I. — Le Comput
Le manuscrit que nous allons étudier a été composé pour le Cliapitre de Notre-Dame de Chartres entre les années 1026 et 1028 : il ne devait comprendre dans le principe que le Martyrolog'e et le Nécrolog-e. qui sont incontestablement l'œuvre du même scribe. La date que nous indiquons ressort de Texamen du Nécrolog-e, où Ton voit, parmi beaucoup d'autres obits des premières années du XI siècle, ceux d'Ebrard. sous-doyen du chapitre de la Cathédrale, mort en 1018, de Hug'ues, archevêque de Tours, mort en 1023, de Tétold, archidiacre et prévôt du chapitre, mort en 1024, et enfin cekii de Richard II. duc de Normandie, mort en 1026. tous écrits de la même main que le manuscrit tout entier, tandis que l'obit de l'évêque de Chartn-s. Fulbert, mort en 1028, celui du roi Kol)ert le Pieux, mort en 1031, celui du comte de Chartres, Eudes II, mort en 1037, etc., etc., ont été ajoutés postérieurement. Nous discuterons d'ailleurs plus en détail, dans la préface de l'Obituaire. les questions relatives à la détermi-
nation des dates auxquelles furent inscrits les divers obits, et de cette discussion résultera d'une manière certaine la date précise que nous avons voulu tout d'abord assig'ner à notre manuscrit.
Le Comput, qui forme aujourd'hui la première partie du volume, paraît avoir été écrit après coup. Les caractères, l'encre elle-même ne ressemblent pas absolument au reste du manuscrit; mais cette différence est peu importante. Le Comput est, sinon de la même main, au moins du même temps, et comme il sert de préface naturelle au Martyrologe et au Nécrologie, il a dû être composé pour les précéder et pour faire partie intég'rante du recueil lui-même.
Le cahier qui le contient ne comprend que six folios, tandis que les autres en ont huit. Le titre manque . le dernier alinéa s'arrête brusquement ; ce cahier a donc été pro])ablement mutilé dans la suite des temps, et doit être incomplet.
D'une manière g'énérale, ce Comput ressemble aux ouvragées similaires, surtout à ceux qui ont été publiés parmi les Opéra dubia du vénérable Bède [Pat. lat., Mig-ne, t. 90, col. 707 et seqq.): il mérite néanmoins d'être étudié avec attention ; car il renferme plusieurs pièces qui paraissent inédites.
On peut le diviser en deux parties :
La première contient cinq recueils de formules pour trouver le jour où tombent les principales fêtes mobiles, et aussi deux tableaux synoptiques résumant ces formules et donnant différentes autres dates astronomiques. — Ces formulaires sont dressés pour fixer l'échéance de la Septuag'ésime , de la Quadrag*ésime , de Pâques, des Rog'ations et delà Pentecôte, dans chacune des 19 années du cvcle de Denis le Petit. Ils comprennent chacun 19 a ers. un pour chaque année : les deux premiers de ces formulaires sont en vers hexamètres, les autres, en vers iambiques ou libres. Deux sont publiés dans les Œuvres de Bède (Patrologie lat., aligne, t. 90, col. 708 et 714); les trois autres nous semblent inédits, entre autres, le premier de tous qui, par suite de mutilations, a perdu son titre, mais qui, à n'en pas douter, indique
la manière de trouver le jour de la Septuag'ésime. Nous le doiuious ici in extenso, pour faciliter les explications qu'il nous faudra développer plus bas.
kal. febr. Procedunt februe quinta sub voce kalende v
XII kal. febr. Assis et inde subit duodenas ipse kalendas i v id. febr. Idibus ast quinis labuntur in ordinc seni vi
IV kal. febr. Quarta kalendarum séries fert signa duorum ii
XV kal. febr. Apparent quini quindenis atque kalendis v VIII id. febr. Nectitur inde trias octonas sempcr et idus m
VII kal. febr. Septenc tangunt bis ternos nempe kalende vi
XVI kal. mar. Stant quarto sene martis deneque kalende nu m non. febr. Nonarum ternis occurrunt denique septem vu X kal. febr. Régula mox dénis succedit juncta triformis m III id. febr. Ternas hinc unus gaudet transire per idus i
II kal. febr. Pridie bis gemini respondent porro kalendis iv
XIII kal. febr. Respice terdenas septem sibi poscere soles vu VI id. febr. Senas ast idus si mox conducere quinos v
V kal. febr. Quine conjectant numeri que constet origo i XVI kal. febr. Ternas hinc denas quadro mirare kalendas ini
non. febr. None depromunt ampactos pace gemellos ii
VIII kal. febr. Octonas contractant denique quinto kalendas v id. febr. Idibus accumbunt tria clauso limite cicli m
Le formulaire qui suit celui-ci se lit tout entier dans Bède; il a pour titre : Terminus XL* Luna secunda ^ et commence parce vers :
VIII kal. mart. Octanas martis cepit lex quinque librorum v
Le troisième est aussi publié (Mig'ue, t. 90, col. 7Û8j. Dans notre manuscrit, il a pour titre : Terminus paschalis, et son premier vei*s est ainsi conçu :
non apr. None aprilis norunt quinos v
4 UN MANUSCRIT CHARÏRAIN
Le quatrième et le cinquième ne se retrouvent pas dans le compuliste ang'lais, et nous les donnerons à la fin de ce chapitre. En tête de l'un on lit ces mots : Hec est ratio vera ad Rogationes inveniendas , luna viyeshna. « Voici le procédé pour trouver les Rog^ations, c'est-à-dire la vino'tième lune. »
En tête du dernier est cet autre titre plus curieux : Hec est ratio vera ad Pentecosten inveniendam , que vohntur usque in finem seculi , Domino adjuvante, ahsque uUo errore, luna quarta : « Voici le procédé pour trouver, sans erreur, avec l'aide de Dieu, jusqu'à la fin du monde, la Pentecôte, ou la quatrième lune. » C'est ce que nous appelons un calendrier perpétuel.
Pourquoi, de ces formulaires, deux seulement subsistent-ils dans Bède, tandis que les autres, bien que sans doute composés très anciennement, ont été nég'lig'és? La raison en est facile à saisir : c'est que les fêtes mobiles de la Septuag^ésime , de la Quadrag'ésime, de Pâques, des liog^ations, de la Pentecôte, se succèdent à des intervalles déterminés et invariables, et qu'en sachant la date de l'une, il suffît d'un calcul bien simple pour trouver les autres. On pouvait donc se contenter d'un ou de deux formulaires, et laisser les autres de côté.
Il nous reste à expliquer le sens de ces formules mnémotechniques, si peu poétiques, bien qu'elles soient en vers. En relisant celles de la Septuag'ésime et les deux autres éditées plus bas, on constate que chacun de ces 19 vers faits pour chacune des années du cycle de 19 ans, renferme deux sortes de nombres. Les premiers sont des dates du mois toujours variables, octonas martis, le viii des kalendes de mars par exemple, et sont appelés des points de départ: les seconds, étant une série de nombres qui, dans ces cinq formulaires, se succèdent invariables et les mêmes, on les appelle, pour ce motif sans doute, des Rég'uliers. Prenons par exemple le troisième formulaire, à l'aide duquel on doit trouver la fête de Pâques. Le premier chiffre indique ce qu'on nonmie le Terme Pascal, c'est-à-dire le jour du mois où tombe chaque année le 14 de la lune qui précède le dimanche auquel la fête de Pâques doit se
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célébrer : le second renferme les Rég'iiliers annuels de la lune, lesquels servaient, avec les concurrents ', à marquer quel Jour de la semaine tombait le premier de la Lune pascale. Avec ces deux indications il était facile de retrouver la date même de Pâques. Connaissant quel jour de la semaine tombait le premier jour de la lune et par suite le quatorzième, il suftisait de compter jusqu'au dimanche suivant pour trouver Pâques lui-même. Et ce qui se faisait pour Pâques se répétait pour les autres fêles. Chaque vers donnait le jour du mois où tombait la lune propre à chaque fête, et permettait, en fournissant le rég'ulier, de déterminer, par l'adjonction du concurrent, le jour de la semaine où tombait la fête elle-même.
Une note répétée plusieurs fois en bas des formulaires nous prouve que tel était bien lusag'e qu'il en fallait faire. « A ces Kég'uliers, diton à propos de la Quadrag-ésime, joigniez les concurrents du mois de mars et vous trouverez la férié de la seconde lune. » A propos de Pâques, on redit encore : « A ces Hég'uliers, ajoutez les concurrents de l'année présente, divisez le tout par 7, et le reste vous indiquera quel jour de la semaine tombe la {jualorzième lune. » D'autres notes intliquent encore dans quel espace de temps se meuvent les différentes fêtes et leurs points de départ.
Mais nous en avons assez dit slu^ cette méthode si difficile et si peu conforme à nos g-oùts modernes.
La première moitié du Comput s'achève par deux tableaux synoptiques, dont l'un renferme les indications fournies par ces formulaires, et
' Voici comment s'exprime l'Art de vérifier les dates au sujet des concurrents : « Les années communes sont composées de 52 semaines et un jour, et les années » bissextiles de 52 semaines et 2 jours. Ce jour, ou ces deux jours surnuméraires, » sont appelés concurrents, parce qu'ils concourent avec le cycle solaire ou qu'ils en » suivent le cours. La première année on compte un concurrent, la seconde 2, la troi- » sième 3, la quatrième 4, la cinquième 6 parce qu'elle est bissextile, la sixième 7, la » septième 1 . . . On recommence après avoir compté 7 parce qu'il n'y a que 7 concur- » renls, autant que de jours dans la semaine. »
dont l'autre donne différents renseignements nouveaux. Ainsi on y voit, pour chaque année du cycle lunaire, — les Epactes ou les jours ({ue Tannée solaire a en plus de l'année lunaire, — le jour de la lune au premier janvier, Iiina in kal. jan.. — les Claves terminonim ou certains nombres de jours qu'il suffisait d'ajouter à des points de départ fixes pour trouver les cinq fêtes liturg-iques (cela se retrouve dans Bède, Mig'ne, col. 717), — le commencement de la lune pascale, incensio lunœ paschalis , qui est marqué dans le Martyrolog-e de Bède. D'ailleurs ces indications sont presque toutes réunies dans un tableau synoptique donné par Bède lui-même sous ce titre : Argumentum descriptionis nmnium terminorum singulis annis decemnovennalis cijcli.
La seconde moitié du Gomput est plus facile à analyser. Ce sont d'abord quatre pag-es consacrées aux années embolismiques : Incipit de ratione lune \n embolismorum; item, de secundo anno embolismi; item de 111° anno... elles se retrouvent mot à mot dans Bède (Mignie, col. 822 j, sous ce titre : Manfredi embolismorum ratio. Quant au reste (f° 5 jusqu'à la fin), on le rencontre ég^alement dans les ouvragées du moine ang'losaxon , du moins quant au sens. On traite dans cette dernière partie des épactes, des concurrents, de l'année bissextile et de quelques autres sujets astronomiques plus cultivés au Moyen -Ag^e que de nos jours. D'ailleurs en voici les principales rubriques :
I)e saltu lune,
Ratio quare dicittir bissextus.
De aepactis hinaribus.
En somme, le Gomput que nous avons sous les yeux est un résumé théorique et pratique assez complet des notions à l'aide desquelles on recherchait les fêtes liturgiques. Peut-être en est-il peu qui renferment autant de formulaires que le notre, et c'est pour cela qu'il est précieux. Pour ne rien omettre d'utile nous publions les deux recueils de vers servant à déterminer la date des Rog-ations et de la Pentecôte.
Hec est ratio vera ad Rosationes invenicndas , luna vigesima.
VI id. maii.
III kal. maii.
XV kal. maii.
non. maii.
VI kal. maii.
id. maii.
iiii non. maii.
X kal. jun.
un id. maii.
kal. maii.
xiii kal. jun.
VII id. maii.
iiii kal. maii.
XVI kal. maii.
II non. maii.
VII kal. maii.
II id. maii.
V non. maii,
XI kal. jun.
Sex idus maii accomodant quinos v
Terne kalende adduntque assim i
Quindene namque fluuntque senos vi
Nonosque maii condunt bini ii
Sene kalende apponunt quinos v
Madia idus assumunt ternos m
Quarto nonarum accubant sene vi
Dene kalende currunt quaternos iv
Quatuor idus proponunt septenos vu
Madias kalende assistunt ternos m
Terne quippe prebeturque assim i
Idus septene producunt quaternos. iv
Quaterne kalende adicunt septem vu
Sexisque dene perficiunt quinos v
Pridie nonis oritur unus i
Septene kalende notant quaternos iv
Pridie idus conspiciunt duos ii
Quinte none afferunt quinos v
Undene ergo excitant ternos m
UN MANUSCRIT GHARTRAIN
Hcc est ratio vera ad Pentecosien inveniendam , que volvitur usqiie in finem seciili. Domino adjuvante, absqiie ullo errore, liina quarta.
viiii kal. jun.
III id. maii.
kal. jun.
XII kal. jun.
VI id. maii. nu kal. jun.
XV kal. jun.
VIII id, jun.
VII kal. jun.
id. maii.
III non. jun.
X kal. jun.
iiii id. maii.
II kal. jun.
XIII kal. jun.
VII id. maii.
V kal. jun.
XVI kal. jun.
non. jun.
Quippe none junii afferunt quinos Terne idus madias egaudent assim Kalendas junii constant senis Duodene kalende junii dipondio Sexis idus maii letantur quinis Quaterne kalende junii tribus Quindene kalende junii sexis Octone idus junii quaternis Septene junii kalendas septenis Idus maii optiment ternos Terne nono junii assim Dene kalende junii quaternos Quarto idus maii capiunt septcnos Pridie kalendas junii quinos Terdene kalende junii assim Septene idus maii amant quaternos Quine kalende junii duos Sexis dene kalende junii quinos None junii explentur tribus