ACTE II
Le ihéàlre rcpn-scnlc un salon ilii château. Porte au sant tl.ms 1 apparteiiienl d'Octavic ; à gauclie, au à gauche, une tal)lc, chaises, faulcuils, clc.
scu:ne pi\emi]:re.
M'"^ CHOUPINEAU, JENNY , entrant par le fond.
JENNY. Oui, bonne maman Choupineau, je vous le répète , vous ne venez pas me voir assez souvent.
M""' CHOUPINEAU. Par exemple!... J'allais te faire le même reproche, moi. Il est vrai qu'il y a une bonne demi-lieue d'ici à not' ferme , et que tu n'es plus si disposée à courir , que ta ne te lèves plus si matin qu'autrefois.
JENNY. J'en conviens : les réunions, les soirées. . .
M™* cnOUPINE.\U. Oui , depuis deux ans que tu habites le château de la Morlandière avec la femme de notre pauvre Victorin Geoffray , tu n'as pas cessé de voir toute la noblesse du pays, et tu as fini par t'accoutumer aux manières de ces beaux messieurs et de ces belles dames , par prendre leur langnge et leurs habitudes ; c'est trop juste , et j'ensuis bien aise, voi.stu ! Parce (pie lu es riche, tu es née dans c'te cla.sse-là , et il faut que chacun vive dans l'état où le bon Dieu l'a mis. . L' poisson de mer n'est pas bien dans l'eau douce... Par ainsi, je ne t'en veux ])as , et je te permets d'être mamzelle Jenny pour tout le monde, pourvu que tu sois toujours pour la inère Choupineau la bonne petite Jeannette.
JENNY, ienihrdssdnt. Oh! toujours !.. .
M'"''CnoUlMNEVU. Ah ça, dis-moi comment la (ière M""" Oclavie a pris la
fond ; ù droite , au premier plan , une perle conduipremier plan, une croisée; sur le dc\anl, à droite et
triste nouvelle qui nous est arrivée avanthier?
JENNY. Je crois que dans le fond elle a éprouvé plus de chagrin qu'elle n'a voulu en montrer.
M"'" CHOUPINEAU. Dain I elle n'aurait pas de cœur si elle ne regrettait pas ce pauvre \ictorin!... Et pourtant elle a osé se vanter devant toute sa belle société de l'avoir fait déguerpir , de n'avoir pas voulu de lui î
JENNY. Oui, elle s'est vanté décela dans les premiers tems ; mais depuis...
M"" CHOUPINEAU. Quelle conduite que celle de Victorin !... Partir le jour même de son mariage parce qu'il a vu qu'il déplaisait à sa femme , lui laisser toute la jouissance du château , de toute la fortune , ne pas reparaître pendant deux ans, et se faire tuer dans une bataille !.... Bon et brave garçon !... Ca m'a-t-il fait de la peine, quand j'ai appris sa mort!...,
JENNY. El à moi donc?... Il avait pour moi tant d'amilié...
ni"" CHOUPINEAU. Et tu le lui rendais bien!,.. Ah! si l'avais été à la place de ]\I""' Octavie, tu n'atu-ais pas fait la chipie comme elle , loi , tu ne l'aurais pas vexé , tracassé, et il vivrait peut-être encore.... J'ai liien du mal à ne pas l'y en vouloir de tout ça... Dis donc, ma petite .leniinetle , m'est avis que les fêles, les bals, les dîners qu'on donnait au château, tout ça va linir ; à c'i' heure ?... V'ià AI'"" Geoffray veuve , autant dire sans avoir été mariée : il y a dix-huit mois qu'elle a
tN MABIAGE SOUS L EMPIRE.
perdu son oncle , elle est toute seule au monde à prosent.
JE^^Y. Hélas I oui!..
jjme ciiOUPiNEAU. Ce pauvre baron de la Morlandière, c'est pourtant d'une indigestion qu'il est mort , pas vrai ?.■
JEi\.\Y. Eh I mon Dieu, oui !..
M"'e CHOUPINEAU.
Air : Un hom me pour faire un tableau.
]| «'dédommageait, Dieu merci,
Des jours passe's dans l'iibsUnence :
Quels repas on faisait ici I
L'iiiavc homme aimait il la bombance !..
Il fallait à rat affame
Une indigestion journalière!..
Il s'y s'rait inènie accoutume',
S'il n'elait mort de la dernière.
JE.WY. Maintenant, c'est peut-être lieureux pour lui d'être mort ; car on ne sait pas comment les affaires vont tourner , et il aimait tant son chtâteau!.. On ij^nore quelles dispositions a faites le bon Yictorin, et son frère jumeau, le conseiller d'état, M. Emile Geoffray...
M""' CHOUPINEAU. T'asraison !.. à moins de testament, c'est lui qui est l'héritier de Victorin.
JEN.W. On l'attend au château : ime lettre qu'Octavie a reçue annonce sa prochaine arrivée.
M™^ cnoupiXEAU. Oui , je sais ça!... Ce cher Emile! y a-t-il des aimées que je ne l'ai vu!.., serai-je contente de l'embrasser et de voir s'il ressemble encore à son pauvre frère?.. Autrefois, c'était comme deux gouttes de lait, et si c'est toujours de même ça me consolera un brin de la perte de l'autre.
JEîVNY. Je crois que j'entends Octavie qui descend de chez elle.
M'"^ CHOITIXEAU. Diantre !.. je ne veux pas qu'elle me trouve ici : depuis l'avanie cju'elle m'a faite à moi et à mon homme, il y a deux ans , le jour de son mariage , nos chevaux ne manjjent pas au même râtelier , et ce n'est que pour toi que je viens queuquefois au château, le matin, quand elle n'est pas levée ; adieu donc!... J'aurais bien voulu causer un peu plus long-tems ; mais tu viendras me voir , pas vrai!'..
JENNY.Oh! oui, bonne maman!
M"*^ cnOLiri.\EAU , Vemhrasstmt. Je compte sur toi, ma petite Jeannette!.. Si tu peux t'échapper aujourd'hui, tu n'auras pas besoin d'aller jusqu'à la ferme , parce que Chonpineau et moi je sommes installés à l'auberge du village , pour recevoir le cousin Emile.
JEN^Y. Je ne roul)lirai pas.