UN MARI DISPONIBLE SABINE
Le charmant homme ! Contez moi ça !
EJIe se rauied et indique un siège à Gaston.
GASTON
Cette nuit donc, après avoir ramené Aérienne à l’hôtel, je cours chez la Valnani où l’on jouait un baccarat d’enfer. Faut-il vous dire?...
SABINE
Que-mon mari s’y trouvait! Sans cela, est-ce que je vous aurais prié... Continuez donc.
GASTON
Il achevait une banque qui ne lui avait pas été favorable ; il n’aVait plus rien devant lui.
SABINE
J’en étais sûre !
GASTON
Qui la prend? demanda-t-il. Moi! fis-je, en m’avançant. Et me voilà au jeu, des cartes plein les mains. Je commence d’abord par perdre.
SABINE
C’est un détail.
GASTON
Vous êtes bien bonne. Puis, je laisse tomber une carte Et, tout en me baissant pour la reprendre, je glisse la photographie dans le jeu avec l’ignoble dextérité d’un grec, et je me remets à perdre.
SABINE
Vous n’aviez pas la veine.
TnÉATRE DES GENS DU MONDE
Il faut croire. Je passe quelques tours... Enfin je retourne une carte... C’était le portrait. Un portrait! m’écriai-je ' le plus naïvement du monde. Le jeu s’arrête. On demande à voir. Sans doute un ami de la Valnani, fait mon voisin de gauche. Voyons donc! voyons donc ! Le portrait circule...
Il arrive bientôt à votre mari.
« SABINE, avec un vif intérêt*
Qu’est-ce qu’ij a dit? Qu’est-ce qu’il a fait?
' GASTON
II a d’abord changé de couleur. II est devenu blanc comme... comme...
SABINE. '
Passez la comparaison.
GASTON
Merci. Puis il s’estlevé précipitamment. La Valnani, qui l’observait, l’entraîna dans un coin du salon . La discussion entre eux fut des plus vives. — Je vous jure que je ne le connais pas, disait-elle. — Je ne vous crois pas, disait-il. — Demeurez ; et s’il se présente, je ne le reçois pas, reprenait-elle. — J’aime mieux m’en aller, reprenait-il .
SABINE
Bref! Il est parti?
GASTON
Comme un trait.
SABINE, avec joie.
Dieu soit loué!
Pour moi qui avais terminé ma mission et perdu tout