte avant la construction des clochers. Tout ce qui est dessiné en noir sur le plan appartient an XIe siècle.
Si l’on suit ce tracé en lignes noires1 2, on voit que la crypte au XIe siècle se composait de deux galeries latérales D, D’, l’une an nord, l'autre au midi. Ces g’aleries, séparées par un large terre-plain étaient reliées par un déambulatoire E, sur lequel s’ouvraient trois chapelles absidales F, F’ F”. De plus il y avait deux transepts G, G’. — Nous allons décrire plus en détail chacune de ces parties de la crypte du XIe siècle.
Les deux galeries D, D’ ont chacune onze travées, abstraction faite des deux travées b, b\ qui, comme nous l’avons dit, datent du XIIe siècle. Chaque travée est éclairée par une fenêtre cintrée dont le sommet atteint la voûte. En certains endroits le cintre de ces fenêtres a même été surbaissé pour ne pas pénétrer dans la voûte. Cette disposition paraît au premier coup d’œil anormale : elle n’est point
1 Ce tracé que nous donnons de la crypte de Chartres au XI0 siècle a été depuis longtemps reconnu et adopté par les archéologues. C’est celui auquel s’était arrêté Paul Durand, cet érudit si savant et si modeste, qui avait consacré une grande partie de sa vie à étudier jusque dans les moindres détails la cathédrale de Chartres, mais qui a été enlevé à la science avant d’avoir mis au jour toutes les notes qu’il avait réunies. Cf. P. Durand, Monographie de N.-D. de Chartres , collection des Documents inédits, 1881, p. 2 et ssv. — Voir aussi, d’après P. Durand, un plan de la cathédrale, telle qu’elle était avant l’incendie de 1194, dans la Monographie de la cathédrale de Chartres, publiée par la Société archéologique d’Eure-et-Loir, t. I , p. 98.
2 Ce terre-plain est également dessiné en noir sur le plan. C’est un immense massif de terre ou de remblais. Dans la partie semi-circulaire qui termine ce massif, vers l’abside, se trouve en contre-bas de la crypte un caveau connu sous le nom de caveau de Saint-Lubin. Ce caveau, que nous n’avons point figuré sur le plan, servait de martyrium à la cathédrale qui fut incendiée en 1020. Protégé par sa voûte, il ne fut pas endommagé par les flammes; lorsque l’évêque Fulbert réédifia l’église, il conserva cette crypte primitive , dont: l’architecture peut fournir d’utiles renseignements sur l’art de bâtir à l’époque carolingienne.
DU XIe SIECLE
du reste la disposition primitive. Des fouilles pratiquées récemment dans la cathédrale l’ont démontré. Ces fouilles ont mis à jour, en i, i\ deux fenêtres, d’un aspect antique, dont le cintre n’atteint pas les voûtes, et dont la construction, différente de celle des autres fenêtres de la crypte, est toute en pierres alternant avec des briques et séparées par des joints très épais. Il est certain que dans le principe toutes les fenêtres de la crypte étaient semblables à celles-là; mais, par suite de l’élévation progressive des terrains avoisinant la cathédrale, ces baies, qui primitivement avaient été ouvertes au ras du sol , furent après une centaine d’années obstruées en partie par les remblais extérieurs. La crypte étant devenue insuffisamment éclairée, on dut, vers le milieu du XIIe siècle, exhausser toutes les fenêtres, et, pour permettre à la lumière de passer plus abondamment, on les mit dans l’état où on les voit aujourd’hui h D’ailleurs les traces de ce remaniement s’aperçoivent encore en plusieurs endroits.
Chacune des travées des deux paieries D, D’ de la crypte étaient donc à l’orig’ine semblables à celles où se trouvent les fenêtres i, ï.
1 A l’origine et avant qu elles n’eussent été reconstruites au XIIe siècle, les fenêtres de la crypte devaient produire un assez bel effet d’ornementation sur chacune des façades latérales de l’église. En effet, les deux fenêtres primitives récemment découvertes sont d’une construction très soignée dans toutes les parties qui pouvaient être aperçues du dehors. Leur voussure extérieure est entièrement formée par des pierres de petit appareil alternant régulièrement avec des briques de grande dimension. Mais la brique n’est plus employée ici de la même manière qu’aux époques mérovingienne et carolingienne où elle entrait dans toute la construction. On voit qu’au temps où l’on bâtissait nos deux fenêtres, la brique ne servait plus que de simple décoration. La preuve en est qu’elle n’apparaît point dans la voussure intérieure. Il est certain que vues du dehors ces fenêtres devaient rompre par la teinte de leurs briques la monotonie des murs latéraux de l’édifice. Au-dessus de chacune d’elles est un arc plein-cintre formé d’un seul rang de briques; il semble que ce soit comme le prototype de l’archivolte à billettes si communément employé pour décorer les fenêtres dans tout le cours du XIe siècle. Cf. R. Merlet, Dates de la construction clés Cryptes de la Cathédrale de Chartres, Chartres, Garnier, 1892, in-8°.
UN MANUSCRIT C H A R T R A I N
La planche placée ci-dessous représente : i, le profil des tailloirs couronnant les pilastres qui supportent les retombées de la voûte, n, le plan de la fenêtre i , à 1 échelle de 0,03. m, la travée i dans son état actuel, à l’échelle de 0,01.
Le déambulatoire E, qui relie entre elles les g-aleries D, D’, est voûté en berceau; on y pénètre par deux portes A , k’, dont le cintre est formé de claveaux de pierre séparés par de larg’cs joints. Les trois chapelles absidales F, F’, F”, qui s’ouvrent sur ce déambulatoire, sont également couvertes par une voûte en berceau, dont
DU XIe SIECLE
l’extrémité se termine en cul-de-four. Les fenêtres de ces chapelles ont été remaniées et rehaussées au XIIe siècle L
Il reste à parler des deux transepts G, G’. On remarquera dans ces transepts, en L, L\ deux escaliers qui permettent de descendre de l’extérieur dans la crypte. Ges escaliers sont éclairés chacun par une fenêtre m, ni au bas de chacun d’eux est une porte n, n’, donnant accès dans les galeries D, D’. La fenêtre m a été refaite au XIIe siècle ; quant à la fenêtre m elle s’est conservée dans son état primitif. Son ébrasement est pratiqué obliquement dans le mur et était dirigé sur la porte n’, de façon que la lumière venant du dehors frappât directement sur cette porte. L’ébrasement et le cintre de cette fenêtre m’ sont appareillés en pierres taillées grossièrement et dont les joints sont épais. On reconnaît encore ici la marque du XIe siècle, mais il faut noter avec soin que la construction de cette fenêtre se distingue de celle des deux fenêtres i , i’, dont nous parlions tout à l’heure, en ce que la brique n’y a point été employée.
Cette remarque a son importance , car, comme nous allons le voir, les deux transepts G, G’ n’appartiennent point au plan primordial de la crypte. Ils ont été ajoutés lors d’une reconstruction partielle de la cathédrale au XIe siècle.
Le transept G offre actuellement des restes d’architecture de beaucoup d’époques. Il a été maintes fois remanié et transformé, de sorte qu’il y a quelque difficulté à le reconstituer tel qu’il était à l’origine2.
1 Dans la chapelle F on remarque deux fenêtres actuellement bouchées qui appartiennent à la construction primitive. Elle ne furent pas exhaussées au XIIe siècle, parce que dès lors elles étaient sans doute aveuglées par un bâtiment extérieur. On verra plus loin que les deux fenêtres i, i’, que l’on a découvertes récemment, n’ont été conservées dans leur état primitif que grâce à ce qu’elles étaient déjà au XIIe siècle masquées par des perrons conduisant aux porches de l’église supérieure.
2 Nous croyons devoir avertir les archéologues que, par une négligence incompréhensible, le plan de la crypte, qui a été dressé par les soins du Ministère de
Voici comment Paul Durand s’exprimait à ce sujet : « Cet endroit, et » celui qui y correspond du côté du midi, ont subi de tels changements » et de telles modifications, qu’il est fort difficile de se rendre compte » de leur état primitif. Nous en sommes réduit à faire des supposi- » fions, sans pouvoir rien établir de certain. L’examen de ces parties » fait sur place conduit à penser qu’il y avait ici un transept se repro- » duisant à l’étag’e supérieur dans la cathédrale du XIe siècle b » Ce que Paul Durand émet comme une simple hypothèse nous paraît être une certitude. Les parties G, G’ de la crypte, par la place qu’elles occupent et par leur symétrie absolue, correspondent sans aucun doute à deux anciens transepts.
Si l’on se reporte au plan que nous avons donné de la crypte, on remarquera dans le transept G, au point II, un corridor qui fut construit vers l’année 1640 et qui a complètement changé l’aspect de ce lieu. En faisant abstraction de ce corridor ainsi que d’un petit cachot hàti au XIVe siècle dans un des angdes du transept G, on voit que ce transept offrait anciennement le plan ci-contre (n° II).
Ce pian représente l’état de cette partie de la crypte avant l’incendie de 1 194. Les lettres A B G D figurent les quatre points extrêmes du transept. La lettre L représente l’escalier par où l’on descend à la crypte: a b c d sont les quatre angles d’une salle voûtée en berceau; on y pénétrait autrefois par une porte g, qui a été condamnée lorsqu’on construisit la sacristie de la cathédrale à la fin du XIIIe siècle : h, h’, h” sont des fenêtres. La fenêtre h' est aujourd’hui en partie détruite; elle fut transformée en porte à la fin du XIIIe siècle, quand la porte g eut été bouchée. La fenêtre // ” prenait le jour sur la fenêtre li ’ et éclairait la travée T de la crypte. Actuellement cette fenêtre n’existe plus ; elle a servi à faire la porte du corridor qui fut construit en cet endroit
lTnstruction publique [Monographie de la cathédrale de Chartres, planche II). est absolument faux pour toute la partie de la crypte répondant au transept G.
1 Gf. P. Durand, Monographie de la cathédrale de Chartres, p. 7.
DU XIe SIÈCLE
\ers 1640; m est une fenêtre, qui fut démolie après l’incendie de 1194 et dont on voit encore les restes dans l’intérieur de la crypte : E est la li axée de la crypte où se trouve l’autel de la Vierge noire.
Si, de I intérieur de la salle abed , on regarde le mur a b , on constate sur ce mur au point i les traces d’une fenêtre très ancienne que la voûte coupe par le milieu ; de plus un examen attentif montre que le mur ac a été appliqué après coup contre les murs a b et cd. Cette
UN MANUSCRIT CH ART RA IN
salle primitivement devait donc être tout autre qu’elle n’est aujourd’hui. En supposant que la fenêtre i occupât le milieu du mur ba\ on trouve qu’on devait à l’origâne avoir en plan un carré parfait ba’c’d. Toutefois la transformation, que ce lieu aurait subie pour passer du plan carré ba’c’d au plan rectangulaire bacd , daterait d’une époque très reculée; car les vestiges des fenêtres h, h’ , h ”, ainsi que la voûte de la salle nbcd , offrent tous les caractères des constructions du XIe siècle. Nous avons vu précédemment que, dans le courant de ce siècle, la cathédrale de Chartres fut atteinte par deux incendies, l’un arrivé en 1020, l’autre en 1030. La miniature, où André de Mici a représenté la cathédrale construite par Fulbert après l’incendie de 1020, fait voir que cet édifice n’avait point de transepts, mais qu’en la place du transept G, c’est-à-dire à la naissance du déambulatoire, du côté nord, se trouvait un clocher. Dès lors les remaniements apportés au XIe siècle à cette partie de la crypte s’expliquent facilement. Le clocher, qui existait en ba'c’d, du temps de Fulbert, aura été détruit, par l’incendie de 1030, et une partie des fondations de ce clocher auront alors servi à bâtir le transept G. Ce serait donc l’évêque Thierri, qui, après l'incendie de 1030, aurait ajouté à la cathédrale de Fulbert les deux transepts G, G’.
Une autre question se pose maintenant: la crypte de Chartres ainsi réduite est-elle l’œuvre de Fulbert? Nous répondrons d’abord que le clocher ba’c’d , dont nous venons de parler, ne fut sans doute pas édifié par ce prélat. La fenêtre, que nous signalions au point i (plan n° II), est identique par sa construction à plusieurs autres fenêtres qui se voient dans le caveau dit.de Saint-Lubin , sous le chœur de la cathédrale. Or ces fenêtres, ainsi que le caveau de Saint-Lubin tout entier, sont antérieures au XL siècle et datent certainement de l’époque carolingienne1. Il est donc probable que l’incendie de 1020, tout en
1 Voir ce que nous avons dit précédemment sur le caveau de Saint-Lubin, p. GO, note 2.
DU XIe SIECLE
détruisant la cathédrale, avait épargné les clochers qui devaient être bâtis hors-œuvre.
Quant au reste de la crypte, il est constant que c’est l’œuvre même de Fulbert et qu’aucune partie n’en est antérieure à la reconstruction entreprise par ce pontife. En effet les chroniqueurs anciens s’accordent à dire que Fulbert réédifia l'église depuis les fondations, a fundamentis; en outre la crypte, ainsi rendue à son état primitif, offre une unité remarquable dans le mode de sa construction. Enfin, par un singulier hasard, on possède un texte qui fait connaître que Fulbert mit quatre ans (1020-1024) à bâtir sa crypte. Ce laps de temps est considérable, puisque le même évêque n’en employa pas davantage à édifier le reste de la cathédrale (1024-1028); et cela ne peut s’entendre que de la crypte actuelle de Chartres, la plus grande qui soit en France 1 .
\oici, d’après ce qui précède, le plan (n° 111) de la crypte, telle qu’elle fut construite par Fulbert2. Dans ce plan nous avons figuré, près de la façade occidentale, les fondations supposées du second clo-
1 Sur cette question, voir pour plus de détails, R. Merlet, Dates de la construction des cryptes de la cathédrale de Chartres.
2 Ce plan est à l'échelle de rhô-
cher indiqué dans la miniature d’André de Mici. L’égdise de Fulbert mesurait ainsi hors œuvre 108 mètres de longueur sur 35 mètres de
largeur. On voit que, dès le début du XIe siècle, on construisait des basiliques d’une grande importance, puisque ces dimensions sont à peu près celles qu’a aujourd’hui même la cathédrale de Chartres.
Le plan adopté par Fulbert était d’un type qui se rencontre rarement.
Toutefois il existe encore une église qui présente un plan presque identique; c’est la curieuse égdise de Vignory, en Champagne, laquelle date aussi de la première moitié du XIe siècle L
On voit combien ce plan (n° IV) rie l’église de Vignory offre d’analogie avec celui (n° 111) de la cathédrale de Fulbert. Une aussi grande similitude dans le plan de deux édifices religieux construits à la même époque fait présumer que toutes les parties de ces édifices devaient avoir une ég’ale ressemblance. A Chartres comme à Vignory, ce qui caractérise particulièrement chaque basilique, c’est l’absence de transepts et la forme singulière du chevet.
1 L’église de Vignory fut achevée et dédiée entre les années 1050 et 1052. Cf. J. d’Arhaumont, Cartulaire du prieuré de Saint-Etienne de Vignory, p. vn et vin . — Nous avons emprunté le plan de cette église (n° IV) à l’ouvrage d’Alb. Lenoir sur V Architecture monastique.
DU XIe SIÈCLE
Voici le dessin d’une coupe faite sur le chevet de l’église de Vigmory suivant l’axe du monument
On remarquera qu’à Vigmory l’abside voûtée en cul-de-four est éclairée par les fenêtres du déambulatoire. Cette disposition mérite de fixer l’attention.
L’origine de ces allées semi -circulaires, qui entourent l’abside de beaucoup d’ég'lises et qu’on nomme déambulatoires , paraît ne pas être antérieure à l’époque carolingienne 2. Primitivement le chevet des basiliques était formé par une simple abside, c’est-à-dire par un mur en hémicycle, supportant une voûte en cul-de-four. Les autels étaient alors placés à l’intérieur de l’église, au milieu même de la nef et des bascôtés. Le nombre de ces autels avec les siècles alla toujours s’accroissant; ils en vinrent à g*êner la circulation des fidèles. C’est alors qu’on imagina, au IXe siècle semble-t-il, d’édifier tout autour de l’abside une série de chapelles où l’on transporta les autels, et, pour accéder à ces chapelles, on construisit ces allées semi-circulaires ou déambulatoires
{ Ce dessin a été copié sur les excellentes planches de M. Bœswihvald , jointes à la Monographie de l’église de Yignory, publiée dans les Archives cle la Commission des Monuments historiques ( Architecture religieuse, lK partie, Eglises).
2 Cf. R. de Lasteyrie , l’Eglise Saint-Martin de Tours (Extrait des Mémoires de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, t. XXXIV). Paris, 1891, in-4°, p. 18-27.
contournant l’abside. Anciennement l’abside recevait directement par ses fenêtres la lumière du dehors. Mais, quand elle eut été entourée d’un déambulatoire, force fut pour l’éclairer de prendre jour sur ce déambulatoire. C’est cette disposition primitive que nous retrouvons encore dans l'église de Vignory. Plus tard, lorsque les architectes apportèrent plus de hardiesse et de science dans la construction de leurs voûtes, surtout lorsqu’on eut imaginé la voûte sur croisée d’ogives, on ne craignit plus de porter la voûte de l’abside à de grandes hauteurs, et l’on put alors ouvrir, dans le mur même de l’abside, des fenêtres prenant le jour au-dessus du toit du déambulatoire.
La cathédrale de Fulbert qui fut bâtie de 1020 à 1028, à une
époque où l’invention des déambulatoires n’était pas encore, croyons-nous, fort ancienne, devait offrir la même disposition que l’église de Vignory , c’est-àdire que l’abside de celte cathédrale devait être éclairée par les fenêtres du déambulatoire. La miniature d’André de Mici en fournit d’ailleurs la preuve.
Connaissant exactement par le plan de la crypte (n° 111) le plan du chevet de l’église de Fulbert, nous pouvons donner le dessin d’une coupe 1 faite suivant l’axe de ce chevet,
restitué en élévation.
La lettre A désigne la crypte de Fulbert qui subsiste encore. La
1 Celle coupe est à l’échelle de 5'00
DU XIe SIECLE
lettre B marque le niveau du sol extérieur à la crypte 1 . Nous supposons que la disposition des voûtes du déambulatoire dans l’église supérieure était la même que dans la crypte actuelle. La voûte en cul-defour de l’abside était ainsi tout entière contrebutée à sa base par la voûte du déambulatoire. Ce système devait offrir une grande stabilité. Quant à la nef, on sait par les textes qu’elle n’était point alors voûtée, mais qu’elle était couverte par des charpentes apparentes2.
D’après la disposition du chevet, la cathédrale de Fulbert devait offrir à l’extérieur l’aspect que présente le dessin géométral placé cidessous.
Ce dessin est à l’échelle de -p^-. Les dimensions du monument dans le sens de la longueur nous ont été fournies par la crypte encore existante. C’est également la crypte qui nous a indiqué l’emplacement des fenêtres. Quant à la hauteur de l’édifice, nous l’avons calculée
1 Nous n’avons pas figuré clans ce dessin le caveau de Saint-Lubin qui est sous le sanctuaire.
2 Vers l’annéé 1035, le roi Henri Ier fît faire à ses frais un lambris en bois, lacunar, au-dessus de la nef de la cathédrale de Chartres, pour remplacer celui qui avait été brûlé en 1030.
UN MANUSCRIT C II A R T R A I N
d’après les dimensions de la façade occidentale actuelle de la cathédrale de Chartres. On sait en effet que cette façade, reconstruite dans le second quart du XIIe siècle, s’adaptait à la basilique du XIe siècle, dont elle nous a en partie conservé les proportions h
La restitution que nous venons de faire de la basilique de Fulbert est basée en quelque sorte sur les parties de ce monument qui se sont conservées jusqu’à ce jour. Si cette restitution est exacte, elle doit offrir une certaine analogie avec la peinture du même édifice, faite d’après nature par André de Mici, quelque barbare que puisse être cette peinture. Il v a donc intérêt à établir un rapprochement entre notre dessin et celui du XIe siècle, puisque l’exactitude de l’un doit être confirmée par l’autre.
En examinant avec attention la miniature d’André de Mici, on reconnaît que l’artiste, malgré son ignorance profonde des lois de la perspective, s’est efforcé avec le plus grand soin de représenter ce qu’il voyait. Il s’était placé pour faire son dessin vis-à-vis la façade méridionale de l’église, et dans un endroit élevé, comme semblent l’indiquer les lignes fuyantes du toit des clochers. Nous avons également, d’après notre vue géométrale, représenté en perspective la cathédrale de Fulbert, adoptant comme point de vue une situation semblable à celle que paraît avoir choisi André de Mici, c’est-à-dire un point placé vis à vis la façade méridionale de l’église, à une distance de 170 mètres sur la perpendiculaire qui tombe en A (plan n° III, p. 67), et à une élévation de 50 mètres 1 2.
1 Nous avons restitué l’aspect des deux clochers en nous inspirant de la miniature d’André de Mici.
2 Nous avons obtenu cette vue perspective par des procédés géométriques fort simples. Nous n’avons pas choisi le point de vue au hasard. C’était là que s’élevait autrefois le donjon du château des comtes de Chartres, lequel subsistait encore à la fin du siècle dernier. D’après les dessins et les descriptions qui en ont été conservés, ce donjon ressemblait à celui de Deaugency, qui paraît dater de la fin du XIe siècle. D’ailleurs la tour de Chartres avait été bâtie sur l’emplacement d’une tour plus ancienne. On
j-l j~i . j ■ - ! j -i M J - 1 jiJ~D^-Lt-î