TROISIÈME SÉRIE
Encore toi...
M"® de Kérestang, le petit Kérestang et la petite Kérestang;
M. et M™« de Montagny ; Chantenay, Langlade et d'EstilUic; M. et M™« de Montbrays ; M. et M™« Planés de Waldeck ; Robert de Malgane ; M"° de Sommery ; Pierre et Ghristiane de Charmelieu ; Chapelan, notre vieux notaire.
Total r dix-huit personnes.
Maintenant procédons par ordre. Examinons la première fournée. C'était Tannée dernière, la série religieuse, administrati ve et littéraire. . . un peu prétentieuse, un peu guindée, voire même un peu ennuyeuse... Mais, de temps en temps, s'ennuyer un peu, cela n'est pas mauvais... on s'amuse bien mieux après. Tous les soirs, Lambertin nous faisait de petites conférences littéraires. Quand on a un académicien, il faut bien s'en servir... Ma belle-sœur lui donnait la réplique. Elle est, tu le sais, parfaitement pédante... Cela faisait la joie de Monseigneur... Souvent il daignait me dire : « Votre salon, chère madame, est le dernier salon « où Ton cause ». Eh bien! ma chère, elle est
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complètement détraquée, ma première série.
Le préf^' ^ la préfète, M. et M"« Formentin... Formentin, c'est le procureur général... Sais-lti ce quMIs ont fait, ou plutôt ce qu'ils n'ont pas fait, tous les deux, le préfet et le procureur général ? Ils n'ont pas donné leur démission ! Ils ont exécuté les décrets du 29 mars! Les mettre, après un pareil coup, en présence de Monseigneur, il n'y faut pas songer... On ne peut même plus songer à les inviter. .. C'est un trou de quatre places. .. J'ai de qiai boucher la moitié de ce trou avec deux amours de petits substituts bien pensants qui ont bravement donné leur démission. Cela sera très agréable à Monseigneur ; il a, ^'ai^urs, l'intention de faire faire à ces jeunes ^ens de riches mariages. Ils ont bien droit à ce dédommagement... Magistrat démissionnaire, c'est parfait pour se marier dans notre monde...
M. et M™« de Marcillat, à peu près le même cas. Marcillat, c'est notre député. Il est du centre gauche... et il a voté l'article 7, il l'a voté la mort dans rame, mais il l'a voté... Si, au moins, il s'était abstenu... Encore deux noms à rayer.
Et qui fe^a le whist de Monseigneur?.. J'avais le
ménage Formentin et Marcillat... Mon whist est disloqué. Monseigneur est de la vieille école, il ne joue pas le mort... Il ne <:onnaît que la partie à quatre... Les deux jeunes substituts font le whist... Je me suis informée... Ils sont complets, ces bons petits jeunes gens, mais }e n'ai pas de quatrième... Où trouver un quatrième?
J'ai bien une ressource... notre bon vieux curé... oui, mais il ne roule pas sur l'or, le pauvre cher homme... Il faut mettre la partie à un sou la âche. Monseigneur s y résigne avec une douceur angélique, mais non sans une secrète mélancolie... Une petite excitation d'argent ne lui déplaît pas. Quarante sous la fiche, voilà son jeu, et, quand il a gagné deux ou trois cents francs, Monseigneur est tout guilleret... Joie bien excusable I... C'est cela de plus pour ses pauvres.
M. et M"** de Blerny-Bussac... Ceux-là, on peut encore les inviter, mais on ne peut plus les inviter avec Monseigneur... C'est une fatalité ! On ne peut plus inviter personne avec Monseigneur. Il a fait le mariage de Blerny-Bussac, il y a deux ans, et les choses ont mal tourné. Ce petit nigaud de Blerny-Bussac s'est mis à jouer, il a déjà cro-
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que toute sa fortune et la moitié de la dot de sa femme. La pauvre enfant est très malheureuse. Elle compte bien être de cette première série. Elle m'a écrit pour me le demander. « Gela me sou- « lagera, me disait-elle dans sa lettre, de pleu- « rer entre les bras de Monseigneur, et puis il « fera un peu de morale à Gaétan. »
Faire de la morale à Gaétan ! Voilà un divertissement pour Monseigneur ! Sa Grandeur vient à Châteaubrun pour se distraire, pour se reposer après sa tournée pastorale. Çafassommerait, cette petite qui pleurerait entre ses bras. D'ailleurs, je connais Monseigneur... il n'aime pas à se retrouver en face de ceux de ses mariages qui n'ont pas réussi.
Je vais mettre les Blerny-Bussac dans la troisième série, bien que Chantenay fasse partie de cette troisième série. Il est joueur comme les cartes, et il a une veine enragée. Lui et Blerny- Bussac passeront toutes leurs nuits à jouer au bezigue... mais j'aime encore mieux cela que d'agacer Monseigneur.
Lambertin, lui, peut aller... Il a bien voté dans les dernières élections de l'Académie... Monsei-
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gneur le reverra avec plaisir... mais il lui faut un auditoire à Lambertin... On ne peut briller sans un auditoire... et je ne le vois plus, l'auditoire de Lambertin. Il n'aura plus sa partenaire accoutumée, ma belle-sœur... mon frère et ma bellesœur... encore deux noms à biffer. Nous sommes brouillés, complètement brouillés... Tu sais pourquoi, des querelles d'intérêt, à propos de la succession de notre tante Marceline. Ils ont montré une avidité... Je ne les reverrai de ma vie.
Lambertin aura la générale de Blossanville et ses trois filles. Mais la générale est affreusement sourde et ses trois filles passent leur journée à jouer au crockett, tombent de sommeil en sortant de table et demandent la permission d'aller se coucher à neuf heures .
Roger de Garlemont, également à déplacer...
Si, Tannée dernière, je l'avais mis de la première série, c'était dans l'espérance de lui faire épouser une des trois filles de la générale. Cette pauvre femme me fait pitié avec sa ribambelle de filles à marier. Je n'avais rien dit à Garlemont ; il ne serait pas venu... mais, cette année, il s'est méfié. Il m'a obligée à lui donner ma parole d'honneur que jt
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ne recommencerais pas une pareille plaisanterie, et il a demandé à être de la troisième série... C'est la série où Ton s'amuse. Il veulent tous en être, cette année, de la série où Ton s'amuse. Ah ! ma chère, comme ce pays-ci devient frivole ; on ne sait plus s'ennuyer.
Ma tante de Brigas et M"^ Mouette.,. Eh bien I là encore je ne suis pas tranquille. Ma tante est catholique... mais comment dirais-je? un peu vieille catholique. Elle ne peut se faire à toutes les nouveautés dévotes de l'Eglise... et, l'année dernière, elle s'est horriblement chamaillée avec Monseigneur sur les pèlerinages de Lourdes. Ils se sont séparés froidement. Enfin, cette année, la question des décrets du 29 mars les rapprochera. Tiens, voilà l'effet le plus sûr des décrets. Ils ont mis tous les catholiques d'accord. Cette pensée est trop profonde pour être de moi ; elle est de mon mari qui t'envoie toutes ses amitiés. Pauvre Adrien I il est bien triste cette année, pas de gibier... et, Tannée dernière, à pareille date, il avait déjà tué plus de quinze cents pièces.
Louise de Landriane, il faut absolument que je la mette dans la troisième série... Louise va se
remarier... c'est encore un secret... se remarier avecd'Estillac... Je ne peux pas déplacer d'Estillac... Il fait partie de ma troupe comme second comique, et tu verras qu'elle est cruellement éprouvée, ma pauvre petite troupe.
Donc il ne me reste pour ma première série •que Monseigneur, Tabbé Lepetit, les deux substituts, Lambertin, la générale et ses trois filles, ma tante de Brigas. M*** Mouette, moi et Adrien... Treize personnes ! Et Monseigneur est superstitieux. L'abbé Lepetit m'a prévenu avec un tact exquis. — « Les plus grands saints ont eu des faiblesses, m'a-t-il dit. Monseigneur a le nombre treize en horreur. »
Je serai torcée de faire dîner ma petite Jeanne â table. Cela n'aura pas d'inconvénients. Pendant la série de Monseigneur, la conversation est généralement convenable. On se rattrape après son départ.
J'arrive aux deux autres séries.La seconde série, c'est la série des chasseurs, la série de mon mari... Elle débutait Tannée dernière par les S^nermont et les Martinvelle. Je les avais mis ensemble dans fespérance de faire épouser la petite S^ner-