DÉCRETS PRÉLIMINAIRES
Premier décret.
Le 29 de la dixième lune intercalaire de la neuvième année du règne de l'Empereur T'ong-tche (21 décembre 1870), le Ministère des Rites et l'Intendance de
la Cour ' ont reçu de l'Impératrice Tzengan^ et de l'Impératrice Tze-hi 3 rordre verbal :
1 . Le lÀ'pou et le Nei-ou-fou, Le Ministère des Rites e^t composé de quatre bureaux ; c*est ce ministère qui rè^e les cérémonies, etc. L'Intendance de la cour est une création de la dynastie actuelle. Son administration n'est composée que des descendants des esclaves des princes mandchous , conquérants de la Chine ; de très grands personnages en font partie , ils ne peuvent cependant ^ par aucun lien de famille , se mêler aux tartares des huit bannières et TEmpereur ne choisit de leurs filles que pour être servantes au palais. L'Intendance du palais est chargée de l'administration des eunuques et de tous les détails intérieurs de ce qu'on est convenu d'appeler la ville impériale.
2. L'Impératrice douairière Tze-ngan, femme légitime de l'Empereur Hien-fong, mort en i86i, était stérile; elle a dû partager la régence de l'empire avec la mère du seul héritier du trône. Elle est morte le 8 avril iSSt.
3 . L'Impératrice Tze-hi était une concubine de l'Empereur Hien-fong dont elle eut un fils, l'Empereur T'ong-tche; âgé de 17 ans à l'époque de son mariage, il était encore considéré comme mineur. A la majorité de l'Empereur, elle dut, ainsi que l'autre régente, et comme cela eut lieu déjà après la mort de Hien-fong, changer de sur-
i** De consulter rEncyclopédie administrative de l'Empire (Houei-tien) afin de savoir quel est le cérémonial usité pour le mariage des souverains ;
2° De se conformer à ce qui a été fait la quatrième année du règne de l'Empereur Kang-hi (1665) quant au mode de remise d'un livre d'investiture et d'un sceau à une impératrice ' ;
3° D'envoyer des gardes du corps fermer la porte Kien-tsing men* lorsque la nouvelle Impératrice l'aura franchie et y sera descendue de palanquin pour se
noms. Les Impératrices en changent encore une fois après leur mort.
1. Le Livre d'investiture est composé de minces plaques d'or. Les caractères qui y sont gravés sur champ-levé sont recouverts de couleur bleue. Sa longueur est d'environ six pouces. Le sceau est également en or.
2. Porte de la Pureté céleste. Elle a cinq entrecolonnements en longueur et cinq en largeur, trois issues, et l'escalier qui est en avant , le même nombre de rampes, chacune de neuf marches. Devant l'escalier sont placés deux lions de grandeur colossale. (Pauthier, Chine moderne,)
rendre au palais Kien-tsing kong ^ le jour de son installation.
I. Palais de la Pureté céleste. Il a neuf entrecolonnements en longueur et cinq en largeur.
L'Empereur s'y rend lorsqu'il veut délibérer sur un objet quelconque avec les Grands de sa Cour ou voir les fonctionnaires présentés soit pour des places, soit pour de l'avancement. C'est là que, chaque année, au jour de l'an, l'Empereur reçoit et traite les princes. C'est là aussi que , lors de sa cinquantième année l'Empereur ICang-hi (en 171 1) donna un festin solennel auquel furent invités tous les vieillards de 60 ans et plus, soit fonctionnaires, soit simples particuliers. (Pauthier, Chine moderne.)
Dans une salle de ce bâtiment se trouve , m'at-on dit , une collection d'autant de fiches de jade qu'il y a de femmes au palais ; leur nom y est gravé et lorsqu'une de ces fiches a été retournée par le souverain, T eunuque de service va suspendre le soir une lanterne à la porte des appartements de la femme ainsi choisie. Celle-ci , coniprenant ce signal, attend qu'un eunuque vienne l'emporter sur son dos, enveloppée seulement d'un grand manteau rouge sans manches. Le même eunuque est chargé de dresser, dans la matinée du lendemain , un rapport qu'il présente à un délégué spécial de la Cour des Censeurs.
Deuxième décret.
Les Impératrices Tze-ngan et Tze-hi, le 27 de la onzième lune de la neuvième année du règne de T'ong-tche (17 janvier 187 1), ordonnent ce qui suit :
Le jour du mariage de l'Empereur, les deux présidents du Ministère des Rites ^, accompagnés de leurs secrétaires, devront apporter le livre d'investiture et le sceau destinés à l'Impératrice ; l'administrateur général de l'Intendance de la Cour est chargé de faire entrer ces fonctionnaires par le palais Kien-tsing kong et de les mener à la salle Kiao-t'aï tien^ ; c'est là que devront être déposés les objets apportés.
1. Le Ministère des Rites, ainsi que les cinq autres grands ministères, est composé de deux présidents, quatre vice-présidents. Les Tartares et les Chinois sont, parmi eux, en nombre égal.
2. Salle des relations du Ciel et de la Terre. C'est là qu'est conservée la collection des sceaux impériaux.
De plus , il a été décidé que Tlmpératrice devra se présenter à Nous en Notre palais Tze-ning kong ' le troisième jour de son mariage ; elle devra le lendemain (quatrième jour) venir Nous présenter ses félicitations.
I. Le palais de la Charité et du Calme où se tiennent les régentes lors des cérémonies officielles.
Troisième décret.
Le 1 5 de la douzième lune ( 4 février 187 1 ), les Impératrices Tze-ngan et Tzehi ont donné verbalement les ordres suivants :
Le jour de son mariage, l'Empereur devra procéder à la réception de l'Impératrice. L'audience solennelle, durant laquelle l'Empereur, assis sur son trône, députera des Médiateurs à la famille de llmpératrice , devra avoir lieu la veille du mariage , après que Sa Majesté sera allée examiner le livre d'investiture et le sceau de l'Impératrice.
A l'occasion de la cérémonie des accordailles et à celle des banquets prévus par les règles de l'étiquette , le Ministère des Rites est chargé de dresser une liste des femmes des hauts fonctionnaires afin que Nous choisissions parmi elles six dames d'honneur pour llmpératrice ; il ne sera délégué aucune de ces dames pour faire
escorte à Sa Majesté, le jour de sa réception; ce seront des eunuques qui iront, ce jour-là, soutenir de la main les brancards de droite et de gauche du palanquin de l'Impératrice.
C'est le lendemain du jour de la visite des félicitations (cinquième jour) qu'aura lieu le banquet dans Nos appartements du palais Tze-ning kong, ainsi que celui que donnera lïmpereur dans la salle du trône appelée Taï-ho tien.
Les princesses impériales, les femmes des princes du sang et de la haute noblesse, les femmes des hauts fonctionnaires n'auront pas part au banquet donné dans le palais Tze-ning kong; mais les eunuques de l'administration du Cheng-ping chou ' leur donneront le divertissement du chant et de la danse.
I. Sur les différents orchestres ou corps de musique du palais impérial , consulter, dans les numéros 14, 17, 19, 25 du Magasin pittoresque de l'année 1885, un article intitulé : Essai nouveau sur la musique che^ les Chinois y par Mme G. Devéria.
Quatriétne décret.
Le dix-huitième jour de la douzième lune (7 février 1871), les Impératrices Tze-ngan et Tze-hi ont donné verbalement les ordres suivants :
Les Médiateurs chargés de l'investiture et de la réception de l'Impératrice seront choisis parmi les princes du premier et 4u second degré , les Médiateurs adjoints parmi les princes du troisième et du quatrième degré.
Cinquième décret.
Le troisième jour de la deuxième lune de la onzième année de T'ong-tche (lo mars 1872), les Impératrices Tze-ngan et Tze-hi ont décrété ce qui suit :
« L'Empereur était très jeune lors de son avènement 9 il y a 11 ans. Il importe aujourd'hui qu'il ait une compagne légitime capable de l'aider à pratiquer la vertu et à gouverner l'empire ; aussi avons-nous choisi pour être Impératrice de Chine, la fille de Ha-lou-t'o che ' Tchong-ki , docteur de l'Institut impérial (Han lin yuan) *. Elle est douce de caractère, diligente, instruite et sérieuse. »
1. Ha-lou-t'o che, de la famille ou plutôt de la tribu des A-lo-t'o.
2. Cette académie politique et littéraire fut instituée par Te mpereur Hiuan-tsong, de la d3mastie des Tnang, dans le commencement du huitième siècle de notre ère ; elle fut composée d'abord de quarante membres choisis parmi les
f)lus habiles docteurs ou lettrés de Tempire , dans e but de présider à la renaissance et au développement des études littéraires et d'entretenir les saines doctrines (Pauthier, Chine moderne).
Décret spàial.
En date du même jour, les Impératrices Tze-ngan et Tze-hi ont décrété ce qui suit :
« Le Tribunal des Mathématiques 3 devra choisir des jours heureux de la neuvième lune pour l'accomplissement des cérémonies du mariage. De plus Y, prince Kong, et Pao, ministre des finances , devront mettre tous leurs soins à appliquer, de concert avec les administrations compétentes, chacune des dispositions qu'ils trouveront inscrites dans l'Encyclopédie administrative de l'empire. »
I. Kin-tien kien. Autrefois des missionnaires européens partagèrent, avec des mandchous, la
{)résidence de ce tribunal chargé de la direction de 'observatoire et de la rédaction des calendriers.
Rapport adressé à la Cour.
Nous, prince Kong et autres, etc., etc., etc. , avons consulté l'Encyclopédie administrative de l'Empire et les archives du Ministère des Rites. Dans ces archives se trouve un cérémonial de l'investiture ea du mariage d'une Impératrice. Quant aux annales, elles s'expriment ainsi qu'il suit :
« A l'occasion du mariage de notre saint ancêtre, le miséricordieux Kang-hi, après beaucoup d'instructions verbales et de mûres réflexions , il a été décidé que le cérémonial de ce mariage se composerait de huit chapitres dont l'ordre est le suivant :
1° Les accordailles ;
2° La confirmation des accordailles ;
3° La prière au ciel, à la terre et aux ancêtres ;
4° L'investiture;
5 ° La réception ;
6° La visite ;
7° Les félicitations;
8° Le banquet '. »
Nous soumettons aujourd'hui, à l'approbation de la Cour, un programme de ces différentes cérémonies. Le Ministère des Rites a précédemment enjoint à toutes les administrations compétentes de se hâter de préparer l'ensemble des travaux qu'exige l'étiquette de Cour, en attendant le moment d'en faire usage.
Nous avons réglé l'ordre de ce programme d'étiquette avant que de le soumettre à Vos Majestés. Nous y ajouterons ce qui sera jugé nécessaire et , vu l'importance de la matière, nous prions les Impératrices et l'Empereur d'y prêter leur attention.
I . Sorte de collation officielle où TEmpereur et quelques bien rares privilégiés peuvent toucher à Quelques plats. Les taoles un peu éloignées de celle de rÉmpereur sont aussi servies, mais, parait-il, les plats et les pâtisseries n'y sont ^u'à Tétat de simulacre de terre cuite ou pétrie. Ainsi donc, le palais de rEmpereur ne serait pas àTabri de la fourberie la plus grossière de certains employés chinois.
Annexe au rapport précédent.
Jusqu'à ce jour, lorsqu'il s'agissait de la célébration d'une cérémonie, le Ministère des Rites prévenait les bureaux d'avoir à présenter leur programme cinq jours d'avance. Cette fois-ci, comme il s'agit d'un fait d'une importance exceptionnelle, nous présentons notre travail un mois d'avance, afin qu'après décret, toutes les administrations, dûment prévenues, puissent avoir le temps de former des officiers à l'exercice des fonctions qu'ils auront à remplir.