SCÈNE CINQUIÈME
bizarre!... Cette discussion sans cause... ces larmes soudaines... ^Décidément, est-ce que!... Oh! si c'était cela, quelle joie I . .. quel bonheur ! .. . Chère petite .femme ! . . ,
Non, plus de doute, c'est cela!... (A Gaston, qui entre du fond,
très-sérieux.) Gaston!... ah! mon ami, mon cher ami, je suis le plus heureux des mortels !...
GASTON
Tu as sauvé ton client, je le sais.
HENRIy avec joie.
H s'agit bien de mon client I . . . Capitaine, salue ton supérieur 1... Tu m'as promis d'être le parrain, tu le seras * bientôt!...
GASTON, froidement.
Ahl...
HENRI
Ma femme a des caprices, elle est inquiète, agitée, nerveuse. . . elle pleure. . . sans motif. . . enfin, je suis ivre de joiel...
GASTON, demôme.
J'en suis très-heureux, mon ami, très-heureux.
HENRI
Tu me dis cela d'un ton lugubreî...
GASTQN.
C'est que je ne suis pas gai, moi ! . ..
Alors, mon ami, je t'en supplie, ne te montre pas aiiisi à ma femme!... Tu sais l'influence des premières impressions... Je veux que Lucienne ne voie plus que des visages épanouis, et je suis bien décidé, quant à moi, à rire perpétuellement.
Gaston s'assied à droite du gnéridon, Henri à gandia*** GASTON, ne l'écontant pas.
Je t'avais parlé de M. de Taisy?...
* Gaston, Henri.
** Gaston, Henri. * - '
14 UN MABl QUI PLEURE
HENRI I riant.
Ce jeune fat que tu soupçonnes de faire la cour à ta femme?...
«ASTON
Tu prends cela gaiement î..«,
HENRI
Je prends tout gaiement aujourd'hui... Me conseilles-tu d'en faire un avocat?...
&ASTON
Je te parle de M. de Taisy !
HENRI y cootinnant.
Ou un militaire!... comme toi, capi taine de dragons!.*
GASTON t -prenant son chapeau et se levant., ■ '
Allons, je vois que tu n*es pas en état de m'écouter?..,
HENRI-i le r^nant.
Mais si-, je fécoute... je n'écoute que toi!... mais tu bavardes, tu me racontes un tas de choses!...
GASTON f se rasseyant.
Cette nuit, au bal, M. de. Taisy a dansé un quadrille avec Juliette... et il lui a parlé 1...
HENRI, avec ironie.
En dansant avec ellel. . .ah ! quelle audace 1 ...(Nàtorellement.) Eh bien! où'est le mal?...
GASTON
Moncher, j'ai été jeune... comme M. de Taisy... j'ai été amoureux... je sais comment les choses se passent...
HENRI, s^inclinant.
Monsieur le conquérant l..'«
GASTON 9 d'un ton solennel.
Laroche, réponds-moi franchement... Tu étais derrière eux, pendant le quadrille... Que' se disaient-ils?...
HENRI
Je l'ignore... je regardais ma femme qui dansait dans Tangle du salon... Elle était adorable! . . . un peu pâlel.k. parce que. . . tu con<^is. . •
SCÈN-Ë CINQtJIÈMB . 15
Tu ne veux rien me dire?
HENRI
Je te jure que je n*ai rien entendu !•••
GASTON
C'est bien!... je saurai tout sans toi... M. de Taisy écrira!...
HENRI
Tu crois!...
GASTON
On écrit toujours... Quand on commence par parler, on finit par écrire... Quand on commence par écrire... *
HENRI
On finit par parler.,. La réciproque est vraie» sans être rassurante.
GASTON, continuant.
Et c'est le mari qui reçoit les billets doux, quand ce n'est pas im imbécile I... ^
HENRI
Ordinairement...
GASTON
Ordinairement, c'est un imbécile, je le sais... mais moi...
HENRI
Que feras-tu, toi^...
Ce que je ferai ?.. . J'irai trouver M. de Taîs(y, je lui montrerai sa lettre, il choisira deux témoins, les miens sont prêts, j'ai des épées^ et nous irons sans bruit, sans esclandre, dans le jardin de Saint-Léon, qui est prévenu. •; C'est bien simple)...
HENRI
Oui, oui, très-^mple.
GASTON
Tout cela ne demandera pas une heure.
HENRI
Tu vas donc ouvrir toutes les lettres que recevra ta i femme ?•••
GASTON
Oh! non... Mais celles que j'attends. ••
HENRI, goguenard.
Eh bien?...
GASTON
Celles de ce monsieur...
HENRI, de môme.
Aprèaî...
Elles n'auront point d'adresse!...
' HENRI, changeant de ton.
Tu crois?...
GASTON
Elles n!en ont jamais ! . . .
HENRI, commençant à devenir inquiet.
Jamais?...
GASTON
Oh 1 je sais comment les choses se passent...
HENRI, dont l'inquiétude s'accentue.
Tu dis que ces lettres-là... n'ont jamais d'adresse?.
GASTON
Pendant que Gaston parle, Henri cherche à prendre la lettre qui est sur le
guéridon, sans que son ami le voie.
Parbleu, nonl.. On les confie, pour les faire parvenir, à un valet que l'on paie grassement, à une femme de chambre qui 7 trouve ses profits... intermédiaires maudits qui, à leur tour, trouvent moyen de les remettre à destination
sans que personne... le mari surtout... (Henri, tout efiEaré, maia cherchant à cacher son émotion, prend la lettre.) Q,U*a8-tU dOHC ?.•
HENRI
Moit... rien, mon ami, rien!...
GASTON
Mais si... tu me caches quelque chose!... (Apercevant l»
lettre entre les mains d'Henri.) Une lettre !...
HENRI* très-émn.
Oui, oui, une lettre qui traînait là, sur ce guéridon.,
GASTON
Sans adresse ?••