‹ Un mari disponible comedie en un acteChapitre 6 sur 7 · GASTON, SABINE · texte numérisé non relu

GASTON, SABINE

SABINE ) entrant p&r la droUo, tine lettre ouverte à la main, ' très. agitée.

Ab, mon ami, quel événement! quel malheur !

Uue robe manquée?

THÉÂTRE DES GENS DU MONDE

SABINE

Pis que cela! M. de Pédrigo...

GASTON

Il s’est battu avec M. de Vosas...

SABINE

Au contraire, mon ami . Sans me prévenir, il est parti ce matin pour Monaco. Voici la lettre que je viens de trouver sur ma toilette .

GASTON

Quoi!.. Si subitement. . .

SABINE

Vous l’aurez trop effrayé avec la photographie de M. de Vosas; il ne se sera cru en sûreté qu’en passant la frontière! Ah ! je ne prévoyais pas cet excès de prudence !

GASTON

Quel inconvénient voyez-vous à ce qu’il soit allé à Monaco?

Vous ne savez donc pas qu'il s’y est ruiné deux fois ! Monaco! Monaco!... mais j’aimerais mieux encore la Valnani !... Me voilà dévalisée comme dans un bois !

GASTON

Pauvre chère Sabine !

SABINE

Ne riez pas ! Au printemps, je n’aurai plus rien à me mettre. Il me faudra prendre une petite couturière à la journée, pour tirer parti de mes vieux chiffons!... Oui, Verdan, je vais en être réduite là, moi qui me faisais habiller chez Couturin, moi qui le comblais de Malaga, son

vin de prédilection, moi qui daignais serrer la main à sa femme et à sa Clle , afin d’être sa cliente préférée. Et qu’est-ce que j’ai fait pour être si cruellement punie, je vous le demande ! Ah ! c’est à douter de la Providence.

GASTON

On en douterait à moins.

Mon ami, mon cher ami, donnez-moi une preuve de votre affection, rendez-moi un service, un tout petit service.

GASTON

Encore une photographie à glisser?

SABINE

Non, ce moyen m’a trop mal réussi. '

GASTON

Quoi donc alors?

SABINE

Partez ce soir pour Monaco.

GASTON

Hein! quoi! vous voulez?... Ah! bieni si je m’attendais!...

SABINE

Monaco est une ville charmante qui vous plaira, à coup sûr.

•>. GASTON

Maisjela connais !...

SABINE

Vous ne l’avez jamais visitée dans l’état d’èsprit où vous êtes.

THÉÂTRE DES GENS DU MONDE

GASTON

Je ne comprends pas.

SABINE

Vous avez des ennuis; vous venez de me les conter. Vous cherchez des consolations; vous avez même pensé que je vous en donnerais. Eh bien, je fais plus... Je vous envoie à Monaco où vous trouverez des distractions de toute sorte.

GASTON

Quoil vous me conseillez^...

SABINE

Oui, dans votre intérêt.

GASTON

Mille fois trop bonne !

• SABINE

Et dans le mien.

CASTON.

Oui, dans le vôtre surtout. Mais qu’est-ce queje peux faire à Monaco qui vous soit utile et agréable?

SABINE

■ Arracher mon mari à la banque.

Deux gendarmes feraient bfen mieux l’aSaire.

SABINE

Je vous en prie, ne plaisantons pas .

GASTON

'Mais èomment voulez-vous que je...

SABINE

En lui laissant entendre que je cours un grand danger

GASTON

Quel danger?

SABINE

Vous le savez bien, puisque vous n’êtes venu me^voir aujourd’hui que dans l'intention de me le faire courir vous-même.

- GASTON

Quoi, vous me faites aller à Monaco pour dire à votre mari...

En mettant, bien entendu, l’anecdote sur le compte d’un autre.

GASTON

Naturellement. Mais il ne me croira pas.

SABINE

Vous lui rappellerez Thistoire de madame de la Rondière.

GASTON

Avec l’inspecteur de&douanes ?

Sabine.

Vous lui ferez comprendre que la situation est identiquement la même, et il vous croira...

GASTON

S’il n’est pas jaloux ...

SABINE

Il le deviendra... à regret, j’en conviens, parce que ses habitudes de jeu vont être dérangées; mais il le deviendra

THÉÂTRE DES GENS Db MONDE

sûrement, je vous l’affirme, le jour où il sera suffisamment inquiété ; et c’est à vous à l’inquiéter comme il faut. Voilà qui est convenu, je compte sur vous, vous consentez... Bon voyage... adieu... et merci!

Permettez... Je ne suis pas encore parti.

‘ SABINE

Vous me refusez ?

GASTON. '

Pas précisément; mais avant de me mettre en route, j’ai un conseil à vous donner... (a pan.) Voici mon affaire!

SABINE

Un conseil... qui est?

GASTON

De partir à ma place.

SABINE

Moi?

GASTON

Vous.

SABINE

Vous n’y pensez pas...

GASTON

Pardon... et très-sérieusement encore, (a pan.) Comme cela, je l’éloigne de ma femme. (Haut.) J e ne' vous serais d’au, cune utilité. Et, en admettant même que Pédrigo, rendu jaloux par moi, revînt bien vite à Paris, à la première occasion, il repartirait de plus belle, et ce serait toujours à recommencer.

SABINE

C’est vrai. Ab ! les femmes sont bien à plaindre.

GASTON

Tandis qu’en allant le trouver vous-même, vous avez cent cordes à votre arc pour le guérir du jeu.

SABINE

Je vous serais obligée de m’en indiquer une seule.

GASTON

Supposons un instant qu’il se soit adonné à cette funeste passion pour les mêmes raisons qui m’ont déjà fait déserter le toit conjugal.

SABINE

Ï1 s’est souvent servi de ce prétexte pour essayer de se justifier.

GASTON

J’en étais sûr. Eh bien, il faut lui enlever cette dernière excuse.

Comment cela?

SABINE

GASTON

En vous rappelant que vous êtes femme et ... . sa femme.

SABINE

Croyez-vous donc que je l’aie oublié ?

GASTON

Complètement! (So reprenant.) Non, Sabine, car je suis persuadé que votiS allez rejoindre votre mari, afin de le contraindre, par votre coquetterie, à retomber à vos pieds.

24 THEATRE DES GENS DU MONDE

SABINE

Vous voulez?

GASTON

C’est une cmelle nécessité, j’en conviens.

SABINE

Oh ! oui !

Gaston.

Mais, une fois à vos pieds, il tourne le dos au baccarat.

Je nedis pas!..

GASTON

Il se trouve face à face avec les chefs-d’œuvre que vous confectionne Couturin.

SABINE

C’est juste.

GASTON

Et... dans l’intérêt de votre garde-robe!..

SABINE

Vous avez raison... je partirai ce soir.

GASTON, à part.

Enfin. *

SABINE

Mais il me le paiera... Me forcer à courir après lui... pour m’en faire adorer... c’est d’un sans gêne...

. GASTON, à part. ^ ^

Elle est étmirdissante !

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