SCENE VIII
CHOUPINEAU, VICTORIN, IIENRI-
HENRI. iiwement à Victorin. Monsieur le comte !..
VICTORIN. Monsieur.
HENRI. Jen'aipas l'honneur d'être connu de vous : vous ignorez qui je suis ?
VICTORIN, à part. Ah! j'ignore!.. Il est bon là le fantassin !.. (Haut.) Je sais que vous êtes capitaine dans l'armée française, et je vous en fais mon compliment. HENRI. Mais en même tems, monsieur, je suis amoureux de 31''" Jenny.
VICTORIN. Cela ne m'étonne pas.
HENRI. Je viens d'avoir avec elle une explication qui était devenue nécessaire , et par suite , il faut que j'en aie une avec vous.
VICTORIN. Parlez , monsieur.
HENRI. Sachez qu'il y a deux ans , pour plaire à jM"'" Jenny, j'ai renoncé à mes travaux , à mes habitudes; je me suis modelé sur votre frère.
VICTORIN. Etait-ce un bon moyen de plaire à une femme?
HENRI. Je le croyais alors ; on me l'avait dit , on avait même daigné me l'écrire!.. Eh bien ! à présent , ce n'est plus cela !.. Elle vient de me déclarer que , pour se faire aimer d'elle , il faut être comme vous.
VICTORIN. Vraiment.
CHOUPINEAU, (i/?a//. lia du guigtion , le petit officier.
HENRI. C'est ainsi que j'étais il y a deux ans , et l'on ne pouvait pas me souffrir !.., Je n'ai rien néglijjé pour que la métamorphose fût complète j mais, que diable! je
LE MAGASIN THEATRAL
ne peux pas clianger comme ça à chaque instant!... Je ne suis pas un homme d'état , moi ! . . .
VICTORIA. Je vous en fais encore mon compliment.
HENRI. Merci!... mais c'est votre présence, c'est votre langage doucereux, c'est votre mielleuse galanterie qui me nuisent maintenant dans son esprit , et je viens vous demander , monsieur , si votre intention est de lui faire la cour?..
VICTOR I.\, h as à Choupineim. Oh!...
quelle idée !.. donner de la jalousie à ma femme !..
CHOUPINEAU, bas. Bravo!... t'as raison ! . . ,
HEXRI , à Victori'n. Daignerez- vous me répondre , mon sieur ? . . .
VICTORIA. Que vous dirai-je?... je ne m'engage à rien!... M"'' Jenny est charmante , et puisqu'elle veut bien me trouver aimable...
HENRI. Ce n'est pas ainsi qu'on répond, monsieur!... c'est un oui ou un non que je vous demande avec la franchise d'un militaire.
VICTORIN. Monsieur, je suis conseiller d'état.
HENRI. Cela empêche-t-il de dire sa pensée?
VICTORIN. J'ai été employé dans la diplomatie.
HENRI. A merveille !.. mais moi, qui ne suis point diplomate , je vous dirai franchement que je ne suis pas d'humeur à souffrir un rival.
VICTORIN, bas h Choupincau. Tudieu !..
c'est un petit César que ce conscrit-là !..
CHOUPiNEAU, bas. Il est amusant!...
HENRI. J'ajouterai que, si votre intention est de profiter des dispositions favorables de M"^ Jenny pour vous, il faudra auparavant, monsieur, que vous me tuiez ou que je vous tue.
VICTORIN. J'ai eu l'honneur de vous dire, nionsipyr , que je suis conseiller d'état.
HENRI. Ah !... c'est trop fort!... si votre pauvre frère vivait , que dirait-il , lui si brave , si loyal?...
VICTORIN. Mon frère n'en ferait ni ]ilus ni moins que moi , je vous le proteste!
HENRI. Oh! jiardieu, nous verrons!...
Je vous proteste , moi , que je saurai bien vous contraindre... c'est une horreur !.... une ahoniinalion , et, milh- tonnerres!...
VICTORIN , btis il Choupincau. Dans sa fureur, il ( st gentil à croquer!..