‹ Un martyr d'amourChapitre 1 sur 3 · LUCIEN BIART · texte numérisé non relu

LUCIEN BIART

Toute cette partie de la Provence qui s'étend entre Fr^us et Toulon est admirable. Pour s'en convaincre, il suffit d'avoir parcouru la routa moutagneasé et boisée qui va du Luc h Saint- Tropez.

te Lno est une station du chemin de fer de la pour prendre la diliution de Saiut-Tropœ.

parcourt environ quad'immenses forêts de itB qui couvrent tons

UN MABTYR p'AMOUlt

les sommets de ce qu'on appelle dans le pays la chaînes des Maures. Après avoir franchi plusieurs torrents qui descendent de ee» montagnes, traversé les gorges profondes que forment leurs escarpements, on trouve, à moitié chemin, un bourg nommé la Garde-Freinet, perché comme un nid d'aigle, au sommet d'i^ne colline aux ôancs crevassés et bouleversés. Un peu plus loin, on traverse un autre village, Cogolin, placé sur la route d'Hyôres, d'où Ton arrive rapidement à Saint- Tropez.

Le voyageur qui parcourt pour la première fois cette contrée, que de longtemps les voies ferrées ne traverseront pas, tant sont grandes et nombreuses les difficultés que les ingénieurs devront vaincre, ne peut s'empêcher d'admirer la végétation puissante de ce coin solitaire et sauvage qui fait rêver aux Thébaïdes où les Pères de TÉglise allaient chercher le repos.

L'Auvergne, l'Ardèche, la Lozère ofl&^nt quelques sites semblables. Mais, le soleil n'y étant pas aussi chaud qu'en Provence, le sol n'y a pas la même fertilité. Dans la contrée dont nous parlons^

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on trouve des aloès «t des palmiers plantés en pleine terre, ce qui donne au paysage on aspect étrange et saisissant.

Sauf quelques villages [disséminés dans la montagne, les habitations sont rares. Pas de riantes villas, pas de chétteaux somptueux. Ici, une vieille tour sarrasine ; là, quelques cabanes de bûcherons et de charbonniers perdues au sein des bois dont le feuillage les dérobe aux regards, et c'est tout. En apjj^rochant de Saint-Tropez, c'est-à-dire de la mer, le pays prend une physionomie plus reposée. C'est la plaine avec ses splendeurs culturales, consistant en oliviers, en mûriers, en vignes, en châtaigniers, en blés, en pins de toutes les formes, empruntant à la variété des arbres et des plantes la riante physionomie d'un paysage grec.

Longtemps on marche dans cette plaine sans que rien puisse faire deviner le voisinage de la mer, sinon les odeurs salines dont l'atmosphère est imprégnée. Tout à coup, au détour d'un ch^ min, derrière un long rideau de cyprès, au pied du cap de la Moutte, on découvre Saint-Tropez,

dont les maisons aux murs noiroiis par le temps se

baignent dans la Méditerranée. Cette petite ville est construite â l'une des pointes du golfe qui porte son nom. 9î l'on s*a^an6e jusqu'à Fextrémité de la jetée qui protège la' i^ade contre les veiitis, on à, en face de soi, l'aiutre pointe du golfe, visible dajis le jour à Tœil nu, et qu'on devine le soir Saison t)bare lumineux ; & gauche, la côte, qui fbrnA un demi cerclé coupé çà et 1& par plusieurs villages, tels que Saint-Mao^ime et Saint-Raphaêl ; à drdite, la pleiiie mer.

Ainsi, dû côté des terres, c'est un paysage vigoxzreux, où la couleur jaunâtre de quelques rocs pelés ressort énergiquement sur les maâses brunes des pins qui en couvrent la base. Du côté de la mer, c'est l'immensité profonde, sans limite, formée par cette vaste nappe d'eau qui va se fondre dans l'azur du ciel. Cous les chauds rayons d'un «oleil éblouissant ou sous la lumière des splendides Buité de la Provence, ce paysage accidenté, capricieux, sauvage, s'étale avec une incomparable gran déur. Tel on rôve l'Orient. Au bord de la mer bleue dont les flots ont baigné le Bosphore, le rêve çst bien près de la réalité.

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