‹ Un mariage sous l'empire :Chapitre 22 sur 38 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

JEiNN Y , OCTAVIE.

JEN\Y. Déjà levée, Octavie^

OCTAVIE. il le faut bien!... dans la situation nouvelle où je me trouve, ignorant quel sera mon sort à venir... ne suis-je pas condamnée à une préoccupation qui m'interdit le repos?

JEWV. Oh! ce n'est pas seulement de la préoccupation que tu éprouves , il y a aussi delà tristesse!..

OCTAVIE. De la tristesse ?..

JENNV. Des regrets!., mais n'est-ce pas bien naturel?

OCT.vviE. Des regrets pour un honnne qui s'est conduit envers moi comme l'a fait celui dont on m'a forcée de porter le nom !..

JENNY. Ecoute donc ! tu avais agi si mal avec lui , avec ses parens !..

OCTAVIE. Partir! sans daigner s'expliquer, sans me demander pardon...

JE\.\Y. Te demander pardon des torts que tu avais?..

OCTAVIE. Rester absent deux années , m'exposer aux sots quolibets , aux malignes interprétations...

JENNV. Pauvre Yictorin !..

OCTAVIE. Tu as toujours pris sa défense, toi !...

JENNY. Et je ne suis pas la seule!., car ton cœur aussi le d(''fend !.. Tu as beau dire , tes yeux sont rouges, tu as pleuré.

OCTAVIE. ÎMoi!.. non... tu te trompes.

JENXY. Chère Octavie, n'essaie pas de cacher des regrets qui te font honneur. Moi aussi, j'ai été bien triste ! et je peux te l'avouer à présent, ton mariage avec lui m'avait désolée.

OCTAVIE. Tu l'aimais?..

JE\iVY. D'amitié, àcs l'enfance, et je sentais là qu'il n'aurait pas fallu grand' chose pour qne ça devint de l'amour. Cette franchise militaire, ce langage sans détours et sans affectation , ce courage dont il avait donné tant de preuves...

OCTAVIE. Et cet uniforme , ces brillantes épaulettes , tout cela te séduisait... au point que M. Henri Dalville s'est cru forcé, pour te plaire , de faire violence à ses inclinations, de quitter le barreau et départir poiu rarniée ! Mais il me semble qu'aujourd'hui...

JEWV. Eh bien ! oui , je ne te le cache pas , les deux années que j'ai passées près de toi ont bien changé mes idées : au milieu de ce cercle élégant où nous avons vécu , j'ai cru remarquer que tu avais

LE MAGASIN THEATRAL.'

peut-être un peu raison, et qii'un homme, à la rigueur, pouvait être aimable sans moustaihes , sans ciyare et sans uniforme.

Puis, le malheur arrivé à Yictorin m'a guérie tout-à-fait de mon penchant pour les militaires : avec eux on n'est sûre de rien, et l'on se trouve veuve au moment où l'on s'y attend le moins.

OCTAViE. De sorte que si M. Henri revenait...

JEN.\Y. Oh ! en deux ans , il n'aurait pas entièrement perdu ses manières élégantes et polies, son ton modeste et réservé, et je suis sûre que , malgré son nouvel état...

UNE VOIX DAXS LA COULISSE. Allez au diable! encore une fois .... Je vous répète que je me présenterai bien tout seid.

OCTAVIE. Eh ! mais... cette voix?..

JENNY. Ah! mon Dieu!

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