‹ Un mariage forcé [microforme]Chapitre 9 sur 16 · LA FEMME QUI TRAVAILLE · texte numérisé non relu

LA FEMME QUI TRAVAILLE

Je me dis souvent, en voyant une femme active, toujours à son poste, le matin, le soir, arrivant à heure fixe, beau temps, mauvais temps, combien ne doit-on pas admirer son courage! De nos jours on la retrouve partout cette femme qui gagne fièrement son existence.

Les vieilles idées s'en vont, Dieu merci, notre jeune pays sent qu'il touche à une nation de progrès, où une indépendance parfaite permet à tout être intelligent de se frayer un chemin dans le monde, et pour le bien être universel on voit disparaître des préjugés mesquins qui trop longtemps ont retenu dans l'ombre des personnes que Dieu avait douées de réels talents.

En effet, il y a peu d'années encore on regardait avec une espèce de mépris celle que le malheur avait frappée, et qui par son propre mérite gagnait avec son travail de quoi subsister sans demander à qui que ce fut de l'aider.

Aux Etats-Unis, la femme, parfaitement libre dans toutes ses actions, a levé haut la tête; son éducation, ses capacités intellectuelles l'ont placée au même rang que l'homme, car en général elle est plus instruite que ce dernier. Les scionces, les arts, elle les étudie à fond, elle devient même souvent avocat, médecin, ete. Je ne dirai pas que je voudrais voir les Canadiennes imiter leurs voisines à ce point: mais enfin je ne comprends pas pourquoi le travail qui ennoblit l'homme doit humilier la femme. Il me semble qu'au contraire on devrait éprouver plus d'admiration et de respect pour celle qui jette de côté ces idées d'un autre âge, et se met bravement à l'œuvre, sans se soucier si mademe X, qu’elle recevait jadis dans ses salons, lui fera petite mine maintenant qu'elle n'oceupe plus la position d'autrefois. qui lui permettait de réunir chez elle la société, que l'on appelle la bonne société et où se glissent cependant un si grand nombre d'êtres vulgaires.

Je dois l'avouer, Montréal est encore bien arriéré ; si ses préjugés mondains diminuent, il y en fourmille encore un grand nombre, et plus d'une femme distinguée, que l'infortune a réduite à gagner sa vie, en a fait la triste expérience, soit par la conversation plus ou moins pimentée de jeunes damoiseaux, qui, devant une employée, se croient dispensés de cette délicatesse que tout vrai gentilhomme doit toujours conserver devant une femme, quelle que soit la position qu'elle occupe ; suit par une élégante frivoie et légère qui, du haut de son joli coupé, lui fait un petit salut où le dédain se mèle à l'insolence. Mais bientôt ces petites étroitesses d'idées disparaîtront, grâce à nos bons voisins les Américains ; le vrai mérite saura se

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