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— Georges, l'avez-vous vue, eette petite femme avec ses grands yeux bleus et sa toilette plus bleue encore ? Je crois qu'elle était la belle hier au bal.
Je le crois bien, Louis, il n'étuit pas difficile d'être ln plus belle hier. Peste! Je ne me suis jamais rencontre au milieu d'un groupe de femme aussi laides. J'en ai mal dormi ; encore deux soirées comme celle-là, et je suis dégoûté à tout jamais du monde fashionable. Mon cher, si c'est ainsi que vous croyez me guérir de mes ennuis, route, il aurait mieux valu me laisser enseveli dans mon vieux manoir de Bretagne.
vous faites fausse
— Georges, vous n'avez pas de logique, s'enterrer à vingtsept ans, renoncer à tous les plaisirs, et pourquoi ? Je voudrais bien le savoir, uniquement parce qu'il vous passe des chimères par la tête, devenir pessimiste quand on est jeune, riche et beau garçon, c'est révoltant, vraiment, mon ami, vous insultez la Providence en voulant vous trouvez malheureux avec tout cela.
Un sourire triste effleura les lèvres de Georges de Ferrares.
Vous yensez, Louis, dit-il, cependant vous vous trompez j'ai de réels sujets de n'être pas heureux.
J'en doute, un homme que toutes les femmes adorent. Vous ne me ferez jamais croire à vos malheurs.
— Vous pensez que toutes les femmes m'adorent, que diriez-vous si je vous avouais que je n'ai plus le droit d'en aimer aucune et que je ne suis pas digne d'être aimé.
Louis de Rouville regarda son interlocuteur ave: surprise.
Georges de Ferrares était beau, grand et bien fait, il avait une physionomie intelligente, de grands yeux gris, un nez droit, une bouche expressive ornée d'une superbe moustache noire, des dents irréprochables, le teint basané lui donnant le type espagnol ; des manières séduisantes, une distinction parfaite, des goûts recherchés, une grande délicatesse de sentiments, des idées élevées, tel était le jeune homme qui, en ce moment, disait ne plus avoir le droit d’être aimé.
— Georges, je ne vous comprends plus. Vous, ne pas avoirle droit d'être aimé! Que dirait Noémie de Soulanges si elle vous entendait ?
A cè nom Georges pâlit.
Noëmie ne m'aime pas, dit-il.
Louis lui prit la main.
Vous vous trompes, Georges. Noëmie vous aime, j'en ai la certitude.
Une vive anxiété se peignit sur ke traits du marquis de Ferrares.
__ Pauvre enfant, murmura-t-il, alors il faudra que cet amour meurt dans son cœur. Louis, écoucez, je vais. vous confier mon malheur, je suis marié.
Marié ! et depuis quand ?
— Depuis sept ans.
Et le jeune homme en prononçant ces mots laissa tomber sa tête duns ses mains avec découragement. Son ami le regardait sans pouvoir croire ce qu'il venait d'entendre.
— Oui, marié, reprit le marquis, à une femme que je n'ai vue qu'une fvis, à une femme que je ne con" is pas. Ecoutez. Un soir, il y a sept ans, mon père se mourait, il me fit venir à son chevet : “ Mon fils, me dit-il, je vais mourir et je suis ruiné. Voulez-vous sauver l'honneur de notre maison ? Un seul moyen nous reste encore, voulez-vous adoucir mes derniers moments en consentant à épouser la fille du banquier Beleourt à qui je dois d'immenses sommes! Par ce mariage il me tiendra quitte de mes dettes et mon nom ne sera pas déshonoré. Le banquier veut avoir dans sa maison des titres Sa jeune fille n'est encore qu'une enfant âgée de quatorze ans, de suite après son mariage on la renverra au couvent pour terminer son éducation, ainsi pendant plusieurs années vous serez entièrement libre de votre temps et de vos actions.” — J'hésitai, j'avais vingt ans, ie ne connaissais pas la personne que l'on me destinait et tout en moi se revoltait à la pensée de contracter un mariage dans de telles conditions. J'exprimai à mon père la répugnance que j'éprouvais à me lier irrévocablemert à une personne dont j'ignorais les sentiments et le caractère, et qui, élevée dans un autre milieu que le nôtre, aurait sans doute des idées et des goûts tout à fait opposés aux miens ; mais mon père réfuta un à un mes arguments et mit une telle insistance à me supplier de ne pas lui refuser cette suprême consolation que je n'eus pas le courage de résister plus longtemps, voyant avec douleur à l'altération de ses traits que la mort allait bientôt venir et que de ma réponse dépendait la tranquillité de ses dernières heures. dJ'acquiesçai donc à ses désirs et consentis à m'encanailler, comme on dit.
de noblesse
Lorsque les formalités d'usage furent remplies, on amena la fille du banquier et nous fûmes mariés sans plus de préatubules. J'avais à peine eu le temps de jeter un regard sur ma femme et de constater qu'elle n'était pas jolie, qu'on la reconduisait de suite au couvent comme il avait été convenu, sans que je lui eusse même adressé une parole. Quelques heures plus tard mon père expirait en me bénissant.
Tout ceci se passa avec une telle promptitude, le douleur que j'éprouvei de la mort de mon père fut si grané. que j'oubliai complètement ies événements. Ma femme n'était entrée dans ma vie qu'à légal d'un mythe, je résolus de continuer à la regarder comme tel, ne me sentant aucune inclination pour elle.
Dans un moment d'irréflexion impardonnable je lui écrivis ces quelques mots:
Mana
Nous avons été mariés pur la volonté de nos parents. Vous ne m'aimez pas ni moi ton plus, Je ne vous importunurai pas de a présence. Je pars pour faire le tour du monde et vous laisse libre
Durant mes voyages au long cours, je reçus lu nouvelle de la mort de mon parran qui me léguait tous ses biens et son rrares, Cette bonne nouvelle me renduit désormais indépendant. Je m'empressai de remettre au père
titre de marquis de E
de mn fenmme les sommes qu'ilavait déboursées pour le mien et que je n'avais toujours considérées que omme prêt.
our le plus rinnt de dépensai avec prodigalité, me livrant comme un jeune fou
Alors lu vie s'otfrit à mes yeux sous le
tous les plaisirs du siècle, Jamais la pensée de ln jeu:
ietnme que j'avais laissée derrière moi ne vint troubler mon esprit, jusqu'à ve qu'un jour je rencontra Noëmie de Soura chez moi, Que passait-il ! Hélas! je ne m'en aperçus que trop tard, J'aimuis, j'aimais éperdument pour la première fois et il me fallait arracher cet amour de mon cœur, J'étais lié et pour toujours.
lunges, Alors, une réaction subite s'o
d'eux des moments de sourde colère, Qui me retenait ? Ce mariage était-l valide ? N'avais-je pas le droit de le briser ? Alors, pour la première fois, je songeai su malheur que mme qui portait mon nom, Je l'avais laissée seule exposée aux dangers du monde, son père était mort quelque temps après notre union. Pauvre enfant qu'étuit-elle devenue ! elle aussi pouvait aimer ailleurs et comme moi elle n'était plus libre. Ma conscience me reprocha améèrement ma conduite passée, et je serais retourné vers la jeune femme que j'avais si cruellement abandonnée si mon amour ne m'eut ret: nu près de Noëmie.
Cependant ma position ne devint plns tenable. Plus je sais Melle de Soulanges, plus mon malheur augmentait et ce qui m'afligenit davantage était de constater que lu gaité
J'avais pu causer à la
de ln jeune fille s’évanouissait de jour en jour pour faire place à une tristesse amère, causée sans doute par mon silence. Je l'aimais, Louis, mais jamais un mot de ma part n'est venu lui apprendre ce que j'éprouvais pour elle. Ce furent ces tristes circonstances qui m'obligèrent à m'éloign:r de nouveau, Je courus m'ensevelir dans mon vieux manoir de Bretagne pour y cacher mon malheur et essayer d'oublier lorsque vous vintes m'y chercher. Dites maintenant n'avaisje pas raison de dire que je ne suis pas digue d’être aimé. M. de Rouville t idit la main à son ami.
Georges, lui dit-il, vous avez “ertainement de grands torts, mais vous avez beaucoup souffert. A tout péché miséricorde, Ecoutez-moi, pourquoi ne retourneriez-vous pas vers celle qui porte votre nom ? Cette enfant que vous avez laissée sans grâces est peut-être aujourd’hui une femme charmante, qui malgré votre conduite indifférente vous attend encore,
Le marquis «ecoua la tête.
- Elle doit me détester, fit-il, n'ai-je pas empoisonné les premières années de sa jeunesse { Oscrai-je jamais me présenter devant elle après lui avoir écrit comme je l'ai fait ?
- Qui sait, Georges, le cœur des femmes est immense et n'êtes-vous pas doué des qualités qu'elles recherchent. Vous possédez un physique attrayant, de parfaites manières du monde, n'est-ce pas assez pour tenter la fortune ? Tenez, si J'étais à votre place je m'assièrais à, et j'écrirais à ma femme que je désapprouve ma conduite passée et que si elle veut bien le permettre je lui rendrai visite,
Georges hésita.
— Et Noëmie, dit-il,
Nowmie vous oubliern et vous aussi.
Un profond soupir souleva lu poitrine du marqi
Mu foi, dit-il, vous avez peut-être raison, Ne vaui-il pas mieux en finir de suite et connaitre mon malheur tout entier, Je suis lus de lu vie que je mène, je sens bien qu'au fond de mon eœur doit vivre un éternel regret ; mais je n'ai pas le droit de faire partager mes chagrins à Noëmie, Qu'elle app une done de suite que je ne m'appartiens pas, 5e ainsi que voux le dites, elle m'oubliera.
Ce dernier mo, s'éteignit avee un second soupir, puis avec une agitation fébrile le marquis saisit une p'ame et se mit à écrire rapidement, Louis se promenait à grands pas dans la chambre, regardant de temps en temps le marquis avee compassion,
Pauvre ami, disait-il, ilest vraiment à plaindre, à vingtsept ans voir son nvenir brisé, Mais ne vaut-il pas mieux qu'il retourne dès à présent vers su femme, que le diable aurait dû emporter bien avant aujourd'hui.
Sur cette réflexion charitable, il vint se rasseoir près de Georges pour l'encourager de nouveau.
Au: e gemissuit ; au dedans une femme p'eurait. Et cependant dans ce petit boudoir tout invisait À sourire : tout, jusqu'aux petits rideaux roses, jusqu'aux mille bibelots qui ornaient la chambre semblait, au sieu de larmes, solliciter le sourir
Lex beaux cheveux blonds de la jeune femme tombaient dans un négligé charmant sur ses épaule:, ses petites mains, blenches et potelées comme celles d'un enfrnt, demeuraient es au-dessus de sa tête, De temps en temps un profond soupir soulevait son sein, venant rompre le silence qui régnait dans cette pièce où tous les objets de luxe et de confort étaicat réunis: et dans ce lieu charmant régnait le désespoir, nu un pas léger se fit entendre, la porte s'ouvrit doucement et une jeune fille de dix-huit aus environ se glissu dans la chambre, alla droit au canapé et se penchant vers lnconnu l'appela tendrement.
— Noëmie, pardonne-moi de t'éveiller, dit-elle, mais je tenais nt à te voir aujourd'hui.
Noëmie releva la tête, alcrs ses beaux yeux bleus de saphir apparurent à son amie tout baignés le larmes,
- Quoi, des pleurs ! s'écria ‘1 de Nancray en l'attirant à elle, qui peut lone causer ton chagrin, toi que tout le monde adore, toi, à qui, i! me semble, rien ne mauque ici bas. Que dirait Geurges de Ferrares s'il te voyait ainsi gâter ton joli visage avec ces vilaines larmes ? Laisse-moi te consoler, je suis certaine que tu n'as aucun sujet de te chagriner ainsi.
— Oh ! répondit Noémie en eachant sa tête dans le sein de son amie, Léa, je voudrais mourir.
— Mourir, quand on à vingt ans, quand on est belle, quand on est aimée ! Ah ! Noémie, tu n'es pas raisonaable. soute plutôt, Léa, car je ne puis plus longtemps te cacher mon malheur. Ce que je vais te dire tu ne pouxras le croire, et cependant, hélas ! il n'est que trop vrai, Léa, je
hors, la b
suis mariée.
— Mariée ! cela est imposssole,
— Oui, je suis mariée et ce qui est bien pis, j'aime un autre homme que celui à qui je suis liée. Demain, je recevrai ce mari indifférent qui depuis sept ans ne m'avait donné signe de vie et qui aujourd'hui sollicite une entrevue. Mais je le recevrai uuiquement pour lui exprimer toute la haine qu'il m'inspire, pour lui reprocher d'avoir brisé ma vie, pour
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lui avouer enfin que j'aime ailleurs, que sa présence m'est odieuse, que lui-même a fait naître m7 aversion et qu'il ne doit pas s'attendre à ce que jamais je vis 14 le méme toit que lui. Hélas! lorsque pour obéir à mon ère son nom, combien j'étais ignorante des malheurs qui mat tundaient, Disposie à aimer celni qu'on me donnait pour époux, quoique je ne l'eusse vu que quelques instants, avec ma naïveté d'enfant de quatorze ans, il me semblait que je serais heureuse près de lui et j'aurais voulu dès | quitter. Mais on ne fit comprendre que telles n'étaient pas les eoi us, que Je devais retourner au couvent pour termine: son éducation, que mor mari ne pouvait erñsbarrasser d'une petite fille telle que moi, que plus vard seule ment je pourrais le revoir, Avec mes imagination roma nesque je me fis un idéal de ce rari, qui ne m'avait épouxé que pour ma fortune, et je me mix à souhaiter l'instant qui devait nous réunir. Combien j'étudini avec arleur ah de devenir savante pour lui plaire. J'avais du goût naturel pour les arts, en peu de temps je remportai en peinture et en musique les premiers prix du couvent, de m'a toutes les branches afin qu'à son retour il put être fier de moi, Naïvr enfant! j'étais tellement occupée de lui que j'avais fini par croire que moi aussi je devais avoir une purt dans son esprit ; lorsqu'un jour tout l'édifice de bonheur que j'avais élevé dans mes rêv cet homme sans cœur qui m'avounit ne pas m'ain rait que vous emeurassions étrangers l'un pour l'autre, Oh! Léa, tu ne peu: savoir quelle fut mx douleur. Ce nom que je m'étais habituée à amer, je me mis à le détester et résolus de ne jamais le porter.
Mon père était mort, je ne ernignais pas de l' renonçunt à ce titre de baronne pour 1 m'avait sacrifiée, En proie au désespoir, seule au monde à dix-huit ans, je vins chercher consolation auprès de mu cousine, Madame de Treslin, l'unique parente qui me restit. Elle se moqua de moi et de mon chagrin, me disant que j'étais une petite folle, que mon mari avait beaucoup de charité de me délivrer de sa présence, que tous les hommes sont des embarras et que l'on devait bénir le ‘el lorsqu'ils s'éloignaient. Puis, en m'embrassant, elle ajout :
jareeptni
ne pus le
s s'écrouln devant une lettre de
t déni
ffenser eu quel son orgueil
—“ Ma chère petite, le baron est un niais de ne savoir apprécier une charmante enfant telle que vous, il faut done se réjouir de son absence. Vous êtes beaucoup trop jeune et trop jolie pour gâter votre visage avec ces v:.1ines larmes. Venez demeurer avec moi et jouissez de la vie, à la jeunesse il faut le plaisir. Je n'ai pas d'enfant, c'est moi qui me charge de votre entrée dans le r ‘nde. Le titre de baronne vous déplait changez-le pour ce.ri de votre terre de Soulanges, Vous êtes libre, votre mari vous le dit, done vous êtes encore jeune fille. Anusez-uous et moquez-vous des hommes, c'est la plus grande consolation qu'ne femme puisse trouver lorsqu'elle a été outragée.
Je finis par penser que ma cousine avait raison et dès lors je résolus de ne plus ‘ne chagriner au sujet de celui qui m'abandonnait si lâchement. Le monde, je ne le connaissais pas, mais je m'y lançai avec toute la frénésie d'une femme qui veut oublier. Je voulais ne pas avoir ie temps de penser et de souffrir, J'y étais parvenue jusqu'à un cectain point, cette vie d'insouciance et ac plaisir avait engourdi mes souvenirs, lorsqu'uu jour je rencoütrai Georges de Ferrares. Alors une terrible réaction s'opéra en moi. Je sentis que jusqu'à ce moment il m'avait manqué une part de moi-même,