‹ Un mari disponible comedie en un acteChapitre 5 sur 7 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

' GASTON

C'est à croire, ma parole d’honneur, que les Parisiennes d’aujourd'hui sont blindées... comme le Solfervno et le Magenta. Quand nous essayons de lutter contre ces vaisseaux de fer, nous autres, pauvres petits bricks de bois et d’étoupe, nous sommes tout de suite désemparés et forcés d’amener notre pavillon. Ah ! notre flotte demande une prompte réorganisation. Ainsi voilà qui est bien convenu! Ma femme est bien mafeirime; seulement elle ne m’appartient plus. Et mon horme n’est plus mon chez moi ; j’y manque d’air; je ne respire plus ; j’étouflfe ! Je prends bien vite mon chapeau, je sors, je vais frapper à une porte que je crois hospitalière. J’arrive ainsi chez madame de Pédrigo, le professeur de ma femme. Il n’y a pas à en douter. Nos relations avec elle datent du commencement de Thiver. J’irais faire visite à madame Burney, à Lady Morton , à la baronne Luzetti , à la comtess^ Nidenoff, je rencontrerais même visage de bois chez toutes ces nouvelles amazones qui ne se croient pas de même race que nous, et qui, moins charitables que leurs illustres devancières, ne nous accordent même pas un jour de compensation! Et d’où viennent-elles, ces ennemies du bonheur des hommes? Elles se recrutent un peu parlouf" sur le glpbe, et elles fondentsur Paris comme une horde de jolies sauvages. La comtesse Nidenoflf nous arrive de Moscou ; la baronne Luzetti, de Turin ; madame Burhey, de New-York ; ma femme, de Poitiers ; et madame de Pédrigo, de... de Charenton. Et voilà les grandes Parisiennes d’aujourd'hui! Ma foi! je n’ai qu’une chose à faire; re-

prendre ma vie de garçon. Mais laquelle? Me redonner le luxe d’une maîtresse ou de deux? Ce ne serait pas dilBcile, grâce aux renseignements obligeants que je tiensde... ma femme. Zaza, Brodequine, Landerneau, la Valnani, voilà, m’a-t-elle dit, ce qu’on rencontre de mieux en ce genre, au bois, aux courses et aux premières représentations, C'est délicieux! Nos femmes d’aujourd’hui connaissent ces demoiselles mieux que nous-mêmes. Plus délicieux encoré ! Elles s’efforcent de leur ressembler en copiant leurs désinvoltures et leurs toilettes excentriques. Sous Louis XIV, les grandes dames fumaient la pipe dans les corps de garde ; plus tard, elle s’encanaillaient à la balle ; aujourd’hui, partout où il est de bon ton de se faire voir, elles jouent à la petite dame. Il y a progrès ; c’est à pouffer de rire! AhI ma femme! ma femme 1 pourquoi estu devenue une Parisienne aussi accoçiplie !... Si je pouvais seulement t’éloigner de madame de Pédrigo, t’arracher à sa funeste influence... Malheureusement, c’est impossible! Comment brouiller deux poules qui n’ont pas le plus petit coq à se disputer? Ah ! c’est au-dessus de mes forces; je n’y parviendrai jamais, jamais

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