LA FEMME
intonations de voix différentes, cette prière qui pour lu première fois fut dite par l'Archange à la Mère du Sauveur.
En effet, il y avait en cette église des cœurs remplis de sentiments bien opposés. Ainsi, tandis qu'une épouse éplorée venait demander à Dieu le repentir d’un mari qui l'outrage et l'oublie, à côté d'elle une jeune fille remplie d’espérances, se rappelait qu'hier Gustave avait été bien tendre, qu'il lui avait dit mille douces choses en la regardant avec des veux pleins de promesses pour l'avenir. Gustave était bien un peu frivole, comme le disait son père, mais qu'importe, s'il l'aimait, il lui serait constant. Et alors la belle enfant répétait avec un élan de plus fervente ardeur ce salut à Marie pour qu'elle lui soit favorable et lui obtienne toute la tendresse de Gustave.
Plus loin, une malheureuse suppliait le Ciel de lui rendre son fils mourant ; celle-ci sa voix était trainante et pleine de sanglots. Puis la petite fille, qui avait suivi sa mére, elle aussirépétait l'Ave à sa manière ; mais son esprit voltigeur, comme l’est celui des enfants, l'avait bien vite ramenée à la maison où les jouets en nombre captivent tout son cœur. Elle se rappelle qu'elle à oublié, sur le divan, sa poupée dont l'oncle Auguste lui a fait hier cadeau. Si le petit frère Louis, qui est si taquin, l'aperçoit que deviendra-t-elle ? Louis, qui est si vilain, pourrait bien faire à cette belle enfant de sérieuses blessures, s'il allait lui enlever un bras, une jambe, ou, ce qui est bien pis, lui cusser le nez. Oh! une poupée sans nez, ce serait bien terrible ! Et la jolie petite fille, qui répète toujours les prières du rosaire comme une gentille perruche, sent d:s larmes monter à ses yeux à l'appréhension du malheur effroyable qu'elle redoute, et cette fois elle redit avec cette piété angélique, qu'ont les enfants élevés par une pieuse mère, le salut à la Vierge. afin qu'elle préserve sa chérie des mauvais tours de son frère.
On voit là aussi de vieilles femmes, venant confier à la sainte leurs regrets, et de jeunes filles qui apportent aux pieds de la madone leurs espérances, leurs illusions.
Le prêtre, de temps en temps, récite ce verset : “ Salve Regina, Mater misericordiæ, vite, duleedo et spes nostra salve.”
et toutes ces voix, partant de cœurs si divers, s'élèvent vers Marie en un concert de lamentations et de remerciements.
Soudain mes regards s'arrêtèrent sur une jeune femme, agenouillée auprès de la XEIT station du chemin de la croix. Quelque chose me frappa en elle et je ne sais pourquoi je sentis mOn cœur se serrer ; il y avait sur ce visage une telle expression de douloureuse angoisse que j'en fus tout émue. On eut dit qu'en levant ses grands yeux noirs vers la mère de Dieu, tenant dans ses bras son fils mort pour l'humanité, elle mélait sa douleur à celle de la Vierge, et qu'elle lui disait: “ Mère des chrétiens, Ô vous qui avez éprouvé cette souffrance terrible de la séparation de tout ce qui vous était cher ici-bas, aidez-moi.” Oui, c'était une de ces ferventes prières partant de cœur pour monter droit au ciel. Les lèvres ne remuaient pas, l'âme seule parlait toute entière.
Le visage de cette inconnue n'avait rien de frappant au premier abord ; cependant quelque chose attirait dans l’ensemble des traits, il me semblait retrouver chez elle l'expression de douleur poignante que le peintre evait donnée à la madone, on eut dit deux sœurs frappées du même coup. Et je me disais : “Qu'a-t-elle ? Quelle est la cause de ces larmes discrètes que de temps en temps je vois couler snr ses joues pêles ? Ce n’est pas le remords ; le remords n'a pas cette auréole de martyre ; elle a perdu un être chéri, un époux adoré, une mère, un frère; mais non, ses vêtements n'ont pas de deuil, son deuil est au fond de l'âme, c’est done un être vivant qui fait couler ses pleurs, un mari trompeur, un fiancé parjure ?” Dieu seul le sait, c'est à lui que viennent se confier les êtres faibles et malheureux pour qui le monde n’a qu’une froide indifférence.
QUI TRAVAILLE n
Parfois, le regard de cette ineonnue s'illuminait ; on eut dit qu'une espérance lui venait d'en haut ; elle suppliait, le ciel lui répondait ; done le malheur qui l'oppressait n'était pas irréparable; un changement pourrait venir, l'être qui peut-être brisait son âme, le Tout-Puissant pouvait changer son cœur, Et elle ait avec le prêtre d'une voix où une foi immense se révélait :
Ad te suspiramus, gementis et plentis in hâc lacrimarum valle.
Le service était terminé, tout le monde partait emportant, chacun selon son âme, l'impression du moment. Une à une s'éteignirent les bougies tremblotantes. Indifférente à tout, je vis mon inconnue suivre la foule au dehors, pour se perdre ensuite dans un groupe compact.
Que va devenir cette femme, me dixvis-je pensive, la reverrai-je jamais ? Un jour brillera-t-il pour elle un rayon de soleil? Nous marchons tous dans un monde incertain, L'avenir est un mystère, l'œil débile de l'homme n'y peut plonger ses regurds. “ L'avenir, l'avenir, comme l'a dit le grand poite, l'a r n'est à personne, l'avenirest à Dieu.”