‹ Un mari dont on se moqueChapitre 22 sur 22 · I.:: ! ZIIT SOUIEli · texte numérisé non relu

I.:: ! ZIIT SOUIEli

niurt! dit Puceron, que l'on ajoutera au catalogue des hauts faits du commis voyageur.

— Eli maisi c'est monsieur qui était ton second témoin I s'écrie Augustn en se tournant vers le petit employé. Oui... oui... je le reconnais... c'est lui qui a eu t;uit de mésaventures à ta noce... la jarretière... la chanson... la valse...

— C'est vrai, monsieur, répond Puceron en s'inclinant... il ne m'a manqué que l'aventure do votre pelisse... Si alors j'avais possédé ce fameux vêlement de trois mill« roubles, nul doute que j'aurais été dévoré entièrement...

M. Augustin, au lieu de répondre, se hâle de se tourner vers Adolphe :

— Eh bien, mon cher, je t'ai laissé dans un joli moment... ninri d'une icnimeravissnnte, car ta femme élait aduraldc!... Celte lune de miel a duré longtemps sans doute, mais, après cinq ans, cela doit ê!re un peu calmé... et puis on ne peut pas toujours être amoureux de sa femme... Es-tu de mon avis, mon bon Adolj)he?

— Pas tout à fait, mon cher Auguslin, car, moi, je n'aurais pas mieux demandé que d'être toujours l'amant de ma femme, mais c'est elle à qui cela n'a pas convenu... si bien que maintenant nous avons chacun notre appartement... Elle occupe le premier sur le devant; moi, je loge dans mon petit cnlrosol, ici dessus... Nous mangeons fort rarement ensemble... Madinie sort el va dans le monde sans moi... Enfin

2i-i UN MARI DONT ON SE MOQUE.

ious sommes à peu près séparés... Voilà quel a été le résultat de mon union avec cette femme ravissante, et cil en est maintenant notre lune de miel.

— Il serait possible ! ... Tu m'étonnes. .. bien que j'aie vu une foule d'unions tourner à l'aigre comme la tienne... Avez-vous des enfants?

— Un fils'et une fille. Ma petite Juliette a quatre ans et quatre mois; elle est gentille, douce, bonne. Son frère, qui a un an de moins que sa sœur, est déjà un petit gaillard fort drôle... il a des reparties... des réflexions étonnantes pour son âge...

— Et oîi sont tes enfants?

— En pension... Leur mère ne veut pas s'occuper d'eux... mais je m'en occupe, moi, ainsi que ma chère marraine, et je te réponds qu'ils ne manquent de rien.

— Ah! c'est vrai... il y a ta belle marraine dont j'oiii)liais de te demander des nouvelles... E^t-elle toujours jolie?

— Elle est toujours telle que tu l'as vue.

— Elle est bien hcureusel... Enfin j'irai voir ta fciume, lui présenter mes honmiai^es, car je suis censé ignorer votre espèce de séparation.

— ïu peux aller la voir... elle te recevra avec plaisir, j'en suis certain.

— Et puis, vois-tu, je suis assez adroit, moi... Si, tout en causant... en lui faisant ton éloge... je pouvais amener entre vous deux un rappruciiuuicnt...

LE PETIT SOUPER. 2i5

une espèce de raccommodement... ça me ferait plaisir.

— Te te remercie de ta bonne intention, mon ami, mais jo crois que tes efforts seront vains... Ma femme n'a jamais eu pour rnoi beaucoup d'amitié, et maintenant on dirait que ma présence lui est insupportable...

— Allons donc! ce n'est pas possible... c'est un malentendu... Mais moi, vois-tu, je suis très-adroit près des femmes... j'ai l'art de me faire écouter; je suis persuadé que j'arriverai à mon but.

Puis, entraînant Adolpbe dans son cabinet, Augustin reprend, mais à voix basse :

— Mon petit... j'ai un léger service à te demander... Jesuis arrivé à Paris d'avant-bier seulement... je n'ai pas encore reçu de Piussie les traites, les lettres de change que j'attends pour solde de mes frais de voynifr»... Alors je suis un peu gêné dans ce moment... Veux-tu me prêter mille francs... ça m'obligera, et je le rendrai cela aussitôt que j'aurai reçu et touché mes traites.

Adolpiie s'empresse d'ouvrir sa caisse et d'y prendre un billet de banque qu'il donne à M. Augustin Dréchard.

— Tiens, voilà ton affaire...

— Ah! merci, mon bon, merci... Je savais bien que tu ne me refuserais pas, j).\ice que, entre amis, c'est si naturel de s'olfi ir s.i bourse... J'en ferais autant dans l'occasion... Au revoir, mon cher! J'irai

UN MARI DOiST ON SE MOQUE.

voir ta femme, et tu sais ce que je Vù'i dit : je veux "qu'avant peu vous soyez comme deux tourLereaux. Au revoir !

Augustin s'est éloigné en affectant de ne point regarder Puceron. Celui-ci, qui l'a toujours observé, murmure :

— En voilà un blagueur premier numéro ! . . . Patronne vous fais un pari... vous êtes libre de ne pas le tenir...

— Qu'est-ce que c'est, Puceron?

— Je parie que ce monsieur vous a emprunté de l'argent tout à l'heure?... lleinl... vous souriez... n'est-ce pas que j'ai deviné?

— 11 se trouve gêné en ce moment... c'est fort possible, il alleud de Russie des traites, des lettres de change...

— Ah! patron, jai bien peur qu" elles n'aient été mangées avec la pelisse I...

— Allons, Puceron, il ne faut pas toujours soupçonner le mal... Augustin a de bonnes intentions... il veut lenU r d'opérer un rapproclienienl entre moi et ma femme...

— Je ne sais pas ce qu'il veut tenter, mais je vois (|u'il a (Hé tout de suite à son but, et il a parfaitement réussi. Vous a-t-il domié son adresse, au moins ?

— Je n'a; pas seulement pensé à la lui demander... Sois tranquille; il reviendra...

Quelques semaines s'écoulent. Augustin ne revient

pas voir Adolphe, mais il va voir sa femme ; car plusieurs fois Puceron, qui a toujours un œil au guet, a vu le commis-voyageur se diriger vivement vers l'escalier qui conduit aux appartements situés sur le devant ; de sa place, le petit commis peut, à travers une croisée, voir les personnes qui montent ou descendent par là, et chaque fois qu'il y voit monter Augustin Bréchard, il ne manque pas de s'écrier :

— Le monsieur à la pelisse est en ce moment chez madame Corniquet... je viens de le voir passer.

— Il viendra probablement me dire bonjour en s'en allant, répond Adolphe.

Mais le temps s'écoule et Augustin ne vient pas dans les bureaux.

— Piubablement, il n'a pas encore touché ses fonds de Russie, et il craint que je ne lui parle de sa dette... il a bien tort ! Je ne suis pas, grâce au ciel, pressé de rentrer dans cet argent...

— En tous cas, cette crainte ne l'empêche pomt d'aller voir souvent madame votre épouse... Je l'ai vu grimper le urand escalier trois fois celte semaine...

— C'est qu'il travaille sans doute à ce rapprochement (ju'il veut amener entre ma fenune et moi.

Puceron ne répond rien, mais il se dit:

— Je ne crois pas que ce soit cela que ce monsieur cherche à rappruclier... Je ne sais pas pourquoi j'ai fort mauvaise, opinion de l'amitié de ce grand blagueur qui, le jour de la noce du patron, grossissait les rangs des personnes qui se moquaient de lui... 0

'il.

pauvre patron! être trompé de tous côtés!... c'est triste... Heureusement, il lui reste sa marraine et moi!... Oii! nous ne broncherons pas, nous!

Un matin, on vient dire à Puceron qu'une dame l'attend dans la rue. Le petit commis y court, espérant déjà une bonne fortune ; il est tout surpris de se trouver devant madame Beaunoir, qui lui dit :

— Monsieur Puceron, j'ai désiré vous parler en secret, pour vous communiquer un projet que j'ai formé pour procurer quelques moments agréables à ce pauvre Adolphe; je lui ai fait contracter un mariage qui ne le rend pas heureux, je m'en repens; mais enfin le mal est fait, et je voudrais au moins que nous pussions quelquefois lui faire oublier ses ennuis...

— Vous avez bien raison, madame, et je vous seconderai en cela de tout n)on pouvoir...

— Vous n'ignorez pas (jue c'est aujoiii dhui la fête de votre patron?

— Sa fête! mais si vraiment je Pignorais... C'est aujourd'hui la Saint-Adolphe?

— Il n'y a point de saint Adolphe; mais c'est aujourd'hui la Saint-Laurent, et c'est là le vrai nom de mon filkul et le seul sous lequel on puisse le fêler...

— C'est juste; au f.iit, je me rappelle à présent que Adolphe n'est qu'un petit nom que son oncle lui a donne en pins...

— Kl: buii, pour fêter ce pauvre gargon, je veux lui amener ce soir son lils et sa lille...

LE PETIT SOUPER. 2i7

— OIî! quelle excellente idée!...

— Je les conduirai en secret dans le petit entresol; vous allez me donner la clef de la porte qui ouvre sur l'escalier qui donne dans la cour... je fciiii venir des pâtisseries, des fruits, enlin tout ce qu'il faut pour une petite collation.

— Oh! charmante idée!., délicieuse idée!...

— Naturellement vous en serez, monsieur Puceron ; vous avez même le droit de composer, si vous le voulez, un petit compliment que votre filleul dira à sou père... et celui-là, je vous promets qu'on l'écoutera avec plaisir.

— Oh! oui, madame... un compliment en vers... il sera fait avant une heure.

— Mais bien court, monsieur Puceron ; songez que l'enfant est bien jeune.

— Soyez tranquille, madame... un quatrain, pas plus!...

— Pour que ce soir la surprise soit complète, il iaudrait (ju'Adolphe ne dinat pas chez lui et n'y revînt que de huit à neuf heures...

— Ail! diable!... comment faire?... Ah! pardieu, je l'inviterai à dîner chez le traiteur... il m'a plusieurs fois emmené dîner avec lui; cette fois, ce sera moi qui l'inviterai... ça l'étonnera, mais il est trop aimable pour me refuser...

— C'est cela; et mainteuant celte clef qui, de la cour, me perniellra de |)éné[rer dans sun cnire^ul?.,.

— Le patron est soitij je iiuis vous la Joj.nertout

de suite... Je vais monter par les bureaux, et je vous l'apporte par l'escalier.

Puceron rentre dans les bureaux, monte l'escalier qui conduit à l'entresol ; ia porte de ce logement n'est jamais fermée de ce côté; il sort par une autre et remet à madame Bcaunoir la clef de cette autre entrée.

^-Très-bien, monsieur Puceron: maintenant je puis tout à mon aise faire mes préparatifs... Ah! encore une chose : il faut tâcher qu'Adolphe ne monte pas chez lui avant ce soir.

— Il est bien rare qu'il y monte dans la journée... ensuite je l'euimènerai dîner... Fiez-vous à moi... Mais mon quatrain... qui sera fait bientôt... je le monterai là-haut et le [ilacerai sur la cheminée. Aurez-vous la bonté, madame, de Tapprendro au petit' Jules, notre (illeul?

— Je le lui apprendrai... mais pas plus de quatre vers I . . .

— Oui, madame... Oh! quelle délicieuse surprise!... Ah! il me faut aussi un bouipiet...

— Vous en trouverez un là-haut en arrivant.

— Vous pensez à tout, madame; vous êtes le bon ange du patron!...

— A ce soir, monsieur Puceron.

Puceron est retourné à sa place; il est dans le ravissement; et, connue de raison, se met tout de suite à chercher son quatrain. Il a dit (ju'il serait fait en peu de temps •• mais il ne versilicuas souvent, et c'est

LE PETIT SOUPER. 2î9

presque toujours quand on veut aller vite que la rime est rebelle. Le petit commis se gratte le front, failles deux premiers vers, mais ce sont les deux autres qui n'arrivent pas facilement; enfin, après avoir fait, défait, raturé, recommc-ficé, il s'arrête à ces quatre vers :

C'est aujourd'hui la Saint-Laurent, Mais que je tombe d;ms un golfe Si p;ipa ne s'appelle Adolphe; Et c'est sa fête cependant.

Puceron se dit et se répète vingt fois son quatrain, qu'il trouve original et spirituel; il l'écrit, le monte à l'entresol, redescend en se frottant les mains et en murmurant :

— Et c'est sa fête cependant ! ... La chose est d'autant plus heureuse, qu'on ne s'y attend pas.

Adolphe est revenu à son cabinet ; une seule fois il a paru vouloir monter chez lui; mais Puceron s'est empressé de lui dire qu'un client était venu et l'attendait dans un café voisin. Adolphe s'est rendu au calé, où naturellement il n'a pas trouve le chent; mais le temps s'est écoulé, et il n'est pas monté à son entresol.

Quand vient l'heure du dîner, le petit commis se présente respectueusement à son patron, en lui disant :

— C'est pour avoir l'honneur de vous présent<'r une humble reciuète à laquelle j'ose espérer que vous ferez droit.. ,

250 UiN MARI DONT ON SE MOQUE.

— Qu'ya-t-il, mon cher Puceron? voyons... expliquez-vous...

— i^l y a, cher patron, que vous m'avez fait souvent 1 hoiineiir et le plaisir de m'erntr.cner dîner avec vous au restaurant, etqu'anjourd'iiui j'o.^c vous inviter à dîner avec moi...

— Bah! quelle idée!... Comment! Puceron, vous voulez me régaler!...

— Si vous voulez bien le permettre, et je serais mortifié si vous me refusiez...

— Je ne veux nullement vous mortifier, mon ami; j'a^^copte votre invitation.

— Vous acceptez... ah! vous me rendez très-heureux...

— Seulement, puisque nous allons dîner chez le traiteur, je vais monter un moment chez moi faire un bout de toilette... mettre un gilet plus frais...

— Oh! non, patron, je vous en supplie, venez comme vous êtes, ne faites point un bout de toilette: car, moi, voyez, je ne suis pas en tenue. . j'ai un vieux gilet tout passé; si vous en mettez un neuf, ça rendra le mien encore plus vilain... ça jurera... je n'oserai plus sortir avec vous... Ensuite, j'ai trèsfaim... mon estomac crie très-haut... si vous montiez chez vous, ça nous retarderait...

— Eh i)ien, soit, mon cher Puceron, puisque vous avez si bon appétit. . . allons dîner tels que nous voilà . . . Apres tout, outre hommes, on ne tient pas à la toiietle.

LE PliTIT SOUPE!?. eM

Puceron est enchanté. Il emmène Adolplie; et, pour qu'il ne rentre pas trop tôt, le ccndiiit dans un restaurant du boulevard du Temple, ce qui étonne son convive, qui lui dit:

— Mais, mon cher Puceron, puisque vous avez si faim, pourquoi m'emmenez-vous dîner si loin?... nous avons d'excellents traiteurs dans notre quar lier.

— Oui, patron, je le sais; mais je vous mène à une renommée...

— De quoi?

— De... je ne sais plus au juste; mais c'est une renommée. Et puis, je vous l'avouerai, j'adore dîner sur les boulevards; le grand air, la vue, cela double mon appétit. Le meilleur restaurateur, dans une rue sale, étroite, sombre, ne recevra jamais ma visite.

— De ce cùlé, je suis entièrement de votre avis. Enfin, Puceron a trouvé son traiteur. On dîne fort

bien; le[ielit commis fait Kngemcnt les choses. D'ailleurs, il est heuieux et fier de traiter son patron. Il demande des vins généreux ; il faut que ce soit Adolphe qui le retienne et lui dise d'être raisonnable. Mais l'anqihitryon est un peu en train; alors il e;t Irès-bavard ; vingt fois il a déjà manqué dire à son patron qu'on lui prépare pour le soir une agréable surpri'^'\ 11 s'arrête à temj)s ; mais b. culot il ne peut s'empêcher de s écrier :

— Ct'c't (uijoiud''hui la SauU-Luurent !... et Qitc je luinbe dans unyolfe!,..

Alors Adolphe relève la tête, en murmurant d'un air mélancolique :

— En effet, c'est aujourd'hui la Saint-Laurent... ma fêle!... mais, depuis bien longtemps, on ne me la souhaite plus !...

— Comment I qu'est-ce qui a dit que c'était votre fête? demande Puceron, en écarquillant ses yeux.

— C'est vous qui venez de dire que c'est aujourd'hui la Saint-Laurent.

— J'ai dit cela?... mais alors je suis un âne... une bourrique... un mulet!...

— Mais, pas du tout, puisque vous avez dit la vérité.

— Mais je ne devais pas parlor de votre fêle... imbécile que je suis... Patron, je vous en supplie, prenez que je n'ai rien dit... ne [)cnspzplus à cela I...

— Ohl c'est très-facile, mon ami; d'autant plus que personne ne viendra me le rappeler.

Adolphe est persuadé que son commis craint de lui avoir fait de la peine; il s'empresse de changor la conversation. On sort de chez le traiteur; on se promène sur les boulevards; on entre au café. Tout à coup, Adolphe s'écrit :

— Mon cher Puceron, vous m'avez fort bien régalé; permettez-moi maintennnt de vous offrir le; spectacle., je vais vous mener à l'Opéra...

I Puceron fait un bond sur sa chaise et s'écrie :

— A l'Opérai... ce soir!... oh! non, pilron... à l'Opéra, après dîner... merci!

— Est-ce que vous auriez l'intention d'y aller avant dîner, par hasard?

— Non, ce n'est pas cela; j'ai dit une bêtise! je voulais vous faire entendre que... après un trèsbon dîner... après avoir bu du beaune première... et il était fort bon... vous l'avez reconnu comme moi... alors, par là-dessus, la musique... la danse... vous comprenez?

— Ma foi, non ! je ne comprends pas..-^,

— Eh bien, ça m'étourdirait trop... Si vous le voulez bien, nous allons faire un tour de promenade, puis rentrer tous les deux dans votre joli petit entresol...

— Comment I Puceron, vous voulez retourner au bureau ce soir? Mais vous n'y avez point affaire?

— Pardonnez-moi ! j'ai laissé quelque chose en train, que je veux finir... C'est aujourdlud la Saint- Laurent... Ah! encore! je me donnerais des claques, si j'étais seul.

Adolphe commence à se douter que son commis lui ménage une surprise, car celui-ci gardait bien mal le secret. Mais la nuit était venue. On retourne au logis ; il y a de la lumière dans le logement de l'entresol.

— Qu'est-ce que cela veut dire?... Est-ce qu'il y a du monde chez moi? dit Adolphe.

— On ne sait pas, patron, mais je crois qu'il faut vous en assurer... QuejC tombe dans nn (jol'e... je ne pense pas que ce soit des voleurs... Eh 1 eli I eh!

25 i l N M\ni DOM ON SE MOQUE.

Adolplifi s'eriipiefse demonlcr Ttscalicr de cominunicnlion. Ceux qui élaiont on haut l'avaient en- Jendu lotilror, et on était piêt à le recevoir. Aussi, à peine a-t-il ouvert sa porto, qu'il se voit au milieu de ses deux enfants qui lèvent vers lui leurs petits bras en lui présentant des bo-qucîs. En face de lui est Laurentine, qui en fait auliinl, et enfin, derrière lui, Puceron, qui ne voyant pas le bouquet préparé pour lui, saisit un grand chandelier orné de sa bougie et le fourre presque sons le nez de son patron...

— Mon petit papa, une bonne fctel...

— Papa, nous le la souhailons... et nous t'aimons bien...

— Mes enfants... ma marraine... ah ! quelle douce surprise!...

Adolphe est si ému, qu'il se laisse tomber dans un fauleuil, tout en pressant ses deux enfants contre son cœur. Cependant Puceron, qui tient toujours son tlambeau, regarde le pelit Jules, en murmurant :

— Eh bien !... et le compliment!... Cest aujouri'hui la Saint Laurent... forme!...

Mais le petit garçon secoue la tête en répondant :

— Non, non, il est trop bêle, le compliment!... J'aime mieux dire : « Mon petit papa, je l aime bien, et je serai bien sage. »

— Ki". bien, il est poli, mon filleul... Alors je vais ly dire, moi :

C'jïl aîijiurd'hui la Sainl-Laurenl, Maiï 4U ; je toniLc dans un ^oUc,

LE PETIT SCUPLR.

Si papa... non... car mon patron ne s'appelle AdolpUel Et c'est sa l'cle, (;cj.eiiùaiil!...

— Merci, mon cher Puceron, mais vous m'en aviez déjà dit lanioilié en dînant... Clière marraine, c'est à vous que je dois celte charmante surprise... c'est vous qui m'avez amené mes enfants...

— Oui, mon ami, j'ai hien pensé que cela vous serait agréable. Ils passeront cette nuit près de vous... Jules couchera avec son père, et j'ai préparé un petit lit pour Juliette dans la pièce voisine...

— Ah 1 je coucherai avec papa, moi 1

— Demain, vous les reconduirez vous-même à Auleuil... J'aurais voulu vousévitercetle peine, mais j'ai ma bonne malade à la campagne, et je ne veux pas la laisser seule cette nuit. Je partirai tout à l'heure. Voilà une petite collation que vous offrent votre hlle et votre fils. .. est-ce que vous n'y ferez pas honneur?

— Nous tâcherons, du moins....

— Si, si, nous y ferons honneur I s'écrie Puceron, Je n'ai plus faim, mais c'est égal... pour léler le patron, je risquerai une indigestion...

— Mais, monsieur Puceron, lâchez donc ce chandelier, et oll'rcz à M. .Adolphe le bouijuet qui est làbas ut vous attend...

— Ail! c'est juste... Où ai-je l'esprit?... c'est la joie... le plaisir... c'est aujourd'hui li Saint-Laurent!...

Une petite table est couverte de pâtisseries, de

bonbons, de fruits; on s'assied autour; Adolphe, dans un grand fauteuil, entre ses deux enfants, qu'il peut de temps en temps prendre et placer sur ses genoux. Puis Laurentine et Puceron, qui se bourre de gâteaux comme s'il n'avait pas dîné. La petite Juliette sait une fable qu'elle répète à son père. Le petit garçon s'écrie ensuite :

— Moi, si j'avais voulu, j'en saurais une aussi.

— Et pourquoi n'avez- vous pas voulu, mon ami? demande Adolphe à son fils.

— Parce que j'ai eu peur de me tromper.

— Il est malin comme un singe ! murmure Puceron. Il tiendra de son parrain.

Après avoir passé une heure chez Adolphe, Laurentine lui serre la main, embrasse les enfants, dit adieu à Puceron et va gagner le chemin de fer, qui la conduit à la campagne qu'elle habite.

Adolphe a pris ses deux enfants sur ses genoux; il écoute avec bonheur leur babil , s'étonne des réflexions précoces du petit garçon, de l'air raisonnable de sa fille; il ne peut se lasser de les caresser, de les embrasser. Puceron admire ce tableau, tout en mangeant encore des biscuits et en buvant de la limonade gazeuse.

Tout à coup on ouvre la porte qui donne sur l'escalier de la cour. Une femme entre brusquement dans la chambre en s'écriant ;

— Ah! on donne soirée ici!... Eh bien, je suis curieuse de voir cela !...

Adolphe a cru que Laurentine avait oublié quelque chose; il demeure tout surpris en reconnaissant sa femme.

Pour expliquer cette entrée inattendue de Clorinde chez son mari, où elle ne venait jamais, il faut dire que, dans la journée, la femme de chambre de madame avait remarqué les allées et venues de madame Beaunoir, le pâtissier, le fruitier portant des fruits, des gâteaux dans le logement de l'entresol; elle n'avait pas manqué de rapporter tout cela à sa maîtresse, qui s'était dit :

« Monsieur donne probablement à souper ce soir à sa maîtresse... C'est bien, j'irai les surprendre, et cela me fournira peut-être un moyen de séparation. »

Mais, au lieu de ce qu'elle croyait trouver, lorsque Clorinde aperçoit son mari tenant sa fille et son fils sur ses genoux, elle demeure saisie, embarrassée; elle s'arrête au milieu de la chambre et ne peut plus faire un pas... tandis qu'Adolphe lui dit awrec bonté :

— Vous seule manquiez ici, madame ; je remercie le ciel qui vous a enfin rappelé que c'était aujourd'hui ma fête.

— Votre fête I... c'est votre fête ! répond Clorinde en fronçant le sourcil. Ah! je vous certifie, monsieur, que je n'en savais rien...

— Alors, madame, vous aurez su sans doute que vos enfants étaient ici, et vous êtes venue pour les voir; cette démarche vous fait honneur, et je ne puis que vous en féliciter. Mes enfants, voilà votre mère...

allez donc vous jeter dans ses bras, dit Adolphe en mettant à terre ses enfants.

La petite fille s'approche timidement de sa mère ; le petit garçon ne bouge pas.

— Eh bien, Jules, pourquoi n'allez-vous pas à votre maman? reprend Adolphe.

Mais le petit garçon secoue la tête en répondant :

— Oh ! ce n'est pas notre maman, celte dame-là I

— El pourquoi ne serait-ce pas votre mère?

— Parce que... si celait maman, elle nous aurait déjà embrassés.

Ces paroles naïves ont fait pâlir Clorinde; elle embrasse sa fille sur le front, puis, jetant un regard courroucé sur Puceron, qui sourit à Jules, elle sort de l'appartement encore plus vivement qu'elle n'y était entrée.

Alors Adolphe reprend son fils sur ses genoux et le caresse en lui disant :

— Pauvre enfant! qu'as-tu donc fait pour que ta mère te ferme ses bras?...

— Ma mère, je la connais bien : c'est ma bonne amie qui nous a amenés ici ce soir... Oh 1 je l'aime bien, cette maman-là 1...

— Ce petit drùle a de l'esprit plus gros que moi! dit Puceron. Qu'on vienne donc encore nous parler delà voix du sang!... Je n'y ai jnnnais cru; mais il y a la voix du cœur, et celle-là ne nous trompe ^iuï

Quelques semaines se sont écoulées après que Juliette et Jules sont vciuis souhaiter la fête à leur père; depuis ce teuips Adolphe n'a pas revu sa femme, (t, inaljiré tous les efforts qu'il fait pour paraître iudil'féicut à sa conduite, on voit qu'il a été mortellement blessé par la manière dont Clorinde a agi dans cette soirée, par 1 accueil (pi'elie a fait à ses enfants, et la façon brutale dont elle sest éloignée, sans même lui adresser un siui|»!e mol de poiite-se sur la circonstance qui avait réuni ce soir-là les enfants à leur père.

Puceron fait ce qu'd peut pour ramener de temps à autre un souriic sur les lèvres de son patron; il y

parvient difficilement; seule, Laurentine a le pouvoir de faire oublier à Adolphe ses ennuis, mais elle ne peut aller le voir très-souvent. Lui-même n'ose l'en prier, car il sait bien que l'on observe sa conduite, que la calomnie, la médisance veillent sans cesse sur les moindres actions de cette femme qui a tout fait pour lui, et il ne veut pas donner trop de prises aux propos des méchants.

Puceron, de son côté, remarque que le sincère ami Augustin Bréchard, qui est venu emprunter mille francs à son patron, ne reparaît plus chez celui-ci, mais qu'il conlinue à rendre des visites à madame. Le petit commis ne peut s'empêcher de dire de temps à autre :

— Enfin, monsieur, comment expliquez-vous la conduite de votre ami, le monsieur à la pelisse, qui ne remet plus les pieds chez vous et vient souvent voir votre femme? Est-ce qu'en sortant de chez madame, il ne serait pas naturel qu'il vînt vous dire bonjour? Mais, au lieu de cela, il file et se sauve comme un voleur... L'autre jour, je me trouvais sur son chemin, comme il voulait gagner la porte; il m'a tellement bousculé pour passer vile, qu'il a manqué me jeter à terre.

— C'est un garçon qui n'a pas d'argent et qui est honteux de ne pouvoir me rendre ce qu'il me doit...

— Vous croyez que c'est ça?...

— Sans doute!... Comme c'est un faiseur d'embarras, il est vexé de ne pouvoir s'acquitter.

— C'est singulier I je n'ai pas idée qu'il pense à cette dette...

— Alors, pourquoi ne viendrait-il plus ?

— Ah! voilà!...

Il est midi. Adolphe travaille dans son cabinet ; le facteur arrive et apporte des lettres pour M. Corniquet. Celui-ci, rien qu'à la suscriplion, reconnaît presque toujours l'écriture de ses clients ; mais, cette Ibis, il y a une lettre qui vient de Paris, l'écriture est fine, menue ; l'enveloppe est élégante, et le papier parfumé. Adolphe examine cette lettre en disant :

— Qu'est-ce que cela?... Cette écriture m'est inconnue... Ou je me trompe fort, ou ceci est une lettre de femme... Mais une seule femme... ma marraine, pourrait m'écrire, et ce n'est pas là son écriture... Voyons!...

Il brise le cachet et cherche la signature; il n'y en a point. Sa curiosité augmente, et il lit :

« Il y a bien longtemps qu'on vous trompe... Aujourd'hui, je veux que vous cessiez de l'être : votre iemme est la maîtresse de M. Edouard Valdeville... »

Ici, Adolphe éprouve une émotion telle qu'il y voit à peine. 11 s'arrête, en se disant : « Dois-je continuer de lire?. . . Un écrit anonyme ne mérite pas de créance. .. mais cependant tant de circonstances se réunissent pour accuser Clorinde... Lisons... lisons tout :

« Ne croyez pas que j'accuse sans être sûre de ce que j'avance... J'ai tenu moi-même à être certaine des rapports qui existent entre votre femme et ce

monsieur, et aujourd'hui il ne tiendra qu'à vous d'acquérir hi même certitude que moi. C est dans les Champs Eh sées, derrière le Cirque, que se donnent les rendez-vous; on s'y trouve sur les trois iicures, puis les amoureux montent dans un remise et vont au bois de Boulogne, au restaurant de Madrid, renommé pour l'agrément de ses cabinets. Vous pouvez donc facilement vous assurer de la vérité de ces détails. Et si vous n'êtes point un lâche, vous tirerez vengeance de cet affront. M. Valdeville se piomène tous les jours, en fumant des cigares, sur le boulevard des Italiens, de midi à une heure... du côté du passage de l'Opéra. Adieu!

« Uke femme qui se VLiSGe! »

Adolphe a cessé de lire, mais il tient toujours dans ses mains cet écrit accusateur. Un profond accable ment semble le frapper. Jusqu'alors il a cru sa femme légère, cocjuclte, déraisonnable; il a bien compris qu'elle n'avait point d'amour pour lui, mais sa pensée n'a jamais été jusqu'à la croire capable de iiiantjutM- à ses devoirs. Il replie avec soin et serre dans sa poche la lettre qu'il vient de recevoir, en se disant :

« Si cet écrit n'a point menti, je dois, en elfet. mettre un terme à cette intrigue... Mais cette femuic est la mère de mes enfants... Tout en faisant mon devoir, évitons le scandale et tâchons, s'il se peut, que ma honte... ou plutôt celle de madame, ne fasse point partie de l'héritage de ses enfants. »

Adolphe cf-nsulle sa moiiire; il n'est pas encore utio Ivuic. Il ossave de .s''occu[)er d'affaires, mais il ne irou! y pnrvcnir. i'iic: roii, rjui a remarque l'air sombre, abaitn de son paîr -n, voudrait bien le quesl'onnor; mais il n'ose, car ii devine que ses questions seraient mal r» çues. Enfin, un peu avant deux heures, Adolphe pari, monte en voiture et so fait conduire tout ptcs de l'endroit qu'on lui a désigné. Puis il descend, dit à son cocher de l'attendre et va se poster dans un endroit d"où il pont facilement et sans être aperçu voir venir de loin les personnes qu'il veut guetter.

Un qunrt d'heure est à peine écoulé quand un élégant remise s'arrête derrière le Cirque ; le beau Valdeville en descend ; il prend dans son porte-cigare un supcrhe londrt-s, rallume et se promène en fumant. An bout de dix minutes, Clorinde arrive à pied. Le dandy va au-devant d'elle, lui prend le bras, sans y mcltre aucune façon et sans même porter la main à son chapeau, ce qui prouve sur-le-champ que l'intimité la plus grande règne entre ces deux personnages; puis ce monsieur fait monter celle dame dans son remise, et l'on part.

Adolj)he a vu tout cela ; il est drjà convaincu qu'on ne l'a point trompé. Cependant il veut aller jus(ju'au bout et ordonne à son coiher de suivre de loin la voiture qu'il lui indique.

Le remise se rend au bois de Boulogne, puis suit celte belle et ombreuse allée qui mène au restaurant

de Madrid; il y arrive bientôt et entre dans le jardin, où rien ne manque pour remiser les voitures, les chevaux, tandis que les personnes qui en descendent choisissent entre les salons, les bosquets ou les cabinets.

Adolphe ne juge pas nécessaire de suivre sa femme et son amant jusque dans l'établissement; il en a vu assez pour être convamcu que la lettre qu'il a reçue ne lui a dit que la vérité; il se fait ramener chez lui et va s'enfermer dans son petit appartement, sans dire un seul mot à ses employés.

En voyant revenir son patron si pâle, si sombre. Puceron éprouve un profond serrement de cœur, car c'est une amitié sincère, dévouée, qu'il ressent pour lui, et il devine qu'une nouvelle peine doit être venue le frapper. Mais Adolphe est monté si vite à son entresol, qu'il n'a pas eu le temps de rien lui dire. Il espère en trouver plus tard l'occasion; mais la journée s'écoule, il est près de six heures du soir, et son patron n'est pas redescendu. Puceron n'y tient plus, il se décide à monter le petit escalier de communication ; il trouve la clef sur la porte et voit Adolphe assis dans ce grand fauteuil où il a tenu ses deux enfants et où il paraît être enseveli dans ses réflexions.

— Pardon^ mon cher patron, si je prends la liberté de monter ici sans y être appelé, dit Puceron, mais vous n'avez pas reparu depuis tantôt... et j'ai craint...

— Ah! c'est vous. Puceron?...

— Oui, monsieur, je vous ai trouvé un air tout, .. chose... et je me suis dit : « Est-ce qu'il serait arrivé quelque accident fâcheux à mon patron?... » Ça m'inquiétait... pardonnez-moi sije me suis permis... Les enfants ne sont pas malades, j'espère?

— Non, mon ami, non, grâce au ciel, les enfants ne sont pour rien dans tout ceci... Demain, Puceron... demain, sur les une heure, j'espère pouvoir vous en apprendre davantage; mais, jusque-là, ne m'interrogez pas, ce serait inutile... Au revoir donc, et à demain.

Le petit commis n'ose pas insister, il se retire en murmurant :

— Eh bien, à demain donc, monsieur î

Il marche très-lentement, le temps qui précède l'heure de la vengeance. Adolphe, qui n'a point oublié les indications contenues dans la lettre, a la fièvre jusqu'à ce que midi sonne. Alors, il est sur le boulevard des Italiens, et il y attend Edouard Valdeville.

Un quart d'heure s'écoule, qui a paru éternel à Adolphe ; déjà il s'est dit plusieurs fois :

« Si cet homme que j'attends ne vient pas ici ce matin, je trouverai son adresse, je le guetterai, j'irai chez lui s'il le faut; mais je sens qu'il m'est impossible de vivre un jour de plus avec cette colère qui mugit au fond de mon cœur. »

Enfin le beau dandy paraît, il débouche de la rue Tailbout ; il fume en effet un cigare et marche en se

prélassant; mais, à peine sur le boulevard, il rencontre un jeune honinie qui alors se promène à côté de lui.

Adolphe les observe. Edouard V^ldevilleestà gauche ; ces messieurs s'ariètent <jne!qne(oisen causanl, il est donc très-facile depa.-ser tout près d'eux. Adolphe s'avance, puis coudoie si rudement Valdcville, que celui-ci, pour ne point tomber, est obligé de se retenir à son ami.

— Ah ! sapristi, monsieur, vous êtes donc aveugle ou soûl, pour vous jeter ainsi sur moi! s'écrie le beau gandin. Comme s'il manquait de place pour passer !... Quel butor !...

Et, en disant celii, ce monsieur se retourne, croyant que celui qui Ta bousculé va s'excuser, mais il d;*meure Irès-surpris en reconnaissant le niaii de CI" rinde, qui vient vers lui d'un air menaçant et h'i dit, en le regardant de fort près :

— Comment m'avez-vous appelé, monsieur?...

— Conmient je...? Ma foi! je ne vous avais pas reconnu, monsieur Corniquet... M;ns c'est égal... vous n'en êtes pas moins fort maladroit...

— Vous êtes un insolent, monsieur!

— Qu'est-ce à dire?... me traiter d'insolent après avoir manqué de me renverser!... Ah mais! jireucz gai de, monsieur... je suis peu patient... on corrige les gens grossiers...

— £t moi, je vous corrige tout de suite, monsieur.

Avant d'avoir achevé sa phrase, Adolphe avait appliqué sur la joue de Valdevillc un .^oulllet si vigoureux, (|ue celui-ci faillit encore être renversé. Cette Cois, il est furieux, il veut sauter sur l'homme qui vient de le frapper; mais déjà son ami le retient, aidé de plusieurs jeunes gens que cette querel'e vient d'attirer autour d'eux.

Adolphe est resté fort calme devant Valdeville, qui se débat en criant :

— Monsieur... vous payerez cet affront de tout votre sang... C'est un duel à mort, entendez-vous?...

— C'est bien comme cela que je l'entends, monsieur !..,

— Votre adresse, monsieur? demande le jeune homme qui accompagnait Valdeville, car je serai son témoin... et ce soir, à cinq heures, je serai chez vous...

— Mon adresse?... Oh! monsieur la sait parfaitement... il vous la dira... Monsieur me connaît trèsbien...

— Oui, oui... s'écrie Valdeville, on sera chez vous tantôt... car il faut (|ue je vous tue demain... il le faut...

— Demain, un de nous tuera l'autre, répond Adolphe... Vous devez bien penser, monsieur, que telle est mon intention.

Il s'éloigne alors, laissant Valdeville entouré de ses amis, qui lui disent :

— Mon cher, cette affaire-là était piéméditèe,

et tu dois bien savoir pour quel motif ce monsieur veut se battre avec toi.

Adolphe est rentré chez lui; son visage est moins sombre, il respire plus librement, car déjà il a commencé à se venger. Il sourit à Puteron, en lui disant :

— Mon ami, je me bats demain, et vous serez mon témoin... vous et votre collègue, M. André... que je n'aperçois pas à son bureau...

Le petit commis saute sur sa chaise :

— Vous vous battez demain?... il serait possible, patron, et vous avez l'air content?

— Je le suis, en effet... Mais chut! pas un mot!... Prévenez seulement M. André. 11 a été militaire, ce jeune homme, il saura régler toutes les conditions du duel avec les témoins de mon adversaire, qui vont bientôt venir. J'accepte l'arme qu'on voudra. Maintenant, je vais écrire à ma marraine et m'occuperde mes enfants...

— Mais ce duel... patron... si l'adversaire faisait des excuses... si...?

— La mort de l'un de nous deux... voilà le seul arrangement possible.

— Enfin, pourquoi vous battez-vous?

— J'ai donné un soufflet à ce monsieur, qui m'avait appelé butor...

— Diable!... et vous voulez vous tuer pour cela!...

— Pas un mot de plus, Puceron, et prévenez André dès qu'il rentrera.

Adolphe est monté chez lui. Là, il écrit une longue lettre à sa marraine, dans laquelle il lui recommande ses enfants, dans le cas où le sort favoriserait celui qui l'a déshonoré.

Sur les quatre heures, le jeune homme qui a été témoin de la scène sur le boulevard arrive avec un autre, et le nouveau commis d'Adolphe, garçon froid, sérieux, et qui a été mihtaire, reçoit ces messieurs et règle les conditions du combat. Edouard Valdeville, qui passe pour un des premiers tireurs de Paris, a naturellement choisi l'épée. On doit se trouver à huit heures du matin à l'entrée du bois de Boulogne.

M. André va faire connaître tous ces arrangements à Adolphe, qui le remercie, puis prend une voiture et se fait conduire à Auteuil, afin d'embrasser encore ses enfants.

Le lendemain, à sept heures du matin, Adolphe monte en voiture avec ses deux témoins, après avoir remis à Puceron la lettre qu'il avait écrite pour Laurentine, en lui disant :

— S'ilm'arrive malheur, mon ami, allez toutde suite trouver ma marraine... c'est à elle que je confie mes enfants.

Et Puceron répond, en s'essuyantles yeux :

— Il ne vous arrivera pas de malheur... c'est impossible !... car alors ce serait... Non, c'est impossible!...

En sachant quel était l'adversaire de son patrou,

270 UN MAUl DOM ON SE MOQUE.

le petit commis avait deviné une partie de la vérité, et il se doutait bien que le mot butor n ctail pas la vraie cause du duel qui devait avoir lieu.

Les adversaires arrivent presque ensemble au lieu du rendez-vous. On entre dans une ailée du bois, ce lieu si fréquente dans l'après-midi et presque déseit à huit heures du matin.

Dès qu'on a trouvé une place favorable, les adversaires mettent habit bas. De chaque côlé on avait apporté des épées, on les tire au sort, puis le combat commence. Edouard Valdeville, qui croyait en quelques passes désarmer son adversaire, est tout surpris de rencontrer une épée ferme, habile, agile, qui par.» toutes ses bottes et semble attendre tranquillement le moment d'attaquer à son tour. La colère s'empare de lui ; il redouble d'ardeur, il charge et recharge sans succès son adversaire, qui, froid et impassible, déjoue toutes ses attaques... Puis tout à coup Adolphe, portant la botte qu'il préparait depuis longtemps, se fend en eiil'onçaut juscju'à la garde son épée dans la poitrine d'Edouard Valdeville, qui laisse échapper son arme et tombe en murmurant :

« Bien louché!... je suis mort!... »

En effet, l'épée avait atteint le cœur, le coup était mortel, et avant qu'Adolphe eût remis son habit, son adversaire avait cessé de vivre.

— Ma foi, je ne pleuierai pas ce monsieur! dit Puceron en reiiioutant en voilure avec son patron qui lui répond :

— Et moi, mon ami, je vous jure que je n'ai pas le moindre remords de l'avoir tué.

— De letour chez lui, Adolphe va de nouveau dans son petit logement rédéchir sur ce qui lui reste à faire.

« J'ai puni l'amant, se dit-il, mais cela ne suffit pas... car ce n'est pas lui qui était le plus coupable... 11 faut que... cette femme, que je ne veux plus nommer la mienne, sache que je connais toute son inconduite... et que je veux y mettre un terme. Il faut donc pour cela que je la voie... que je lui parle... Ah! pour me retrouver avec elle, il faut plus de courage que pour aller i:e battre. »

En!in, sur les une heure de l'après-midi, Adolphe se décide à se rendre chez sa femme, il passe par les bureaux et n'y trouve que le vieux Putois ; Puceron et André sont allés déjeuner pour fêter l'heureuse issue du duel dont ils ont été les témoins. Adolphe traverse la cour et monte l'escaljer qui conduit chez madame. Au premier élagc, il voit la clef sur la porte; il entre, croyant trouver la domesti(jue de madame dans l'antichambre, mais il ne voit personne; il pénètre dans le salon, personne encore; mais en a|)prochant de la chambre de madame, il entend parler avec leu et recounaîl la voix de son ami Augustin. Adolphe s'arrête alors, et ne peut résister au désir de savoir comment son fidèle ami essaye de le réconcilier avec sa femme. Rien n'était plus facile : Augustin mettait tant de chaleur dans

sa conversation que l'on n'en perdait pas un mot.

— Oui, belle dame, dit alors Augustin, votre résistance à mes désirs ne saurait être sérieuse... vous devez être sensible à mon amour... il est impossible que vous me repoussiez... D'abord, nous sommes faits l'un pour l'autre. . .

— En vérité, monsieur, répond Clorinde ; et qui vous fait supposer cela?

— Tout! absolument tout I... Vous aimez les plaisirs... je les adore... Vous faites en tous lieux des conquêtes; moi, sans vanité, je puis dire que je fus toujours heureux près des belles... Vous vous moquez de votre mari ! . . . ah ! quant à cela, je fais plus que vous imiter, je vous surpasse ! Ce pauvre Corniquet ! . . . quelle brute ! . . . quel imbécile ! ... En vérilé, le jour de votre mariage, je vous jure que j'étais honteux de vous voir épouser un tel crétin !

— Mais je vous croyais l'ami de mon mari?

— L'ami !... oh I vous ne pensez pas que j'aie pu faire mon ami de ce bélître! Quand il est arrivé à Paris, j'ai essayé, par pitié, de lui donner quelques conseils... sur sa mise... sa tenue... J'ai môme dépensé pas mal d'argent. . . en pure perte, pour le mener aux bals, aux endroits publics les plus en vogue. . . J'ai perdu mon temps et mon argent... Corniquct n'est capable de rien... S'il n'en portait pas une paire, ce serait un meurtre!...

Adolphe ne juge pas nécessaire d'en entendre davantage; il ouvre brusquement la porte, trouve sa

femme assise sur sa causeuse et Augustin Bréchard presque à ses genoux. D'un coup de pied dans le derrière il envoie ce monsieur plus loin , et cette manière d'entrer en conversation surprend tellement ce monsieur qu'il en reste comme pétrifié, tandis que Clorinde elle-même demeure toute saisie.

Cependant, rappelant sa jactance, son aplomb, Augustin se relève et tâche de se donner un air offensé en s'écriant :

— Qu'est-ce que c'est, monsieur? que signifie cette façon d'agir?... Parce que je cause avec madame, je vous trouve bien hardi de..

— Et moi, je vous trouve bien plat, bien lâche de vous conduire comme vous le faites!... Misérable! si vous dites un mot de plus, je recommence...

— Ah ! par exemple. . . vous vous permettez ! ... Ah 1 vous vous fâchez parce qu'on fait la cour à votre femme!.. . Mais, en vérité, mon cher, vous auriez dû vous y prendre plus tôt, alors... il y a plus de six mois que M. Valdeville est son amant, à votre chaste épouse.

— En effet, monsieur, Edouard Valdeville était Vamant de madame... mais je l'ai su seulement hier, et, ce matin, je l'ai tué.

— Tué!... vous avez tué... M. Edouard? balbutie Clorinde,qui devient blême et tremblante.

— Oui, madame, ce malin, au bois de Boulogne... Oh! vous ne tarderez pas à en être certaine... Et quant à vous, drôle... pour que vous ne répétiez pas

ce que vous venez de dire de madame... parce que je ne veux pas que cela se répète, je vais vous tuer aussi...

En disant cela, Adolphe sort de sa poche une paire de pistolets. Augustin, qui s'aperçoit que l'homme dont il se moquait n'est point du tout tel qu'il le jugeait, devient pâle de frayeur et change entièrement de ton; il lève ses bras vers Adolphe, en balbutiant :

— Voyons... Adolphe... par grâce... écoulezmoi... J'étais votre ami...

— Vous, mon ami!... vous ne l'avez jamais été. Vous osez dire que vous avez dépensé votre argent avec moi, tandis que c'est vous qui cherchiez sans cesse à faire de moi votre dupe, et qui dernièrement encore êtes venu m'emprunter mille francs, en me disant que vous alliez l'aire voire possible pour opérer un rapprochement entre moi et ma femme... et je vous trouve lui débitant sur moi des propos infâmes!... Allez! vous êtes un mistrable !... le faux ami est l'être le plus abject qui soit au monde... Allons... prenez un de ces pistolets et fniissons-en; je veux bien encore vous faire l'honneur de me battre avec vous I...

Mais au lieu de prendre un des pistolets, Augustin recule vers la cheminée en balbultiant :

— Non... non... je ne veux pas me battre... je ne me battrai pas!...

— Ah ! lu ne veux pas te battre, lâche! Eh bien tu porteras de mes iDara"^^ au moins I...

VENGEANCE DE FEMME. 2/o

Et saisissant les pincettes qui se trouvent près de lui, Adolphe en frappe avec violence la figure de M. Augustin, qui pousse des cris horribles et se sauve en cachant avec son mouchoir son visage ensanglanté.

Resté seul avec sa femme, qui est demeurée stupéfaite en voyant son mari, qu'elle avait toujours considéré comme un être nul, chasser Augustin à grands coups de pincettes, Adolphe prend dans sa poche la lettre anonyme qu'il a reçue et la jette devant sa femme, en lui disant :

— Tenez, madame, c'est grâce à cette lettre que j'ai connu votre inconduile... que je ne soupçonnais pas... Tachez donc désormais de mieux cacher vos inliigues... par respect pour vos enfants!...

Et Adolplie s'éloigne, mais déjàClorinde avait saisi la lettre, et il l'avait entendue murmurer d'une voix étouffée :

— Malvinal... c'est de Malvina!..#

'm UN MARI DONT ON SE MOQUE.

— Que diable est-il arrivé à l'homme à la pelisse? dit le lendemain Puceron à Adolphe. Je l'ai rencontré hier dans la rue, cachant sa ligure, et particulièrement, son nez sous son mouchoir... il avait l'air tout effaré.

— Mon cher Puceron, vous aviez raison... c'était un faux ami. Au Ueu de me servir près de ma femme, il lui faisait la cour en lui disant des horreurs de moi.

— Je l'aurais parié.

— Mais je l'ai assez rudement corrigé... il n'y reviendra plus.

— Tant mieux!... c'est dommage que cela vous coûte mille francs I

Quelques jours après, Laureutine arrive chez

Adolphe ; elle a appris le duel de son filleul avec, M. Edouard Valdeville, ainsi que la mort de ce dernier. Elle est vivement émue, vivement oppressée, ses yeux tout remplis de larmes ; c'est à peine si elle peut dire à Adolphe :

— Vous vous êtes battu en duel... vous pouviez être tué... Et vos enfants, que seraient-ils devenus?

— Je vous les confiais, madame.

— Mais moi, je serais morte aussi... morte de désespoir d'avoir causé votre malheur... Ah ! mon ami, vous ne pensiez donc plus à nous?

Adolphe ne répond à sa marraine qu'en lui faisant le récit exact de tout ce qui s'est passé.

Alors celle-ci est forcée de convenir qu'il a bien fait de se battre, qu'il a agi comme il le devait. Mais elle verse encore des larmes, en murmurant :

— Et c'est moi qui vous ai marié à cette femme. . . moi, qui désirais tant que vous soyez heureux!... moi, qui n'osais pas vous laisser voir combien je vous aimais!... Ahl mon ami, on a donc quelquefois tort de ne point céder aux penchants de son cœur !

— Chère marraine, ces torts ont été partagés : la timidité nuit toujours aux hommes ; je devais parler, je devais vous dire que je n'aimais que vous... que vous seule possédiez toutes mes affections. . . Je n'osais pas, parce que vous étiez ma marraine...

— Ni moi, parce que vous étiez mon filleul... je me trouvais trop vieille pour vous...

— Ah ! madame, les battements du cœurmarquenl l'amour, mais ils ne marquent pas le temps.

Le surlendemain de cet entretien, qui avait beaucoup adouci les peines d'Adolphe, le concierge de sa maison vient lui dire :

— Monsieur gardera-t-il toujours l'appartement du premier, ou faut-il mettre écriteau?

— L'appartement du premier? mais vous savez bien qu'il est occupé par ma femme?

— Monsieur ignore donc que madame a déménagé hier, en nous annonçant qu'elle allait en Italie?...

— Ah! oui... oui... je l'avais oublié... Vous pouvez mettre écriteau et disposer du logement.

— Elle est partiel dit Adolphe à Laurontine, parlie! sans me laisser un mot d'adieu... de repentir I... une pensée... une recommandation pour ses enfants !

— Elle n'osait plus demeurer près de vous, mon ami ; elle devait craindre de vous rencontrer ; elle avait trop à rougir devant vousl...

— Je ne crois pas que ce soit cette raison-là qui l'ait fait parlir. . Mais qu'elle voyage!... je ne courrai pas après elle. Ah I ma marraine, ne trouvez-vous pas, comme moi, que Ton a eu bien tort d'abolir le divorce?...

— Dans un cas comme le vôtre, c'est possible, mon ami.

— Mais les cas comme le mien sont tiès rré(iuonts. Puceron est onehaiiléen apprciiant (iiic son jiiilion

est débarrassé de sa lemmc ; il ne demande au ciel

qu'une choso : c'est qu'on ne la revoie jamais et qu'on n'en entende plus parler.

Pendant deux années, les vœux du petit commis 6ont réalisés. Mais, au bout de ce temps, Laurentine arrive un malin, tout émue, chez Adolphe; elle lui montre une lettre ouverte, et lui dit :

— Voilà te que j'ai reçu, mon ami... Ce billet est '!e voire femme ; lisez...

Adolphe prend la lettre en frémissant et lit : <( Me voici de retour à Paris, madame, et bien innlheureuse ; je n'ai plus d'argent, plus de ressources, et je suis malade, souffrante... Je ne sais à qui m'adrcsser,je n'ai plus d'amies I Je ne vois que vous, madame, vous... dont j'ai si mal suivi les conseils, (|ui voudrez bien, peut-être, faire une démarche pour moi près de mon mari... pour qu'il ne m'abandonne pas entièrement. »

Adolphe laisse tomber la lettre en s'écriant :

— Il faut lui donner de l'argent... bien vite! Je ne veux pas que la mère de mes enfants soit dans le besoin I...

— C'est déjà fait, mon ami. Au reçu de cette lettre JG suis allée à l'adresse (|ui est sous la sii^niiture... dans le faubourg Sainl-Marlin , dans une pauvre oliambre au cincjuième, j'ai trouvé voire femme... Ah! cela m'a fait mal de lavoir dans ce réduit I... Si vous saviez combien elle est changée!... ce n'est plus que l'ombre d'clle-n ême... Je lui ai remis de

l'argent, en lui disant que c'était de votre part, en lui promettant que vous ne l'abandonneriez jamais. . .

— Merci! . . . Ah! je vous reconnais là! . . . Obligervite, c'est obliger deux fois. Et elle ne vous a pas demandé à voir ses enfants?

— Non!... mais c'est vous qu'elle demande avoir.. Elle sait bien qu'elle ne mérite point de pardon et pourtant elle voudrait...

— Que je lui pardonnasse, peut-être? Oh ! non, madame, ma bonté n'ira pas jusque-là, et je n'irai pas la voir, parce que je n'ai aucune raison pour satisfaire le désir de cette femme qui, depuis le jour que nous avons été mariés, ne m'a témoigné que du dédain et n'a cherché qu'à me tourner en ridicule. Elle est Irès-malade, dites vous, je ne saurais la plaindre, sa maladie n'est que le résultat de sa folle conduite... Ah! si elle avait encore quelques bons sentiments dans l'âme, cettefemme ! ce n'est pas moi qu'elle demanderait à voir, ce sont ses enfants qu'elle voudrait embrasser... Je n'ai poiut pitié des maux que l'on a mérités, et je ne suis pas de ces gens qui accordent toutes les vertus aux morts qu'ils ont méprisés de leur vivant. Je ne laisserai pas dans la misère la mère de mes enfants, mais je ne la reverrai jamais.

Laurentine essaye en vainde faire changer Adolphe de résolution; les nombreux affronts qu'il avait subis avaient trop aigri son esprit pour qu'il devînt désormais possible de le fléchir.

Deux mois plus tard, Laurentine amenait à son filleul son fils et sa fille. Les enfants étaient en grand deuil et sans en savoir la cause gardaient un maintien plus sérieux qu'ils n'en avaient l'habitude. Adolphe ne peut se défendre d'une profonde émotion en apercevant le costume de ses enfants ; ses yeux interrogent Laurentine, qui verse des larmes en balbultiant :

— Depuis deux jours... tout est fini pour elle... mais Juliette et Jules ne savent pas de qui ils sont en deuil.

— Il ne faut pas le leur dire... D'ailleurs ils n'ont pas perdu leur mère, puisque c'est vous qui leur en avez toujours tenu lieu.

L'année suivante Adolphe devenait le mari deLaurentine, et Puceron se frottait les mains, en disant:

— Je savais bien que cela devait finir par là ! Seulement ils ont pris le chemin le plus long.

Les créanciers de M. Flutayot, voyant qu'il n'y avait rien à espérer de leur débiteur, se décidèrent à ne plus le nourrir en prison... Et quand ce monsieur se vit libre, il fut bien heureux de trouver un emploi d'aiguilleur dans les chemins de fer; mais il n'y vécut pas longtemps, parce qu'un jour, en s'occupant à ramener ses cheveux sur son crâne, il n'aperçut point un wagon qui venait sur lui.

Augustin Bréchard garda toujours sur son nez la marque du coup de pincette qu'Adolphe lui avait

donné, et il ne manqua pas de dire, dans le monde, que c'était un coup de sabre qu'il avait reçu d'un Cosaque, lequel Cosaque voulait lui voler une autre pelisse, encore plus belle que celle que les chiens lui avaient n.angée.

Fin

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