ENSEMBLE
JENNY
Air de Jeannot et Colin.
Amis de mon enfance.
Vous voilà! quel bonheur!
Croyez-moi, votre absence Fut bien triste à mon cœur.
CHOUPINEAU et M™e CHOUPINEAU.
Après un' longue absence , Te voilà! quel bonheur!
Chère enfant, ta présence Est bien douce à not' cœur.
cnouPi.XEAU, embrassant Jenny . Bonjour donc, bonjour, ma petite Jeannette...
M"» CHOUPINEAU, l'embrassant aussi. Estelle gentille , c'te chérie du bon Dieu !
JEWY. Que je suis aise de vous voir I... Je ne l'espérais plus, d'après ce que m'avait dit Victorin.
M"'"^ CHOUPINEAU. Parguenne ! conçoiton ce Choupineau , qui après avoir manigancé tout le mariage, tire ses guêtres juste au moment de la chose?
CHOUPINEAU. Ecoute donc , femme , après six semaines , j'avais une démangeaison de t'embrasser
M"'« CHOUPINEAU. Tu n'en es que plus bête... Fallait m'écrire d'avance de venir l'attendre ici.. .
CHOUPINEAU. Est-ce que je me doutais, moi , que le cousin ferait trois cents lieues pour ne rester qu'im jour?
M""' CHOUPINEAU. Aussi , c'est pour ça... j'ons dit à mon honunc : Faut pas être feignant, Jacquot... un cheval de labour à la cariole , et en deux coups de tems ù ïssoudun.
CHOUPiNEAi . Et j'y sommes...
JENNY. Trop tard...
M°"" CHOUPINEAU. Pour la messe, c'est ce qu'on vient de nous dire... mais pas
pour embrasser Victorin toujours., ni pour faire connaissance avec la cousine , y offrir nos service , y dire qu'eu l'absence d' son mari , nos soins , not' forme , nos cœurs , tout est à elle.. Sans compter que toi donc, Jeannette , y avait-il des éternités que je l'avions pas vue... vingt fois je voulions venir... JMais dans l'été c'est un ouvrage à c'te ferme ... Les moissonneurs pour qui qu'il faut faire cuire des masses de pain, et leux y tremper la soupe.
JENNY. Dieu!., si j'avais été encore là , que bonbeur !.. je vous aurais aidée...
M""" CHOLTINE.VU. Et tu te Serais divertie tout de même..- Toi qu'aimes la danse... ces jeunesses , quand ça a fatigué tout le jour, faut ben amuser ça le soir... un petit rigaudon... une bourrée, surtout à c't' lieure que nous avons le petit Coco , qu'est devenu d'un jolie force sm- ]e flageolet.
JEWV. Dieu !.. qu'c'est tentant !..
M'"'' CHOUPINEAU. Eh ben!.. si le cœur t'en dit, p'tit chou, pourquoi pas ?.. c'est mal de n'pas rev'niroù c'qu'on nous aime.
JEWY, à pari. L'affliger, en lui avouant qu'on m'empêche... ( Haut. )Sans doute... si j'étais moins occupée ici...
M""^ CHOUPINEAU. Ah!., oui... c'est juste... Le baron nous avait ben dit qu'il te reprenait pour parachever ton éducation... Et alors tu dois avoir aussi ton petit tripotage... Faut ça pour dev'nir une bonne ménagère.... Car te v'ià bentôt d'âge...
CHOUPINEAU , lui pinçant la joue. Et avec c'te mine-là , les épouseux n'te manqueront pas...
JEWY. Oh ! ce n'est pas d'en avoir qui est le plus difficile , c'est de les aimer...
CHOUPINEVU. Comme tu dis-ra ! Est-ce qu'il s'en est déjà présenté im?
JEN.\Y. Que vous connaissez...
M""^ CHOLPINE vu. Bah ! qui qu' c'est ?...
CHOL'Pi.XEAU. Attends, femme... j'y suis... Ce petit magistrat qui m'a mis en avant pour le mariage du cousin... Chaque fois qu'il venait , il me causait toujours de Jeannette, que j'aurais gagé qu'il en tenait.
JE\\Y. Ilélas î oui !...
M""' cnOLPlNEAtî. Comment, hélas!..
Il me revenait à moi , ce p'tit jeune liomme... C'est doux , c'est tranquille, un vrai agneau.
JEN\Y. Voilà le mal... Parce que je me suis consultée, j'y ai réfléchi... et si je n'ai ])our mari im militaire —
cnoiPlNEAL'. Y en a un qui t'aurait donné dans l'œil ?..■
LE MAGASIN THEATRAL.'
JENNT. Pas encore... ce n'est quel*uniforme...
SI""" cnorPiNEAU. Tiens, est-ce drôle!., mon histoire, à son âge... Te souviens-tu, Choupineau ? quand l'avais commencé à me fréquenter , et que je m'énamourai d'un dragon... Ah ! un superbe dragon ! une idée de jeune fille , quoi.
CHOliPi\EAU. Oui , mais pourquoi est-ce que je te revins, quand il eut été tué en duel?., c'est parce que t'avais été franche avec moi , au lieu de faire la coquette, et d' me tenir le bec dans l'eau... Entendezvous , ma filleule ? et si décidément ça ne peut pas prendre , faut pas le faire languir, ce pauvre garçon... faut y déclarer...
M""' CHOUPINEAU. Oui ça se doit,
quand on a de l'usage...
JE\NY. Je sens bien... mais... c'est qu'en face, je n'aurai jamais le cœur, parce que, tenez, tantôt... il n'a fait que s'en douter... un rien, un éclair de jalousie... eh ben !... il avait une mine si malheureuse... il parlait de faire un coup de tète que j'en
étais toute je ne sais comment...
CHOUPINEAU. Raison de plus... et si ça te peine trop d'y parler verbalement , on prend la plume , et on l'y écrit : Monsieur, je vous fais ces lignes , poiu' vous faire à savoir...
JEIVNY'. Ah!.... oui, mon parrain !....
quel bon conseil... tout de suite...
( Elle se met à la table pour e'crire. )
CHOUPINEAU. Et ne faut pas tourner autour du pot.... bon jeu, bon argent.... la vraie raison...
JENNY , écrivant. C'est ce que je fais...
M'"'' CHOUPINEAU. Par ainsi, tu seras libre, et s'il se présente queuque officier à ton goût...
JENNY. N'est-ce pas?.... je dirai à Victorin de m'en chercher un autre...
M"'TAlOVPl\E.\V,alhintà lit fenêtre. Tiens., des voitures dans la cour... c'est la noce.
JENXY , (i /art. Sitôt! est-ce qu'au
moment de signer, Octavie elle en est
capable... achevons vite...
M""" CHOUPINEAU , rrgiirdnnt toujours.
Ah !... Victorin!... c'est lui!... il va monter... eh ! mais non!... en voici ben d'une autre... nous ne le r'aurons pas de sitôt...
CHOUPINEAU. Conuuent ça?...
M""^ CHOUPINEAU. l^es dauies du marché, ses anciennes coimaissances , qui viennent y apporter des bouquets , qui lui sautent au cou.
CHOUPINEAU. Je crois ben. (J part.) II y en a même plus d'ime qui dans les tems n'avait pas attendu son uiariage pour ça...
M™"" CHOUPINEAU, toujours il la fenêtre.
UN Mariage sous lempire.
Et lui pas fier c'est qu'il vous les cin-
biasse toutes, et de bon cœur comme
des payses. . .
JE,\i\Y , achcoant sa lettre^ ci se Icoiint. Tenez... lisez, mon parrain...
CHOUPINEAU , parcourant la lettre. Bien ça !.. {Lisant.) « Monsieur... je ne pourrai jamais aimer et épouser qu'un militaire.»
Très-bien , petiote voilà la conduite
d'une brave fille et envoie sur-lechamp...
( Il va près ilc sa fciiimp , pt regarde avec elle par la f'cnèlrc peatlaiU l'à-parlé et la scène qui suivent. ) JEX\Y. Il la recevra dans vui quart
d'heure — je coui'S donner l'ordre {A
part.) Et en même tems savoir..
(Au moment où elle va sortir parla porte (la fonti, entre Oclavie.)